‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 27 sur 102 · II. H · texte numérisé non relu

II. H

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scnlc , qui assi^iuil à Pompée FEspagne el TAfrique, à Cras60s la Syrie et TÉgypte, à César les Gaules pour cinq ans, avec le droit de lever des troupes et d^entreprendre des expéditions. La délibération fut orageuse. Trois tribuns , Gallus, ÂqnUius, Ateius, s'opposèrent , soutenus de Favonius et de Caton. Caton n*eût pas cédé, quand il eût été seul; il invectiva pendant deux heures. Ce terme prescrit étant passé , comme il ne cessait pas, un licteur Tarracba de la tribune ; il continua d'en bas ses imprécations et ses reproches : le licteur le reprit et le traîna hors de la place. Caton , à peine lâché , revint à la tribune , criant plus fort qu'auparavant et exhortant les bons citoyens à Fappuyer. Trebonius, outré, le Êiit conduire en prison, la multitude suit pour écouter Timperturbable parleur. Il fallut le laisser libre ; rien ne se conclut ce jour-là.

Le lendemain, une distribution d'argent, de menaces et de promesses , préparant les suffrages , la résistance fiit surmontée ; plusieurs furent tués ou blessés autour de lui. Ateius montra Galius couvert de sang, Caton cria qu'il tonnait ; ce fut en vain , la loi passa , et il n'eut plus qu'à répéter aussi inutilement, que Pompée se mettait sous le joug de César. Pompée ne s'en inquiéta nullement.

Crassus, dans un âge avancé, montrait une joie d'enfant, ne rêvait plus que la défaite des Partlies, quoique la loi ne l'autorisât pas à cette guerre, et il y ajoutait en espérance la conquête de la Bactriane et de l'Inde. Il était animé encore par les lettres de César ; il fit des levées malgré l'opposition d' Ateius. Le peuple s'attroupait pour l'empôcher de sortir de Rome; Pompée fut obligé de venir par sa présence protéger le départ. Toutefois le tribun courant à la porte de la ville, y plaça un brasier, y répandit des libations, et prononça de fatales imprécations contre Crassus ^

> Plut., Pomp.f 54 , Crau.f 1% ao , Caf., 49> ^»; Dion , 39, de 33 à 39; App., ^fJ^t't 3 fCt GnrtTes des Parthes \ Cic, ^ JU.y ^~i3.

GAXt!in;s.~M. ÀNTomE. 125

La Syrie, depuis plus de deux ans, avait 6l6, en proie à Gabinlus. Ce di^ne protégé de Glodius avait prétendu aussi à la gloire militaire. Ses premiers exploits (57) fuirent de soumettre de nouveau la Judée. 11 battit le fils d'Âristobule , le jeune Alexandre , échappé à Pompée pendant le retour d'Orient, le réduisit à demander la vie, et rétablit Hyrcan, un moment dépossédé du trône et du pontificat. Il divisa ce petit royaume en cinq provinces, gouvernées par un conseil. Il eut presque aussitôt à recommencer contre Aristobule et son autre fils Antigonus, qui s'étaient enfuis de Rome (36), et les y renvoya captif^.

Comme il se disposait à réprimer le remuant voisinage des Arabes , une occasion s'ofîrit d'entrer d'une manière sûre chez les Parthes. Le treizième Arsace, Mithridate, après avoir assassiné son père , avait à lutter contre son jeune frère Orodes, complice du parricide, et désirait un appui. G:ibinius avait déjà traversé l'Euphrate, quand il reçut les sollicitations d'Auletès , revenu en Orient, et laissé à luimôme par la rivalité des ambitieux de Rome.

En se rendant à son gouvernement , Gabinius avait emmené de Grèce un jeune patricien, petit- fils de l'orateur M. Antonius , et fils de cet Antonius surnommé Creticus pour sa honteuse expédition de Crète. Le jeune M. Antoine, perdu de débauches et de dettes , quitta volontiers ses études d'éloquence pour suivre le proconsul et commander sa cavalerie. Il avait la mâle beauté et la taille d'Hercule, dont sa famille se prétendait issue; il était railleur, buveur, non moins hardi en actions qu'en paroles, bon compagnon à la table et à la bataille , se plaisant avec les soldats , qu'il charmait de sa grosse familiarité. Il s'entendait à merveille avec son chef pour prodiguer l'argent; il f\it d'avis d'accepter les dix mille talents que proposait Auletès. Ainsi Gabinius, a après avoir pillé la fortune des alliés et « celle des publicains , après avoir dévoré tout ce butin

121 msToni aoiâiki.

