GUERRE SOCIALE
qui lui avaient promis de Tabsoudre , fut relégué à Dôlos et y mourut *.
Ces vengeances ne s'arrêtaient pas; le peuple murmurait de voir cbaque jour éloigner ses citoyens les plus recommandables. Les alliés , perdant toute espérance par le meurtre de Drusus et par ces condamnations qui leur enlevaient autant de protecteurs, résolurent de prendre ce qu'on leur refusait , et de se séparer du peuple romain. Ils concertèrent un soulèvement général, par des députations secrètes, et se donnèrent mutuellement des otages. Rome, tout occupéedesjugements et des troubles intérieurs, neconnutle danger que fort tard, et envoya de tous côtés des agents, sous divers prétextes, pour savoir ce qui se passait. L'un d'eux avertit le proconsul Servilius , dans le Picenum, qu'un jeune homme allait partir d'Asculum comme otage ; le magistrat accourut , et menaça : les Asculans , réunis ce jour-là pour des jeux solennels, voyant le complot connu , éclatèrent : ils tuèrent le proconsul, son lieutenant, et tout ce qu'il y avait de Romains chez eux. a Ce fut comme le serment de cette guerre impie. » L'auteur du complot, Pompedius Silo , parcourant l'Italie , la trompette sonna de toutes parts, et aussitôt furent en armes Vestins, Peligniens , Marses, Marrucins, puis tout le Picenum, les Frentans, les Hirpins, la Campanie , l'Apulie, les Lucaniens et lesSamnites. Cent mille guerriers se trouvèrent prêts. Pour la première fois les efforts s'unissaient. Une confédération italique apparut toute formée , ayant son centre à Corfinium, avec un gouvernement en activité de deux consuls et de plusieurs préteurs. Chaque ville avait repris l'usage de sa langue primitive sur les monnaies nouvelles. Ainsi
' Appien , Eyu^., i ; Cic, De orat.f }-3 , De clar, orat.^ 56 , 88 , De leg. , 3 ; Vul. Max.) 8-6 ; Floru* , 3-i9 i Veil., a-ia ; Rosin , 8-a ; Cic. , De natura deor,, 3-33; il nomme Q. Variu» raisaùin de Drusus. Séuèq., Consol. à Mania, iG, •iDe bnv,vHœ,6,
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Rome, arbitre de tant de rois et de nations, avait près d'elle une rivale plus terrible que Cartbage, un nouvel Adnlbal à combattre, et des soldats qu'elle avait longtemps dressés, sous ses enseignes, à vaincre pour elle ^.
« On peut bien appeler cette guerre sociale , pour en atténuer l'horreur ; mais si nous voulons être vrais, ce M une guerre civile*. » Les Marses commencèrent comme Jescbefe du mouvement; avec leur compatriote et leur cohsul Pompcdius , ils devaient attaquer par le nord , et le second consul, le Samnite Motulus, par le sud. Sous leurs ordres commandaient d'autres généraux choisis par les villes, Afranius, Yentidius, Marins Egnatius, Lamponius, Jddacilitis, Hirrius Asinius , Vettius Catos, Telesinus. Rome conserra heureusement les Latins , les Étrusques , les Ombriens et les Gaulois : elle put &ire des levées égales , et soutint aussi ses deux consuls par des lieutenants , ayant chacun leur province fixe , avec pouvoir proconsulaire. A Rutilius Lupus furent adjoints Pompeius Strabon, Q. Cœpion, Perpenna, C. Marins , Val. Messala ; à L. César , Lentulus , Didius, le jeune Crassus, le jeune Metellus , Sylla. On tira un grand secours de Sertorius , envoyé comme questeur en Cisalpine, pour enrôler des soldats et forger des armes*.
On n'a point les détails de cette guerre , qui , en trois années , fit périr trois cent mille Italiens et un grand nombre de Romains. D'abord L. César essuya lin échec , et ne put sauver Esemia (90). Perpenna laissa prendre Venafrum et fut mis en déroute par Egnatius. Aussi son consul lui ôia le commandement, et confia les restes de son corps d'armée à Marius. Lamponius battit Crassus; Papius Motulus s'empara de NOle par trahison, puis de Stables, Mintumes, Sa-
> Flonis, 3-19; Âpp.f "E^p^f I ) Diod., 37 1 VeU., s-ia , i3. • Florut, 3-1 g.
