‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 8 sur 102 · CONSPIRATION DB CITILINA. — CONSULAT DE CICÉRON · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DB CITILINA. — CONSULAT DE CICÉRON

PRSMIÈRB PARTIS.

Telle était alors la situation de la république , que ses généraux, après les plus beaux succès, n'étaient pas assurés de la retrouver entière , et que le régulateur de TAsie avait failli n'avoir plus où mettre le pied en Italie. Les événements se pressaient dans Rome avec une incroyable instabilité; nul parti dominant et une foule de dominateurs secrets, plus ou moins redoutés, qu'excitaient l'exemple et réloignement de Pompée. L'agitation de la loi ManUia avait été suivie de candidatures remarquables (66). Catulus et Crassus obtinrent la censui^e. César l'édilité. Les deux consuls désignés , P. Syila et Autroniiis , ayant été condamnés pour brigue, Catilina, revenu de sa préture d'Afrique, se mit sur les rangs ; mais il se vit écarté par une accusation de péculat, qu'il n'avait pas le temps de purger avant les nouveaux comices ; on nomma Aurel. Gotta et Manl. Torquatus. Enfin , parmi les questeurs, un arrière-petit-fils de Gaton fut élu.

Le jeune Caton eut, ainsi que son bisaïeul , la singulicre II. 3

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destinée d'ôlrc à lui seul ropposition de son siècle, comme une image vivante du caractère et de la constitution antiques , comme le dernier Romain , réserve pour montrer en face aux autres tout ce qu'ils avaient perdu. Après avoir lUit ses premières armes comme volontaire dans la guerre de Spartacus , et servi comme tribun légionnaire en Macédoine , il avait voyagé en Asie pour son instruction , et en ramenait le stoïcien Atliénodore, conquête plus glorieuse, selon lui, que toutes celles de LucuUus et de Pompée. Ce général Favait accueilli avec grande distinction à Éplièse , mais sans chercher à le retenir, regardant sa présence comme une censure. Il en était ainsi à Rome : Taustérité de ce jeune homme, endurci à toutes les fatigues, accoutumé à voyager à pied et tête nue en toute saison , toujoui-s vêtu de la pourpre la plus sombre, sans parfums, souvent sans tunique ni chaussure, inspirait plus d'estime que d'affection. On pouvait prévoir, par deux traits de son enfance, quelle serait sa conduite politique et sa fermeté. 11 était un jour chez son oncle Drusus, lorsque Pompedius Silo lui demanda par plaisanterie d'intercéder en faveur des Italiens qui réclamaient le droit de cité ; et comme il gardait le silence d'un air mécontent, Pompedius le prit, et, le tenant hors de la fenêtre, le menaça de le laisser tomber, sans lui arracher une réponse ni un signe de frayeur : « Quel bonheur , dit-il en le remettant à terre , que ce ne soit qu'un enfant; s'il était déjà homme fait, nous n'aurions pas un suffrage. » Ce même enfant, à quatorze ans, témoin des proscriptions , demanda une fois à son gouverneur une ôpôe pour tuer Sylla *. Caton, d'ailleurs, était d'un médiocre génie, et son opiniâtreté naturelle, renforcée par la philosophie stoïcienne, savait moins agir et entreprendre que résister et se roidir.

* Plut.. Caiom iTUlique^ il« l à |8.

CfiSAR ÉDILB. f7

On découvrit à temps une conspiration formée par Catiiina, par les deux candidats rejetés et un jeune Pison; ils devaient assassiner les nouveaux consuls et les sénateurs aux calendes de janvier (65), et s'emparer des charges. Le bruit courut qu'un autre plan s'y rattachait, de faire dictateur Crassus, qui abandonna sa résolution, et, au moment convenu ne paraissant pas, empocha César de donner le signal. Le complot, remis aux nones de février, manqua encore par la précipitation de Catilina. On n'avait sur César que de faibles soupçons, et quoique ses ennemis, dans ia suite, lui en aient fait un reproche public, Cicéron, le premier (pii pénétra ses vues lyranniques, « ne pouvait croire encore, en voyant ces cheveux si artistement arrangés, qu'un tel homme conçût le noir projet de renvei-ser l'État ^ » César se fit mieux connaître dans son édilité; il s'appropria si bien tout l'honneur des chasses et des jeux , que son collègue Bibulus se comparait di Pollux , dont le nom n'était point inscrit avec celui de Castor sur leur temple commun. Le peuple aumit vu trois cent vingt combats de gladiateurs , si le sénat, effrayé d'une si grande troupe, ne les eût réduits au nombre permis. La multitude n'en sut pas moins gré à son édile ; jamais on n'avait fait desprodigalit es si brillantes, et César était déjà endetté de treize cents talents. Il comptait bien en recevoir le prix , en poussant une partie des tribuns à lui décerner la province d'Egypte. Plolémée-Àlexandre II , chassé du trône par ses sujets , avait fait à Ty r, avant de mourir» un testament en faveur du peuple romain, et des commissaires du sénat avaient recueilli cet acte (72) ; mais la guerre recommencée contre Mithridate, la guerre à finir contre Spartacus et en Espagne , l'inconvénient de paraître convoiter tous les royaumes, cl de lîi des résistances dangiroiisis îi prévoir en

