‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 77 sur 87 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

MÀRIUS RfiTABLL — HITHRIDATB TiimCU.

Dès que Cinna eut le champ libre (87) , trois cents talents Teurent bientôt persuadé de remettre en avant la loi favorable aux nouveaux citoyens; la faction comptait arriver par là au rappel des exilés. Cette fois les deux consuls ne s'accordaient pas; Octavius et la plupart des tribuns défendaient la cause des anciens. La bataille recommença sur le Forum. Cinna avait pour lui un des plus braves guerriers, que la haute aristocratie ne sut pas s'at tacher. Sertorius s'était admirablement battu à la guerre sociale; le peuple, en le revoyant au théâtre avec un œil crevé, Favait couvert d'applaudissements. Depuis, repoussé des honneurs par Sylla, sans estime pour le parti de Marins, se défiant du caractère faible d'Octavius, il s'était décidé pour Cinna, et se montra au milieu des Italiens le jour où ils demandèrent à grands cris leur incorporation. Octavius, averti que les épées sont tirées, « tombe comme un torrent, » suivi d'un gros de Romains, sur cette multitude

MARIIS RÉTABLI. 457

qu'il disperse par celte charge imprévue; mais pendant qu'il s'arrête au temple des Dioscures, par égard pour son collègue, sa troupe frappe toujours, tue et poursuit les fuyards hors des portes. U périt dix mille Italiens sur la place.

Sertorius et Cinna, qui n'avaient pu attirer les esclaves à leur secours, avaient été obligés de fuir; ils s'en allèrent parcourant toutes les villes voisines, les appelant aux armes , et reçurent partout de l'argent. Bientôt le consul fugitif apprit que le sénat , le déclarant déchu pour sa conduite séditieuse, avait donné sa dignité consulaire à Merula. Sur cette nouvelle, il court à Capoue; il y avait là une armée romaine et un bon nombre de sénateurs; il leur expose son injure, déchire sa toge, se jette à terre de désespoir. De pareils moyens avaient presque toujours du succès : on le relève , on lui donne des faisceaux ; lès soldats lui prêtent serment ; les villes s'empressent pour l'homme de leur parti, et plusieurs d'entre les grands se joignent à lui, ceux qui ne s'arrangeaient pas de la tranquillité publique*.

Dès que Marius connut tous ces mouvements, il aborda en Étrurie avec une bande de réfugiés et de vagabonds; il appela les esclaves : pâtres et laboureurs accoururent, les prisons même s'ouvrirent ; il eut de cette manière six mille soldats, les embarqua sur quarante navires, et commença par intercepter les convois. H offrait en même temps ses services à Cînna, comme à son consul. Sertorius seul ne s'en réjouit pas. « On sait, disait-il, que Marius ne souffre pas de partage et ne se pique pas de fidéhté. » Mais Cinna lui-même avait mandé Marius, et lui envoya les insignes proconsulaires. Le vieil exilé refusa ces a ornements peu convenables à sa fortune; » il passait dans les villes misé-

1 App., Eu^o I ; Plut., Mar*y 44 , Seri.^ 4; Florus, 3-22 ; Vell., 2-i5.

458 HISTOIAE R03IÀINE.

rablement vêtu , les cUcveux longs et négligés , affectani de marcher avec peine , parlait peu, pour rappeler seulement ses victoires sur les Gixnbres et prometixe son appui à b loi de cité; mais cette tristesse avait tougours, malgré lui, quelque chose de farouche, qui inspirait moins de pitié que de terreur. Marius revenait, m effet, « irrité contre les dieux et les hommes. 9 Sa présence changea rapidement les affaires; les villes maritimes prises, Ostie trahie et massacrée, des ponts jetés sur le Tibre, laissèrent Rome aifamée et sans ressources , entre quatre armées qui venaient Taâsiéger, commandées pajr Ginna, Sertorius, Carbon et Marius.

