‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 72 sur 102 · II. 2G · texte numérisé non relu

II. 2G

sus aKTUttK

liiv<7, Uiitius lesîait eo ohEonatîoD. Deamns, Tivemoit ivessé, avait peine à itsisler arec des tniupes extéonées par la frtigue et la famine; VenUdius , partisan d'Antoine, s'avançait arec deux légions qu'il Tenait de recnHer, et les antoniens, tr^ioant les cbases en longueur , avaient réussi i remettre incyinément en question one négociation non- Telle, à désigner même Cicêrcn comme dépoté pour s'en dâiarruser. Le piège était grossier. Cicéron fit tomlier cette double décision par sa douzième P/bi/t/yw^iie. Enfin, après que, le 30 mars, le consul Vibius Pansa eut quitté Rome avec des renforts pour appuyer son cc^ègue et Octave, lesénat reçut oicore des propositions pacifiques de la part de Lepidus. L^indignation du vieil orateur se souleva plus vive que Jamais ; en ménageant prudenunent la fidélité msgede du négociateur, il réfuta fermement cette médiation inutile; puis il produisit et commenta une leUre d'Antoine, par laquelle celui-ci avait essayé de gagner Hirlius et Octave. Cette lettre était envoyée par Uirtius à Cicéron; elle laissait les antoniens sans réplique *.

On touchait au dénouement Octave, jugeant qu'il ny avait plus à différer , tira Uirtius de Finaction , et , après avoir rejeté Ventidius dans le Piceoum, tous deux se portèrent sur Bononia ; de là, ils envoyèrent un corps de troupes au devant de Pansa, qu'ils attendaient le 15 avriL iiitoine voulut empêcher la jonction ; la légion de Blars , qui le détestait depuis le massacre de Brundusium, attaqua avec fureur la trente-cinquième et la mit en fuite ; mais elle faillit à son tour être enveloppée par la cavalerie ranemie. Octave, qui tint ferme avec sa cohorte prétorienne sur la voie Emitienne, et Pansa, qui survint avec ses deux légions, protégèrent la retraite. Antoine, vainqueur , ayant entrepris de

* App. , ^u#*, 3 ; Oioo , 4^5a , 35 i Oc, Lett. fam, , i3-5 , 6 , le-ie , J IhnI., 8 , l'hilipp., la* cl i3'.

GuBiRs m MODtini. 305

fbrreir lé camp, une seconde action s^engagea aussitôt; Pansa y ftit grièTement blessé. Octave se conduisit en capitaine et en soldat; il sauva une enseigne et la porta long-» temps dans la mêlée. Antoine, repoussé à son tour avec une perte considérable , rencontra encore Hirtius arrivant sur le lieu du premier combat, ne put en soutenir tm troisième ni défendre ses propres lignes, et n'eut plus qu*à fuir de devant Modène ^

« Trois ou quatre jours auparavant, Rome entière, frappée « d'une terreur soudaine , semblait près de se précipiter « vers M. Brutus avec les femmes et les enfants. » Ce fut donc une grande joie quand on apprit ce succès. « Tout le « peuple , aussi nombreux que jamais , s'assembla devant « la maison de Cicéron , le conduisit au Gapitole et le fit « monter dans les rostres au bruit des acclamations. » L'illuslre consulaire aurait pu se cfoire revenu aux jours de son consulat : « Je sens qu'il est beau , disait-il , d'être po- « pulaire, quand on Fa mérité par le salut du peuple. » On ne parlait plus que de punir ces brigands vaincus, dignes do tous les supplices, et, comme pour mieux justifier cette colère de victoire, Lucius, en se retirant , livra Parme aux horreurs d*un pillage en représailles de la défkite de son IVère. D*ailleurs on avait à regretter les deux consuls, Hirtius, tué en forçant le camp ennemi, et Pansa, mort le lendemain de ses blessures. Des honneurs ftirent décernés à leur mémoire, et des récompenses aux soldats et aux familles de ceux qui avaient péri. Le jour de la triple bataille porta le nom de Decimus : on chargea ce vaillant homme, avec Plancus et Lepidus, d'achever la défaite ; on comptait également sur le concours de Pollion, et l'on donna enfin le commandement maritime à Sext. Pompée. On crut

* App., E/if * s « Dion , 4&-36 , 3? ; Plue, Jmt., i8 ; Florus, 4-4; Suét., •'^.f lo, Il ; Cic, l'hilipit.f i4«i UU.fam,t lo-ii, 3o, 33.

nTaToir plus besoin «TOctaTe; od se coolenta de loi accorder aoe ofalioD, et une fiuMe récompense à ses troupes. EDOore ce peu était-il cédé aux instances réitérées du Tieil oraleor. On fat bientôt malbeurensement forcé à plus de FBOOODaisBauice *.

