‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 20 sur 102 · CLODIUS TRIBUN · texte numérisé non relu

CLODIUS TRIBUN

racha les degrés, devint une espèce d'arsenal et de forteresse inaccessible. Une bande de scélérats , étrangers ou esclaves , y tenaient garnison ; la populace accourait avec cette protection sur le Forum , dès que Clodius ordonnait de fermer les boutiques , et les plus honnêtes citoyens n'osant plus 86 risquer, les lois s'enlevaient rapidement. Le séditieux tribun décréta de cette manière qu'il serait distribué du blé gratuitement , ce qui emporta le cinquième des revenus publics ; que l'intervention d'un tribun n'empêcherait point un plébiscite; que nul citoyen ne pourrait être dégradé sans avoir été accusé devant les censeurs, et sans une condamnation prononcée par ces deux magistrats. Il se hâta aussi de payer aux deux consuls le salaire convenu de leur concours à sa prochaine vengeance, et, en dépit de Tordre assigné par le sort, en dépit du sénat, des lois Sempronia et Julia, il décerna la Macédoine à Pison , en y ajoutant toute la Grèce, jusque-là traitée comme alliée, quoique sujette, et à Gabinius la Syrie, avec des pouvoirs illimités ; tous deux eurent le droit , en outre , de prendre sur le trésor, même sur l'argent destiné à l'achat des terres, pour lever leurs légions.

On ne savait encore bien clairement à quoi tendaient toutes ces nouveautés. Il n'y eut plus de doute lorsque Clodius manda Caton pour le charger extraordinairement d'enlever Cypre au Ptolémée qui régnait dans cette lie. C'était une impudente spoliation envers un prince et une famille de tout temps alliés et amis du peuple romain. Mais l'intrépide Caton gênait les triumvirs et surtout le tribun , qui rappelait «le bourreau des citoyens, » l'auteur des supplias sans jugement , et qui avait songé d'abord à l'assassiner. Ils avaient à la fm imaginé plus adroitement cette faveur pour le reléguer en Cypre, du moins durant toute cette année. Clodius lui dit donc : a Beaucoup de gens sollicitent cette mission ; je t'en crois seul digne , et je me fais un

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plaisir de te la conférer. » Caton se récria que c*était un piège et une injure plutôt qu'une grâce. « Eh bien ! reprit Glodius d*un ton de mépris , puisque tu ne veux pas y aller de gré, tu iras de force. » Aussitôt un plébiscite ordonna, sans nul prétexte, de « mettre en vente le Ptolémée et tous ses biens. » De peur que Caton ne revint trop vite, la loi ajouta pour second office de rétablir les bannis de Byzance; et, comme si c'eût été chose facile que de s'emparer d'une nation et d'un prince qu'on jetait dans le désespoir, Caton ne reçut ni vaisseaux , ni troupes , ni officiers publics , mais seulement deux scribes, l'un client de Clodius, Tautre scélérat connu. Contraint d'obéir , il exhorta Cicéron avant de partir d'épargner à la patrie de nouveaux troubles, et de la sauver une seconde fois en s'éloignant lui-môme pour un temps ^

Cicéron attendit encore , quoique déjà tourné de toutes parts; il avait résolu de combattre, et il se mit en défense dès que l'ennemi fit une marche plus directe vei^ lui. En effet, un nouveau plébiscite Fattaqua bientôt, en portant peine d'exil contre les magistrats qui avaient mis à mort des citoyens romains sans l'ordre du peuple. Il prit alors le deuil , le sénat en fit autant , ainsi que vingt mille citoyens, les chevaliers surtout. Ce fut une faute peutêtre : cette menace le regardait moins que le sénat , dont il n'avait fait qu'exécuter les ordres conti*e les complices de Catilina. Cette démonstration, soutenue du mouvement que se donnaient les Italiens en faveur de Cicéron , inquiéta le peuple de Rome pour toutes les lois Clodiennes, et lui en fit appréhender par suite l'abrogation.

Le plébiscite adopté, Clodius, enfin au but de ses manœuvres, lança tout-à-coup une loi personnelle {privile-

■ Rotin, 8-is, 7,5,8; DroQ, 38-i3; Cic.« /m Pison.,5^ lo, Mi ^6, Pro domOf 9, 3 1, a 3, 8, so, s5, Pro Srxt., 44 et passim ; Plut., CoL, Z9,

sxa DB acÉRON. 81

gium), proposition illégale, contraire aux Douze Tables, et (Ipnt il n^existait point encore d'exemple. L'exil y était demandé con1i*e M. TuUius, « attendu qu'il avait produit un faux sénatus-consulte » au sujet des coi^urés. L'affliction et le zèle des bons citoyens redoubla à Rome et dans l'Italie pour le consulaire menacé. Mais la tourbe payée, le poursuivant d'insultes, de pierres et de boue, l'empochait de solliciter le peuple. L'élégant Gabinius repoussa dédaigneusement les supplications des sénateurs et de l'ordre équestre, exila même pour ce fait, de sa seule autorité, un uElius, chevalier. Les deux consuls cassèrent par une ordonnance le sénatus-consulte qui prescrivait le deuil public, et les satellites du tribun écartaient du Forum, à coups de pierres, tous les gens de bien.

Cependant on affectait de procéder selon les formes, on délibérait en comices, tenus hors du Pomœrium, afm que Cci'arpût y assister. L'impartial proconsul, tout en désapprouvant cette loi rétroactive , « ne pouvait nier qu'il blàmàt la mort de Lentulus;» l'ignoble Pison protestait à son tour, avec une a contorsion de gravité , que la cruauté ne lui plaisait pas. » C'était le moment pour Pompée de remplir tant de promesses, et il ne se montrait pas; enchaîné par l'allimce triumvirale, honteux de faillir au grand orateur, qui Tavait tant vanté en toutes circonstances, il s'alla cacher dans sa villa, et se déroba môme aux supplications du malheureux consulaire, quand celui-ci vint l'y chercher. L'unique ressource était de résister par la force à rémeute, de faire couler le sang romain , de ranimer les discordes civiles; et quel en serait le succès? Car Clodius se vantait d'avoir à sa disposition l'armée de César. Cicéron prit donc le parti de prévenir la loi et sortit de Rome , accablé de douleur , à la fin de mars ; il reçut à Vibo-Valentia, dans leBrutium , le décret qui Texilait à quatre cents milles de l'Italie , avec défense de parler de rappel pour lui.

82 niSTÛIRB EOMÀim.

Il passa de Brundusium en Grèce^ Quand César fut sûr que Cicéron sérail banni, il partit pour la Gaule, où sa présence devenait indispensable.'

* Aofin , 8-8 ; VcU., a-sg; App., £^^., s ; Dion , -V-i 6 , 17 ; Plat., dc.^ 40 , 4 > i 4' • C'<^'» ^ -^'^i 3 * 5 1 ' . 3, Pro domo, 17, 19,/» Piton., 6, 7, 8, 10 , 3i , LeU.fàmiLt t-9, -^ Lentulns, Philipp.^ a-5.

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