‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 60 sur 102 · II · texte numérisé non relu

II

qii''^ par rancicn Caton, retraçait a Tain les moÎDâres dé^ Ui;ls de rbabitatioo et de la rie agricole: fl n^avah guère à indiqjier comrn** exemj.le qiw» Treiii*^lliiis &'IT»&, cl il avouait m quHque sorte TiDutilité de scid ourrage : « Les « anckrjs, dit-il, bâtissaient pour déposer leurs recelés, « œux-ci pour satisfaire leurs Toluptés efSrèoèes ; autre- • fois la viUa rustique , plus estimée que la rilla du mai- « Ire , était pr>urvue de toutes ks cboses nécessaires à la « culture ; maintenant on ne songe plus qu'à une maison c de maître qtacieuse et agn'able. Presque tous les pères « de famille se sont glissés dans la ville, laissant la laulx « et la charrue; ils aiment mieux mouvoir les mains au « cirque et au théàtœ que dans les moissons et les vignes, « et nous achetons du blé en Afrique, en Sardaigne, du « vin de Cos et de Chio. Dans cette terre où des pasteurs « ont instruit leur race à la culture, leur race, par avarice « et contre les lois, fait de ses moisscms des prés, ignorant « qu'il faut unir ces deux choses et même y joindre les « nourritures domestiques {villaticœ pastianes) , dont on « p(îut retirer beaucoup de profits *. »

Cette troisième es|)èce de revenu avait été , en elTet , de très-bonne heure en usage. La villa avait eu d^aLon) sa basse-(^our, son colombier, puis une petite garenne , enfin des ruches pour les abeilles , et , quand il se pouvait , un élang fourni de poissons. Aussitôt que la conquête de fertiles contrées eut assuré la subsistance de la république, on négligea en Italie Tagriculture pour les pâturages; pea à peu h« repas do collèges et de triomphes se multiplièrent ; c'était à Rome « un festin journalier. » On s'occupa tfy pourvoir en élevant plusieurs sortes de gibier, et cette moindre partie des soins rustiques devint ime industrie

spéciale et très-lucrative. « On vit bientôt des vill» uni- « qupment employées à nourrir en troupeaux des poulets « « des oies , des grues, des loirs, des animaux divers d'es- « pèce et de goût, et des poissons recherchés. Une volière « fermée d'un toit ou d'un filet contenait des milliers de « merles et de grives ; oa y engraissait des cailles , que « Ton vendait fort cher; on y ajouta des paons, depuis que « Horlensius en eut servi dans un festin augurai. La ga- « renne (leparariutn)^ où Ton ne prenait auparavant qu'un « pauvre lièvre , se remplit de sangliers , de biches et de « chevreuils ; on en fit des parcs de quarante arpents. On « n'avait eu de même que des piscines douces, et dedans, « des squales et des mulets seulement ; maintenant on di* « sait qu'il vaudrait autant y avoir des grenouilles ; » on y mit des barbeaux et des murènes, et l'on forma des piscines d'eau de mer.

Une villa de ce genre rapportait ordinairement le double des récoltes d'un domaine , et quelquefois davantage. Une parente de Varron avait dans la Sabine, à la vingtquatrième borne de Rome, sur la voie Salaria, une villa dont la basse-cour avait fourni , pour les réjouissances du triomphe de Metellus Scipion , cinq mille grives à trois deniers la pièce, et ainsi cette seule partie avait produit cette année soixante mille sesterces, deux fois autant qu'un fonds do terre de deux cents arpents à Réate. Gaton , tur teur du jeune LucuUus , vendit une autre fois pour quar rante mille sesterces de poissons des viviers de son pupille. Un troupeau d'une centaine de paons pouvait rendre autant , car le prix s'en accrut tellement , qu'on payait un œuf cinq deniers, et un paon cinq cents ^

Mais il n'y avait pas là de quoi flatter la vanité d'un grand ; en général cette ressource était abandonnée aux

* V«fr*» Ik ffv rmt, ^s » 3 » ', 6 , 9 , la { Colom., 8*l6 ; Plio«i lo-ao.