Poidant qoeDecimusdâiYré, mais incertain d^abcKd par a défiance d*Octave, par la mort des deux consuls et le trouble qui s'ensuivit , se préparait à poursuivre Fennemi, Antoine avait pris une avance de deux jours. Ou vrant toutes les prisons sur sa route, il réparait, en courant, son armée délabrée , et marcbait à grandes journées. Cet bomme si dissolu s'élevait, par Fadversité, au-dessus de lui-même, dit Plutarque, et ressemblait alors à un bomme de biai ; il donnait Texemple de la patiaice la plus vigilante et ranimait ses soldats. U ne s'arrêta qu'aux gués Sabatiens, près de Savone, où il trouvait une position sûre. Il y fut promptement rejoint par Ventidius, qui avait écbappé avec le même bonbeur contre toute apparence. Néanmoins Decimus les poursuivait de près , et, s'il n'était plus assez fort contre deux, Plancus s'avançait de son côté, persuadé, s'il rencontrait le premier les deux fugitifs, que ni Antoine, ni ce muletier de Ventidius ne tiendraient une beure devant lui. « Si Lepidus l'eût voulu aussi, Antoine était perdu , » et le sénat demeurait maître. Personne ne se fiait à Lepidus, malgré ses protestations publiques de fidélité. Plancus , ayant appris en deçà du Rbône la bataille de Modène, jugea prudent de s'arrêter pour négocier avec lui; puis, rassuré par ses promesses , il passa l'Isère pour le confirmer dans sa résolution et lui prêter secours, car Antoine était déjà à Forum Julii (Fréjus), à peu de distance de Lepidus, campé à Forum Voconii (Draguignan), près de l'Argens.

< Appien , Efe^., 3; Dioo , 46-59 , 40; Cic, FkiUpp.t i4% UU-f*»u 10- 14» 33, ii>9, 10, is-i3,/li^rMf., 3, i5.

BÉPÀITB D^ANTOIlfB. 305

Ainsi le vaincu ne fuyait plus, et sa confiance dans celui dontil était leplus proche insplraitdetrop justes inquiétudes.

Ils restèrent vingt-deux jours en présence ; enfin, Antoine s^avança vers les retranchements opposés en toge noire, avec une barbe longue et des cheveux négliges. Lepidus ordonna de couvrir la voix de Tennemi suppliant par le bruit des trompettes ; il harangua ensuite lui-môme, on lui cria : la paix ! d'un ton de révolte ; il ne s'en défendit pas davantage, il reçut Antoine, et, huit jours après avoir écrit à son cher Gicéron qu*il no manquerait point à la république, « il prit à témoin les dieux et les hommes, dans une « lettre officielle, que Tobstination générale de son armée « soulevée lui avait arraché son projet. » Il ne valait guère la peine de dissimuler si maladroitement une telle infamie. Planons fut obligé aussitôt de se retirer jusqu'à Cularo (Grenoble) pour éviter un combat inégal; peu de jours après il fit sa jonction avec Decimus. Cependant tous deux ne pouvaient plus attaquer avec une armée presque toute de nouvelles recrues ; ils demandaient instamment au jeune César de venir les soutenir, à Cicéron qu'on envoyât promptcment de l'argent et les troupes d'Afrique. Mais le jeune César « ne voulait recevoir d'ordre de personne; c'était par « sa faute que tout ceci arrivait, i» et il ne donnait pas moins d'embarras à Rome ^

