POMPÉS
pour lui les commandements de Glabrion et de LucuUus , en lui conservant toutes les forces maritimes et les pouvoirs de la loi Gabinia. C'était lui assurer, aux dépens de Lncullus, « les honneurs d'un triomphe plutôt que les travaux d'une guerre; » c'était surtout soumettre à un seul homme toute la domination romaine, et établir une véritable tyrannie. Les nobles résolurent de s'y opposer, mais le courage leur manqua lorsqu'ils se virent en présence du f)cuple; quelques uns môme, comme Servilius Isauricus, Curion, Lentulus, se déclarèrent pour larogation; Hortensius et Catulus seuls persistèrent. Gatulus, désespérant de gagner la multitude , criait du haut de la tribune aux sénateurs, qu'ils n'avaient plus qu'à chercher un mont Sacré pour s'y retirer et y défendre la liberté.
Alors Cicéron était parvenu à la préture, par l'appui de l'ordre équestre , étant chevalier lui-même , autant que par son mérite. Il visait au consulat : il défendit donc la loi par la gloire du nom romain, par l'intérêt de la république , qui tirait de l'Asie plus de revenus que de toutes les autres provinces, et qui ne pouvait, sans péril, abandonner les publicains, « ces hommes si honorables, si distingués, cet ordre si utile, le vrai soutien des autres ordres. » Et quel autre que Pompée était capable de conduire une guerre si importante et si difficile? Quel autre que Pompée, ce capitaine qu'on avait vu si habile et si heureux ea Italie, en Afrique, en Gaule, en Espagne, contre les nations les plus belliqueuses , contre les gladiateurs et les pirates? Ce général « d'une divine et incroyable valeur, qui semblait destiné comme par un dessein des dieux à terminer toutes les guerres de ce temps? » Cicéron parlait réellement pour lui-même ; il avait besoin de ces flatteries politiques dans son premier discours de tribune, et la loi n'avait pas besoin de son éloquence devant une multitude enthousiasmée de son héros. Le suffrage des tribus
SO BISTOIUB ROMAINE.
traces antiques de Castor el de PoUux, et le rocher où fut allachô Promélhùe ; les serpents venimeux de rHyrcanie l'arrêtèrent à trois journées de la mer Caspienne ; il quitta donc ces courses curieuses, revint dans la petite Arménie, puis alla tenir dans Âmisus un fastueux congrès des princes d'Asie (65) : il y distribua les gouvernements , les présents et les honneurs, quoiqu'il eût fort blâmé Luculhis d'une conduite semblable K
L'idée lui vint tout-à-coup de subjuguer la Syrie, de pénétrer par l'Arabie jusqu'à la mer Rouge, afm de donner pour bornes à la domination romiiine en Orient , les deux mers d'Hyrcanie et d'Arabie, comme il avait fait l'océan Atlantique en Espagne ; a car il voyait Mithridate diflicile à suivre les armes à la main, et plus dangereux dans sa fuite que dans sa résistance *. » Seulement il décerna peine de mort contre tous ceux qui porteraient des provisions dans le Bosphore, et établit en const'^quence une croisière sur le Pont-Euxin. Ces dispositions prises, il soumit, par son lieutenant Afranius, les Arabes de l'Amanus, et, sans écouter les réclamations du dernier Antiochus, précédemment renversé par Tigrane, il fit de la Syrie une province (64) : iniquité sans excuse envers un prince qui n'avait point démérité, tandis qu'un récent ennemi était épargné. Mais Pompée n'avait à craindre aucune opposition du faible Séleucide*. De là, « franchissant le Liban, il s'avança «au-delà de Damas, promenant les enseignes romaines dans ces bois odorants, dans ces forêts de l'encens et du baume*. »
Depuis un siècle la famille sacerdotale des Asmonéens
I App., Guerres de Mithridate; Florut, 3-6; Plat., Pompée, de 33 à 4» ; Dion, 37, de 1 à 14 ; Julien, Dialogue des Césars, ■ PIiil., Pompée, 4i.
* Appien, Guerre syriaqu»,
* Floriiâ, 3-6.