CHAPITRE LV
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Aux calendes de janvier (43) , Hirtius et Pansa entrant en charge , on s'assembla de nouveau ; au milieu de tant do c lâches consulaires , » Cicéron continua ses Philippique$. Par la cinquième, il arrêta une négociation proposée avpc Antoine, en soutenant courageusement qu'il fallait déclarer ennemi public ce gladiateur, ce brigand, cet autre Catilina; proclamer le caveant eonsules; ordonner à ses soldats de le quitter îc i^ février; confirmer Decimus dans le gouvernement de la Cisalpine ; décerner une statue équestre à Lepidus, pour avoir rendu par un traité récent YEspagne et Sextus Pompée à la république ; accorder au jeune Ci'»sar le titre de propréteur, la dignité sénatoriale et le (ii'oitde postuler toutes les magistratures, comme s'il avait (Hé questeur Tannée précédente. 11 s'appuya des exemples antiques où , pour le bien de l'État , on avait dispensé dos ri'iîles ordinaires do jtMinos héros; il se porta garant de la fidélité du jeune César, et conclut encore à décréter des
COURAGE DE CICËRON. 299
récompenses poui* les vélérans et les deux Itgions. Trois jours après cependant, par les intrigues de Fulvie, le sénat se rabattit à une députation, mais, du moins, « comme « on Teût envoyée vers ÀnnibaU pour lui déclarer la guerre « s'il n'obéissait , sMl ne cessait d'assiéger Dccimus et de « lever des troupes. » Cicéron se chargea de justifier celte mesure devant le peuple, maintenant irrité contre Antoine: il assura que la paix était impossible, et il promit de ne point manquer à la république, quelque chose qui pût advenir. On fit très-aisément de nouvelles levées que toule ritalie favorisait, et le consul Hirtius se mit à leur tôle pour aller , avec le secours du jeune César, dégager Decimus ^
On doit avouer qu'alors Cicéron fut vraiment admirable. n n'avait rien perdu par l'âge, que ses hésitations timides; avec la môme vigueur d'éloquence, il montrait une activité décisive et hardie qu'on n'eût point attendue de lui *. 11 avait rompu ouvertement avec Antoine; non-seulement sa seconde Philippique n'était plus srerôle, mais dans chaque harangue il frappait à coups redoublés sur cet ennemi public, comme Virgile nous représente le vieux Entelle accablant Darès sans le laisser respirer. Il était devenu en rùiililé « le chef de l'État, et il avait pris une autorité qui « entraînait tout. » Soit qu'il fallût repoussef les exhortations incessantes des antoniens qui parlaient pour la paix ,
* Cic, Letl.fitm,, 11-4, f, 6, 8, is-4, i4, Pkilipp,^ S«el6«; Dion, 45-17 «c tuiv. ; Apfi., Efif ., 3; Dion, 4^*9i Mul., Cfc, 69.
■ Monicsquicu, (|ui croit tout prouver p;ir dcSiiiiutli(>Aes, et qui s'est fiiil ainsi une réputation ilegéuie, met Cicéroa fort au-tlensous de Catoa,une des mimiocrilës les plus ridiculemeuc Taoïëes de cette époque ; Grandeur et dé' cadence de$ Romains ^ c. la : « L'nccessoire , dit-il, chus Cicéron, c'était U irertu ; cites Gaton, c'était la gloire. » Un juuue écrivain vient récemment de passer au crible les œuvres du fameux publiciste, et il n'en est guère resté que le style. Voyez ^ dans l'Université caOïoliqne^ les Etudes sur km gramd homme du sviii* «fÀ.*(e, par M. Algar Grivcau.