260 msTOiu ftOXAiNX.

fortunes vulgaires et aux bouchers , qui avaient de ces enclos à Rome et surtout dans la Sabine. Les illustres y voulaient plus d'agrément et de luxe ; il leur fallait des demeures royales qui coûtassent au lieu de rapporter, qui ressemblassent à des cités, n leur fallait y voir des portiques avec des exhèdres (sièges de marbre pour la conversation), avec des colonnes, des sculptures, des peintuns, avec des murs incrustés d'or, de bois de citre coloré en vermillon ou en bleu , de mosaïques et d'emblèmes. Ils y transpoilaient toutes les richesses de la Grèce et de l'Asie. César, ne trouvant pas assez belle sa villa , située dans le bois d'Aricie, l'avait fait abattre pour la rebâtir à son gré. Cicéron , qui blâmait tant d'insolentes prodigalités, possédait lui-même des villse de choix à Tusculum , à Vom^ peï, Arpinum, Sinuessa, Puteoli, Formies, Gaéte, Cumes, Astura , au lac Lucrin , sans compter quelques maisons de repos (diversoria) pour parcourir commodément l'Italie*.

« Les élégants , les philogrecs , n'auraient point pensé « avoir une villa s'ils n'avaient pu y montrer beaucoup de « choses construites ou nommées à la grecque : un pro^ « cœton (antichambre), une palestre, un apoduterion (vesa tiaire), un péristyle, un omithon (volière), une oporotkèque « (fruitier), un chenoshoscéon (volière), pour les oiseaux « aquatiques, qu'ils appelaient amphibies. Lucullus s'était « distingué par une pinacothèque (galerie de tableaux). Au « lieu que les anciens avaient soin de bien placer leurs « celliers de vin et d'huile, lui, il s'occupa surtout d'avoir a une salle à manger d'été , tournée vers la Cralcheur de « l'orient , et une dliiver au soleil couchant. On l'imitait

' Sali., CatiL, la, i3; Varr., De re n«r., i-a, 3-4, a; Suët, Ces., 46;Cic., LetUfam., 7-24 , y4 Att., 1 , passim , 3-19 cl passim , In. Verr, , De tuppt^ u 1*7; Vttruve, 5-6; TcrmUîcn, Depallio^ 5, De anima, 33.

VnXJS N0UYBLLB8. 261

« à Tenyi. Un Ls&nius Strabon avait fait à Brundusimn la « première volière d'agrément avec un filet tendu dans « rexhèdre de son portique. LucuUus lit un troisième genre, « au moyen d'une vaste volière , où il établit une salle à « manger, de telle sorte qu'il voyait à son souper des « oiseaux cuits dans un bassin, et d'autres voler captifs « autour dû ses fenêtres , ce qui était du reste fort peu « agréable pour l'odeur. » Le sage Yarron avait un omitlion bien mieux disposé à Gasinum, et il se plaît à décrire « cette volière en deux galeries à colonnes, fermées de fi- « lets, de chaque côté d'une rivière : il y rassemblait sur- « tout des oiseaux de chant, des merles et des rossignols. « Au milieu était une petite Ile , avec une table ronde et « tournante, sous un dôme , où l'étoile de Lucifer pendant « le jour, et celle de Vesper pendant la nuit , se mouvaient « de haut en bas et marquaient les heures; en même « temps, une aiguille dans le haut, ajustée sur un cercle « de huit vents, indiquait quel vent soufflait au dehors. Il « acheta du fameux Pison un autre parc, où les sangliers « et les chevreuils venaient au son du cor recevoir la « nourriture qu'on leur jetait. Hortensius donnait le nom « de thérotropheion à un bois de cinquante arpents , au « milieu duquel il avait placé une salie à manger sur un c tertre : un nouvel Orphée donnait un coup de trompe au « moment du repas, et, pendant qu'il chantait au son de « sa lyre, les convives se voyaient environnés de cerfs, « de sangliers et d'autres animaux semblables, en aussi « grand nombre qu'au cirque ^ »

Une autre folie était celle des jardins et des viviers. Par un goût de recherche oiseuse, on substituait de tous côtés « le platane à la vigne, la violette et le myrte aux oliviers. » Cn. Domitius, censeur avec l'orateur Crassus (93), lui re-

