‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 54 sur 102 · COIRUPTION DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

COIRUPTION DE LA JUSTICE

triomphe espéré, il s'afiQige de cette espérance perdue, et surtout par la foute de son nouveau gendre Dolabella, qui s^était porté accusateur. Il atteste tous les dieux de ses sollicitudes pour défendre la dignité plutôt que le salut d'un tel homme, « en qui résident Tesprit, le mérite, la vertu. » Il est charmé du zèle que montre dans cette affaire Pompée, « le premier homme de tous les siècles et de toutes « les nations , et Brutus , qui sera bientôt le premier citoyen « de Rome. » Un fils de Pompée était alors gendre d'Appius, et Brutus également, qui n'épousa Porcia qu'en secondes noces. Quand Cicéron apprend que l'illustre accusé est acquitté , il lui écrit : « Absent, je n'ai pu t'embrasser

« que de cœur ; j'ai baisé ta lettre Que je regrette de

« n'avoir pas été là ! Que de railleries j'aurais fait tomber « sur tes adversaires 1 Je ne doute plus que tu ne sois « nommé censeur ^ »

L'accusation une fois formée sur la gestion provinciale, la province n'y gagnait rien. Si quelques citoyens romains de la province n'appuyaient l'accusateur comme témoins, on tenait peu de compte des faits produits. Il faut entendre encore de quel ton le grand orateur, qui avait si heureusement fait valoir les nombreuses dépositions des Siciliens contre VeiTès, rabaisse les preuves alléguées contre Fonteius et contre Flaccus. <c Le moindre citoyen était « bien plus recommandable que les plus importants des « alliés de Gaule. » Quant aux villes grecques, que signifiaient leurs décrets et leurs délibérations? Les Grecs se plaignaient que Flaccus eût exigé de l'argent pour l'équipement d'une flotte : « Si on l'a fait, c'est par un sénatus- « consulte. — Mais avait-on besoin d'une flotte ? Ce n'est « pas à des Grecs d'en juger, d On avait déposé à Tralles une somme recueillie dans les villes d'Asie, pour célébrer

« Cic, Ltil.fam.^ 3, de 6 à i3 , 8-6.

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(les jeux en llionneur du père de Flaocus ; le fils B^emptn de cet argent. CiaTon répond aux Tralliens: € que cet c argent ne leur appartient pas, qu'ils n'ont rien à dire, c qu'un fils a droit de prendre ce qui est destiné à son pè- « re ; » tout cela avec un torrent d'injures sur les témoins, qui ne sont jamais d'honnêtes gens, mais des misérables, les seuls dans les villes qui aillent aux assemblées où se rendaient les décrets d'accusation ^

Puis on opposait à ces décrets d'autres décisions publiques, des éloges officiels dressi'-s d'avance par les malbenreuses villes , sous la menace présente de l'oppresseur. Verres avait arraché une apologie aux Syracusains. Messane, loin de ref\iscr un acte semblable , avait établi en son honneur des fêtes Verréennes •. On a vu tout-è-Theure les députations exigées par Appius. Enfin , si , par hasard , la dernière ressource et la moins douteuse, celle de la vénalité des juges, se trouvait en défaut, l'amende, l'exil, les deux seules peines applicables , et auxquelles des gens de bien se voyaient aussi exposés que des prévaricateurs, laissaient au condamné ses richesses sans lui infliger la moindre honte ; le dédommagement restait pour lui , rien pour les opprimés.

Les (leuples étaient réduits à ce point de misère, de désirer raboiition de la loi et des jugements de péculat , afin que chaque gouverneur n'eût à piller que pour soi, et d'élevei* à leurs tyrans des statues, des arcs triomphaux , des temples. Metellus Pius, en Espagne, soutTrait que ses hôtes lui (ii-essassent des autels et lui brûlassent de l'encens. On lui donnait des festins splemlides et de somptueux spectacles; il y paraissait en costume de triomphateur, et il y recevait des couronnes d'or, qui descebdaienl des lambris

• C\r. fPro FbnteiOf 5-6, Pro Flacco^ 4 1 »» 1 »5 , et passim.