Le» deux consuls s^y étaient préparés. Pompeius Straboa, rappelé de TOmbrie, avait pris position devant la porte Colline; on prescrivait à Cec, Metellus, encore occupé contre les Samnites, de s*en débarrasser aux naeilleures conditions qu'il pourrait, et de revenir. Marius Tavait prévenu et les gagna, A peine Metellus arrivé, il perdit Taffection des hommes de guerre qui accouraient à lui, en gourmandant imprudemment le mépris qu'ils montraient pour te consul. En effet, le ponctuel Octavius, tout appliqué aui divinations et aux légalités, venait de laisser prendre le Janicule, et, par un invariable scrupule, il achevait de tout perdre en refusant d'affranchir les esclaves contre les lois, pour combattre un ennemi des lois*. Hommes libres et esclaves désertèrent par troupes. Un orage ayant éclaté, frappa de la foudre Pompeius. Metellus, voyant toute défense impossible, sortit de la ville; Octavius, rassuré par ses devins et ses sibyllistes , ne voulut point en faire autant. Le sénat, réduit à capituler, ne put obtenir du consul ennemi que la vie des citoyens fût épargnée.

Au moment d'entrer à Rome, Marius ^'arrêta tout court

> pittt., yar., 45 I 4^'

YBNGBAKCES D« MAAIUS. 4M

à la porte , alléguant avec une ironie de colère le décret qui l'avait banni, et qui devait être révoqué par un décret. Le peuple s'assembla sur-le-champ ; mais à peine trois tribus avaient déjà voté , que , levant le masque et laissant cette comédie, il se jeta dans la ville, entouré de ses satellites , tous esclaves libérés, qui se mirent à massacrer selon ses caprices; un mot, un coup-d'œil, un signe de tête de Marins leur suffisait ; la sentence était exécutée sur-lechamp ; il leur donna môme un signal plus expédltif : s'il ne tendait pas la main quand on se présentait à lui , les gardes n'avaient qu'à tuer ; de sorte que ses amis môme tremblaient en l'abordant. Octavius, comptant sur les prédictions chaldéennes, refusa de fuir jusqu'au dernier moment : on regorgea sur sa chaise curule ; sa tête fut portée à Ginna , puis suspendue à la tribune aux harangues. Borne eut, pour la première fois, cet horrible spectacle. La tôle de M. Antoine, auparavant portée sur la table de Marins, gît à son tour sur cette tribune qui l'avait vu consul, censeur, patron éloquent, sauver tant de citoyens. Atipfês vinrent se ranger celles des deux Césars, d'Alilius Serranus et de plusieurs antres. Un Crassus se tua lui-même avec un de ses flls. D'autres de cette même ikraille et de celle des Césars furent étranglés dans leurs maisons par les mains du féroce Fimbria *.

■ App., £/<^,, I ; Florus , 3-aa ; Dion , Fra^.« 4^ ; Plut, Afor., 47i 4^ i Vell., a-i5 ; Lucain , Pharsale, s-94 :

Servilia solvic Agmina; conflatotavai erpastula férto

Exiterucre manus

Nobilitat cum plèbe périt, latèquevagator Ensis, età nullo revocatum est pcclore ferrum.

In niimerum pars magna périt, rapuitquc criicnUis Victor ab ignolà vultuicervicc rccisos ,

MO mSTOIRB ROMÀINB.

Les deux chefs ne pouvaient oublier, Tun Merula, Fautre Catulus, le vainqueur des Cimbres ; il leur plut de procéder contre eux juridiquement : les amis de Catulus ne reçurent d'autre réponse à toutes leurs instances que celleci : «c II faut qu'il meure, y» Les deux accusés n'attendiieot pas le jugement , et mirent fin eux-mêmes à leur vie. Il n'était pas permis de donner la sépulture à ceux qui périssaient par Tordre des vainqueurs; les troncs sanglants, foulés aux pieds dans les rues, restaient en pâture aux oiseaux et aux cbiens. Le carnage ne discontinuait i>as; Rome semblait une ville prise d'assaut. Le corps des quatre mille esclaves tuait et pillait dans les maisons , avec d'atroces cruautés, jusqu'à ce qu'enfin Sertorius , indigné , et Cinna lui-même, les exterminèrent dans leur camp pendant une nuit ^

Toutes ces vengeances ne satisfaisaient pas Marins : la plus souhaitée de toutes lui manquait; la condamnatioD vainement décrétée contre Sylla n'atteignit pas même sa emme ni ses enfants , qui le rejoignirent heureusement. On ne pouvait s'en prendre qu'à ses lois, qui furent abolies , à ses biens et à ses amis ^ ; faible dédommagement de la sécurité d'un rival, et surtout de ses victoires.