» Varr., De re niif., a , Ptvf., i-a , 3-5, 14 ; Colum., 1 , Prtrf»

prodiant ses dix colonnes de m&rbre : « Combien eBUroerai8-tu donc ma maison t » répondit Craasus. — « Six millions de sesterces. — Et combien en rabattrais» tu si jt faisais seulement couper mes dix petits arbres? — Elle nt vaudrait plus que trois millions. — Eh bien t qui de nous deux donne plus dans le luxe « moi , qui ai payé dix colonnes cent mille sesterces, ou toi , qui évalue à trois millions Fombre de dix arbres T » Cependant le même Crassus paya six lotus trente millions de sesterces , et il porta le deuil d'une murène.

A la môme époque , un Sergius Orata imagina de bâtir des bains dans le haut d*une maison , dépense d^abord as* ses modique, mais qui alla jusqu'à établir comme des toets d'eau chaude , soutenues dans les airs. U imagina encore de retenir les flots de la mer dans des piscines, et d'y parquer diverses espèces de poissons » comme autant de troupeaux séparés par des jetées. U rétrécit par des constructions immenses rentrée du lac Lucrin, afin de manger des huîtres plus firaiches, ce qui causa un dommage considérable aux pécheurs et aux publicains, et lui attira un procès. Crassus plaidant pour le demandeur : « Mon ami Considius, dit» il, a tort de vouloir priver d'huitres Orata en réloignant du lac Lucrin : si on lui défend d'en prendre là» il saura bien en trouver sur les toits des maisons ^ »

Lucullus, le Xerxès en toge, comme l'appelait Tubéron, ne se contactait pas de ces délicieux jardins, admirés encore au temps de Plutarque; il perçait des montagnes en voûte près de Naples, creusait des canaux, et b&tissait sur la mer, pour &ï am^er les flots dans ses piscines. « Pen- « dant les chaleurs il conduisait ses chers poissons en des « retraites plus fraîches, comme les pasteurs d'Apulie ont « coutume de conduire leurs troupeaux, durant les ardeurs

* Val. Max., 9-1 ; Macrob., Saturn.^ i-ii ; Plut., O/mrc, 19.

JARDIKS ET VIVIKRS. 203

« de Tété , dans les monlagnes de la Sabine. A Bais», il dit

« à son architecte de ne rien épargner pour construire une

« grotte qui allât de son vivier à la mer, de manière

« que le flux pouvait deux fois le jour entrer dans ses pis*

« cines et les rafraîchir. Hortensius prétendait enchérir en-

« ocre ; il avait dans ses étangs d'eau douce des poissons

« de différentes couleurs , objets de curiosité auxquels on

« ne touchait jamais. A Baulao, où était son vivier mari-

« timc, il occupait des hommes à pécher le fretin de mer,

« viciuaiUe plébéienne , pour ses beaux poissons, et quand

« les gros temps ne permettaient pas de jeter le filet, il y

ft suppléait par des salures achetées au marché. On aurait

« obtenu de lui un de ses chevaux de course plutôt qu'un

« barbeau de ses étangs. Il ne soignait pas moins ses pois-

« sons noalades que ses esclaves; il bhîmait en cela la né-

« gligence de Lucullus, et en mt'prisait les viviers, parce

« qu'il n'7 avait que de Teau courante, non entretenue à

« la température convenable ^ »

Cette fiaintaisie gagnait tous les grands, et au lieu qu'autrefois les plus illustres Romains s'honoraient des surnoms de Taurus, Viittlus, Ovinius, CapriUus , Porcius, qui dési* gnaient leurs habitudes rustiques, maintenant on emprun-

> Varr., De rt msU, 3-i7; Sali., Odil,, 20 ; IHut., UwidL^ 56; VcU. , 3-a3 ; Hor., Od,, 9-1 a :

Jam pauca aratro jugera rr^ne , etc.

Koo trabes liymeUia

1*remunc columnas uliima recisas

Africa.

Contracta pkcet apquora •cniiuDt JaciU ioaluim inolU>u» , etc.

204 HJSTOIIE ftOMAiXI.

lait des surnoms à ers goûts futiles, comme ceux de rula, Pavo, Rica, Parra, ÈÊurena, Oraia *.

