‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 7 sur 87 · POSITION DE ROME · texte numérisé non relu

POSITION DE ROME

latin / au sud-est , est le Cœlius. Les sept principales collines de la rive gauche , successivement habitées sous les sept rois , agrandirent et fixèrent le sol romain , mais avec une différence notable. Les premiers fondateurs s'établirent sur le Palatin , au point central ; et , selon le rit étrusque usité dans toute Tltalie, ils tracèrent à la charrue, sous les yeux des augures , l'enceinte carrée de la nouvelle ville* ; ensuite on creusa un fossé : restait de chaque côté un espace déterminé , qu'il n'était permis de labourer ni d'habiter, en dedans et en dehors des murs qui devaient y être contenus. Ce terrain , ainsi inauguré , s'appelait le Pomœrium , et consacrait toute la cité enclose*. A chaque accroissement, il fallait étendre les murs , mais non toujours le Pomœrium. Les Sabins de Tatius retendirent autour du Capitole, puis sur le Quirinal , au temps de Numa ; TuUus y enferma le Cœlius pour le peuple d'Albe détruite ; Servius une partie de l'Esquilin et du Viminal pour de nouveaux citoyens conquis. Les autres rois ajoutèrent aussi au sol de la cité : Ancus, en plaçant les Latins vaincus de Politorium dans la basse ville entre le Palatin et l'Aventin, et en creusant le fossé des Quirites du côté de la plaine ; Tarquinr Ancien, en remplaçant les murailles de terre par uneconstniction de pierre; Tarquin-le-Superbe , en élevant des remparts. Cependant l'Aventin demeura hors du Pomœrium , ainsi que la colline Hortulane , et surtout le Vatican et le ianicule , situés sur la rive droite ; et si Ancus joignit le Janicule à la ville par un pont et une muraille , « ce n'élait pas faute de terrain , mais pour empêcher l'ennemi d'en faire une place d'armes •. »

' Romtufiiaclrata ^ cabane de Romulus Sûr le Palatin. Den. id'tlal. , 1-79'; Vitruve , i-i , là place sur le Capitole.

• Plut., Bom.\ Aul. Gcll. , i3-i4 ; Varr., De Ung. lat.f 4 5 Titc-Live, i'44; Tac. , jinn. , 12-24 ; S<îacq. , De biw.t 14* '

3 Titc-Live , i-33.

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Romulus avait, dit-on, divisé la cité et le territoire en trois parties , et tout son peuple en trois tribus des Ramnenses, Titienses, et Luceres; la tribu se fractionnait en dix curies. Ensuite il se fit présenter par chaque tribu trois hommes les plus distingués, par chaque curie trois également ; et à ces quatre-vingt-dix-neuf il en ajouta im de son choix , les qualifia du titre de pères (patres) , et leurs descendants de patriciens. Ainsi le caractère du chef de famille devenait le type de la noblesse. Aux nobles furmt réservés les soins de la religion et du gouvernement ; les (Outres, sous le nom de plébéiens, inhabiles à ces fonctions supérieures, eurent en partage le travail des champs, des troupeaux, des métiers. Une ancienne coutume que les aborigènes avaient apportée, celle du patronage, unit cependant ces deux ordres. Chaque plébéien choisissait parmi les patriciens un patron et devenait son client; des devoirs réciproques formaient entrç eux un lien héréditaire , une sorte de parenté , et quiconque y manquait était dévoué à la mort comme les traitres ; on pouvait le tuer. Le patricien prenait en toute circonstance les intérêts et la défense de tous ses clients ; ceux-ci , en récompense , contribuaient de leur argent à la rançon de leur patron captif ou de son fils , à la dot de sa fille , à ses amendes , au dommage d'un procès perdu. Ce lien , qu'on a comparé à Tassujettissement des Thêtes et des Pénestes de TAttique et de la Thessalie * , au vasselage du moyen âge , a fait douter que le plus grand nombre des plébéiens fussent clients *; tous durent Fètre dans Forigine , et tous les pauvres d'entre les vaincus , admis successivement à Rome , se placèrent naturellement dans cette condition ; quant à ceux qui arrivèrent assez riches sans devenir patriciens , on peut penser avec raison qu'ils restèrent indépendants et qu'ils

