‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 42 sur 102 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

DOMOfATIOlf DB CÉSAR.

Le génie toujours pâlissant de Cicéron , à cette époque , nous montre Timpression que faisaient à Rome les progrès si péniblement assurés de la domination nouvelle. En lui se reflètent clairement les vacillations de défiance et d'inquiet espoir qui se succédaient à Rome par la conduite de César et par les deux dernières guerres. Le pauvre consulaire, désolé d'abord de n'avoir point suivi Pompée, puis de l'avoir rejoint à contre-temps, puis d'être revenu si tôt en Italie aprè^ Pharsale, pendant que tant d'autres passaient si résolument en Afrique et en Espagne, pour surcroit d'affliction se voyait désigné publiquement comme un déser-* teur pompéien, par un édit qui l'autorisait , avec le seul Lœlius , à demeurer en Italie. Son frère Quintus et son neveu, intriguaient lâchement en Grèce, pour obtenir leur grâce à ses dépens ; sa fille Tullia était négligée par un mari dissipateur, le séditieux Dolabella , qui mettait, en outre, le trouble dans la ville; et enfin son propre bien diminué en son absence i)ar les malheurs du temps et par l'intérêt

SBNTimrrs de cicéron. 19S

personnel de sa femme Terentia. Il avait généreiiftemcnt écrit en &v6ur de son indigne frère au vainqueur; il fut encore mieux traité lui-môme.

Cependant il était médiocrement rassuré, quoiqu'il eût la permission de conserver ses licteurs et qu'il les gardât tant qu'il le jugea convenable. Enfm, après la victoire de Thapsus, qui semblait devoir être le dénouement, il s'enhardit « à louer la pénétration , la sagesse et la justice de « César, qui ne parlait jamais de Pompée que dans les « termes les plus honorables, qui choisissait Cassius pour « lieutenant, qui donnait à M. Brutus le gouvernement de « la Gaule, celui de .la Grèce à Sulpitius. Il recevait de « tous les amis de César des prévenances non communes , tt et commençait à se pei'suader qu'il en était aimé de « bonne foi. Il n'avait plus d'autre motif de craindre celui m qui tenait le pouvoir, que cette règle générale de pru- « (lence : une fois que les droits sont brisés, tout devient « incertain. S'il pensait qu'il devait désormais ménager « ses paroles , il ne renonçait pas pour cela à toute répu- « tation d'esprit. César, d'ailleurs, avait le jugement ad- « mirable; on lui devait cet éloge. U faisait un recueil des « mots et sentences remarquables (dicta coUectanea) , et « voulait qu'on lui rapportât tout ce qui échappait de « plaisant à Cicéron , comme toutes les nouvelles , sans « jamais s'y tromper , et rejetant tout ce qu'on lui donnait « faussement comme de cette source. « Cicéron raillait donc assez librement encore dans Foccasion; il n'avait pas épargné les nouveaux sénateurs, il n'épargna pas davantage la réforme si utile du calendrier. Quelqu'un ayant remarqué devant lui que la constellation de la Lyre se lèverait le lendemain : « Sans doute , dit-il , un édit l'a prescrit*. »

■ Ck., À Att.^ 1 1 , de 7 à «S , Pro U^ûrio , n. 7, LeH.fam.t 5-ai , &-6 , 9-6, l6;PlttU, Ces., (>5.

iOC nsTomi mohaikc.

