MARC-AWTOINE ET LEPIDUS
saHe; quelques voix les appelaient du dehors, et en les voyant on leur cria de se mettre en garde contre un nouveau malheur. Antoine souleva sa toge , montra la cuirasse qu'il portait par-dessous : à ceux qui parlaient pour la paix, îl répondait qu'il y ferait ses efforts ; à ceux qui demandaient vengeance, il disait : « Je vous approuve et je l'appellerais le premier, si je n'étais consul ; mais le devoir de ma charge n'est pas tant de faire ce qui est juste que ce qui est utile. Ainsi l'ordonne le sénat. » Alors ceux-là s'adressant à Lepidus le firent monter dans les rostres, lui criant qu'il fallait venger César, et les mercenaires, de leur côté, criaient : « La paix publique ! — Mais quelle paix voulezvous, leur dit Lepidus, et quels serments? Tous sont foulés aux pieds. César est mort, il y a donunage à craindre pour la répubhque ; mais les sénateurs délibèrent là-dessus. » On lui cria de nouveau : a Agis seul. — Je le veux , répondit-il; mais il ne sufiTit pas de votre volonté et de la mienne. » Les mercenaires lui offrirent alors le grand-pontificat, que César laissait vaq^nt; et Lepidus leur dit, plein de Joie : « Souvenez-vous de cela plus tard, puisque je vous en parais digne. » Ensuite les mercenaires réclamant plus hardiment la paix, il ajouta : « Quoique la justice s'y oppose , je ferai cependant ce que vous ordonnez. »
Tous deux ayant ainsi sondé les dispositions du dehors rentrèrent au sénat. Antoine proposa de donner sûreté de la vie aux conjurés, et de ratifier les actes de César, car ces actes intéressaient des peuples, des rois, des villes, rattachés ainsi à la république, et les vétérans, qui ne souffriraient pas que le corps de César fût traîné au bout d'un croc, comme les lois l'ordonnaient contre un tyran, c Son discours fut admirable , ses intentions parurent excellentes. » Cicéron prit la parole pour l'appuyer. En voyant le célèbre consulaire, si timidement irrésolu pendant les derniers troubles, puis courtisan si résigné de la II. n
aaaée;eu pt jâ «»: -q^ César, camoe pM^'^^œ oioise êtjt. Le BMiaktir hu avait mdii icm k ■n^ éotifpt DOurHIe. PiCjuH an « i avait TV avec joie la Josle mort da tyna ', • et aeal A avait IniiqQé SDi4fr-cfaaiiip la prenère Beswr q«*il Al eoDTcnaUe (fadopicr puur prèTcnr^s'ilflail possilile, tml désordre et trjote ambÉtwo. IfakHfnaBi fo*oo avait danné aux aaiîs do nort le temps de se nconnailre, el ^Hs avakot so ééjpL s'en prtrvalDir, il o^avait pas bêàlê à veoir aa sénat et n'abandoîmait pas ses espérances. Le vieil on* leur, dtaot feicmple des Atliéniens, avec « TexpressiaQ « grfcqae » qulls avaient employée dans mie circonstance pareille, propcea «ne awwiifiV, et « jeta ainsi les fondements « de la paix. » fl iiit donc décidé qu^on ne ferait anomes pcMirsuites toocbant le menrlre de César, quoique ses actes fussent maijitenos, ainsi que ses étaWlssemenls de colons *.
Néanmoins, plusieurs s'opposaient encore aux funérailles de César et à la lecture de son testament. Tous les esprits sages en prévoyaient le danger; répicurien Atticos, qui nelait rien dans TÉtat, et qui ne praiait intérêt aux affaires que par ses amis, ne pouvait s'empôclier de dire hautement que tout était perdu, si on célébrait les funérailles. Hais, par une atTection imprudente, Pison insista, et le sénat , déli]>érant sur ce nouvel incident , fit encore cette
* Cic, jé Ml, i4'I4 ' * l'Stitiam quam oculis ccpi ju»(o înteritu tyranni. •
• Uc, ^ Me,, 14.14, Philipp., i-i ; Plut., ^«f., i5, 16, Ofc., S5; SuA., Cétu tS ; Dion, 44 , «U a3 à 33. Cm Appîea , E/<9., a , qui fownii âc plw
U« <UtuiU.
