‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 16 sur 102 · II · texte numérisé non relu

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qui lui étaient si dévoués , et il l'emporta (60). Dès lors les chevaliers se séparèrent ; ainsi une seule année renversa les deux appuis de la république ^

« Metellus Celer fut un très-bon consul , » moins favorable à Pompée qu'on ne Teût pensé, et, pour Afranius, sa lâche incapacité ne servait qu'à déshonorer son ancien protecteiu*. Le héros de TAsie, dans sa querelle avec Lucullus, ne fut point soutenu; chacun demandait la ratitication de ses actes ; Gaton ût prévaloir la cause plus juste de Lucullus dans le sénat. Pompée résolut de s'adresser au peuple et de préparer les voies par une loi agraire, que proposa le tribun Flavius : il rencontra la même opposition ; Cicéron seul appuyait avec une modification , afin de ne déplaire à personne. Metellus Celer ne cédant pas, fut arrêté par l'ordre de Flavius. Le sénat suivait le consul dans la prison pour y délibérer ; Flavius plaça son siège devant la porte. Pompée voyant le mauvais elTet de celte violence , fit dire à Flavius de se retirer. On vit alors le tort qu'on avait eu de mécontenter les chevaliers : pendant ce débat , ils se tinrent à l'écart ; « aucun d'eux ne souffla , » tandis que sous le fameux consulat et depuis , « ils avaient coutume de défendre la république dans les séditions*. »

Un bruit de guerre en Gaule, les Séquanais battus par les Éduens alliés de Rome, et les incursions des Helvétiens, refroidirent celte affaire de Fomm ; on s'occupa d'envoyer des députés aux villes gauloises.

Une intrigue en apparence de peu d'intérêt inquiétait davantage Cicéron. Pour arriver au tribunal, Clodius sollicitait les tribuns de porter une loi qui admît les patriciens

» Cic, A Jlt., i-»7, i8, a-i , /t QtiintiiSt '-î«

• Plat., LtictU; 60, Cat.fZ6, Poinp.^ 48; Dion, 37-49! Cic.,^ Au., 1-18 ,

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à cette charge ; sur leur refus, il résolut d'abjurer sa noblesse *. Un misérable tribun , Herennius , avait entrepris de le fitire entrer dans une famille plébéienne; uïie assemblée curiate , qu'il n'avait pas le droit de convoquer, étant nécessaire , il voulait y suppléer par des comices de tribus. Celer appuyait par manière d'acquit seulement, car il s'était réconcilié avec Cicéron ainsi que Mctcllus Nepos ; et Glodia, femme de Celer, autre digne sœur deCIodius, en guerre ouverte avec son mari qu'elle finit par empoisonner, devait lui inspirer peu de zèle pour un tel beau-frère. n ne fut pas fâché de la résistance de plusieurs tribuns. Cependant Clodius ne dissimula plus son intention de parvenir au tribunat, malgré toutes les plaisanteries de Cicéron, qu'il comptait bien lui foire payer un jour*.

Le glorieux consulaire, au milieu de ces saillies, ne pouvait se défendre de tristes pressentiments, et jugeait assez bien la situation présente des affaires et la sienne même. Le sénat lui semblait encore un aréopage ; mais parmi la noblesse , il ne voyait pas même l'ombre d'un citoyen {r^xtvtKêt ifMf iuJ* liAp); celui qui eût pu l'être. Pompée, se contentait « d'étaler en silence sa robe triomphale; v Crassus n'était pas capable dé dire un seul lïiôi contre ceux qui avaient du crédit ; les autres, ces tritons, amoureux de leurs viviers, mettaient leur brfnheur et leur gloire à posséder de vieux barbeaux qui venaient manger dans la main, et ne se souciaient nullement des alïUires publiques. Caton seul tenait bon , mais avec plus d'intégrité et de fermeté que d'habileté et de prudence. Dans les meilleures intentions du monde, et malgré tout son zèle, il gâtait souvent les choses ; <c car il opinait comme dans la république de Platon et non comme dans la lie de llomulus. n Que n'a-

* Dion y 37-5 1.