« par des excès inoals de débauche elde luxe, par sescOD- « structioDS à Tusculum, n'ayant plus rien, se Tendit lui- « même, ses faisceaux. Tannée du peuple romain, les dés « fecses des dieux, les réponses des pontifes, Fautûrité du « sénat et les ordres du peuple , le nom et la dignité de « rÉtat , au roi d'Egypte. Il suivit ce prince en merce- « naire, » força Peluse et Alexandrie par la valeur d'Antoine, et remit le Ptolémée sur son trône (55). Il venait d'abattre en Judée une troisième tentative d* Alexandre, qu'avait raddu à la liberté l'indulgence ou plutôt la politique romaine ; une campagne assez heureuse contre les Nabathéens lui laissait toute facilité pour se mêler de la querelle des Arsacides; mais il fut en ce moment révoqué du proconsulat , et , plein de dépit , il céda la place à Crassus.

Ce fut alors que M. Antoine s^en alla en Gaule s'attacher à la fortune de César. Il en revint bientôt pour hriguer la questure ; et comme il avait servi les fureurs du tribunat de Clodius , il obtint, par des lettres de César, une réconciliation avec Cicéron. 11 témoigna même son nouveau zèle au grand orateur en attaquant ouvertement Clodius, qu'il faillit Ux& sur la place publique. Par l'appui de Cicéron, il devint en effet questeur, et se hâta de retourner vers César; « car c'était l'unique refuge de l'indigence insolvable et de « tous les vices ^ »

Quand le vieux Crassus trouva en Galatie le vieux roi Dejotarus bâtissant une ville : « Quoi! lui dit- il, vous commencez à bâtir à la douzième heure du jour? » «Vousinéme, lui répondit le prince, vous ne partez pas trop matin contre les Parthes. » Crassus, arrivé en Syrie (54), jeta un pont sur TEuphrate; de toutes les villes de la Mésopo-

• Dion , Sfi , de 55 11 65 ; Josèplie , /4Hti^.jHd,f i4*> i i Cic, A Att,, 4-9 » In Piion.f ai , PhiH^., «-iB, ao, 9.

cràssus en strie. i25

lamie« une seule résista, qu'il obligea de se rendre ; pour cet exploit , il prit le titre d*tmperator, et revint en quartiers d'biver dans sa province, où son fils, parti de la Gaule, le rejoignit avec mille cavaliers gaulois. Une première faute fut Tentreprise elle-même , la seconde de ne pas se bâter, la troisième de ne pas tenir les troupes en baleine par des exercices militaires , au lieu de perdre le temps à compter les revenus des villes, à peser dans une balance les trésors du temple d'Hiérapolis. Le pillage de la Syrie, la vente des exemptions de service, rendirent aussitôt Grassus méprisable. Une ambassade se présenta pour signifier que TArsacide Orodes ferait une guerre implacable aux Romains, mais qu'il laissait encore, par pitié, au vieillard, la sortie libre du royaume. Grassus ne fut pas moins fier : « On saura mes intentions dans Séleucie. » L'ambassade se mit à rire.Tous les présages étaient funestes; le roi d'Arménie, Artabaze, oCGrit en personne son secours et le passage dans ses États, impraticables à la cavalerie des Partbes.

On commençait à ent^dre parler de ces guerriers rapides qu'on ne pouvait éviter ni atteindre, de leurs armu* res impénétrables, de leurs flècbes qui perçaient aussitôt que lancées; le vieillard entêté n'écouta rien, passa TEuphrate près de Zeugma, et , sur la foi d'un cbef arabe qui se donna pour guide, il engagea ses légions dans ces plaines découvertes, sans arbres, sans collines, sans ruisseaux ni berbe verte. Vainement Artabaze le rappela encore à la défense de l'Arménie envahie, où l'armée romaine combattrait plus sûrement. Grassus continuait sa marche ; son guide le quitta, et bientôt parurent les Partbes. Au signal de leur suréna, les Romains entendirent pour la première fois les effroyables roulements de leurs tambours de cuir, entourés de sonnettes d'airain. Les armes étant soudainement découvertes, les casques, les cuirasses, les chevaux bardés II. il'

in msTomi tovÀimt.

