‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 23 sur 102 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

GUBRRB DB8 ÛAULBS, DEUXIÈME PARTIE.

Cependant Tarmée romaine était affaiblie ; César demanda deux k^gions à Pompée, et en leva une troisième par ses lieutenants en Cisalpine, n importait à Thonneur et aux intérôls de Rome que les pertes fussent prompt ement n^parées. Les victoires récentes n'avaient point rétabli la soumission. Les Tréviriens se liguaient avec Âmbiorix, et les Sénones avec les Carnutes ; on appelait encore les Germains. César tomba d'abord sur le pays des Norviens (55); puis, les trois autres peuplades n'ayant pas paru à rassemblée générale, il la déclara désormais transférée chez les Parisiens , marcha contre les Sénones, cjui demandèrent grâce, ainsi que les Carnutes. Alors il fait des levées de cavalerie , va battre les Belges du Nord , qui venaient soutenir Ambiorix, pendant que Labienus défait les Tréviriens. Les Germains,. découragés, retournent sur leurs pas : César jette encore un pont sur le Rhin. Quand il sut que les Sucves ne voulaient pas s'avancer au combat , il ne de-

CfiSAB BN GAULB. 99

meura pas plus longtemps au-delà du fleuve ; mais, afm de les tenir en respect, il ne coupa que rextrémito du pont et y laissa un poste fortifié. Les deux chefs éburons, surpris ensuite, ne purent résister ; tous leurs guerriers se réfugièrent dans les Ardennes , dans les marais ou dans les lies de rOcéan voisin; le vieux Cativulcus, désespéré, s*empoisonna.

Q. Gioéron fût laissé à la garde du bagage et des malades, dans Fancien camp de Cotta et de Sabinus, avec une légion; les autres, partagées en trois corps, continuèrent la recherche des fiiyards , avec Labienus du côté de la mer, avec TrelxHiius vers la ville des Atuatiques ; César se dirigea lui-même vers TEscaut et l'extrémité des Ardennes , où Ambiorix, disaitron, s*était retiré. Il y avait danger, toutefois , à écarter les troupes dans un pays couvert et marécageux ; il appela donc au pillage toutes les tribus de la frontière. A cette nouvelle, les Sicambres franchissent le Rhin pour prendre leur part , et tout-à-coup , apprenant qu'ils n'étaient qu'à trois lieues du camp et de tout le bagage de Tarmée, se précipitent de ce côté; ils arrivent avant d'être. A vus cause d'un bois qui cachait leur marche. Malgré la terreur de cet assaut inopiné, ils ne purent forcer l'entrée, se vengèrent sur une malheureuse troupe de fourrageurs, allèrent reprendre leur butin caché dans les forôts , et retournèrent en Germanie. César admira ce jeu de la îfbrtune, que ces Barbares, venus pour ravager les terres d' Ambiorix , eussent offert à Ambiorix l'occasion la plus désirée. La dévastation lut entière chez les Eburons ; on détruisit toutes les bourgades, tous les édifices , toutes les récoltes, et ce qui avait survécu des habitants ne pouvait plus trouver de quoi subsister après la retraite du vainqueur. On cherchait de toute pari Ambiorix ; nul ne vint à bout de le découvrir (53). Endn César, ayant ramené son armée au pays des Rémi, convoc|ua une asscm-

100 HISTOmB ROMAINS.

blée de la Gaule, pour informer contre la conspiration des Camutes et des Sénones , condamna et livra au supplice le Sénone Accon , qui en était Fauteur ^

Ce supplice , plus que tant de combats et de carnage , fit sentir la pesanteur de la domination romaine. Il était bruit de troubles qui agitaient Rome et qui retenaient César en Italie (52) : le cbagrin devint plus libre et plus bardi. Les chefs de la Gaule , se réunissant dans les bois en secret , se plaignaient de la mort d' Accon : le même sort les m^acait tous, et toute la Gaule souffrait ; quelqu'un devait se dévouer à donner le signal de Tafirancbissement: avant tout, ils convinrent de fermer le retour au proconsul. Les Camutes offrirent de commencer ; et , comme on eût trahi le projet par un échange d'otages , on jura sur les étendards. Au jour convenu , tous les Romains furent massacrés à Gr^abum (Orléans). L'avis d'un événement important, chez les Gaulois , se communiquait par des cris répétés de proche en proche, à travers les campagnes :. ainsi , ce massacre, fait au lever du soleil dans Genabum, fut connu le soir même, dès la première veille, chez les Arvernes, à quarante lieues. Là , le jeune Yercingetorix , un des plus puissants, assembla ses clients ; les autres chefs le chassèrent de Gergovia (Clermont-Ferrand). Il ramassa tous les hommes sans ressource dans la campagne ; beaucoup de citoyens se joignirent même à lui , et , bientôt maître de la cité avec le titre de roi , il envoya des députés chez toutes les tribus de la Gaule, pour leur rappeler leurs promesses. Sénones, Parisiens, Pictones, Cadurques, Turones, Aulerques, Lemovices, Andes, tous les chefs militaires reconnurent son autorité, lui donnèrent des otages, lui préparèrent des armes et des soldats , surtout de la cavalerie. Il contraignit, par des châtiments et des supplices, la n>

■ G^nr, De hclL CalL, 6 j Dion, 4o-3i , 43.

€£8AR m GAULE. 101

sistance et Thésitation. Bientôt il s^avança chez les Bituriges , qui , ne recevant pas le secours demandé aux Éduens, embrassèrent le parti des Ârvemes. Lucterius, chargé par le nouveau roi de soulever le Midi , entraîna de même les Ruthènes, plusieurs autres tribus, et se dirigea sur la province romaine, afin de prendre Narbonne.

La guerre recommençait plus terrible : une jeunesse nombreuse et ardente, une immense quantité d'armes, de grandes sommes réunies, des places fortes assurées, des lieux inaccessibles pour retraites, un biver rigoureux, les rivières glacées, les forêts couvertes de neige, les campagnes et les chemins inondés comme des torrents ou des marais; jamais plus de difficultés ne s'étaient opposées à la valeur des Romains^ César, instruit de ce qui se passait, et voyant la tranquillité rétablie dans Rome par Pompée , partit comme un trait ; il franchit les Alpes , incertain comment il rejoindrait ses légions , car s'il les eût mandées , on n'aurait pas manqué de les attaquer en route; il n'était pas plus sûr pour lui de se confier, même a ceux du pays qui étaient demeurés paisibles. Il jugea qu'avant tout Narbonne devait être préservée. Sa présence rendit le courage à. la province ; il plaça des garnisons dans toutes les villes menacées , prévint ainsi les entreprises de Lucterius, puis, avec ses recrues de la Cisalpine et quelques troupes de la Transalpine , et se frayant un chemin dans les Cévennes, à travers six pieds de neige, par un extrême travail des soldats, il parut inopinément sur les frontières des Arvemes, qui regardaient leurs montagnes , en cette saison, comme un rempart insurmontable. En moins de temps qu'un courrier, il était arrivé et il ravageait le pays. Vercingetorix fut bien obligé de quitter les Bituriges pour défendre les siens. Cette diversion opérée,

* CétAT.DeMl, GoU., 7, de i & 6 ; Plut., Cet., iR ; Flor., 3-i f .

Page 1