CHAPITRE XLV
GCBRMS I)'aLBXà1<1DRIS , DE PONT ET B'aFKIQUE; MORT
DE CÀTON.
La bataille de Pharsale et la mort du chef n'avaient pas détruit le parti. Il restait encore un point d'appui assez fort, et des hommes déterminés à ne jamais céder, qui s'étaient réunis à Dyrrachium après la déroute. Cicéron , malade d'inquiétude et de regret, malgré les grandes espérances et le premier succès , était resté avec Caton. Il se disposait à rejoindre Pompi'e, quand les vaincus arrivèrent. Il lui parut étrange qu'on parlât encore de se défendre , et il ne dissimula point sa mauvaise humeur : Nonnius disant pour ranimer la confiance qu'il restait encore sept aigles: « Tu aurais raison, répondit-il, si nous avions à combattre des geais. » Labienus , qui croyait beaucoup aux divinations, soutenait que Pompée finirait par l'emporter : « Cependant , avec cette ruse de guerre , reprit Cicéron , nous avons perdu notre camp. » Ce fut bien pis , lorsqu'à Corcyre , rendez - vous de la flotte , on tint sérieusement conseil , et qu'il entendit Caton lui déférer le commandement comme proconsul. Il déclara hautement qu'il fal-
MA msToms romaine.
lait non poser les armes, mais les jeter. À ces mots, Cneius , Falné des deux fils de Pompée , voulait le tuer de colère , et le pauvre consulaire eut même bien de la peine à sortir de Corcyre avec le secours de Caton. Cette fois il n'hésita plus : quel moyen de rester au milieu de ces furieux ! « Gomme s'il valait mieux recourir aux bêtes de « Juba que de mourir, ou de vivre avec une espérance quel- « conque. La récente catastrophe décidait la question. Il « souhaitait la fin de la guerre pour tout lé monde , et, « fâché de n'y point réussir, il la finissait pour lui-même. « Si Rome était encore une cité, il y serait citoyen ; si elle « ne Tétait plus, il y serait en exil , mais plus commode- « ment du moins qu'à Rhodes ou à Mitylène. Lui ferait-on « un crime de vivre? De quoi servirait sa mort ? N'était-ce « point assez d'avoir vu périr tant de citoyens, qui vi- « vraient si on l'avait cru, et qui vivraient avec honneur!» Il regagna donc l'Italie pour y attendre le vainqueur et son pardon , sans congédier ses licteurs , « que le peuple lui « avait donnés, et qu'on ne pouvait lui ôter qu'avec la vie ; « seulement, à Brundusium, il les dissémina au milieu de « la foule , de peur que les soldats ne se jetassent dessus ^ » Les autres arrêtèrent les résolutions suivantes : on se partagea la flotte , un Cassius se rendit dans le Pont-Euxin pour soulever Pharnace. Met. Scipion , avec Varron , alla en Afrique se joindre à Yarus et à Juba. Caton se mit à la recherche de Pompée , afin de l'y ramener s'il était possible. Cneius, accompagné de Laliienus, fit voile pour l'Espagne , qui ne devait pas être difficile à remuer '.
César, de son côté, arriva dans Alexandrie; la tète de Pompée lui étant présentée par Théodote , il détourna les yeux avec horreur , donna des larmes à cette fin funeste ,
* Plut., Cic, s», Si, Cut,f 63; Cic, A ^tt., 1 1.4, 5, 6, Lett/am», 6-ti, 7-S, Philipp., 9-24.
• App.,^^., a.