» Plut., Ccâar, 4 j Suél., CcTfar, 9; SaU., CatiL^ i9 ; Cic, /« CutUin., Pro

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Egypte, pays riche et facile à défendre, toutes ces considérations avaient déjà détourné le sénat de rien décider sur ce siget. On n'avait ni accepté le testament, ni écouté les réclamations des princes syriens, héritiers légitimes et indirects, ni reconnu le nouveau roi, Ptolémée - Auletès, choisi par les Alexandrins. Toutefois, comme celui-ci avait moins de droits, la politique romaine penchait pour lui et lui accordait tacitement la possession provisoire.

César, en tranchant la question par le testament, s'assurait une armée, une guerre, une fortune et un parti. Crassus, de son côté, en sa qualité de censeur, préludait accroître aussi des tributs de TÉgypte les revenus de la république; mais il rencontra une si forte opposition dans son collègue Catulus, que Tun et Tautre, ne pouvant plus s'accorder, se démirent également de la censure. Quant à César, le sénat avait pris ses précautions d'avance par une nouvelle expulsion des citoyens latins que prononça le tribun Papius. Le plébiscite touchant TÉgypte fut rejeté ^ L'édile, irrité, ne dit mot; mais à quelque temps de là, les yeux furent soudainement frappés au Capitole par des trophées d'or représentant Marins et ses victoires; les anciennes statues avaient été détruites par Sylla. A cette nouveauté hardie, tout le monde nomma César, les nobles avec effroi et indignation, le peuple avec de bruyants applaudissements. « Ce n'est plus en secret, c'est à découvert, dit Catulus au sénat, que César attaque la république. i» César justifia hautementson action, et ses amis, pleins d'espérance , lui promirent, dès ce jour* , le premier rang dans Rome.

C'était déjà beaucoup, en effet, d'avoir ainsi attiré à lui l'attention publique, qui se partageait incessamment entre

• Cîc, a et ^ tin Ferr.fDe leg. agrar.; Dion , 37 ; Plut., Cm»., 16, Cés,^ 5; Cic. , De off., 3, Pix» Balbo , Pro Archia, Pro Comelio; Sudl., CVïor, 1 1 ; Val. M.ix., 3-i.

■ Seii'l., César, u ; Plut., César, 6.

CÀTiLircA. 29

plusieurs hommes , presque tous plus avancés dans la carrière des homieurs, et quelques uns non moins ambitieux que lui. Glodius, n'ayant plus rien à faire en Asie puisqu'il avait ruiné le succès de son beau-frère, s*était hâté de revenir chercher le fruit de ses viles intrigues avec le parti équestre. Faute de mieux pour se mettre en évidence^ il s'était attaqué à Gatilina en se portant son accusateur. Ici achève de se dévoiler la turpitude romaine.

Tout excédait dans Gatilina; même violence froide et opiniâtre d^ambition, de cupidité, de débauches, de courage. La force du corps répondait à ses passions toutes monstrueuses; ce vil sicaire savait supporter la faim, la soif, les veilles. Ge fourbe ne roulait que les plus vastes projets. Depuis la domination de Sylla , il voulait dominer atout prix , chaque jour plus audacieux par la ruine de sa fortune, par la conscience de ses forfaits, par la corruption de la cité. Son visage décoloré, Fimpudence de ses yeux, sa démarche désordonnée, tout en lui respirait le crime, n tenait rassemblés autour de lui tous les hommes perdus de dettes et de vices; il attirait surtout les jeunes gens en fournissant à leurs plaisirs, à leurs dépenses; il les intruisait à ne reculer devant aucune infamie ; il désignait tour à tour à chacun de ses satellites des gens à tuer pour entretenir la main sûre et la résolution. Nul d'ailleurs « n'était plus agréable aux personnages les plus illustres » de ce temps. Sa prodigieuse flexibilité de manières, son intrépide promptitude à servir et à nuire, lui avaient fait de nombreux amis, jusque chez les bons citoyens. « Moimême j'y fus pres(fue pris, disait publiquement Gicéron quelques années après; il me paraissait un citoyen estimable, plein de bonnes intentions, un ami sûr et fidèle. Ses crimes, je les ai vus avant de les avoir soupçonnés ^ »

> SaU.. CaUl., 44, i5, 16 ; Cic, Pro Cœlio, n. l», t3, i4»

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