‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 17 sur 102 · CHAPITRE XXXVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIll

coiisvuT PB ctsAE. — Bxa DE acÉao^.

l^'abord {^) César institua que des actes jouvnaliers du peupk) comme du sénat fussent dressés et publiés (espèce de ioumaux). Ensuite il termina Tadoption plébéieiuoie de Oûdius, pour arrêter d'avance Topposition que C^çéron annonça, imprudemment au nouveau consulat. L'illustre orateur, plaidant pour son ancien collègue Antoniua, parla des alïaires de FÊtat ; ceci rapporté à César, Tadoption fut conclue en trois heures le jour môme, quand les règles ordinaires exigeaient vingt-sept joura, et la publication préalable dans trois marchés. Les formalités religieuses furent remplies à la bâte ; Pompée y ût oOtce d'augure , et un plébéien de yingt ans , qui eût pu ôtre le fils de Clodius , adopta ce patricien, qui eut soin de se faire émanciper aussitôt p<iur ne pas rester sous la puissance de cette bisarre liatemité. Afin qu'il n'y manquât aucune irrégularité, on ne lint pas plus comple de Bibulus, déclarant qu'il observait le ciel, ri une loi curialc tiar..-i:rtssa (reniMce luutts

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les formes législatives les plus indispensables K Après cela se déroula tout ce que préparait le législateur : ratification des actes de Pompée, le prix du traité secret; rabais d*un tiers sur les fermes d*Asie pour gagner les cbevaliers , naguère si hostiles ; légitimité reconnue de^Ptolémée-Auletès, que César voulait dépouiller quelques années auparavant, mais qui lui donnait maintenant six mille talents *.

La part du peuple , la loi agraire depuis longtemps annoncée, ne se fit pas attendre. Satisfait de ravoir proposée, le consul en remettait entièrement l'exécution à vingt corn* raissaires; il est vrai qu'il se réservait de les choisir. D'ailleurs , il effacerait tout ce qui déplairait aux sénateurs ; mais la loi même déplaisait à tous ceux qui n'étaient point du parti triumviral , surtout par la manière adroite dont elle était dressée , et qui ne donnait point de prise. Caton opina le premier, et dit : « Je ne crains pas tant le partage des terres que la récompense qui en sera demandée au peuple. » La délibération ainsi commencée, fut vive; César, impatienté, fait saisir l'opiniâtre disputeur, et l'envoie en prison. Caton y va parlant toujours contre la loi ; Petreius le suit en criant au consul : « J'aime mieux être en prison avec Caton qu'ici avec toi. » Cette violence n'étant pas approuvée du peuple , César dépêcha un tribun pour intervenir. En même temps , il déclara aux sénateurs qu'il les avait pris pour juges et pour maîtres de la loi , afin de corriger ce qui ne leur conviendrait pas ; mais puisqu'ils refusaient leur vote, c'était le peuple qui déciderait. Depuis ce temps , il ne communiqua plus rien au sénat, et ne s'adressa plus qu'au peuple. Dans l'assemblée convoquée , il

> Cic, Prodomo,âe i3k i6^A AU,, î-io.

• Cic, A AtLf a , de 4 à 16 ; G^sar, De belL ci«,f 3*107 1 ***^ i Suëc., César, 90 . 54 ; Appien , EfA^», a* Les lettres de Cic<îron peuvent seules guider le nîrit à travers la confuse et inexacte diversité de Plularquc, d' Appien et de Dion Ca<tsius*

CÉSAR CONSUL. (tO

affecta cependant de demander encore aux grands leur avis en présence de la multitude, dont il pensait bien qu'ils auraient peur. Bibulus témoigna son opposition à toute noa« Teauté. Son artificieux collègue se mit à le supplier, invitant le peuple à faire de môme : « Vous aurez cette loi » s'il le veut. » Bibulus cria de son côté : « Vous ne Taurez pas de cette année, quand vous la demanderiez tous, n

César rayant ainsi compromis, une autre scène succéda. Il appela Pompée et Grassus pour montrer son union avec eux : tous deux ayant approuvé la loi , il demanda à Pompée s'il ne la défendrait pas contre les adversaires, et engagea le peuple à le demander aussi. Pompée, fier d'entendre le peuple et le consul invoquer son secours, tout simple particulier qu'il était, se vanta beaucoup, et protesta que si on attaquait avec l'épée, il défendrait avec l'épée et le bouclier. Tous les bons citoyens, cboqués de cette jactance de jeune bomme, jugèrent néanmoins la résistance inutile. Crassus n'était pas moins zélé pour la loi. César, après ces préliminaires , s'empara tout-à-fait de Pompée, en lui donnant inopinément en mariage sa fille Julia , dont il rompit les fiançailles déjà faites avec un Cœpion ; lui-môme ii devint gendre de Calpumius Pison , qu^il destinait avec Gabinius au procbain consulat. Aussi Gat<Hi ne cessait de répéter qu'on acbetait le pouvoir par des mariages, et qu'en trafiquant des femmes , on se donnait mutuellemwt les provinces, les armées et les cbarges.

Bibulus vint à bout de retarder l'époque des élections , et , au jour indiqué pour le vote de la loi , il résolut de lutter encore, appuyé de Caton, de Lucullus, des trois tribuns et d'un petit nombre d'amis. Il reçut en cbemin un panier plein de fiimier sur la tète. Quoique le Forum fût couvert d'une multitude d'hommes armés, il eut le courage d'avancer jusqu'à la tribune, où son collègue haranguait. Il déclare dé nouveau qu'il s'oppose, qu'il observe le ciel ;

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raltercation se prolongeant, leluinulte éclate ; une git^lo de pierres et de tmits disperse les opposants ; deux tiibuns sont blessés, on brise les faisceaux de Bibulus, on le renverse lui-même à terre ; toujours intrépide , il tendait la gorge en criant : « Tuez ; si je ne puis persuader à César d'être juste, au moins je le rendrai criminel et odieux par ma mort. » Ses amis parviennent à le dégager et remmènent dans un temple voisin. Lucullus saisi est obligé de demander grâce. Cependant Caton, de ses robustes bras, s'ouvrant un passage au milieu de la foule, qui le repousse en vain, monte à la tribune, et exhale son indignation ; on ren arrache, on Tentralne hors du Forum : il revient par un autre côté, reprend sa harangue interrompue, invective contre César; il est entraîné une seconde fois. Le combat fmi, la loi passa.

Le lendemain, Bibulus, dans Tintention de la casser, reparut sur son tribunal ; mais nul appui autour de lui , tout restait en repos sous la crainte de la multitude; alors il déclara fériés tous les jours qui suivraient , jusqu'à la fin de son consulat , c'est-à-dire plus de huit mois ; puis , il rentra chez lui, pour n'en plus sortir pendant tout ce temps. Il envoyait avertir son collègue à chaque nouvel acte, que c'était jour férié, et qu'on ne pouvait rien faire légalement. Les plaisants désignèrent cette année (5i)) par le consulat de Caius et de Julius César K

Que devenait Cicéron au milieu de cet événement? « Il fallait ou résister à la loi agraire, une bataille à soutenir mais pleine de gloire , ou se tenir en repos et s'en aller dans ses villir, ou appuyer la loi. César s'attendait d'abord à cet appui ; du moins, de bonne heure, il avait assuré qu'il

» Plut., César, 14, f5, Pomp., 49, 5o, lue, 60, Cat, ttUt, 37 , M ; Suél., Césary ao, 11 ; Appien, £/u^., a j Dion, 38 , de 1 à 8 ; Ctc, A Âtt., a, de 3 à 17 » /n F'atin.,tf

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