On faisait vanité de profosioas en toat genre. Un Vedios ne voyageait qu'avec deux chars, une chaise roulante, nne litière, une multitude d'esclaves, des onagres dans son équipage, et un singe cynocéphale sur un de ses chars. Antoine, n'étant encore que tribun, comme après la bataille de Pharsale, accompagné de ses lions, conduisait aux hommages des municipes en ItaUe la comédienne Cythms, dans une litière découverte, suivie de sept autres, remplies de mimes et de bouffons '. Lucullus ne savait pas œ qu'il avait de manteaux de pourpre chez lui. Un préteur le priant de lui en conGer une centaine pour un chœur de tragédie, il fit cberclier et lui dit : Tu peux en prendre le double. Il n'était servi qu'en vaisselle d'or, relevée de pierreries. Couché sur des étoffes de pourpre, entouré de danses et de musique, on lui présentait en quantité les mets les plus délicats. Quelques étrangers, invités pour plusieurs jours , craignant à cette vue de lui être à charge : U est vrai, leur répondit-il en riant, que dans cette dépense il y a un peu pour vous, mais la plus grande partie est pour Lucullus. » Une autre fois il soupait seul et trouva son souper médiocre; son intendant s'excusait sur ce qu'il n'avait pas de convives : « Ne savais-tu pas que Lucullus soupait ce soir chez Lucullus? » Enfin, un jour, pris au dépourvu par Cicéron el Porap<'c, qui s'invitèrent subitement afin de pouvoir juger son ordinaire, il lui suflît d'avertir devant eux Fun de ses gens qu'il souperait dans la salle d'Apollon; le repas devait coûter cinquante mille drachmes'. On n'es-

* Celte remiirqae satirique de Varron , Ùe re mst, , S-3 , 3 , 5 , est rfptfi^ par Columclle , 8-i6.

■ Cir. , .i Ml. , 6-1 , 1o-io« i3, Philipp.^ a-a4 et aS ; Plut. , i^w/. , ii.

* PIu(. , hunll. , 5C, 57 , 58 ; Uor. , t>ij|. , 1-6 , v. 40.

PROFUSIONS DB LtXS. 263

timait à table que ce qui était rare. Le fils de Facicur GEsopus aimait à servir sur la sienne des oiseaux de chant qui lui coûtaient chacun six écus, et, pour mieux prouver 8a magnificence, il faisait dissoudre les perles les plus précieuses et les mêlait à son vin ^

Des richesses si exorbitantes n'eussent pas toujours soutenu de si foU^ dépenses sans se recouvrer par quelque moyen ; et d'ailleurs, Fenvie de posséder égalait Tenvie de briller et de jouir. Grassus, le triumvir, ne regardait comme un homme riche que celui qui pouvait soudoyer une armée. Cet homme, qui, après tant de frais publics et personnels , possédait encore sept mille cent talents quand il alla contre les Parthes , formait avec ses affranchis et ses clients des sociétés de commerce et de finance. Parmi ses esclaves, les uns étaient licteurs, les autres scribes, banquiers, gens d'affaires, cuisiniers, et il bénéficiait sur leur industrie. Il avait tiré particulièrement un grand profit de cinq cents esclaves architectes et maçons. L'élévation peu solide des maisons de Rome causait des accidents fréquents : lorsqu'une maison tombait ou brûlait, il l'achetiiit i vil prix, souvent même avec les maisons voisines, qu'on lui cédait par peur; ses ouvriers réparaient le dommage, et il devint ainsi propriétaire d'une grande partie de la ville. 11 ne négligeait pas les captations, les suppositions de testaments '.

> Val. Max. , ^i ; Pliae, io-5i, 9-35 ; Ilor., Sut, , a-3 , v. 34' ^

Quinti pro(;eTiies Arri , par nobllc frnlrum LufCioias lolid impensa prandcrc coemptat.

Et i&., T. a38 :

Filiat OEsopi detractam ex anrc Metellap Seilîcct ut decies aolidfim exaorbcret , acclo Diluit înaigocm baccam.

* Plat. , Cnus, » I, a ; Cic. , ParaJùX,, 4-i • >•

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