• Cir., /h /Vit., /)r uyn.^ 7, « , Oi «»t <>3, 6.'|, De suftftl.y aa , /n Puon*^ ?9,

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sur sa tête y « comme s'il eût été un dieu. » Une loi expresse autorisait cette servilité, a C'était au peuple romain et aux dieux immortels que cette offrande paraissait consacrée *. » Heureuse encore une pauvre province, quand elle offrait d'elle-même de pareils hommages , car aloi^s son dieu annuel lui avait épargné quelque mal ; ainsi Rome se faisait adorer dans ses envoyés : telle est l'origine des hcHincurs divins rendus à César, et de l'apolbéosc des empereurs. Toutefois , cette adulation ne se rencontre qu'en Orient et chez les Grecs, les plus méprisés d'entre les vaincus. Les GauloiSf en particulier, conscrvèiTnt la noble fierté qui convenait aux assiégeants du Capilole, et il subsiste encore de nos jours, dans le midi de la France, une curieuse protestation de leur indépendance et de leur haine contre Rome ; c'est le jeu du Roumiou *.

La dominante cité n'exerçait pas impunément tant d'injustices. Ses plus illustres écrivains reconnaissent euxmêmes que ses richesses s'accroissaient pour son cbàti-

* Val. klax., 0-1, n. 6; Plut., Serlor,, «4 ; Cic, ■• /m rerr., i S, ùetnppl,, 4^ , Â ÇHint^ i-i , A Jtt,^ 5-11.

* Ica d'cnftutt tr^M-iniié dnat la Lan^ttcdôc ac dàm ta Itatiplitntf « aè j'ea ai dt^aonvcnt Cémotn. On crenaa aatant de trom •% terre i|u'il y a «lejoaaurA, neuf onKoaireineot : rlmciin |{arde cucieinent son trou avec rezinWniié d'un loiij; balon, excepte le neuvième, qui esMÎe de rouler une bonic dans le troQ racant do milieu. Ce joueur csi le JtoMmroM (te Raan.iin); Icft anAnea, en criant a.'ina eaue: atvho ki lou Rottmiou! (voici le Rouinin) l'efforcenl de clisiaer «a boule , el ai, pendant ce temps , il réu<«ii à mettre ton 1 âton d.-uK le irou d'un autre, relni-ci devient h son loor RtmmioH, CVm ttàtona, Rxft en terre, rappellent la cérémonie que fiiiwient le* anciens pcupIcA d'Kurope |>«iir •c ronfi'ttérer. Une médaille itaîiote offre b rfprc^co'alion do cinq peuples qni se couféd^rent , rénnia de eetie maniera autour d'un titm rempli du san0 d'un pore fmaiolé. Jot., t-iio:

Despicias ta

tFonîtan îmbeltea Rhodios , utictamqaa GM'iatiMHi : Deapicias merito. i}v\à resinata juventus , Onoraquc totius ficieni lihi levia |»eniis 7 Uurridii viunda ««t llispauij, Gullicus usis,

i48 BBtoiii ftOMinvi.

ment, et que la fortone sévissait sans rdâche par les troubles intérieurs , le renversement des lois , de la raison et des mœurs ^

Sur le Champ de Mars et sur le Forum, où la vie du Romain se passait presque tout entière, les intrigues, les perfidies, les fraudes, les violences et les orgies se soooé^ datent sans interruption. Il n y avait point £aiveur particulière pour les jugements de péculat ; dans toutes les causes, mêmes hommes, mêmes infamies. Rarement un accusé avait à se justifier d'un seul crime. Les accusateurs ne valaient pas mieux , et ils entendaient souvâst rétorquer la poursuite contre eux par leurs adversaires. A défaut d'autre motif, une accusation de débauche s'appliquait presque toujours à coup sûr, et le peuple applaudissait*.

On ne voyait personne de si méprisable et si abandonné, qui ne pût se tirer d'affaire et espérer quelque appui important : « Je m'étais réconcilié avec Vatinius, dit Cicéron, « par l'entremise de Pompée; si tu me demandes pourquoi « je l'ai loué, je réponds que pour lui, comme pour un « autre, tu ne dois jamais me faire cette question, de i)eur « que je ne te l'adresse à mon tour. Souviens-toi pour qui, a de l'extrémité de la terre, tu as envoyé des louanges *.»

Avant la loi Aurélia et le procès de Verres, on criait fort contre les sénateurs, qui siégeaient seuls aux tribunaux. On

Illyricuroqiie lati» , parce et rocMoribus ill» Quitalurant urbcm circo tccncque vacantem.

Curandum in primit ne magna injuria fiât Fortibus et miserit. Tollas licec omne quod uM]uam eai Auri atque argenti ; seutum gladiumque relinques Et jacula et galeam. SpoliatU arma tupersunt.

• Sali., CatiLt lo , et Jug.^ 4i . royez plus bas les paiMgct cités de Cicéron , de Lucain, etc.

• Cic, I<e/(./aiN., 8-S , la, ^^iV., ï-3, 4, î-i , « j Juv., «-«7. ' Cic, .4 Quint.y 3-i , Utt'Jum.^ 1-^ , A Untulnu

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