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prit sous sa protection et combla de présents tous les pompéiens qui s*y trouvaient. Les Alexandrins avaient vu d'abord avec plaisir le général romain visiter, admirer leur ville, et écouter les leçons des pbilosopbes; mais les soldats égyptiens s'étaient récriés à la vue des faisceaux : il leur semblait que cet appareil attentait à la majesté royale. Des rassemblements se formaient , et chaque jour quelque soldat romain était tué. César hâta donc , par ses ordres , les légions retenues en Asie par les vents étésicns. Sa position devint plus critique, dès qu'il eut annoncé publiquement la volonté de soutenir les droits de Gléopàtre, selon l'ancienne coutume et le testament du dernier roi Auletès, qui voulaient que les deux aînés, frère et sœur, régnassent coi\jointemcnt. Il manda Ptolémée, fit venir secrètement Cléopâtre de Syrie , les réconcilia , et adjugea Cypre aux deux plus jeunes enfants, Arsinoê et un autre Ptolémée (Néotéros). Mais les trois ministres redoutaient la punition d'une trabison que le vainqueur avait si mal accueillie; ils mandèrent l'armée royale, et, pendant qu^Achillas en allait prendre le commandement, Photin tramait un complot contre un hôte incommode. César découvrit le danger, mit à mort Photin, et, retenant Ptolémée, se fortifia dans le quartier d'Alexandrie qui communiquait à Tile de Pharos par une jetée.
Il eut donc à se défendre avec une poignée de braves , contre les Alexandrins irrités et une armée assez redoutal)le, qui se composait d'anciens pirates, de brigands et de déserteurs romains, toujours bien reçus en Egypte. Il eut soin, tout d'abord, de brûler les soixante-douze navires qui occupaient le port et tous ceux des chantiere ; le feu se communiqua de l'arsenal au palais, et consuma en partie la fameuse bibliothèque commenct''e par Philadelphe. César jeta ensuite un poste dans Pharos pour se conserver les communications par mer. On le resserrait étroitement du
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côté de la ville ; chaque rue et chaque carrefour qui conduisaient à son quartier furent fermés de trois murailles» hautes de quarante pieds. L'eau du Nil se distribuant dans toutes les maisons par des canaux souterrains , on boucha ceux qui lui en apportaient ; à Taide de machines, on remplit ses puits et ses citernes d'eau de mer ; il fit creuser aussitôt de nouveaux puits le long du rivage. On se battait de tous côtés opiniâtrement, sans succès marqué. Une légion arriva heureusement & César au moment le plus dangereux. Arsinoê avait fait tuer Àchillas et nommé un autre général, Ganymède; celui-ci équipa une flotte nouvelle , livra une bataille navale, et, forcé à la retraite, la ût si habilement, qu'il resta maître de la digue de Pharos. Deux journées d'efforts ne suflirent point à débusquer l'ennemi : César, par une double attaque, reprit bien l'Ile et le pont qui la joignait à la chaussée ; le lendemain, il reprit encore le pont de l'extrémité opposée ; mais ses soldats furent si vigoureusement assaillis à leur tour, qu'ils se précipitèrent sur leurs vaisseaux , et que lui-même ne put se sauver qu'à la nage, en abandonnant sa cotte d'armes aux traits des Alexandrins qui en firent un trophée. Il se disposait à recommencer, lorsqu'on lui promit paix et alliance à condition qu'il rendrait la liberté à Ptolémée-Dionysios. Il y consentit , et les hostilités ne cessèrent piis. Ce fut la dernière perfidie ; des renforts amenés par Mithridate de Pergame, venaient de forcer Peluse et s'avançaient vers le Delta : César, tournant le lac Maréotis, joignit à temps son zélé auxiliaire, battit complètement Dionysios, qui se noya dans le Nil en cherchant à fuir, rentra dans Alexandrie par les quartiers ennemis. On demanda grâce : il pardonna, assigna le trône à Cléopàtre et & Ptolémée-Néotéros , et garda captive Arsinoê >.
