‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 69 sur 102 · CICÉRON ET BRUTUS · texte numérisé non relu

CICÉRON ET BRUTUS

a renverser Antoine, et qui eussent bien désiré les retenir, « regardant leur absence comme fàcbeuse , si on en venait « aux armes. Brutus n'en parut pas moins disposé à s'en « aller. Cicéron, ayant donc fait tout ce qu'il avait dû, « voyant cette conférence inutile et ces deux chefs sans « prudence , ni raison , ni ordre dans tout ce qu'ils faisaient, « se décida à partir aussi. » Lui, d'ailleurs, il voulait toujours revenir pour le nouveau consulat. Toutefois , il hésitait encore; ce qui le détermina, ce fut l'exemple et une lettre de Brutus, « pleine d'incertitude, avec quelques éclairs virils, t»

Ce héros de la conjuration , réftigié déjà sur ses vaisseaux à Tancrc près du rivage, pressait le vieux consulaire d'aller assister aux jeux qnv, lui-môme craignait de présider. Cicéron alla le voir encore le 8 juillet, dans sa station de Nésis, près de Puteoli; il lui fit entendre qu'il espérait partir avec lui : les jeux se célébraient alors , et Brutus , qui en attendait l'effet , n'ayant pas répondu à son espérance, il revint à Pompeï pour s'embarquer seul, huit jours après. Mais, lorsqu'il voulut faire voile de Leucopetra pour la Grèce, le 6 août, les vents étésiens qui Tavaient constamment retardé le repoussèrent violemment sur la côte. Là , on lui montra un nouvel édit d'Antoine , une réponse que Brutus et Cassius venaient de publier à Naples; on lui parla d'un vigoureux discours de Pison contre Antoine, dans le sénat, au !•' août, de l'accommodement prochain qui devait s'ensuivre entre les deux partis, du retour probable des conjurés à Rome, du blâme et des regrets qu'inspirait son absence, de l'assemblée qui devait être nombreuse au 1" septembre : il rompit son voyage, rencontra de nouveau Brutus à Velia, et ne vit pas sans douleur que celui-ci, tout en l'exhortant à rentrer dans Rome, se préparait définitivement à se retirer. Et dans la vérité : « que si- « gnifiaient ces édits? Que faire encore pour la république?

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« Pison avait-il été soutenu? Était-il revenu lui-même an « sénat le lendemain? » Et pour l'avenir, devait-on attendre beaucoup des consuls désignés? a II n'y avait que « sottise dans le vin et le sommeil de ct*s hommes-là, tout « bien disposés » qu'ils paraissaient. Quintus en pensait bien pis encore, <c d'après ce qu'ils avaient lail pendant la « guerre de Gaule à la vue du camp ennemi : gens de dé- « bauche aussi vicieux qu'Antoine, qui les gagnerait aisé- « ment. Cicéron revenait donc surtout pour ses aSairc^, « pour acquitter et recouvrer des créances, car l'argent de- « venait extrêmement rare par la crainte d'une guerre, et « un peu aussi pour contenter le public , car on ne veut « pas qu'un homme de son âge ménage sa vie *. Il se hâta a vers Rome à force de voiles et de rames , » et le !«' septembre (44), jour de la convocation, il arriva prêt à parler dans le sénat, a sans nul espoir de succès, mais afin de « laisser du moins à la république ce témoignage de son « zèle , s'il périssait au milieu des malheurs dont on était « m^acé. »

Il fut reçu avec honneur par une foule considérable, qui le suivit depuis les portes de la ville jusqu'à sa demeure, et la journée se passa en félicitations. Il fit aussitôt prévenir amicalement le consul que, fatigué du voyage, il n'assisterait pas à cette première séance ; il y avait quelque danger , des satellites armés entouraient l'édifice et les bancs môme des sénateurs. Antoine, autant inité du retour que du délai, s'emporta contre lui en plein sénat, et peu s'en fallut qu'il n'allât avec des ouvriers démolir la maison du célèbre consulaire. Il pensait peut-être se débarrasser de son éloquente opposition en l'intimidant. Mais dès le 1^-

* Mut., Cic, 56 , Brui. , aS ; Cic, A Alt,^ iS-i i , 5, 94 i «<>• i9-4i ^ • * , S , 6 , 7, I , ABrut.^ 10 , i5 , UU» fum,, 16-97 , Philipff; i-3 , 4 r Philiff*, 9-7, PhilipP', 10.

GOCIUGB DB CICÉRON. 293

demain, comme il était absent de rassemblée, présidée par Dolabella , Cicéron s'y rendit , « et, au milieu de tous les « autres abattus sous la servitude , il se montra le seul « libre. » Une fois lancé , il s'anima dans Faction , et ce dernier moment fut beau. Tout en ménageant encore un ennemi non déclaré, il s'éleva fortement contre l'abus des actes de César , et particulièrement contre trois lois récemment promulguées par Antoine , au mépris de celles du dictateur , quoique d'après ses prétendus Mémoires : l'une prolongeait les gouvernements jusqu'à six années; la seconde établissait une troisième classe de juges pris parmi les centurions et les manipulaires des Alaudes; l'autre accordait appel des condamnations de violence et de majesté. Ainsi , « sans légions, avec sa première Philippin a çii€, il commença à faire trembler Antoine. j> Il était vrai ; le consul furieux passa quinze jours hors de Rome, à composer une réponse entre ses débauches accoutumées. a Cet infâme gladiateur, préparé ainsi par toutes les turpi- « tudes à tous les meurtres, convoqua le sénat de nouveau, « le 19 septembre, et vomU sa vinolente fureur contre son a adversaire; il avait môme résolu, s'il l'eût trouvé à cette « réunion, de commencer par lui un massacre, car il avait « avec soi son bataillon de barbares ; et ensuite il tendit « plusieurs fois des embûches contre la vie de Cicéron , A tant qu'ils furent tous deux à Rome ^ »

Antoine agissait chaque jour avec une nouvelle violence; et , en élevant dans les rostres une statue de César, avec cette inscription : Au père le plus généreux, en traitant publiquement de traîtres les conjurés, il couvrait assez grossièrement son ambition tyrannique d'un semblant de zèle

• Ck., Philippe 1-4» 5, S, % lo, i5, a-17, 8, 43, 44, Philipp., 5, 10 et i3, lett.fam.f io>i , a , la-s, i5 , A Brut. , 10 , i5; Plut., Cic, 56 , 57 ; Rosin , 8-1 , ai.

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