‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 48 sur 102 · J3 HISTOIRE E01IA.1XE · texte numérisé non relu

J3 HISTOIRE E01IA.1XE

la perception des impôts ; mais, après Scœvola, RuliJius et Sempronius Asellio, on n'a guère à citer que Lueullus qui ait eu le courage de s'attirer , par sa justice , la haine de Tordre équestre; et d'ailleurs Gabinius, ne comprimait pas la compagnie de Syrie pour soulager la province ; seulement il ne voulait point partager le pillage. L'avidité du gouverneur ménageait d'ordinaire et souvent surpassait C4îîle des publicains. Chaque proconsul ou propréteur faisant son édit, qui était la suprême loi pour toute une contrée, un nouvel édit revenait toujours avec un nouvel envoyé; ainsi, d'année en année, les villes et les rois alliés, aussi bien que les peuples soumis, attendaient leur sort de la volonté d^in seul homme , et passaient leurs tristes jours sous une variété sans fin de concussions, de rapines et d'iniquités dù-

testables.

Les concussions sur le blé étaient habituelles. Verres, on Sicile , levait régulièrement les trois dîmes * ; il vmdait la première, suivant l'usage, à des décimaleurs ( fermiers de dîmes), mais il faisait monter l'enchère bien plus haut que ses prédécesseurs. Il réservait toujours les adjudications à ses amis et à ses créatures, et, pour qu'ils y trouvassent leur avantage avec le sien, son édit leur donnait le moyen d'imposer une transaction ; car il y était prescrit tout à la fois de porter toutes les dîmes au bord de la mer avant les calendes d'août , et de ne point enlever les blés de l'aii-c avant d'avoir transigé.

Dès que le décimateur avait fixé la quantité de blé qui lui appartenait, l'édit prescrivait encore au magistrat sicilien de contraindre le cultivateur à la livrer. Il est vrai que le décimateur devait payer huit fois ce qu'il aurait perçu de trop; mais le cultivateur risquait, à la moindre plainte, de se voir cité, contre les lois anciennes, d'une

» ^o/ci Icchap. xxi.

RAPINl». — VBRRÈ8. 219

rxtiV^mité à Tautre de la Sicile, de Leontium à Lilybée, et, toiyours réputé ennemi du décimateur, outre le temps à perdre, il avait à comparaître devant des juges uniquement choisis parmi les gens de Verres, et à se justifier d'une accusation inévitable, comme n'ayant pas fait une déclaration exacte du nombre de ses arpents. S'il y avait mécompte pour l'adjudicataire , Verres cassait le bail et lui faisait donner une indemnité; pour d'autres, il exigeait un bém*fice avec le blé reçu. On se dispensait même très-facilement des procédures à l'égard de ceux qui résistaient : plus d'un citoyen transigea à force de coups. Un chevalier romain, Lollius , propriétaire dans la plaine d'Enna , fut amené un jour devant le décimateur Apronius, au miheu d'un festin ; contraint de rester debout à quatre-vingts ans , cl de souffrir les insultes des esclaves et les rires grossiers des convives, il souscrivit aux conditions imposées. Dans le mémo canton, Nymphodore, qui s'était enfui parce qu'on lui demandait plus qu'il n'avait recueilli, venant redemander ses terres qu'on avait saisies, fut attaché à mi olivier et y resta suspendu tant que voulut Apronius. Ce favori de Verres, n'ayant pu obtenir de la ville d'Agyrone un bénéfice considérable, en fit venir cinq magistrats devaîU le propréteur , qui leur conseilla de transiger^ sous peine d'être condamnés : et, ajouta-t-il en pleine audience^ celui qui sera condamné subira les verges jusqu'à la mort. Quant aux deux autres dîmes, qui devaient être payées. Verres exerçait sur le paiement des retenues illégales de son invention , pour l'examen , pour le change, « pour je ne sais quel droit de cire, b et le cinquantième de la somme totale pour son greffier; de sorte que beaucoup de villes ne touchaient absolument rien. Sa provision personnelle , le blé estimé, qu'il taxait trois fois au-dessus du cours, était si énorme , qu'il y prer.ait aisément de quoi envoyer la provision oMigOc de Roino. Les cultivateurs ne pouvaient

SO BISTOnS ■OXAIKC.

