LUCULLUS. — SPARTACUS
gions, une armée considérable. Un des réfugiés , d^lntelligence avec lui , avait fait espérer à Mitliridate la défection des légions fimbriancs , qui avaient quelque temps servi sous Sertorius. Dans celte attente , Tunique défilé où Ton pouvait arrêter LucuUus étant resté libre, le consul en profita, et, se portant sur des hauteurs, en vue de Cyzique, n'eut plus qu'à enlever de tous côtés les vivres qui arrivaient à l'ennemi. En effet, la famine obligea le roi à renvoyer Une partie de ses troupes ; Lucullus en fit utî grand carnage sur les bords de Rhyndacus CÎS). Quand la îetraite devint indispensable , le reste de l'armée barbare fut tailW en pièces près du Graniqiie, et le roi, s'enfuyailt par mer, n'échappa à la négligence du lieutenant Voconius que pour voir sa flotte submergée ou fracassée paf la tempôte K
Une autre flotte ennemie cinglait cependant vers Lemnos, et portait en Italie les soldats et le lieutenant de Seftodus. Lucullus accourut à temps , et Une troisième victdîre lui livra ptisonnierM. Varius, qu*il niit â mort comme Uti rebelle *. Cette victoire , 6ti apparence la moins glorieuse ^ sauvait la république du péril le plus pressant et le plus imprévu.
Un certain Lentulus fiâtiattls exerçait â Capoue, âU métier de gladiateurs , des esclaveë gaulois et thraceS. Ces malheureux , toujours étroitement renfermés par la dureté de leur maître * , avaietlt continuellement devant les yeuï le sort qui les attendait. Lorsqu'aux heures du i*épîls ils mangeaient tristement la nourriture grossière qui leUi* était distribuée, leur pensée tetombait plus sombi*e ericofe sur les souvenirs de la patrie et sur la honte sanglante de l'am-
» vint., LucttUt ùe 12 à 19; App;,E|U^., i; Florusj 3-a3; Cic, Piv leg, Manil.j 8, Pro Murena , i5.
* \*\ut. y Lîicullus t 18; Gic, Proleg, Manil.^ 8. 3 Plut., Crassus, 9.
phithéâtre. Mais s'il se trouvait parmi eux quelque caractère élevé, un de ces courages au-dessus du vulgaire, son indignation, dans ces entretiens amers, devait communiquer quelque énergie à leur douleur. Puisqu'il fallait combattre et mourir, ne valait-il pas mieux combattre et mourir pour leur délivrance que pour l'amusement d'un peuple superbe et cruel? Sans doute, plus d'une fois Spartacus leur fit entendre ce langage; il avait déjà lui-même para dans l'arène. Thrace de nation, il servit d'abord la république comme mercenaire; ensuite déserteur, il avait essayé une vie indépendante les armes à la main. Repris comine brigand, on en avait fait, en considération de sa force, un gladiateur. Cette ame peu commune ne pouvait supporter sa destinée. Soixante -dix de ses compagnons résolurent de tenter avec lui la fortune, s'échappèrent de Capoue (To), enlevèrent des couperets et des broches chez un rôtisseur, et bientôt ayant rencontré des épées d'escrime chaînées sur des charriots, ils s'en saisirent. Recueillant de tous côtés d'autres fugitifs, ils se fortifièrent sur le Vésuve, d'oii ils allaient piller les environs *.
Ainsi avait commencé Rome. Les Romains, qui ne prétendaient pas qu'on recommençât leur histoire si tard et si près d'eux , oublièrent trop cependant quel avantage ils avaient autrefois tiré du mépris de leurs voisins ; ils crurent suffisant d'envoyer un préteur et trois mille hommes. Les gladiateurs, du haut de leurs rochers, voyant le seul chemin de leur fort occupé , se glissèrent le long des sinuosités , à l'aide de sarments sauvages attachés comme des cordes , et tout d'un temps tombèrent sur les assiégeants qu'ils mirent en fuite. Spartacus défit encore après Clodius, le lieutenant, puis le collègue de Varinus Glaber, puis Varinus lui-même, auquel il prit son cheval et ses
• Plut., rra5j., 9; App., E^^., i ;Floriis, 8-21 ; VelU, 2-22,
5PARTÀCUS. iD7
insignes, et il demeura maître de toute Tltalie méridionale.