Sylla avait à peine touché la Grèce , que toutes les villes lui envoyèrent des ambassadeurs. Athènes seule résista : le sophiste Aristion y régnait sous la protection d'Ar-

Dam vacuâ pudet ire manu. Spes una salutk Oscula poUutœ fixisse trementia dextrae.

Antoni , cujus lacéris pendentia canis Ora ferons miles festae rorantia roensse Imposuit. Truncos laceravit Fimbria Oassos.

» App., E^^ , I ; Floru», 3-» a; Plut, A/ar., 47, 4», Sert., 5, 6 ; Cic, De oraU^ 3-3; Vcll., a-i5.

• Plut., Sylla , 29; App., E^m^., i , et Guet-resde Mithridaîe.

STLLà en GRÈCE. iGl

chelaùs. Le Romain, pressé de tenniner cette guerre, investit la ville et donna un assaut au Pirée ; les fortifications et la valeur d'Archelaùs Tayant contraint de reculer, il occupa Eleusis et Mégare, pour y préparer un siège régulier (87). Il détruisit les murs épais qui joignaient le Pirée à la ville, et les convertit en terrasse ; il coupa les bois du Lycée et de l'Académie pour fabriquer des machines. Pour toutes ces dépenses , il prit les trésors d'Épidaure , d'Olympie et même de Delphes, malgré les larmes des amphictyons. On craignait la colère d'Apollon , dont la lyre avait résonné. « Gomment ne comprenez-vous pas, écrivit Sylla, que la musique est un signe de joie. Le dieu donne avec plaisir ; vous pouvez tout prendre. Les dieux paient mes troupes, disait-il une autre fois, je suis sûr de vaincre. » Cependant il avait un rude adversaire ; Archelaûs élevait une tour pourdorainer la terrasse, construisait desmurs intérieurs pour prolonger la défense ; Sylla vît plus d'une fois ses soldats repoussés et fuyants, ses machines incendiées, ses travaux menacés par des sorties, sa terrasse minée, ses contre-mines pénétrées , où les Romains eurent à combattre dans les ténèbres. L'intrépide Archelaûs soutenait et animait les siens , toujours le dernier à la retraite , de telle sorte qu'un jour il ne put rentrer dans le Pirée qu'au moyen d'une corde jetée d'en haut. Enfin, après avoir conduit une tranchée jusque dessous la muraille , et l'avoir fait crouler pendant un assaut, par le feu mis aux étais souterrains , Sylla ne put forcer la brèche; on la répara malgré lui , et il se réduisit au blocus. Encore avait-il été fort secondé par la trahison de deux esclaves athéniens du Pirée, qui lançaient à la fronde des avis écrits sur des balles de plomb, et le prévenaient ainsi des embûches et des convois de vivres envoyés à Athènes. Sans c^a, il courait risque d'entendre plus longtemps les injures des Athéniens , qui lui criaient :

4G2 HISTOIAE ROMAINC.

8)f lia ii*«M qu*ttae mftra empreinte do farine ,

et qui n'épargnaient pas davantage Metella ^

Ce fut ce qu'il leur pardonna le moins ; le temps vinteafin où il put railler à son tour. La famine les contraignaol h demander grâce : a Grands orateurs, répondit-il aux députés suppliants, retournez avec vos beaux discours; jeoe suis pas venu recevoir des leçons d'éloquence , mais Mtier des rebelles. » Il voulut prendre la ville d'assaut; il la resserra d'abord plus étroitement , afin que personne ne pût échapper. Il n'en était pas besoin ; exténués par la faim , nul n'avait plus même la force de s'enfuir. Il akttit, une nuit , un pan de mur, entra au son des clairons, aux cris furieux des soldats , et ordonna de tuer. Le carnage U tel , que le sang ruisselait , et remplit tout le Céramique jusqu'au Dipyle. Deux bannis d' Athènes se jetant à. ses pieds , il s'adoucit pourtant , fit l'éloge des anciens Athéniens, pardonna aux vivants en faveur des morts, consentit à laisser subsister la ville et le peu d'habitants qui avaient survécu. Aristion ne tint pas dans la citadelle , et fut livré au supplice (87).

