‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 43 sur 102 · II. iT · texte numérisé non relu

II. iT

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prononcfT ponr fui ronsorvalion par tons Ips coïU'^es sacerdotaux et par les vestales tous les cinq ans. Après la reconnaissance envers les dieux, vint la reconnaissance envers Thomme. On attendit son retour pour lui faire savourer à longs traits Tambroisie. Plusieurs décrets lui attribuèrent successivement la couronne de laurier, la toge triomphale dans les sacrifices, la chaire d'or et d'ivoire pour rendre la justice , les bottines rouges des anciens rois d'Albe, puisqu'il descendait d'Iule, fils d'Énée; le droit de fiiire porter des lauriers par ses licteurs, d'aller à cheval aux fériés latines sur le mont Âlbain, et de paraître au théâtre avec une couronne de rayons étincelants d'or et de pierreries. On décida que son effigie serait empreinte sur la monnaie, qu'on lui dresserait des statues dans tontes les ville«, dans tous les temples et les hippodromes de la cité, et qu'on en placerait deux sur la tribune, l'une ornée d'une couronne civique, parce qu'il avait sauvé ses concitoyens, l'autre d'une couronne obsidionale, parce qu'il les avait délivrés d'un siège; une troisième au Capitole avec celles des rois et du premier Brutus , qui avait chassé les Tarquins. On l'appela père de la patrie, on appela sa tribu julia, julius (juillet) le mois quinlilis où il était né; on décréta un temple et des autels î\ Jupiter Julius, et M. Antoine en devait être le flaraine dial : par une naïve contradiction de cotte flatterie stupide, on donnait une maison surmontée d'un dôme au nouveau Jupiter, et l'on assignait une place dans l'intérieur du Pomœrium pour son tombeau.

De toutes ces distinctions, d'ailleurs, le pauvre dieu ne dissimulait pas que la plus agréable à ses yeux était la couronne de laurier, dont il cachait sa tête chauve, et il avait besoin de titres publics pour pallici* son usurpation. On ne les épargna pas non plus : on le nomma imperator, non plus selon la signification primitive, mais comme pos-

CÉSAR IHPBRATOR. id9

S4''(]ant le suprême commandement , le droit n'existant plus pour personne de partager avec lui une expédition, ni de prendre part à ses actes. Cette dignité lui était même conférée héréditairement, ainsi que le grand-pontificat, quoiquMl n'eût pas d'enfants et qu'il fût déjà vieux : on y joignit la dictature perpétuelle , l'inviolabilité tribunitienne , et le consulat pour dix ans. Non-seulement tous ses actes fun^nt ratifiés, mais tous les magistrats, à leur entrée en charge, devaient désormais jurer de n'enfreindre aucune de SOS lois. Enfin on lui offrit une garde de chevaliers et de sénateurs (45). Tous ces sénatus-consultes furent gravés en lettres d'or sur des tables d'argent, et déposés aux pieds de la statue de Jupiter. On ne les fit pas tous en un jour, mais successivement, et on vint les offrir à César lorsqu'il siégait devant les rostres sur son tribunal. Il donna la main à chacun des sénateurs, mais sans se lever à leur approche , et les laissa debout en sa présence. Il ne refusa que le consulat décennal et la garde d'honneur ; il avait déjà congédié ses cohortes prétoriennes, et ne conservait autour de lui que les appariteurs publics*.

Ainsi, on reconnaissait César pour maître. Jamais, il est vrai, plus de gloire et de conquêtes n'avaient flatté la vanité romaine, jamais plus de talents n'avaient imposé l'admiration , jamais le peuple n'avait reçu plus de libéralitc'^s ni de jeux plus magnifiques ; et, chose inouïe à Rome, ce chef de parti était vainqueur et clément. Sa douceur naturelle ne se démentait point au comble de la fortune. C'était ce même homme qui, dans sa jeunesse, tout en se vengeant des pirates, n'avait pas voulu les mettre vivants en croix, qui, depuis ses premiers succès , n'avait pas témoigné le moindre ressentiment de sa proscription ni des

* App., F^^., 2; Dion , 43 ,de /p ^ 46, et Uv. 44, de i à 8; Suét., Ces., 75, 7r»; Florus, 4-3 ; Cic, À Mt., i3-7 8.