Tous ces succès lui donnaient à mesure de nouveaux soldats, des pâtres robustes et agiles dont il fit ses troupes légères, un grand nombre de gladiateurs et même d'hommes libres réduits à la misère par les récentes confiscations. Ainsi ce brigandage devint une guerre périlleuse ; ce fut, comme celle d'Espagne, «un héritage des prlDscriptions de Sylla. »
Spartacus, en effet, pouvait prendre, aussi bien que Sertorius, le titre de préteur; il avait soixante-dix mille combattants. Campé près de Thurium , il forma une armée régulière , une cavalerie , fit ^briquer en hâte des boucliers d'osier et de cuir, des épées et des javelots avec le fer retrempé des chaînes d'esclavage ^ Les deux consuls de l'année 72 ne purent se dispenser de marcher. Une malheureuse jalousie de nation et de commandement divisait déjà des forces si redoutables. Les Germains et Crixus voulurent agir seuls; ils furent taiUés en pièces par le consul Gellius, vers le mont Gargan.
Spartacus ne s'était pas fait illusion sur le nombre de ses soldats et sur ses victoires , et, n'espérant pas renverser la puissance romaine, il se dirigeait vers les Alp^ , d'où chacun pourrait regagner libre son pays. Prévenu par le consul Lentulus qui lui coupait le chemin , il revient sur Gellius qui le poursuivait, le met en déroute, retourne sur l'autre et le défait également. Alors , pour venger ses anciennes humiliations , il força trois cents prisonniers romains à combattre en gladiateurs aux funérailles de Crixus. Ensuite, réunissant tous ses insurgés au nombre de cent vingt mille, après avoir massacré tous les captifs , brûlé tous ses bagages pour aller plus vite, il se dirige sur Rome, repoussant avec une fierté singulière les nombreux transfu-
* Florus, 3-ai : « Fcrro ci^astulonim. »
498 HISTOIHE ROMAINE.
ges qui ô'dffralent à lui. Les deux Congulâ l'âttaqtièfétit ensemble dans le Picenum et furent encore complètement vaincus.
Cependatit il jugea son nouveau projet inexécutable avec cet amas indocile de pillards détestés en Italie ; et comme ils refusaient d*en sortir, renonçant, malgré lui, à son premier plan, il redescendit vers le Midi, d'où il jetterait des troupes en Sicile afin d'y soulever de nouveau les esclaves.
Èti de telles cii'constances , la défaite de M. Varius à Lonlnos fUt un grand bonheur poUf les Romains, tin troisième parti en Italie eût peut-être causé leur ruine, et n'aurait pu du moins , ôaiis de grands désastres , apporter une diversion utile à Sertotius. La situation de cet habile capitaine avait bien changé. Lucullus , dans la crainte de voir ses espérances de gloire traversées par un rival , avait pressé le sénat d'envoyer à Pompée l'argent qu'il demandait, afin qu'il ne revînt pas si tôt*. Pompée était donc demeuré en Espagne avec Metellus ; tous deux avaient recommencé les hostilités , et l'on ne remarquait plus du côté de Sertorlus la môme activité ou le même bonheur *. Sertorius, en éiîet, rencontrait maintenant près de lui des difiBcultés plus grandes que les talents de ses deux adversaires. Dès que ses sénateurs et ses généraux crurent la victoire assurée , ils regardèrent avec envie sa supériorité et son commandement. Perpenna, que ses propres soldats avaient réduit à une autorité secondaire, ne dissimulait plus sa jalousie et l'inspirait à tous les autres. « A quoi leur servait-il d'avoir refusé l'obéissance à Sylla, pour être les satellites de la fuite de Sertorius , pour souffrir les mêmes injures ,
* Plut., l4<Cttf.,8.
* App., £^^., !• Cet historien , qai abrège et détaille à raventure , i«pi^ sente toiit-h-coup Sertorius, dans ses deroières années, comme honteusemciit cluiD{<é. Le récit dePlatarque est plus complet et plus vniiscmblaLJe.