‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 67 sur 87 · CIMBRES · texte numérisé non relu

CIMBRES

tira le consul avaient assuré le succès de cette campagne *.

C'étaient les revers de l'autre consul qui rehaussaient ainsi Marins. Les Cimbres avaient passé sans obstacles les déûlés du Noricum. Catulus ne jugeant pas la position tenable , s'était replié derrière FAthésis et un pont fortifié. Les Cimbres se précipitèrent bientôt par le Trentin sur ritalie. Pour faire parade de leur force aux yeux d'un ennemi qu'ils méprisaient, ils grimpaient nus, au cœur de l'hiver, sur les neiges des Alpes , et , s'asseyant sur leurs boucliers , ils s'absmdonnaient à la rapidité de la pente et glissaient le long des sommets glacés. Arrivés devant les Romains , ils voulurent combler la rivière pour la traverser, y entassant, comme autrefois les géants y des arbres déracinés, des rochers et des tertres entiers. Les légionnaires, épouvantés de cette vue , abandonnèrent leurs retranchements, et Catulus , avec une noble prudence , ne pouvant les retenir, se mit à leur tête pour leur sauver la honte et le découragement d'une fuite. Rome n'en était pas moins perdue si les Barbares n'eussent aimé mieux attendre leurs frères de la Gaule. Voilà ce qui avait fait élire une cinquième fois Marins.

L'illustre consul, rappelé à Rome, se hâta de rejoindre Catulus, continué proconsul, et de faire venir ses troupes victorieuses. Les deux camps se reportèrent au-delà du Padus. Les Cimbres, surpris du retard des Teutons, s'arrêtaient dans la Vénétie, où leur courage et leurs forces s'énervaient 'par la douceur du climat, par l'usage inaccoutumé du pain, des viandes cuites et du vin*. Ils envoyèrent enfin demander des terres pour eux et leurs frères au consul. « Vos frères, répondit-il, ils ont la terre que nous leur avons donnée, et pour toujours. » En même temps

> Plat., Sert,^*»

■ FloriM,i-4.

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il fît amener les rois teutons enchaînés. Les Cîmbres, ne respirant plus que la vengeance, proposèrent le combat. Le troisième jour fut assigné dans la plaine de Vercelte. Marius plaça sur les ailes ses soldats avec lesquels il espérait remporter seul la victoire , sans la partager avec Catulus, qu'il laissa au centre. Les Gimbres, de leur côté, manœuvrèrent pour envelopper l'armée romaine. Leur infanterie, en phalange carrée, occupait une ligne de trente stades : un nuage de poussière s'éleva sous leurs pas entre les deux armées. Cet accident troubla le plan de Marius, qui dépassa Tennemi sans le voir, et erra longtemps dans la plaine, pendant que Catulus et Sylla soutenaient seuls le premier choc. Mais les Barbares avaient contre eux , outre Fagilité romaine , le soleil ardent du solstice , qui les frappait aux yeux et les fondait sous leurs boucliers.

Les premiers rangs, qui avaient cru mieux maintenir leur ordonnance en passant de longues chaînes dans leurs baudriers, ftirent taillés en pièces; on poursuivit les fuyards jusqu'à leur camp. Là ils ftirent repoussés et tués par les fbmmes, qui, du haut de leurs charriots, se défendirent avec de longues piques : plutôt que de rester captives, elles se tuaient elles-mêmes après avoir tué leurs enÊints. Les hommes se donnaient aussi la mort; on fit cep^adant soixante mille prisonniers, et il en périt dans la déroute deux fois autant. Les soldats de Marius pillèrent le bagage, mais les étendards et les trompettes, portés au camp de Catulus , attestaient que les soldats du proconsul avaient réellement gagné la victoire. D'ailleurs Catulus avait pris la précaution de faire graver son nom sur le bois de leurs piques, et tous les corps sur le champ de bataille étaient hérissés du nom de Catulus. Malgré cette preuve évidente, le peuple attribuait tout l'honneur à Marius, qui devait seul jouir des deux triomphes. Marius refiisa prudemment, redoutant l'opposition certaine des soldats de Catulus ; mais

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il ne pardonna pas à ce rival, ni à Sylla, dont Textrême activité avait entretenu l'abondance dans l'armée du proconsul. D'ailleurs , sa gloire n'avait rien à souffrir de ce faible partage. On appela Marius le troisième fondateur de Rome; dans la joie des repas domestiques, on lui offrait, comme aux dieux , les prémices de la table , et on lui &isait des libations*.