« Siiél.,{Vf., 63;Cic.,i^itf«., if-l5« i6,i8; Cter, IteMl.civ, 3tde i«5
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Le vainqueur sembla quelque temps ensuite s'oublier dans les plaisirs. La présence de Phamace dans FÂsie- Mineure, le réveilla (57). « Il vint, il vit, il vainquit : » ce fut ainsi qu'il récrivit lui-même à Rome : « Heureux Pompée! dit-il encore, qui, pour avoir combattu de tels ennemis, acquit la réputation et le surnom de Grand, tu II donne à Mithridate de Pergame un tétrarchat en Galatie, le charge de poursuivre Phamace jusque dans le Bosphore, et revient en Italie, à travers la Grèce entièrement soumise, ainsi que riUyrie , par ses lieutenants. Il recevait sur sa route des couronnes d'or , prenait les offrandes des temples et des sommes considérables, car il avait pour maxime que deux choses faisaient et accroissaient la puissance , c'étaient des soldats et de l'argent. Les eniiaDts de Rome dans leurs jeux, peu après son départ, s'étaient divisés en deux camps, qui représentaient ceux de Pompée et de César; les cèsariens avaient toujours l'avantage : ce présage s'était réalisé. A la nouvelle de Pharsale, on renversa les statues de Pompée et de Sylla, puis on attendit, de peur que le vaincu ne reprit le dessus. Enfin l'envoi de son anneau, gravé de trois trophées, ne laissant plus de doute pour qui devaient être les honneurs , on éclata en flatteries. Onnomma César dictateur pour un an, et on retarda les élections jusqu'à son retour. Il avait pris possession de sa charge dans Alexandrie, et envoyé M. Antoine pour commander à sa place comme maître de la cavalerie. Les augures s'étaient avisés alors d'un singulier scrupule, en soutenant qu^un maître de la cavalerie ne devait être en charge que six mois.
^ IIS, et le livre «rairtias, Gmerrw iPjfiextmdrie ,- Plat., Ces., 53, 54, 55; ApP't E^^., a ; Florns, 4-4 ; Dioa, 4a , de 34 à 44. 11 n'est guère poMÎble dTéclaireirlet cinq demien autenrs l'on par l'autre, et de tirer un récit ddtailM àe leur* narrations embarrassées ou incomplètes. Pour rintetligence des fisiu, je me suis aidé de l'atlas de géographie ancienne de H. Poulain de Boesay. l'oyn dans la dixième carte le plan d'Alexandrie.
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11 s'éleva un grnnd rire de celle objeclîon , qu'ils n\ saient pas porter contre le dictateur. M. Antoine, excellent sur un champ de bataille , était peu fait pour régler les affaires civiles.
L'année précédente, le préteur Gœlius, devenu à contretemps pompéien, par mécontentement personnel, avait tenté de remuer le peuple avec une abolition des loyers et des dettes ; la vigueur du consul Servilius Isauricus rayant réduit à sortir de Rome, il s'était ligué avec Milon, non moins irrité de son eicil, et tous deux avaient péri dans une folle entreprise, Tun sur Compsa, Faulre sur Tburium. ]>olabella, tribun, venait de proposer à son tour Tabolition, pour se débarrasser de ses nombreux créanciers ; Antoine y mit obstacle, moins pour remplir les intentions de César que pour un ressentiment particulier contre Dolabella, car il agissait d'ailleurs comme dans une ville conquise, et ne se montrait qu'armé de son épce , ce qui choquait autant que ses violences et ses débauches.
n était nécessaire que le dictateur vînt rétablir Tordre ; il n'abolit point les dettes , mais seulement les intérêts des trois dernières années , et il accorda pour un an la remise de tous les loyers qui montaient à cinq cents deniers. Il se fit élire consul avec Lepidus , disposa de toutes les fonctions sacerdotales, en augmenta le nombre et créa dix préteurs : en s'occupant ainsi de gagner des partisans, il eût cru imprudent de punir des perturbateurs dévoués à sa cause, n supporta tranquillement les manières indépendantes d'Antoine, et ce pillard insolent, qui avait acheté la maison de Pompée, indigné qu'on en demandât le prix, refusa môme de suivre son chef dans l'expédition préparée contre l'Afrique*.
* l>!0n,43 , de iS à 5i ; App., F^^., a; Plut., Ces., 56, Ànt,, lo, ii, la; Cic, LetUfam,, 8-17 , A .Ht., ii-i6, ao , Philipp.^ a-l5, i5, «6, «7, i^cC a^.