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poursuites du sicaire Phagita , dont il ne &*était tiré qu*à gmnd^peine et à force d'argent. Il appelait raffection par des prévenances délicates; il ne négligeait pas d'écrire d'Hispalis , pendant la dernière guerre, à Cicéron, pour le consoler de la mort de Tullia. Maintenant il relevait les statues de Sylla et de Pompée; il supportait patiemment his satires et les épigrammes virulentes qui couraient sur lui. Il oubliait ces injures à la première démarche de réconciliation. Il accueillit entre autres, avec une bienveillance peu commune, le poète Catulle, qui ne Tavait pas le plus ménagé. Quand il découvrait une conspiration, il se contentait d'apprendre aux coi^urés, par un édit, qu'il les connaissait. D'ailleurs, il se monti^ait exact et sévère à rendre la justice, vigilant dans son administration; il ne méditait que de grands et utiles projets. Réformer le droit civil et résumer en un code régulier l'immense et diffuse multitude des lois ; rassembler une bibliothèque grecque et latine , ce soin était confié au docte Varron ; mesurer la surface et tracer un plan de l'empire romain , il en avait (li'Jà chargé trois savants grecs ; après neuf colonies fondées en Italie, rebâtir Corinthe et Carlhage, couper l'isthme de Corinthe par un canal , dessécher les Marais-Pontins, écouler le lac Fucin , reculer le Pomœrium , enfermer le Champ de Mars dans l'enceinte de Rome, suppléer au Champ de Mars par la plaine du Vatican, détourner le Tibre depuis le pont Milvius, le long de la colline Yaticane , jusqu'à Circeum , et lui creuser une embouchure plus sûre et plus commode; construire dans la rade périlleuse d'Ostie de vastes ports et des arsenaux de marine ; contenir par de fortes digues la mer voisine de Rome ; ouvrir une grande route de la mer supérieure au Tibre par-dessus l'Apennin ; tels étaient les travaux qui occupaient ce génie actif. En môme temps, il préparait une grande expédition; il aurait d'abord l'esserré dans leur pays les Daces, qui se ré-

DOMINATION DB CÉSàH. 201

pandaient dans la Thrace et jusque dans le Pont. Il aurait ensuite vengé Crassus, dompté les Parthes, et, passant près du Caucase et de la mer Caspienne , il aurait subjugué la Scytbie, la Germanie, et serait rentré en Italie par la Gaule *.

Puisque la république ne se tenait plus, que sa constitution usée par la démocratie tombait irréparable , les Romains devaient s'estimer beureux d'un maître si doux et si habile. Mais il devait lui-même dissimuler sa domination au peuple corrompu et superbe qui la lui abandonnait. Les idées républicaines survivaient pour longtemps encore à la république; les habitudes d'indépendance étaient trop invétérées et trop chères pour les choquer impunément; la populace même voulait bien se vendre, mais non s'assujettir. César crut pouvoir traiter les Romains comme ils le méritaient: il se joua avec trop de mépris de l'opinion et des coutumes. Le refus du consulat décennal, le retour des magistratures annuelles et des commandements extérieurs, avaient fait un moment espérer qu'il rétablirait la république à. l'exemple de SyUa. Loin de là, en renonçant au consulat, il prétendit en disposer à son gré. Il n'avait pas souffert qu'il y eût des préteurs dans la ville en son absence, et il en avait confié les fonctions à des préfets; il sembla craindre , même présent , de laisser élire des consuls ; il en substitua deux à sa place pour les trois derniers mois (45), et se réserva de nommer désormais à cette magistrature. Depuis, bien peu de consuls exercèrent toute une année.

Quant aux autres charges, il en rendit l'élection aux comices; mais le peuple n'en désignait réellement que la

» Gc, j4 AfU, i3-^o , 33, 35, ^7, 3i ; Su^t., Cés.^ 7$, 74, 7/1 , 43, 44 ; PluC, Cr'f., 63, r>4; Dion, 4M9>^s* To/» dans Cilulliî, les dciu épi(*ramme« conire Cibar.

