CHAPITRE un
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Les conjurés avaient résolu , aussitôt qu^ils auraient tué César, de traîner son corps dans le Tibre, de mettre ses biens en vente et de casser ses actes ; mais à peine César r*ut expiré, qu'ils virent les sénateurs effrayés s'enfuir de la salle. Cicéron seul, que Brutus appelait le poignard à la inain , criait aux deux chefs qu'ils n'avaient qu'à convoquer le sénat au Capitole , en vertu du pouvoir prétorien. Ils perdirent le temps à vouloir haranguer , et personne ne les écoutait. La ville commençait à s'agiter; ils sortirent alors, le bras gauche enveloppé de leur toge comme d\m bouclier , tenant encore leurs poignards sanglants, et faisant porter devant eux un bonnet au bout d'une pique. Us couraient par les rues, annonçaient qu'ils avaient tué le tyran, et exhortaient le peuple à rétablir la république. Mais nul ne se joignait à eux.
RIVALITÉ DES RÉPCBLlCÀINS ET DES ËÉSARIENS. 275
D'un autre côté , tous les amis du mort sMlant dispersés, trois de ses esclaves seulement restèrent pour enlever lo corps et le rapportèrent à la maison. Antoine se fortifiait chez lui, Lepidus, maître de la cavalerie, allait chercher sa légion campée dans nie du Tibre ; les soldats voulaient venger le dictateur, on devait attendre la même chose des vétérans , fort nombreux dans Rome. Hais ils appréhendaient le sénat , et tous , frappés de stupeur, incertains de ce qui pouvait suivre , et se redoutant mutuellement, se tenaient dans Tinaction.
Les conjurés jugèrent prudent de se retirer au Capitole , où D. Brutus avait rassemblé ses gladiateurs. De là ils essayèrent de gagner le peuple par des largesses. Le lendemain, le Forum était déjà rempli de citoyens, d'étrangers, d'affranchis , de misérables attirés à Borne par les distributions de blé , et même de ces vétérans qui comptaient déjà sur les terres d'autrui dans les colonies. Cette multitude, réunie par les amis de Gassius, n'osait toutefois approuver l'action des conjurés, et ne faisait entendre qu'un seul mot : la paixl Survient le préteur Cinna , qui , jetant ses insignes, dit hautement que César fut un tyran ; on lui répond toujours par le même cri : la paix ! Survient encore Dolabella , consul désigné , qui se répand aussi en injures sur celui dont il tient sa dignité. D pardonne aux meurtriers, il propose que ce jour soit célébré désormais comme la renaissance de Rome. La foule s'enhardit peu à peu, on invile les meurtriers à descendre du Capitole : Brutus et Cassius paraissent , parlent fièrement du coup qu'ils ont foit, de Sextus Pompée et des tribuns destitués qu'il &ut rappeler ; puis ils retournent au Capitole avec Dolabella, ne se fiant pas à ce ramas de mercenaires ^ Ensuite, au nom
■ App., ^Uf ., siSoél., CVi.^Sa; Cic.,.^.^((., i4-io, PItilipp.t a-ia^ 35, 43; Plut., BtHt., ai, as.
â76 BISTOIRE lOMABIE.
de la tranquillité publique, ils entament, malgré Cic^on, une négociation avec les amis de César.
Antoine, Fautre consul désigné, consent à convoquer le sénat pour le second jour, non pas à la curie, trop voisioe du Capitole, mais dans le temple de la Terre , près de sa propre demeure; et pendant que Lepidus et les magistrats, par ses ordres, occupent le Forum , que les cassions Y(mi partout solliciter les sénateurs, et que les Tétérans réclament avec menaces les possessions accordées ou promises, il se hâte de transporter cbez lui tous les trésors et les i^ gistres du dictateur. Au point du jour, Cinna sortant avec les insignes de la préture , pour se rendre au sénat, quel* ques citoyens, indignés de sa conduite de la veille, le poursuivirent de pien*es et Tauraient brûlé dans sa maison, si Lepidus ne fût venu à son secours ^
Néanmoins, les soldats qui entouraient le lieu de convocation, comme pour maintenir Tordre public, étaient aussi un sijyet de crainte. On ne délibérait plus librement. Cicéron n'approuvait pas que les libérateurs demeurassâit enfermés au Capilole , quand ils auraient dû opiner au s^ nat. Les sentiments étaient partagés : les uns proposaient des récompenses et des actions de grâce, d'autres demandaient seulement sûreté pour les conjurés. Antoine représenta que déclarer César tyran , c'était abolir ses actes et condamner publiquement les citoyens qui avai^t reçu de lui des dignités. Par cette adroite insinuation , il ralliait secrètement tous ceux que le dictateur avait désignés d'avance pour les magistratures et les provinces. H était hi&k question de les faire confumer par le peuple, mais c'était s'en remettre à une élection, et bien peu eussent voulu &i courir les risques.
Pendant la délibération, Antoine et Lepidus quittèrent la
> App., E//f ., 3; Dion, 44*21, as; Cic.,P/u7f))|».,9-35, 3; 4a.