Sylla retourna alors contre le Pirée , et, au lieu de moDter à l'assaut , sapa les six enceintes , l'une après l'autre, non sans une vive résistance. Archelaûs finit par retirersa garnison dans Munychia, imprenable aux Romains sans flotte ; de là il comptait les ruiner, en leur coupant les vivres. Mais Taxile , qui , avec une autre armée , s'était QSr paré de la Macédoine, l'appelant instamment, il le joignit; leurs forces étaient de cent vingt mille hommes. Sylla n'eu avait pas le tiers , et il n'en marcha pas moins contre eux, en Béotie ; mais à la vue de cette multitude fîère et brillamment armée , les légionnaires perdirent courage : iré-

* A} p., Cuerres de Mithridaie,- Plut., Sylla, i6 , 17, a.

SYLLA BM GRfeCIt. 465

missant dMndignation , il les accabla de fatigue , les occupant à détourner les eaux du Céphise , jusqu'à ce qu'ils demandassent eux-mêmes le combat. On en vint aux mains près de Chéronée. Archelaûs sembla ici avoir oublié son habileté ; ses troupes, mal rangées sur un terrain désavantageux, furent complètement défaites, malgré leurs efforts ; il n'en resta que dix mille hommes, et il n'en manqua pas aux Romains plus de quinze , dont deux reparurent même au camp à la fin du jour ^

L'heureux capitaine apprit alors que la faction qui tenait Rome, envoyait contre lui un consul ; il se disposait à l'aller combattre aussitôt (86), quand une autre nouvelle, non moins inquiétante , le ramena sur ses pas. Une troisième ' armée avait déjà débarqué à Ghalcis, aussi nombreuse que la première , et le nouveau général , Dorylaûs , ne cherchait qu'une bataille , accusant de trahison Archelaûs. On se rencontra dans la vaste plaine d'Orchomène (86) ; les Barbares attaquent et les Romains fuient ; alors Sylla, n'étant plus écouté, saute à bas de son cheval, saisit une enseigne, marche à l'ennemi au travers des fuyards, en s'écriant : « Je veux mourir ici ; soldats, si on vous demande où vous avez trahi Sylla , répondez qu'il combattait à Orchomène. » Ce mot leur fit tourner tête sur-lcKîhamp , et leur rendit la victoire *.

n importait à Sylla de terminer promptement la guerre; un grand nonibre d'amis ou de persécutés, et Metella enfin, échappée avec ses enfants à de grands dangers, venaient lui apprendre quels ennemis il avait à punir après ceux de Rome; il aurait voulu retourner en Italie, mais tant d'avantages remportés sur Mithridate seraient perdus si on n'achevait sa défaite. Heureusement la faction de Ma-

• A pp., F^^., » î Flor., S-6; Plut., Sylia , d« i8 à »7; Vel!., 1-16. ■ A|)p., K/x^., I ; IMut., Sylla, «7, aS,

rius aida elle-même contre son gré à la conclusion des affaires d'Orient.

L'ambitieux Marins n'était plus. Le bruit des premiers succès de son rival avait mêlé quelque crainte à son triomphe, et suspendu un moment les maux de la cité. On disait que SyUa revenait vainqueur, il fallait se préparer à la défense, et Marius s'était muni d'un septième consulat, partagé avec Cinna ; mais épuisé par Tàge et les fatigues , la pensée de Sylla vainqueur, chef d'une armée valeureuse, le poursuivait sans cesse. Il ne pouvait dormir, il croyait étendre la nuit une voix sinistre qui lui répétait :

Du lion, m^ine absent , l'antre est toujours terrible.

n essaya de noyer ces terreurs dans l'ivresse ; il tomba malade; dans son délire il croyait faire la guerre à Mithridate , il se dressait sur son lit en attitude de bataille, commandant les évolutions, et criant victoire. D mourut le dix-septième jour de son septième consulat (86).

La cité respirait , et quelque joie se montrait ; le jeune Marius ne le souffrit pas; il fit tout rentrer dans l'épouvante par de nouvelles cruautés. Firabria se remit encore à la tête des massacreurs, et Q. Scœvola n'étant pas mort de ses coups, il le cita en justice. Comme on lui demandait de quoi il pouvait accuser un homme si honorable : « Je l'accuse, répondit cette bête féroce, de n'avoir pas reçu le fer tout entier dans le corps *.