Dn ImIIhs ^zffva fnvnyrs auT tiihas arfc ce pni de mois : « Crsar, dirtat^nr : f ai accordé à tH ; je vous re- Oùamiaiide tel et tel , afin qu'il obtienne de Totre suflOrage a dignité. » Poar oontenter un plus grand nombre d'aspirants, il fit quarante questeurs, seize préteurs, et, comme il méditait une guerre en Orient , il pourvut d'avance à tontes les magistratures pour trois ans. fl fit des consuls brevetés qui prenaient les insignes Gonsu]aires;il établit dfnx nouveaux nliles plAbéi^tis, les édiles céréales, pour les approvisionnements. H continua de créer des patriciens, des citoyens, des sénateurs : on compta bientôt jusqu'à neuf cents sénateurs, parmi lesquels des soldats et des fils d^iffrancbis.

Les revenus de FËtat lui appartenaient, les provinces étaient ses /hme»; il mettait sur les denrées étrangères un droit d'entrée; il abolissait toutes les sodalités nouvelles; il vendait les alliances et les royautés; il publiait pour cela drs décrets avec les premiers noms du sénat qui lui venaient à Fesprit. De pareilles inventions « sortaient tous les jours de Tatelier de cet homme. » Cicéron « apprenait que « des sénatus-consultes avaient paru sous son nom en Âr- « ménie et en Syrie , et des princes éloignés lui écrivaient « pour le remercier du titre de roi obtenu par son crédit , c quand il ne savait pas même s^ils étaient au monde. * On voyait, non les esclaves publics, mais ceux de César, employés à la monnaie et aux contributions. C'était un homme infâme, fils d'un de ses afTranchis, qui commandait les trois légions laissées dans Alexandrie.

Le dernier jour de décembre (45), Fabius, le premier des deux consuls substitués , mourut. « Les comices s'assem- « blaient à huit heures du matin pour Télection des ques- « leurs ; on plaça dans le champ de Mars la chaire cunile « de Fabius, qui passait encore pour consul. Notre homme, « qui avait pris l(»s anspires pour des comices de tribus.

BOMIXATION DE CÉSAR. 205

« tint des comices cenluriates. A deux heures après midi,

« il annonça un consul, qui devait Tètre jusqu'au premier

« de janvier, c'est-à-dire jusqu'au lendemain. Hàtons-nous

« auprès du nouveau consul, dit Gicéron, de peur qu'il ne

« sorte de charge avant d'avoir reçu nos félicitations.

« Tu sauras donc , écrivait-il à Curius, que, sous le con-

« sulat de Caninius , personne n'a dîné. Cependant il n'y a

« point de reproche à lui faire : sa vigilance a été si mcr-

« veilleuse , qu'il n'a pas dormi pendant toute la durée de

« ses fonctions. Ce récit te parait plaisant; mais si tu étais

« ici comme nous, tu aurais peine à retenir tes larmes.

« Que serait-ce, si j'entrais dans le détail, je n'en finirais

« pas; il me serait impossible de supporior cette vue, si

« je ne m'étais réfugié dans le port de la philosophie avec

« notre cher Atticus *. » Il ne suffisait pas à César d'être

tout, il fallait que cela fût évident à tous; il le disait sans

détour : « La république n'est qu'un mot : on me doit du

respect , car mes paroles sont les lois ; r> et il ajoutait

cette mauvaise équivoque : « Sylla ne savait pas les let-

« très , puisqu'il a laissé la dictature *. i»

■ Apf>., ]^/., 9 ; Dioa , 43 , de 46 à 5i ; Snt^t., Oés. ,41,43, 43, 54 , 76 ; Cie., j4 au., i4>6, Lat finm,, 9-7 1 >5 , 7-9»; Plut., Cés.^ 63; Lacain, 3-i»ft .

Omnia Cssar erai

» Su^L, Oé$>t 77 ' • SyUam iMKMe lill«rM| qui dicuturain depMoerit* «

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