d'acîer firent jaillir un éclat brillant comme la flamme. Contre ravis du questeur Gassius , le triumvir serra son Armée en phalange carrée : tous les traits portaient en plein sur cette petite masse réunie , et iklsaient de profondes blessures. Si on essayait de poursuivre l'ennemi , il lirait en fuyant, les flèches volaient sans s'épuiser; chaque rang, par une manœuvre continuelle , allait en prendre à son tour sur des chameaux qui en étaient chargés, derrière les combattants. Le jeune Grassus, par Tordre de son père, se lance sur eux avec un gros de cavalerie, cinq œnts archers et huit cohortes dHnfanleric. Les ennemis reprennent leur course; on les croit vaincus : à quelque distance ils tournent tète , et , se rapprochant , font voler sous les pieds de leurs chevaux, dans une mer de sable, des nuages de pou&sière qui couvrent les yeux des Romains. Les flèches recommencent ; le jeune Grassus veut charger, ses soldats lui montrent leurs mains attachées aux boucliers , leurs pieds cloués à terre par ces flèches à pointes recourbées, qu'on ne pouvait enlever sans un affreux déchirement. II tente cependant une charge avec ses robustes Gaulois, qui arrachent aux mains des Parthes leurs épieux , les saisissent eux-mêmes, les renversent ou descendent pour percer leurs chevaux au ventre : admirables mais vains elforts contre le nombre, Tagilité de Fennemi, la chaleur et la soif du désert. Ils ramènent leur intrépide chef, courert de blessures, au milieu des légionnaires. Tous retranchés sur une hauteur, ils pensent mieux se défbndre, et n'en sont que plus également exposés aux coups lointains. Presque tout périt. Le jeune Grassus se tua pour ne pas être pris»

Les Pàrthes reviennent sur les légions avec de grands cris, et, portant sa tête au bout d'une pique, ils demandent quelle est sa fomille, car un jeune guerrier si vaillant ne pouvait être fils d'un homme aussi lAche que Grassus. L'armée fut perdue dès ce moment par le désespoir. La

6U«RtB BBS PARTRSS. iVJ

vieux père, ranimant ses forces par sa douleur même, ne put également ranimer ses soldats ; il les mena au combat , non à la vengeance; une journée des plus patients efforts acheva le désastre. La nuit ne f\it remplie que de cris et de plaintes; et cependant on désimit entendre ou voir au moins le vieux général , cause de tant de maux , leur seule espérance encore, et Ton retrouvait de Taffection pour lui dans le commun malheur. Mais la douleur à la fln Tavait surmonté, il restait étendu à terre, la tête couverte, dans un coin du camp. Les principaux officiers se décidèrent à faire retraite sur-le-champ; on gagna Carres dans le plus grand désordre. Ce fot à peine un repos : le suréna, assuré par une perfidie que le général romain était là , prépara le siège de la ville. Les vaincus crurent échapper par une fuite noctunie : le traître qui les guidait les égara; les Parthes survinrent, mais moins ardents par leur fatigue et par la contenance des Romains, qui entouraient Grassus avec la résolution de se faire tous tuer. Une nuit encore pouvait les sauver; le suréna le comprit : il s'avança avec ses principaux officiers , Tare détendu, et invita Grassus à une conférence amicale pour conclure un traité. Le triumvir refusait par une trop juste défiance; les soldats, saisissant avidement la moindre espérance, Taccablèrent alors d'injures et de menaces; il céda, persuadé qu'il ne reviendrait pas. Gomme il était à pied, le suréna lui présenta un cheval, et voulut le faire partir aussitôt : les Romains de la suite de Grassus résistèrent, et furent presque tous tués avec lui. Les soldats* qui ravai^t livré par leur confiance insensée, n'eurent plus qu'à se rendre ou à périr en se dispersant (53).

La tête du vieux triumvir fut apportée à Orodes , au milieu d'un festin qu'il donnait à Artabaze après un traité de réconciliation. On représentait en ce moment devant ces princes les Bacchantes d'Euripide : la salle retentit d'une Joie soudaine, et les applaudissements redoublèrent, quand

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un des acteurs, prenant cet affreux trophée, s^écria selon son rùle : « Nous apportons de notre chasse dans la mon- « tagne cette heureuse proie fraîchement coupée. » Cette malheureuse expédition coûta la vie à vingt mille Romains, dix mille y restèi*ent captifs, et les aigles romaines ornèrent la victoire de Tennemi^ Gassius regagna la Syrie avec quelques débris, et sut encore, les deux années suivantes, repousser une invasion des Parlhes, qu^entrepritPacorus, fils d*Orodes.

* Plue, Cru$t,, de ai à 44; App., Gmerret des Par^t; Flor., 3-ia ; Dion, 4ot ^ *6 ^ 3«.

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