‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 7 sur 102 · LÀ JUDÉE CONQUISE · texte numérisé non relu

LÀ JUDÉE CONQUISE

Ott Macchabées avait secoué le joug syrien et relevé le sceptre indépendant de Juda;mais un sénat (synedritmi, sanhédrin), établi même avant la délivrance, avait bientôt servi d'appui à la secte nouvelle des pharisiens, qui prévalut enfin contre celle des saducéens et contre Tautorité royale. Aristobuîe II, indigné de cette hypocrite tyrannie, à laquelle s'était assujetti son frère Hyrcan n , venait de s'emparer de Jérusalem. Hyrcan, par les conseils de l'Idunw^n Antipater et les secours d'Arétas, roi des Arabes Nabaléens, l'y tenait maintenant assiégé. Pompée, en vertu de l'alliance romaine, jugea la querelle et décida en faveur de l'aîné. Aristobuîe résista. Ses partisans, après la prise de Jérusalem , se défendirent encore trois mois dans le temple (63). Enfin Pompée entra vainqueur dans le saint des saints, enleva la fameuse vigne d^or, imposa tribut aux Juifs sans rien changer d'ailleurs à leurs lois ni à leur gouvernement, et emmena prisonniers Aristobuîe et ses nis«.

Vers ce temps survint une double ambassade du Parthe Phraatc et dcTigrane, en guerre l'un contre l'autre. Phraate avait déjà redemandé le jeune Tigrane, son gendre, et ensuite envahi la Gordyène, d'où un lieutenant du proconsul l'avait chassé; il invoquait maintenant amitié. Pompée, n'osant pas ici prendre l'offensive sanssénatus-consulte, profita de cette démarche pour terminer le différend par médiation ; il aima mieux marcher contre Arétas, qui n'avait par tardé d'envoyer sa soumission, mais qu'il voulait confirmer en crainte. « On blâma généralement cette expédition comme un prétexte de ne point poursuivre Mithridate, rancir ennemi. La fortune trancha la difficulté, v

> Pluu, Pompée^ ^t i Flornt, 9-6 { àpp. , Guerres de Mithridate et Guerre sy^

riaque ; Jov:p}ic, Antitj.jwl., i ^-3. l'oyez. PfiilcauX| Hitloiiv des Juifi , Irad frariçjisc, éJii. ty^^.

M HBTOnB ROMAINE.

Pompée vit arriver dans son camp, à quelque distance de Pétra, des courriers du Pont. Aux lauriers qui entouraient la pointe de leurs javelines, les soldats reconnurent que les nouvelles étaient heureuses, et en demandèrent à grands cris la lecture. Us ajustèrent des bats de bêtes de somme sur des mottes de terre , et le général , monté sur ce tribunal dressé à la hâte, annonça la mort de Mithridate. Le prince Pbamace avait pris possession pour lui et pour les Romains, et promettait le tribut. La joie de Tannée, les sacrifices et les festins, témoignèrent assez quelle inquiétude avait duré jusque-là.

On n'avait eu que (fop sujet de s'inquiéter. Mithridate n'avait jamais paru si formidable. L'excès de ses désastres lui avait plus clairement appris ce qu'il devait faire, et, plein de courage, il était parvenu à Panticapée, en subjuguant sur son passage une multitude de peuplades et de petits princes. A son approche, le traître Macharès, n'espérant point de pardon, s'était tué lui-môme. Le vieux roi , avec une activité singulière, amassa des troupes, de l'argent, des vaisseaux, fabriqua des armes, des machines, sans épargner les IxBufs de labour , dont il employait les nerfs. Entraîner les Scythes , les Thiuccs et tous les Barbares du Danube, tomber inopinément des Palus-Méotides, à tiavers la Macédoine , la Pannonie et les Alpes, en Italie, soulever les Gaulois, les Italiens même contre Rome, conune avait fait Annibal ; voilà ce que préparait l'indomptable vaiïicu. Ce ne fut qu'un projet ; des défections de chefs et de villes rompirent successivement ces premières mesures. Déterminé encore à tenter la fortune, il ne trouva plus de courage dans son armée , qu'effrayaient son audace et la longueur de l'expédition. Pharnace, son fils le plus cher, souvent désigné par lui comme son successeur, conspirait contre lui , regardant la possession du trône plus assui-éc avec l'alliance de Rome. Une révolte générale éclata ; le

MUST DM SITHMDiATB. 23

vieux roi, api'ùs avoir vu, du baut d*un portique, pro* clamer el couronner le parricide , n'eut plus qu'à mourir pour n'èlre pas livré aux Romains (63); il prit du poison : comme Thabitude des antidotes de son invention en rendait r^fet nul, il se fit tuer par un Gaulois. U avait soixante -neuf ans, il en avait régné cinquante-sept, el, pendant quarante qu'il résista aux Romains , il remporta souvent, même sur leurs plus habiles chefs, de mémorables avantages.

Pompée ayant ainsi achevé celle guerre beaucoup plus facilement qu'il ne l'espérait, laissa promplemenl FArabic, et vint dans Amisus recevoir les magnifiques présents de Phamacc, et le corps de Mithridate, qu'il fit déposer à Sinope dans les tombeaux des rois. Le Bosphore fut accordé à Phamacc, excepté la ville de Phanagorea, qui avait donné le premier exemple du soulèvement , et qui eut sa liberté (62). Ainsi l'heureux Pompée avait étendu les possessions de Rome jusqu'à TEuphrate et à l'Egypte, où il refusa de s'engager, malgré les sollicitations et les présenls de Ptolémée-Aulelès, menacé par les séditions. 11 avait divisé à son gré ses conquêtes en provinces, petits royaumes et États libres; fondé ou rebâti, comme monuments de ses exploits , plusieurs villes dans la Cilicie, pour y placer les pirates, surtout celle de Soli, qu'il appela Pompeïopolis; en Cappadoce, Mazaca; dans la petite Arménie, Nicopolis, au lieu même de sa dernière victoire sur Mithridate ; dans le Pont , Eupatoria , sous le nom de Magnopolis , et beaucoup d'autres encore , jusqu'en Cœlésyrie et en Palestine. ï*uis il promena pompeusement sa gloire dans l'Asie-Miïîeure, assistant aux fêtes publiques, levant le dessin du théâtre de Mylilènc , pour en construire un semblable à ^ovae. Il mit au nombre de ses amusements d'entendre discourir tous les sophistes de Rhodes el d'Athènes, et récompensa magnifiquement d'un talent chacune de ces

2i BISTOIRB BOHAIMt.

représentations philosophiques ^ 11 partit à la fin pour Rome.

» Plut., Pomp.f 45 > 4*; App., Guerres de Aîithridule et Guerre syria<fue ; Flor. , 3-6; Plioe, 33-io ; Cic. , 2« De fey. iigr,, n. 5i ; Dloa, 37, de 7 à a3.

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