‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 34 sur 102 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

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POMrtB.

César, maître de Tltalie en soixante jours, sans avoir versé une goutte de sang, trouva Rome tranquille, parla fort modérément au peu de sénateurs que la confiance y avait ramenés, et proposa encore une députation, dont personne ne voulut se charger, auprès du général fugitif. Une résistance à laquelle il ne s'attendait pas, lui fit perdre un moment patience , et réveilla les craintes qui se dissipaient. Comme le trésor public lui était fermé par un jeune Metellus, tribun, qui alléguait les lois : « Le temps des armes , dit-il , n^est pas celui des lois ; tu pourras haranguer quand la guerre sera finie ; au reste , vous m'appartenez tous par le droit de la victoire. » A ces mots, il envoya chercher des ouvriers pour forcer les portes, et, Metellus soutenant son opposition , hautement louée par plusieurs ▼oix, il prit un ton plus haut, menaça de le tuer : « Et tu « sais, jeune homme, ajouta-t-il , qu*il m'était moins fa-

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» cilc encore de le dire que de le faire. » Le trésor fîit donc ouvert, il prit jusqu'à Targcnt sacré, mis en réserve pour les tumultes gaulois , « car les Gaulois n^étaient plus à craindre. » Toutefois, il n'osa pas, après cela, haranguer le peuple , comme il en avait eu Tintention. J\ nomma préfet de là ville Lepidus, il chargea M. Antoine, rétabli dans le tribunat, de commander en Italie, Gurion de s'emparer de la Sicile , deux autres de rillyrie et de la Sardaigne , Hortensius et Dolabella de former une croisière sur les deux mers , et il partit pour TEspagne, annonçant qu'il « allait à une armée sans général pour revenir contre un général sans armée ^ »

Domitius l'avait prévenu dans Massilia, qui ferma ses portes sous prétexte de neutralité. César , laissant Tréboni us pour commencer le siège , continua sa route vers les Pyrénées, dont les passages lui avaient déjà été assurés par un autre lieutenaut pendant les hostilités d'Italie. Petreius et Àfranius défendaient l'Espagne Citérieure , et Yarron ruitérieure. L'ogilité des soldats pompéiens, dressés à la manière lusitanienne , à saisir hardiment un poste, à changer d'attaque en rompant les rangs et reculant pour charger sur un autre point, troubla d'abord un peu la tactique régulière des césariens. Les succès variaient devant Ilerda ; ensuite leSicoris soudainement grossi par les neiges, ayant rompu ses ponts , la nouvelle armée resta enfermée entre cette rivière et la Cinga , sans communication et sans vivres, sur un territoire épuisé d'avance. La hauteur des eaux et la surveillance de l'ennemi prolongea cette situation fâcheuse pendant plusieurs jours. A Rome , on regarda César comme perdu. Le mécontentement qu'avait excité dans le peuple la violation du trésor et de l'opposition tri-

* Cic., J Att,t 7-11, io4, 8, ec J>lf . fie Gé«ar, aprè* la neuTième , Phiiipp^ 9-a3 ; Appicn , fyf,^ « ; Dion , 41-18 ; Plue, César, 41 ; Siiéc, CViar, 34.

CÉSAR E!f BSPAGIVE. 461

bunitienne, le courage des Massiliens, le peu d'afleclion qu'on soupçonnait toujours dans les légions pour leur général , et je ne sais quelle apparence de défection dans celles qu'il avait laissées en Italie , tout cela décida les plus irrésolus à rejoindre Pompée. Cicéron se crut aussi délivré de ses longues incertitudes. Il avait reçu encore de César , avant l'expédition d'Espagne, une lettre d'une adresse fort embarrassante, puis une autre d'un laconisme assez impérieux. Enfin, il savait qu'Antoine avait ordre de ne point le laisser sortir d'Italie , et, dans sa perplexité , il demandait à Atticus d'autres consolations a que celles de la philosophie et des livres, qui lui paraissaient bien faibles. » Il s'embarqua donc furtivement, malgré les prières et les pré^ dictions de Cœlius, et sa propre divination*.

G^était trop se presser : des barques de bois léger et de roseaux , faites comme dans la guerre de Bretagne , et transportées sur des charriots à vingt-deux milles du camp , passèrent les césariens à l'autre bord du Sicoris; une colline y fut fortifiée avant que l'ennemi eût pu le savoir, et un pont reconstruit en deux jours. Bientôt Petreius et Afranius , coupés à leur tour et cernés dans leur retraite , furent contraints de capituler. Ils obtinrent la liberté pour eux , la permission pour ceux de leurs soldats qui avaient quelques possessions en Espagne d'y retourner; pour les autres de rejoindre Pompée , dès qu'on les aurait conduits jusqu'au Var. L'Ultérieure lut encore plus promptement soumise. Varron, repoussé de Corduba, où César avait convoqué tous les magistrats et les principaux des villes, repoussé de Gadès, d'Italica, abandonné d'une légion, livra la seconde et se rendit lui-même.

* Cic, A Au,, IO-8 , et lettreB d'Aototne , de César eC de Cœlius , to , i« , |5 et i6 , Un.fam.^ 6Hi, 8-16. CicéroD dëlibcre dans tout le lluili^Ine et tout le neuvième Kvre des Lettres à Atticus. Dana le dixième et le onxiènie, il regrette sans cesse le parti qu'il ne prend pas-

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