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OU les insol<?ntesexi;,'4'nccs (T Antoine; soit qa^il fallût ooofirmcr les entreprises de Bratoset de CassiiL% oo le Toyait d*un zèle toujours présent, d'une dignité toujours égale, pousser, goiinnander, rallier, ranimer tant de sentimenis divergents. En même temps il exhortait par ses lettres Decimus à tenir dans Modcne, Plancus qui était on Transalpine, Pollion en Espagne, Bnitus et Cassius en Orient, à venir au secours; il rassemblait de Fargent au trésor, où tous les citoyens apportaient volontairement le sixième ou le septième de leurs biens; il faisait travailler les otivriers gratuitement à fabriquer des armes. Et il agissait ainsi par intime résolution de dévouement, pour quMl ne fût pas dit que les chances favorables eussent été négligées, ni que la patrie eût péri par sa faute; car la dernière partie de sa correspondance donne assez à connaître , sans trop s'expliquer, ce qu'il pensait des choses et des hommes. Comme il l'avait prévu , les députés n'avaient rien avancé; le bélier avait continué de battre en leur présence les murs assiégés, et ils n'eurent pas honte de rapporter une réponse qui dictait la loi. On ne pouvait honorablement en souffrir davantage; encore déclara-t-on tumuU^, comme pour déguiser cette guerre contre im rebelle '.
11 n'était bruit depuis quelque temps que de Cassius et de Brulus, on disait Cassius parvenu en Syrie, où la réputation qu'il s'était acquise après le désastre de Crassus, devait lui donner une grande influence. On savait mieux les beaux succès de Brutus, moins éloigné de l'Italie. On pn^sumait que tous deux auraient également prévenu les desseins de C. Antonius et de Dolabella. En effet, Brutus, reçu avec acclamation dans Athènes, avait attiré à lui tous les jeunes Romains qui s'y trouvaient, et surtout le fils de Ci-
» ?liit., Tic, 59; Cic, Lett, fam.^ io-3, 4,5, 6, 11-6, 7, 8, 1204, aS, l'hih'i'if., 7', 8r, 9- et 14- ; App., F^.^„ 3; Dion, 46- 3o, 3i.
BRUTUS BT CÀ6SIUS B0R8 DB L'iTALK. 801
céron, « non moins ardent que son père contre les tyrans. » Tous les soldats pompéiens , disséminés en Grèce, accoururent ; les troupes de Macédoine Tacceptèrent pour chef, les princes voisins le secondèrent, et bientôt C. Antonius, incapable de disputer la province, battu par le jeune Cicéron , n'eut plus qu'à se rendre prisonnier.
Les nouvelles d'Asie ne furent pas d'abord si agréables. Cassius était maître de la Syrie; mais Dolabella, parvenu dans la province d'Asie, avait surpris et torturé dans Smyme Trebonius, dont les misérables restes furent bientôt transportés à Rome. Cicéron tonna contre son ancien gendre, le fit déclarer aussi ennemi public, et, malgré les opposants, il obtint des sénatus-consultes qui conDrmèrcnt Bru tus et Cassius dans leurs commandements, qui donnèrent ordre à Lcpidus et à Plancus de marcher contre Antoine, a II parla encore au peuple, et avec de giunds ap- « plaudissements, quand il assura que Cassius n'attendrait « pas les décrets pour servir la république, et qu'il avait déjà « repris l'Asie*, d
Tout le fort de la guerre roulait sur Decimus, et s'il sortait de Modène, la guerre semblait finie. Bononia, Rhegiura, Parme et les autres villes de la Gaule, étaient bien disposées. Hirtius , campé à Clalema, Octave, à Forum Cornclii (Imola) , menaçaient l'assiégeant. Mais, soit lenteur, soil espoir de la paix ou difiiculté des opérations militaires en
> Cic, io« ce 1 1* Philipp., Lelt. fam„ i«h( ,5,7,^ Bnd,^ premièret teC<fret; App., £/u^., 3; Dion, 46, de i à 99; Plut., BruU^ 98, 99, 3o, Ce diacoun de Cicdron au peuple ac se retrouve pat dans les Philippiques, Quant à la longue inTedivc que Dion attribue ici à Calenut , penonnaçe a«eet oImcnr, j*en ai tenu peu de compte; l'ëcriTain (rrec confond en une seule deut séances irds-distincles, et il ne s'arrête k l'opposition peu honorable de Cale» nus que pour ramasiier , aous ce nom , toutes les injures les pliu basses qui coururent contre Qcéron. Certes, le vieux consulaire n'eût pas répondu avec tent de ménaijement, dans sa 8« et io« Philipp., à une hanuiQiae de eetle espèce.