subsister avec de pareilles déprédations; Don-seulement privés de leurs récoltes, mais réduits souTent à vendre leurs bœufs et leurs charrues, ils renonçaient à un travail désespérant , et s'enfuyaient. En trois ans leur nombre était diminué d*un tiers, de la moitié et môme de deux tiers dans plusieurs cantons. « Quand je revis la Sicile, dit Cicéron, « ces plaines et ces collines, que j'avais laissées si riclu-s « et si verdoyantes , étaient stériles et désertes. » Tous les gouverneurs, sans doute, n'étaient pas des Verres, mais s'ils ne lui eussent pas ressemblé la plupart , Hortensius n'aurait pas osé avancer, pour l'excuser, que tous les autres en faisaient autant *.

Ils ne respectaient pas davantage l'argent, les objets de luxe , les richesses générales et personnelles. Depuis longtemps les dépouilles des vaincus se montraient dans 1rs triomphes comme la preuve et le fruit de la conquête : Cicéron, opposant au brigandage qu'il accusait la modération du fameux Marcellus, rappelait que ce guerrier avait laissé à Syracuse beaucoup d'ornements précieux dans les temples; a quoique sa victoire eût rendu toutes ces choses « profanes, cependant, par un scrupule de religion, il n'y « avait pas porté les mains'.)» Mais un scrupule du premier spoliateur pouvait-il faire loi? Le pillage public semblait, au contraire, autoriser le pillage particulier. Les gouver-

• Oc., s* In Ferr,

* Cic, Dt si$nis, 54 > 55 ; Jluv., 8-96 '

Non idem gemilos olim , nec Yulnus erat par Damnorum , aocii» floreniibiu, et modo Tictis. Pleoa domus lune omnis, et ingens stabat acervui Nummonim, Spartana cklamys, concbylia Goa, Et cum Pairhaiiii labulis signisque Myronit Phidiacam virebat ebur, necnon Polycleti Multus ubique labor: rare sine Mentore mcnne. Inde Dolabella est, ntnuc kiuc Anioniiu, iode S.icri1c^8 Verres. Rcn^reliani navilius altîs Orciilla spolia ci plurcs de pace trinnip|io«,

HAPINES. — VEIIRÈS. Sfâi

ncurs continuaient l'œuvre de la conquête; il revenait toujours quelque profit au peuple de la fortune d'un ambitieux. Quand ils mettaient des taxes sur le pays, à la sollicitation d'un édile, pour fournir aux fêtes de Rome , ne devaient-ils pas être tentés d'en imposer pour eux mômes ? La plupart, d'ailleurs, n'avaient-ils pas prodigué leurs propres biens à de semblables dépenses? Tout le patrimoine de Gurion et de Milon avait été employé à ga^^ier la faveur de la multitude par des jeux , dans l'espérance d'obt(*nir une des premières charges; n'était-il pas juste que c«^ux qui arrivaient ainsi dans une province, après s'être ruinés pour le plaisir public, y réparassent leurs pertes*?

Au temps de Verres, beaucoup de gens se rappelaient fiîcore avoir vu L. Pison Frugi, digne fils de celui qui porter la première loi contre les concussionnaires: il avait reçu de son père, pour prix de sa valeur pendant la guerre (les esclaves, une couronne d'or du poids de trois livres, mais qui ne fut pas même prise sur le butin. Plusieurs années après, préteur en Espagne, ayant brisé un jour son unneau d'or dans un exercice d'armes, il manda un orfèvre sur la place de Corduba, il lui pesa la quantité d'or nécessaire, et lui ordonna de fabriquer un autre anneau devant son tribunal*, en présence de tout le monde. Bel exemple, sans doute , et peut-être praticable en son temps, mais qui maintenant ne pouvait plus mener à rien ! On vantait fort la probité de Caton ; mais si Caton n'eût pas été un homme singulier, il eût à peine attiré l'attention; encore lui refusa-t-on le consulat*.

C'était un usage ordinaire aux magistrats , avant leur

• Cic. jij4n„ 6-1 , Lrtt.fum., »-€, ^ Çuimt., 3-8,9; Plin., 36-i5.

* Freiiuli., 5&-64 ; Cic, 4* ^» ^crr., aS. ' Juv., i-6o :

ProUut Uodator el algef.

Page 1