‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 24 sur 102 · II · texte numérisé non relu

II

César laisse le oommaDdemenl aa jeune Bnitus, eourtà Vienne, où il avait assigné rendez-vous à un corps de cavalerie, s'avance jour et nuit par le territoire des Éduens jusque chez les Lingones, où bivemai^at deux légions, envoie chercher les autres, et les réunit avant qu^aucune résistance ait pu être tentée et aucune nouvelle portée aux Arvemes.

La chose enfin connue, Yercingetorix revint à son tour et mit le siège devant Gergovia (MouUns) , où César avait établi des Boîens après la défaite des Helvétiens. Le coup était habile; le général romain aima mieux , en effet , s'exposer à la disette, en commençant trop tôt la campagne, qu'à une défecticMi de toute la Gaule , s'il laissait ses alliés sans défense. Il avertit donc les Boîens de scm secours prochain, engage les Éduens à lui envoyer des vivres, laisse deux légions avec tous les bagages à Àgendicum {Seos) , et prend sa route vers Genabum des Camutes (Orléans) par Yellaudunum, dont il s'empare en trois jours pour ne pas laisser d'ennemis derrière lui, et pour assurer ses commu* nications. Le surlendemain , les habitants de Genabum le voient devant leurs murs. Ils essaient de s'enfuir pendant la nuit; mais ils trouvent leur pont fermé par deux légions : tous sont pris, la ville est livrée au pillage et aux flammes. L'armée passe la Loire, entre dans le pays des Bituriges^ oblige ainsi Yercingetorix à quitter Gergovia, force malgré lui Noviodunum, puis se dirige sur Avaricum (Bour-* ges). Alors le conseil des Gaulois, sur l'avis de leur chef, adopta un nouveau genre de défense : on brûla les villes et les bourgs , afin de ruiner l'ennemi par la famine; Avaricum seule fut épargnée, à la prière des habitants, comme la plus belle ville de la Gaule, l'ornement et l'asyle de la nation, et d'une défense facile par les fortifications naturellos (riine rivière et d'un marais.

Le: icîit; fut nido pour les Romains; une résistance opi-

niÂtre détruJaait leurs efforts; les traits, le feu , les rocs , la poix bouillante, les chemins souterrains, très-habilement conduits par l'habitude des mines, assaillaient jour et nuit leurs travailleurs , leurs machines , leurs ouvrages ; ils manquaient de vivres par la négligence des Éduens et la pauvreté des Boîens. Cependant, pas une plainte; bien plus, quand César, appelant à son tour chaque légion au travail, offrait de lever le siège si Ton ne pouvait supporter la disetic , tous répondaient qu'il ne le fit pas , qu'ils avaient mérité par leurs services de ne pas recevoir cette injure , et ils priaient les centurions et les tribuns de lui dire la même chose. Par ce courage, en vingt-cinq jours, mat gré le froid , la boue et les pluies continuelles, une ter<* rasse, élevée de quatre-vingts pieds sur trois cent trente de large, atteignait déjà le haut du mur, lorsqu'on la vit Ai* mer au milieu de la nuit; les ennemis y avaient mis le feu en dessous. Une sortie furieuse ajouta au danger; de toute part tumulte, combat acharné; & chaque moment, l'espérance de la victoire se montrait aux assiégés, qui se relayaient sans cesse. César put juger aussi de leur bravoure. Il vit un Gaulois qui jetait sur une des tours incendiées des boules de suif et de poix, transmises de main en main ; cet homme tomba percé d'un trait, un autre prit sa place et continua; celui-ci frappé de même, un troiisième succéda , puis un quatrième ; et ce poste ne resta pat vide, tant que la terrasse ne fut pas éteinte, et le combat fini*.

Tous les moyens de défense épuisés, on délibérait dans la ville de l'abandonner, quand Ci^r, qui m fut instruit , donna l'assaut par une pluie battante; la ville fut prise en un instant, et les vainqueurs vengèrent de nouveau le massacre des Romains de Genabum par celui de quarante

• CcMr, De MU Gmlt., 7,iie 7 à i5.

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mille habitants d'Àvaricum; huit cents seulement purent se réfugier au camp de Yercingetorix.

César avait repris Toflensive; il détacha quatre légions et une partie de sa cavalerie avec Labienus, pour soumettre les Sénones et les Parisiens; lui-même, avec six autres légions , se dirigea le long de rAllier contre Gergovia des Arvemes. Gomme Tennemi le suivait sur Fautre bord, ayant rompu les ponts, il en rétablit un, à la faveur d'une fausse marche; cinq jours après, les deux camps se trouvèrent en présence devant Gergovia. A la vue de cette ville inaccessible sur une haute montagne, et de Tannée des Arvemes dans une forte position , César désespéra du succès. Il ne se passait pas de jour sans quelque mêlée de cavalerie. Sur ces entrefaites, il apprit que les Éduens, depuis longtemps douteux, se soulevaient après avoir mis à mort ou en captivité tous les Romains qui se trouvaient chez eux ; il ne songea plus qu*à saisir une occasion de retraite en réunissant de nouveau toutes ses forces, pour n'avoir point Tair de iîiir par crainte de la défection. H repassa T Allier; mais Noviodunum était brûlée, tous ses approvisionnements, ses bagages, ses chevaux, Targent qu'il y avait mis en réserve, avaient été la proie des rebelles, n traversa néanmoins la Loire, malgré eux, à gué , la cavalerie rompant le cours de Teau au-dessus de l'infanterie; il ramassa des vivres, et tourna vers les Sénones, afin de rejoindre Labienus.