Cependant, ses bons mois ne disaient pas tonte sa pen- Si'-c : il était profondément blessé de ces vils baruspices et de ces Gaulois admis dans le sénat. Il regardait comme une double bonté que son neveu fût luperque julien, et que Quintus, qu'il aimait toujours, s'en réjouit. D OMnposa et publia Féloge de Caton pendant la guerre d'Espagne, et César en fut assez piqué pour y répondre par sa diatribe de r^n/ï-Catofi.Cicéron ne savait que désirer de celle dernière guerre; il n'augurait rfen de bon d'une victoire pomp«''ienne , mais il ne se dissimulait pas que le grand bomme ne relèverait pas l'ancien gouvernement. Il ne l'égalait pas à Sylla, « qui eût pu être plus modéré, mais qui avait fait « de très-belles choses. La vie qu'on nous laisse depuis « quatre ans, est une pure faveur..... Puisque avec tout « mon courage et ma philosophie, j'ai cru que le meilleur « parti était de vivre, il faut bien que j'aime celui à qui « je dois cette vie que j'ai préférée à la mort. S'il songe à « rétablir la république , comme on peut se l'imaginer sans « contradiction, et comme nous devons le désirer, peut- « être s'est-il fait insensiblement des obstacles quMl n'a

« plus le moyen de surmonter Mais il ignore lui-même

^ ce que l'avenir nous prépare; si nous sommes ses es- « claves, il l'est du temps. » Quelquefois « il rougissait de vivre. » Telle était la réflexion habituelle de Cicéron. En conséquence, il continuait à se consoler par l'étude, et c'est depuis son retour en Italie, qu'il composa son traité De la partition oratoire, ses Académiques ^ ses 2Wct«laiiex, ses ouvrages Du souvereùn bien. De la nature des Dieux , De la divination , De l'orateur , et Des orateurs célèbres*. Il terminait son traité Du destin au moment de la

' Dam ce dernier tniiuS c. 71, 73,73, il faii un grand éloge du ulent oni* luire do O^aar, et il ajoule ce jugement sur ses Commentaires : « Aiquectiam minmcniariot quosdain scripRit rerum tuanim , valde (jukiam probandos ;

DOMINATION DE CÉSAH. 197

mort de César. « Il renonçait au sénat, au barreau, k la « difficulté de préparer ses opinions et de défendre des « causes , puisqu'il n'y avait plus d'autorité dans le sénat, « ni de force dans les lois. » Ses embarras et ses cbagrins domestiques acbevèrentde le retirer des affaires publiques. Il répudia Terentia, puis bientôt après sa seconde femme Publilia , et s'occupa surtout d'élever un temple à sa chère fille Tullia, qui venait de mourir divorcée de Dolabella. Lorsque les nouvelles arrivèrent de la bataille de Munda, il écrivit ceci : « Hirtius m'a mandé que Sextus était sorti de a Gorduba et s'enfuyait dans la Citérieure, que Gneius « s'enfuyait je ne sais où : je ne m'en inquiète pas; » et un peu plus tard , sur ce que le sénat faisait placer la statue de César dans le temple de Romulus: a J'aime mieux qu'il « habite avec Quirinus qu'avec la déesse Salus^ »

Toute incertitude avait cessé avec toute résistance ; César demeurait seul. Jamais homme n'avait été plus illustre ni plus redoutable; l'adulation se remettait donc à l'œuvre , et accumulait pour lui tous les honneurs humains et divins : cinquante jours de supplications , sacrifices et offrandes dans tous les temples par chaque tribu , par toutes les nations et par tous les rois alliés; construction décrétée d'un temple à la Liberté , et d'un temple également dédié à la Clémence et à César, où les deux images de la Clémence et de César se donneraient la main; renouvellement de sacrifices aux jours où le héros avait gagné ses plus belles victoires, et au jour de sa naissance; vœux publics à

nodi «nimtunt , recti et yenusti , omoi ornatu ratioois , tanquam Teste , detracto , sed dum volait alioe habere parata unde sumerent , qui relient «cribere hieioriam , ioeptis gratum fbrtaMe fecit, qui Tolent illa calamistris iourere; tanot quidem bomines adscribendo déterrait* Nihil eoim est in bi&toria, pura et illustri brevîtate dulciui . w

• Plut., ae,, 54 , 55 ; Cic., leU.fàm,, 6-18 , 9-i5 , À Ait,, 19-5 , 4 , 41, a4, ai ,Irfl./am., 6>4, 9-17, 5*t5,9-90, itf ^ft., «a-î?! 4*1 iS-a?»»*. 46| 5«.

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