' PIttt., Sert., 4.
GUBRRB SOCIALE. 459
lerne, et obligea les habitants de ces villes , avec les esclaves , â servir dans ses troupes. Ses ravages autour de Nucérie ayant contraint, par crainte, les villes voisines à lui donner des renforts, il assiégea Acerres. César vint au secours avec une infanterie de Gaulois et des cavaliers numides. Papius affecta de faire paraître , onié de pourpre , le fils de Jugurtha, Oxintas, qu'il avait trouvé relégué dans Venusia. La désertion, en effet, devint telle parmi les Numides, que le consul les renvoya, n n'en battit pas moins r ennemi; mais il faillit périr ensuite dans un défilé , avec son armée, sous une attaque imprévue d'Egnatius. Il était malade , porté en litière, et ne gagna pas sans peine Teanum. Il rassembla ses fuyards et de nouvelles levées, et revint bientôt devant Acerres, que Papius ne put forcer.
Rutilius fut plus malheureux; il tomba mortellement blessé dans une embuscade où Tattira , près du Liris , Vetlius Caton. En vain Marins força le camp du vainqueur absent, les alliés gardaient l'avantage. La triste cérémonie des funérailles de Rutilius et des autres nobles remplissait la ville d'une sombre affliction, et le sénat décréta que, dorénavant, les obsèques se feraient au lieu même oix les guerriers auraient péri. César ne pouvant revenir pour les comices , on n'élut point un nouveau magistrat, et l'on confia l'armée consulaire à Cœpion et à Marins. Rien ne leur réussit. Pompedius, feignant dépasser aux Romains , Ccepioû crut, sur sa parole, surprendre aussitôt une armée sans xhef , y donna tête baissée, et y reçut la mort. ' Marius se tenait mieux sur ses gardes ; mais soit p^ santeur de l'âge , soit crainte de s'attirer la haine des Italiens , il temporisait , irrésolu , évitant d'en venir aux mains. Pompedius lui dit un jour : <* Si tu es un si grand capitaine , que ne viens-tu combattre? — Et toi, répondit Marius , si tu es un si grand capitaine , force-moi au combat, y> Il sortit pourtant de ses retranchements inattaqua-
bles; il repoussa assez vigoureusement les ennemis , pois s'arrêta tout court , pendant que Sylla , dont le camp n'était pas loin, saisit rapidement Toccasion, tomba sur cette armée ébranlée et tua six mille hommes. Marins se laissait encore enlever un succès par son ancien lieutenant, et c'était la première victoire remportée sur lesMarses, la race la plus belliqueuse, « car jamais jusque-là on n'avait trions phé des Marses ni sans les Marses. i» Aussi les revit-OD, après ces revers, plus hardis et plus pressants. Marins n'osa pas engager une autre action ; il s'en prit à ses soldats, les accusa de lâcheté , et , à la fin , se plaignant de ses maux de nerfs, il quitta le commandement ^
La fortune semblait se déclarer pour les Italiens et accomplir la fière prédiction des monnaies samnites, qui représentaient un taureau mettant le pied sur la louve. Les Étrusques et les Ombriens commençaient à hésiter s'ils ne suivraient pas le mouvement général. Le sénat, inquiet, pour ne pas être pris au dépourvu, plaça des postes fortifiés le long du rivage, depuis Rome jusqu'à Cumes, admit pour la première fois dans la milice des affranchis , parce qu'on manquait de soldats, et accorda, par la loi JuUa, le droit de* cité à tous les alliés restés fidèles. Cette décision, envoyée dans toute l'Étrurie , y fut reçue avidement, rattacha plus fortement les amis, retint les douteux, et adoucit même les peuples hostiles.
Avant la fin de l'année , les destins changèrent. Pompeius, poussé en déroute par trois corps d'armée dans Firmum , sut s'y maintenir jusqu'à l'arrivée d'un secours; alors, bravement secondé par le jeune et brillant Sulpiclus, une sortie le dégagea, rejeta en désordre Afranius dans Asculum; ce chef, assiégé à son tour, fut tué en combattant. Judacilius, qui était Asculan, voulut défendre sa pa-
* Appien,E^f ., i ; Plat.j Mar,, 34*