Rome n'avait pas seulement à souffrir de cette tyrannie; un grand nombre de gens qui avaient leur fortune en Asie se trouvaient ruinés par le succès du roi de Pont ; les paiements arrêtés détruisaient tout crédit; de là dettes et mi-

* Plut., Mar., de 49 ^ 52 ; Vell., 3-16 ; Cic, Pro Rose. Am., Val. Max., 9 1 1 ; Lacain,i-ia6.

LE JEUNE HARIUS, 465

sère de toutes parts. Les tribuns et les préteurs proposaient un moyen pire que le mal, pour soulager le peuple; mais ce moyen prenait faveur. Le jeune Marins s'en empara , et fit présenter la loi par Valerius Flaccus , consul substitué au vieux Marius : les dettes furent réduites au quart , et les monnaies haussées. Cette double banqueroute enleva Tentbousiasme de la multitude ; on dressa des statues au jeune Marius , et on leur offrit de Tencens ^ La faction envoya ensuite Valerius avec deux légions, en apparence comme Mithridate, en secret contre Sylla. Fimbria, sénateur, homme de guerre estimé, accompagnait comme questeur Finhabile consul ; lui seul avait de Tinfluence sur les troupes , et sans lui elles auraient bientôt déserté à Sylla , en haine de Favare et dur Valerius.

Les deux chefis également hautains ne s'accordèrent qu'à éviter le vainqueur de Chéronée et à passer en Asie. A Byzance ils se brouillèrent; Fimbria, menaçant de s'en aller, fut privé de sa charge, et pendant que le consul traversait le Bosphore, il prétendit, par la volonté de l'armée, ôter les faisceaux au propréteur laissé pour la Macédoine , mit en fuite Valerius, revenu pour le punir, le poursuivit jusqu'à Nicomédie, lui coupa la tête, qu'il jeta dans la mer, et prit le commandement des légions. Il eut du succès contre les troupes de Mithridate , poussa ce prince de Pergame jusqu'à Pitane, où il l'assiégea (85). Lucullus , lieutenant de Sylla, croisait alors dans ce parage avec une flotte, qu'à travers beaucoup de dangers il avait heureusement formée en Phénicie, en Pamphilie , à Cypre et à Rhodes. Il refusa de concourir aux succès de Fimbria , et laissa la retraite libre à Mithridate > qui s'enfuit à Mitylène.

Ce prince, menacé maintenant de tous côtés, se résolut à terminer les négociations entamées avec Sylla. Sa domi-

• Cic, ?ro leg. JMan., 7 ; Roûn , 8-20 ; VeIl.,9-16.

466 HISTOIRE nOMAINS.

nation commençait à s'ébranler en Asie par ses proptes tyrannies. Tannée précédente, il avait irrité les Oallo-Orecs, en immolant à ses soupçons plusieurs de leurs tétrarques, avec leurs femmes et leurs enfants, tous réunis à sa cour. Dejotarus , et deux autres échappés , avaient soulevé le pays et chassé ses garnisons. Le sort des habitants de Gfaio, surpris par une insigne perfidie, rançonnés de deux mille tal^ts, puis emmenés captifs, avait souleyé Éphèse et plusieurs autres villes. La crainte que l'exemple ne gagnât Kavait engagé non -seulement à déclarer libres les cités grecques, mais à publier Fabolition des dettes et rafiranchissement des esclaves, pour se faire de nombreux partisans. Tout cela ne le mettait pas à l'abri d'une conspiration , et il venait d'en découvrir une parmi ses courtisans. Déjà 11 avait sondé les dispositions deSylla, auquel Archelaûs avait proposé secrètement de l'argent , des vaisseaux et des troupes contre la faction de Marins, pour la cession de l'Asie. Sylla refusant avec indignation , il se réduisait fi demander au moins la Paphlagonie , ajoutant que Fimbria accorderait davantage. «Fimbria sera bientôt puni, répondit le proconsul. Quoi ! Mithridate résiste , lui que je devrais voir à mes pieds me remercier de ce que je lui laisse la main qui a signé la mort de tant de Romains. »

A la fin , quand le roi se vit attaquer si vivement par Fimbria, et SyUa s'avancer vers FHellespont, il s'humilia, estimant un traité plus sûr avec le plus puissant. Une entrevue eut lieu à Dardanum. Nicomède et Ariobarzane fii* rcnt rétablis, Mithridate relégué dans son royaume, et la flotte romaine accrue de soixante-dix galères.