FtIftRAILLKS DB CÉSAR. 279
concession : ceux qui espéraient quelque fttvour des dernières volontés du mort ne voulaient rien p^re.
Pendant ces délibérations, Brutus, de son côté, haranguait le peuple au Gapitole; « quoiqu'il parlât avec moins de vigueur que d'élégance , » il Ait écouté. Une assemblée fut convoquée le jour suivant, on y lut le sénatus-con* suite. Le peuple appela les conjurés de leur asyle; ils demandèrent des otages, on leur envoya les enfttnts d'An* toine et de Lepidus : ils descendirent au milieu des acclamations, et, pour cimenter la réconciliation , Gassius alla souper chez Antoine, etBrutus ches Lepidus. Toutsem* blait pacifié. On lut après cela le testament. César nommait pour tuteurs de son fils , s'il lui en naissait un , plusieurs de ses meurtriers, et d'autres pour héritiers secondaires, parmi lesquels D. Brutus; il adoptait d'ailleurs un petit-neveu , Octave. Il laissait au peuple ses jardins du Tibre et soixante-quinze deniers par tête. Quand le peuple entendit cela, il commença de s'émouvoir contre les ingrats et contre le nom de tyran donné à un tel bienfaiteur ; « il ne pouvait refuser une indignati(m si bien paytîe *. »
L'irritation s'accrut par la cérémonie des funérailles. Un bûcher était construit dans le Champ de Mars; le corps fut porté d'abord au Forum par les magistrats sur un lit d'ivoire, avec un trophée et la toge dont il était vêtu le jour de sa mort. Une grande multitude se réunit en armes pour le garder. Antoine , à celte vue, se présenta comme pour faire l'éloge funèbre : « il est juste, dit-il , qu'un si grand homme ne soit pas loué par moi seul, mais par la patrie entière ; » et il lut d'un air triste le sénatus-* consulte qui avait décerné à César les honneurs divins et humains. Quand il en vint aux divers titres consignés dans
* Julien , Dialofjtu des Cé$art.
280 HISTOIRE ROMÀnVS.
Pacte, il se tourna vers ce corps inanimé; en prononçant Père de la patrie , il ajouta : « Voilà le témoignage de la piété qu^on lui a gardée. » Quand il lut sacré, itwioUMbU, refuge des autres, il dit encore : a Ce n*est pas un autre se réfugiant vers lui , c'est lui , ce chef sacré , qui a été tué. « Il lut enfin le serment par lequel tous s*étaient engagés à défendre la vie de César, sons peine d'exécration ; alors, tendant les mains vers le Capitole, il s'écria : « Je suis prêt à le venger comme je l'ai juré, mais je vous demande appui. » Ck)mme les sénateurs murmuraient, il prit un ton plus doux, attribua cette funeste mort à la fortune, et conclut qu'il valait mieux songer uniquement à l'état présent des choses, pour ne point ranimer les troubles. H continua de louer la vie de César; puis, découvrant à la fin le corps , déploya la toge déchirée et sanglante. Les chants funèbres commencèrent ; on y entendit ce vers de Pacuvius :
Je les ai donc laaTét pour en être meoriri,
et d'autres allusions semblables, faites pour exciter les regrets et la fureur.
Le peuple n'y tenait plus, quand toul-à-coup quelqu'un éleva au-dessus du lit funéraire une effigie en cire, marquée des vingt-trois blessures, dont plusieurs au visage. Aussitôt on s'ébranle, on parle de brûler le corps dans la salle de Pompée où le meurtre a été commis, ou dans le sanctuaire de Jupiter au Capitole; mais deux soldats armés , prenant les flambeaux de cire pour mettre le feu à leurs javelots , de tous côtés on entasse des bois secs, on brise les tribunaux et les bancs , et l'on fait un bûcher de tout ce qui se trouve sous la main : les joueurs de flûte y jettent leurs habits d'appareil , les vieux légionnaires leurs armes, leurs couronnes et leurs dons militaires, les femmes leurs ornements et ceux de leurs enfants. Une foule