Rien ne troublait en ce moment Tallégresse publique : une guerre de surcroit, assez fâcheuse en présence des Barbares, s'était aussi terminée beureusemnet cette année. C'était une nouvelle guerre d'esclaves, qui durait depuis Fan 104. Un chevalier, Vettius, perdu de dettes, avait armé ses esclaves, tué son créancier, et, courant la campagne , il avait , de gré ou de force , grossi sa troupe jusqu'à trois mille hommes. Les marques de la royauté , dont il se para, ne lui assurèrent pas davantage l'impunité : défait par un préteur à Capoue, il se tua lui-même.

Ce mouvement fut suivi d'une seconde révolte en Sicile. Nicoméde, roi de Bithynie, ayant allégué, pour ne pas fournir son contingent d'auxiliaires à Marius, l'enlèvement continuel de ses sujets par les pubhcains d'Asie, le sénat avait défendu de retenir en servitude aucun homme libre des pays alliés; le décret produisit une foule de réclamations en Sicile, et obligea le préteur Licinius Nerva de délivrer huit cents* esclaves. Mais les riches possesseurs, qui perdaient à cette mesure, s'agitèrent, et firent si bien que Licinius , laissant là le sénatus-consulte, ne l'eçut plus aucune demande de délivrance. Les malheureux esclaves, décidés à se faire justice eux-mêmes, se réunirent au nombre de six mille, élurent pour roi l'un d'entre eux, Salvins, qui forma une armée et battit complètement le préteur près de Murgentium. Un soulèvement semblable s'ef-

* Plut., Mkr,, de «4 ^ >8 i Florus» 3-4; V«U., a-ii.

ft*cUiait vers Ségeste elLilybée, sous un autre chef, le Cilicien AUiénion, célèbre comme Salvius par sa science pour la divination. Cette division de forces et d^autorité pouvait nuire au succès, lorsque, sur Tordre de Salvius, Athénion abdiqua et lui amena son monde. Le roi Trypbon , c*était le titre qu^avait pris Salvius,- venait de conquérir une place d'armes en s'emparant de Triocale. Près de là eut lieu la bataille de Scirtée, que les insurgés livrèrent au nouveau préteur Licin. Lucullus (103) , vainqueur de Yeitius. Athénion y fut blessé, les siens perdirent courage ; il en resta vingt mille sur la place. Le préteur négligea d'assiéger aussitôt Triocale, et, après un échec sous ses murs, ne songea plus qu'à prendre sa part du pillage de la Sicile. Son successeur essuya une défaite (lOâ). La mort ayant enlevé Salvius sur son trône victorieux , le pâtre Athénion revêtit de nouveau la pourpre et le diadème, parcourut la Sicile sans résistance, sévissant cruellement contre les maîtres, et plus encore contre les esclaves qui n'avaient pas pris les armes, et qu'il regardait comme des transfuges.

Enfin le consul Man. Aquilius vint commander plus habilement, coupa les vivres aux ennemis; Athénion fut pris dans un engagement général, et la guerre fut fmie; les esclaves dispersés périrent par le fer ou par la famine (101). La crainte du supplice les empêcha de se rendre; on ne put même tirer vengeance de leur chef, « dont les soldats se disputèrent la capture, et qui fiit déchiré comme une proie entre leurs mains ^ )»

Les honneurs répétés de Marins, en révélant la force du peuple, attiraient maintenant au tribunat de nouveaux ambitieux, qui, n'étant plus écartés par la noblesse, n'y redoutaient plus sa vengeance et n'y cherchaient plus sa

* Floriia, ^-«•; Dioil., 36.

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