Pendant toutes ces négociations, Àrcbelaûs était presque toujours resté auprès de Sylla, qui lui témoignait une amitié singulière, comme à un lieutenant ou un collègue : il lui donna môme une terre de dix mille plèthres en Eubée, avec le titre d'allié de la république. Depuis lors , la gloire de

MITHAIDÀTB VAINCU. 467

Chéroaée et d'Orchomène sembla moins pure; on s'étonna moins que ces victoires eussent coûté si peu de s^g aux légions; Arcbelaûs demeura suspect à Mithridate, et ces bruits, démentis par Sy lia dans ses Mémoires, n'en s(hU pas moins demeurés ^

jQ n'y avait plus pour pacifier TÀsie qu'à réduire Fimbria , qui en était le fléau. Les cruautés de ce ravageur tonibèrent principalement sur la petite Uion, qui, depuis si longtemps, subsistait de la gloire d'Homère, et se réclamait auz Romains d'une parenté flatteuse encore pour leur vanité ; Fimbria, raillant là-dessus, extermina les habitant^ par des supplices, pour avoir demandé secours à SyUa, renversa maisons et temples , et fit le tour des ruines , re* gardant s'il restait quelque chose debout. Cet autre désastre de Troie arriva vers la fin de la 173® olympiade *•

Bientôt Fimbria , campé sous les murs de Thyatire, re-çut ordre de remettre ses deux légions à Sylla; sa réponse hautaine n'empêcha pas ses soldats de l'abandonner, et , perdu sans ressource, il se tua (84).

Sylla enfin régla le sort de l'Asie , accorda comme ré compense ou comme dédommagement , une alliance libre aux Lyciens, aux Rhodiens, à ceux de Chio et de Magnésie , punit les défections par des mourtres et une démolition de murailles, et, convoquant à jour fixe les principaux citoyens des villes dans Éphèse, il leur reprocha, du haut de son tribunal, l'ingratitude des Asiatiques pour les bienfaits de Rome, et le meurtre impie des Italiens. Les auteurs de tout le mal étant punis, il fallait cependant un châtiment public ; la clémence romaine accordant quelque chose au nom grec, à l'illustration de l'Asie , à l'ancienne amitié.

• Plat., Lucullus , de 3 à 6 , SyUa , 29, 3o , 3i ; App. , Guerres de MithridaUi Vell. , «-17.

* App. , Guerres de Mithridate,

468 HISTOmB ROMAINE.

il imposait seulement un tribut quintuple ( environ vingt mille talents), outre les frais de la guerre. Il fixa la répartition et le terme des paiements. Les malheureuses villes, épuisées , engageaient aux usuriers leurs théâtres , leurs gymnases , leurs magasins , leurs ports : il fallait encore loger à discrétion les légionnaires, compter à chacun quatre' tétradrachmes par jour, aux officiers cinquante drachmes, avec une robe pour demeurer dans la maison , une autre pour sortir en public, et tenir table pour ces hôtes et leurs amis ; exactions d'autant plus cruelles qu'elles ne préservaient pas des pirates de Gilicie.

Mithridate , ravageant sa conquête comme devant bientôt la perdre, avait lâ,ché la bride à ces corsaires. Lear nombre s'était excessivement accru : ils avaient déjà des flottes, et infestaient non-seulement la navigation , mais les ports et les villes; ils en prirent plusieurs sous les yeux de Sylla, enlevèrent du temple de Samothrace pour mille talents de dépouilles ; mais , soit qu'il voulût laisser cette punition à l'Asie , soit qu'il eût bâte de vaincre ses ennemis, il repassa en Grèce, s'embarqua ensuite àDyrrachium, emportant le titre d'initié et la bibliothèque d' Apellicon de Theos K

* App., Guerres de dii^ridaie; Plat., Sylla, 3a-33.

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