^Cie.y A Au., t-18, 19» s-i, Utt.fam,j &-!,*, ), 4<

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vait-on pas à craindre par conséquent d'une populace misérable, afTamée, sangsue avide de harangues et d'argent * ? Que faire désormais? De quel poids pouvaient être les anciens services de Cicéron? Quelle ressource lui restait -il pour TËtat et pour lui, sans gloire militaire, sans soldats? La mort de Catulus le laissait maintenant sans appui et sans secx)nd dans la voie aristocratique. 11 commença donc de songer un peu plus à ses intérêts ; il avait sout^u la demande des chevaliers, il adoucit par des manières agréables cette jeunesse dissolue qu'on avait si animée contre lui : en appuyant la rogation Flavia, sans offenser les riches propriétaires, il avait su contenter la multitude, et il recevait toigours dans les jeux publics des applaudissements sans un seul sifflet. Il se rapprocha un peu plus de Pompée, jusque-là silencieux sur la célèbre année, et ramena même à déclarer plusieurs fois en plein sénat qu'on était « redevable à Cicéron du salut de TËlat, c'est-à-dire de l'univers. » 11 n'y gagna guère que de faire appeler Pompée Gneus Cicéron. D'ailleurs il s'en défiait toujours, et ne trouvait en lui ni honnêteté, ni franchise, ni noblesse dans ce qui regardait le gouvernement, ni élévation, ni courage, ni liberté*; il disait même déjà : « Je n'aime pas plus ses « bottes que les bandelettes blanches de sa jambe *. » Pompée, en effet , non moins irrité que tous les chevaliers des tracasseries continuelles de Caton , qui avait empêché la sanction de ses actes en Asie , ne voulait que prévenir un autre embarras en caressant le grand orateur, et n'attendait que le moment de reprendre ses avantages.

« C\c,,JJH., i-i6, i8, a-i,

• Cic, À AU., 1-1 3, «6, ig, »o. Il désigm aouTent Pompée dans m< lefCret à AtiicDS par les noms d'£)>icrafe, Sampsicemmut ^ Alabarchis , Bitromly^ marins y Megabocchus^ a-3, 8, 9, 17.

* Cic, J Au. , a-3. Allusion au mot de Faronius : Qu'importe oà il attache le lUadême ? Celle plaisanterie a paru froide à Val. Maxime et à Amm. Blarccllin ; Cicéron n'en jugeait pas ainsi.

pauiiBE TRiumriftÀT. 65

César avait quitté r Espagne sans attendre de successeur ; les Lusitaniens et les Callaîciens étaient définitivement soumis par ses armes, la tranquillité de la province assurée par une habile administration ; ses soldats, enrichis, Tavaient salué à son départ du titre d'tmperator, et il revenait riche lui-même ^ On annonçait dès Tannée précédente sa prétention au consulat, et celle de Bibulus, son ancien collègue d'édilité. En arrivant aux portes de Rome, il demanda en outre le triomphe, deux choses incompatibles, les comices étant déjà indiqués ; aussi Gaton s*y opposa. César aima mieux renoncer au triomphe qu*à la candidature, entra dans la ville pour postuler, et entreprit d^abord de réconcilier Pompée et Crassus, coup habile qui prévenait toute difficulté , et réunissait pour lui la puissance de ces deux hommes. Tout le monde fut dupe de cette démarche, excepté Caton, qui pensa dès lors que leur amitié serait plus funeste à la patrie que leurs dissensions. Cette amitié , en effet , forma le premier triumvirat (60). On la regarda bientôt avec défiance, quand on vit César solliciter et payer des suffrages pour Lucceius, qu*il préférait à Bibulus. L'aristocratie, effrayée, soutint celui -ci par le même moyen et se cotisa pour le faire élire. Caton se rangea de cet avis , et le sénat ne décerna pour provinces consulaires que les bois et les pâturages à surveiller. Impuissantes précautions, dont tout le succès se borna à foire élire Bibulus avec César.

Ce fut alors que Metellus Nepos, partisan déclaré de César, proposa, en qualité de préteur, Tabolition des douanes en Italie. Le sénat essaya d'enlever cette popularité , en présentant la même proposition par un autre magistrat; il échoua , et applaudit du moins pour en affaiblir le mérite en le partageant. On ne parla plus de la loi Flavia; le nou-

* Plnt., Ofjar, 19; Dion, 37*Si; Su^C, César, (4.

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