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INSTITUTIONS POLITIQUES. '' . .jf 21

s'agrégèrent peu à peu les clients. Par là ils ont à la fin ruiné le patronage , et les plébéiens ont triomphé pour leur propre malheur ; mais \\ fallut pour cela plus de six cents ans , et encore le nom et quelques usages du patronage n'en subsistèrent pas moins comme un ancien souvenir jusque sous Tempire. 11 s'étaMit aussi de bonne heure des relations analogues entre des villes , des provinces conquises ou alliées et de simples citoyens romains , qu'elles prenaient pour patrons , et auxquels le sénat remettait d'ordinaire la décision de leurs débats intérieurs.

Avec les Sabins de Tatius commença un ordre mitoyen, qui toutefois n'a fait que longtemps après l'expulsion des rois un corps politique : ce sont les chevaliers; on les partagea en trois centuries des Ramnenses, Titienses et Luceres, dénominations répétées des trois tribus. Tullus y répartit deux fois autant d'Albains en dix turmes {turma, escadron de cinquante à soixante hommes). Tarquin-l'Àncien ayant doublé encore, il se trouva dix-huit cents chevaliers. Enfin, Servius en fit dix-huit centuries, leur fournit des chevaux aux frais de FÉtat, et en assura la nourriture par un impôt annuel sur les veuves, usage corinthien venu par TÉtrurie. De plus, il recruta d'avance pour eux en donnant à un grand nombre de nobles et de plébéiens le rang de chevaliers. Cet ordre était uniquement la cavalerie romaine, et n'eut pas d'abord d'autre destination *. Si les trois cents celer es, gardes de Romulus, firent une troupe distincte •, on les abolit sous la république, ou bien ils se confondirent alors avec les chev<diers; mais le préfet, ou tribun des celeres,

* Polybe , 6-i8 ; Florus, i-i ; Tite-Live , i -i3 , 3o , 36, 53 ; Den. d'Haï. , 4 ; Cic. , De rep., a-ao , ai , aa. Les divers nombres de chevaliers s'accordent dan# Tite-Uve, ef son texte peut s'expliquer par celui de Den. d'Haï. , niaisCicdron brouille tout; il donne toutefou par compensation une petite indication asMri curieux, c'est que Servius prit des chevalier» dans tout le peuple.

* Poinponius , ciic parRosin, 7-74.

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commandait après le prince, et celle charge repafut par intervalle sous le titre de maitre de la cavalerie.

Le soin de la défense était le plus pressant. On y avait songé avant d'instituer les chevaliers, d'ailleurs trop peu nombreux : cinq cohortes de quinze manipules à deux centttries, en tout trois mille guerriers, telle fut la première armée, la première inftinlerie, la première légion de Rome et la base de son système militaire. Le nombre des légions s'accrut avec la population * d'une manière indéterminée. Sous Servius il y eut quatre-vingt mille citoyens en état de porter les armes ; et l'année où s'établit le tribunal, on avait levé dix légions. La force de la légion fut successivement de quatre mille hommes {legio quadrata)^ puis de cinq mille, et enfin de six. Les cohortes se multiplièrent jUsiju'à dix ; à chaque cohorte fut toujours attachée une turme de cinquante-six ou soixante cavaliers '. On était ttrtu au service militaire jusqu'à l'âge de cinquante ans. L(9 levées se faisaient t^^lT serment , évocation ou conjuration. Par le serment , l'appel était individuel , et chacun jurait de ne point quitter les enseignes sans la permission du chef. La conjuration, ou serment en commun, avait lieu dans un tumulte ( levée en masse ) ; comme le danger pressait, le magistrat allait au Capitole arborer un drapeau rouge pour appeler les fantassins, un drapeau bleu pour appeler les cavaliers, et il disait : « Qui veut sauver la république me suive* » Tous les guerriers assemblés prêtaient serment en même temps. Par l'évocation, le magistrat indiquait le jour où les citoyens tenus au service devaient se présenter en armes ; des recruteurs allaient de divers côtés les chercher, et on faisait ensuite la levée {delectus), après quoi chaque tribun prenait un soldat de sa

» Tite-Lîrè, 1-54 , 58 , 2-3o.

• Titc-FJve, fi, 7,8, 43-12; Polyb. , 6.

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