CHAPITRE XXXIIL
FAIBLB88B DE L'ËTAT. — ÂMBITI0TI8 niCEHTAmBS.
Sylla ne souffrait pas plus de résistance aux extrémités de ses États que dans Tltalie* Il avait fait lui-même plusieurs expéditions contre les Thraces (85); il les fil guerroyer encore par Dolabella et Appius, successiTement proconsuls de Macédoine (80-78) : car cette province, entourée de Barbares , n'avait de « frontières marquées que par les épées et les piques*. » S'il n'avait pas voulu retarder son retour en attaquant les pirates, il envoya ensuite contre eux ce môme Dolabella*, le prêteur Thermus, et enfin le proconsul Servilius Vatia (78)» Comme il avait accordé la paix à Mithridate, il n'eut pas plus tôt appris les
* Cic, /nP»on., tS, tg«
■ Cest du moins ce qu'on peut conjecturer de ce passage de Gic, S* I* Verr. : « Posteaquam Cn. Dalabellse provincia Cilicia constituta est. » Le discours contre Pison, 19, indique assez clairement, d'-oillcurs, que la Cilicie n'était pas province romaine avant les dernières conquêtes de Pontpëe.
SBHTORIUS. — LEPIDtS. 487
hostilités nouvelles de Murena, qu'il lui ordonna de s*artéter. Ce lieutenant, désirant le triomphe, excité par Archelaûs, qui fuyait le ressentiment de son maître, avait passé le fleuve Halys (82). Les ordres du dictateur trouvèrent Murena en fuite, le roi de Pont en Cappadoce, et les firent rentrer tous deux dans le devoir*.
Un autre lieutenant, Annius, était arrivé en Espagne presque aussitôt que Sertorius, qui eut à peine le temps de fermer les Pyrénées. La trahison ayant ouvert ce passage, Sertorius fut obligé de s'enfuir en Afrique. Il tenta de revenir avec le secours des pirates qui couraient partout ; îiprès avoir été ballotté sut la mer pendant dix jours par une tempête, il résolut, renonçant à ses desseins, de gagner les îles Atlantiques ou Fortunées, et de se fixer loin de toute tyrannie dans ce délicieux séjour. Ses infidèles alliés le reportèrent en Mauritanie. Là , il rencontra encore tin lieutenant de Sylla, mais il le tua , en réunit les soldats aux siens , et il venait de prendre Tingis d'assaut lorsque les Lusitaniens l'appelèrent à leur tête (80) pour recouvrer leur indépendance*. Il n'avait avec lui que mille neuf cents Romains, et sept cents Afi'icains ; il leva en Lusitanie quatre mille hommes de pied et sept cents cavaliers; vingt villes seulement se déclarèrent en sa faveur (80) : ce ftit assez pour recommencer la guerre et pour battre quatre généraux qui disposaient de plus de cent vingt mille hommes et de presque tout le pays. Sylla chargea Metellus (79) rfabattre cette résistance; il n'en put voir la fin.
A peine Sylla fut-il mort , que l'ancienne turbulence se releva; les deux consuls revinrent de ses funérailles en se disant des injures. Lepidus prétendait ranimer le parti de Marins, restituer aux Italiens leurs terres confisquées, et
• Appien , Guerres de Mithridate.
■ Plut., 5ere.. de 6 à n.
488 HISTOIRE ROXAINE.
casser les actes du dictateur. « Ce n'eût pas été mal si la chose eût pu se faire sans un grand désastre. Rappeler les proscrits, n'était-ce pas rappeler la guerre? La reprise de conûscations injustes, mais légales , eût ébranlé de noaveau la cité à peine remise. Il convenait de laisser reposer à tout prix la république malade et blessée , de peur que le remède ne rouvrit la blessure ^ i> Gatulus tenant tête à son collègue, le sénat, qui n'avait plus de force, obtint d'eux, par prière, un serment de ne point prendre les armes. Lepidus continua ses harangues séditieuses, et, se regardant comme dégagé de sa parole à la fin de l'année, il fit des levées avec le secours de D. Brutus et de Perpaina. Catulus, nommé proconsul et soutenu de Pompée, l'attendit au pont Milvius (77); défait au premier choc, déclaré ennemi public et chassé de l'Ëtrurie, Lepidus alla mourir de chagrin en Sardaigne. Pompée poursuivit les débris du parti en Cisalpine, où il vengea la mort de son ancien beau-père, Ântistius, parcelle de Brutus, quoique celui-<;i , assiégé dans Mutina , ne se fût rendu que sous promesse de la vie.
Le jeune César reparut; depuis qu'on avait obtenu sa liberté de Sylla, il avait passé quelque temps à la cour de Nicomède, servi sous Thermus et Servilius, et mérité une couronne civique : arrivé en Italie, il avait reçu des offres et des sollicitations pressantes de Lepidus; mais a il trouva l'homme et la circonstance au-dessous de ce qu'il pensait, » et se contenta de négocier une amnistie quand ce parti fut vaincu; les vainqueurs n'en demandèrent pas davantage'. Néanmoins on pourvut à la tranquillité de l'avenir par la loi du tribun Plautius , qui menaçait de l'exil quiconque attenterait par conspiration ou violence à la repu-
« Florut, S-s4.
* Appv Vjuifvktetf, i; Fieras, 3-*4; Plat., Pomp,, 23, 24;Suét., César, 5,.f«