Pendant cette expédition, Labienus assiégeait, dans Lutetia , toutes les forces rassemblées des tribus voisines sous les ordres du vieux Camulogène ; mais on sut bientôt la délivrance de Gergovia, la révolte des Éduens; on disait que César, empêché par la Loire et par le disette, s'en allait dans la province romaine. Les Bellovaques prirent aussi les armes. Labienus décampa secrètement pour faire sa retraite en bon ordre, et transporter ses troupes de l'au-

CÉSAR EN GAULB. i05

Ire côté de la Seine ; les Gaulois Fatteignirent à quelque distance de Metiosedum (Corbeil) : une bataille qui coûta la vie à Camulogène, laissa Labienus gagner victorieux Agendicum , d'où il se rendit auprès de César.

L'armée romaine pouvait mieux se défendre maintenant, mais elle n'était pas sauvée. La Gaule frémissait de fureur; les Éduens, devenus les plus ardents, appelaient de tous côtés à la guerre ; un conseil général, assemblé à Bibracte , nomma généralissime Vercingetorix. La province romaine fut de nouveau attaquée, et une armée nombreuse en trois corps se mit à la poursuite de César, qui se dirigeait, par les confins des Lingones, vers les Séquanes. Là, engagement général et meurtrier: les cavaliers gaulois avaient fait serment de traverser deux fois les rangs ennemis; quiconque y manquerait ne serait plus reçu sous un toit , ni par ses enfants, ni par ses parents. César avait tâché de rendre sa cavalerie plus égale, en faisant venir des cavaliers germains des villes pacifiées par lui au-delà du Rhin. Ce renfort arrivé à temps lui fut très-utile. Ce furent ces Germains qui rompirent la cavalerie gauloise et décidèrent la victoire. Le combat, toutefois, fut long et sanglant, et il semble que César y courut quelque risque, puisque les Arvemes, un siècle après, montraient encore son épée suspendue en trophée dans un de leurs temples. Le héros, quand il fut entièrement vainqueur, sourit en la voyant, et ne voulut pas Ten ôter, la regardant comme un objet sacré K

Au lieu de continuer sa retraite, il s'était mis aussitôt à la poursuite de Vercingetorix, et l'assiégea dans Alesia. Cette ville des Mandubiens était bâtie sur le faite d'une col* line très-élevée; au bas, à droite et à gauche, deux rivières; en avant, une plaine de trois quarts de lieue; de l'autre côté, à peu de distance , un cercle de collines non moins

• PInf., Céiar, ag ; Cdiar, De belt. GoW., 7, de 17 à 67 ; Flor., 3-i i.

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hautes. L'année gauloise, campée sous les murs versForient, s'était fortifiée d'un fossé et d'une muraille de six pieds. L'armée romaine traça une circonvallation de trois lieues ; son camp , dans une bonne position , avait vingttrois forts , gardés jour et nuit. Avant que cet ouvrage fût achevé , il y eut dans la plaine un premier combat de cavalerie, gagné par une charge des Germains. Alors Vercingetorix renvoya tous ses cavaliers pendant la nuit, pour que chacun ramenât de son pays tous ceux qui étaient en âge de servir : on ne laisserait pas périr le défenseur de la liberté commune et quatre-vingt mille guerriers av(?c lui ; il n'avait plus de blé que pour trente jours, n fit ensuite rentrer dans la ville toute son infanterie , et attendit le secours en se préparant à résister. César, instruit de tout, fortifia son camp et sa circonvallation par des travaux incroyables; à l'extérieur comme du côté de la ville, afin de prévenir toute attaque imprévue, un triple fossé l'enfermait avec une terrasse garnie d'un parapet à créneaux, et les abords en furent défendus par des fosses multipliées, remplies de ceps ou de pieux aigus disposés en quinconces, recouverts de terre et de branchages, comme autant de pièges; en avant, des pointes de fer, que les soldats appelaient des aiguillons, étaient enfoncées çà et là : tous ces ouvrages tenaient trois lieues et demie de circuit *.

Les chefs de la Gaule , assemblés pendant ce temps , décrétaient une levée de deux cent quarante mille hommes dû pied et de huit mille cavaliers dans toutes les tribus; cette armée , aussitôt formée , marcha sous quatre chefs. Déjà les guerriers de la place, à cause de la disette, avaient mis dehors les habitants, hommes, femmes et enfants, que Cùsar se garda bien de recevoir, malgré leurs supplications. Alors le formidable secours survint, et prit position

* CésAr, De bell, Gall., 7, de 68 à 74*

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