Voilà ce que Cicéron eût désiré éviter. Il sentait bien que ce jeune homme ayant une armée, on ne pouvait le négliger sans périls; qu'il fallait le craindre et s'en servir, l'enchaîner à la patrie par les éloges et les honneurs, lui faire tant de gloire des premiers services rendus, qu'il n'osât

pas les démentir, avant que Brutus et Cassius revinssent

* App., E^^., 3 ; Dion , 4^38, 5i ; Plut., Ànt^ 19 , parati croire à la stntén%& de Lepidus , ce qui prouve Benlemeot qu'il avait lu n^ligemmenc la corrctponilance de CÀKéton ; Lett,fam,, lo, depuis 8 jusqu'à la fin , 1 1 « de 9 ^ >1, ia-8, 10, 3o» /l BnU-t 18.

en Italie a^ec kmrs années. Dans cette Tue, il tàdMlt Ai moiiK de le oootcnir par sa lettras, el mèum de H disposer eo fareur de ces deia coojoréB. Mais il ne iit compris de personne, el deBnitos moins <|iie de Umlantre. Le gui-rrier stoïcien o epaiigna pas au Tîeu consulaire son mécontentement ; « Tes prières, lui écririt-il, sont dTao saje! i un roi...Quoî donc! s*ii refuse, nous ne serons plus citoyens !•«. Cesse d^implorer ton César pour moi et pour toi-mâme. » Ses tenues atec Atlicus étaient i^ua durs encore: « Cioéron se yantequesa loge a détruit les armes d*Antoine; que m'importe, si, pour récompense* on demande à remfdaoer Antoine? Toute la conduite de Cicèron est d^un homme qui refuse moins d*aTQir un maître que d^aroir Antenne pour maître... La mort, TexiL, Tindigencc, Toilà ce qu^il regarde comme les (^us grands des maui... Pourtu qu*il trouve quelqu*un qui le respectée! qui le loue, il accepte un esclsTage Inmorifique... Je commence à prendre une bien iaible idée de toutes ces études qui ont fait sa gloire. »

Cioéron avait de quoi répondre: il re|ffOcbait avec douceur à Brutus d*avoir manqué de fermeté, d'avoir cm établir la paix par des harangues, quand il fallait armer: « Tu « te refusais aux offres de Fllalie, qui voulait combattre « pour toi. » n lui rappelait Tentrevue de Vdia, que suivit un départ si peu convenable : « car lu te retirais , Brutus ; « tu te retirais, puisque les stoïciens ne veulent pas que « leur sage puisse fuir... Ce jeune César, à qui nous devons « d'exister encore, est tout entier Touvrage de mes con- « seils... Nous n'avions point d'autre défenseur que cet en- « faut; quel éloge ne méritaitril pas?... Rien ne paraissait « au-dessus de ses services ; mais je ne sais pourquoi on a « toujours plus de libéralité dans la crainte que de TecoDr- « naissance après le succès... Je n'ai pas moins fait pour « Decimus... Je prodiguai les honneurs à la mémoire de

TMÀHISON ra LIZriDUS ET ^'OCTÀVI. Ml

ff Pansa, d'^Hirtius, d'Âquila, pour que le témoignage d^une « juste reconnaissance fût un monument de la haine pua blique contre nos plus cruels ennemis... Ce qui te déplaît, « c^est Tovation... Je n'ai point donné de meilleur conseil. « Je ne m^expliquerai pas davantage, de peur qu^on ne « m^accuse d'avoir été moins reconnaissant que prévoyant ; « f en ai même déjà trop dit. » Et il le pressait continuellement de passer en Italie avec Gassius, puisqu'ils étaient tous deux le véritable espoir de FÉtat *. Il en avait trop dit, en effet, même à d'autres qu'à Brutus. Impatienté peut-être de l'opposition irréfléchie qui contrariait continuellement ses vues, il lui était échappé de dire « qu'il « fallait louer ce jeune homme, le combler d'honneur, l'ao- « câbler. » Octave, à (|ui l'on rapporta ce mot, en fut piqué et répondit : « Je ne m'y exposerai pas *. »

Non-seulement les pompéiens n'écoutaient plus le prudent consulaire, mais ils semblaient prendre à tâche d'irriter le jeune général. Au refus de commandement pour lui, de gratifications pour son armée, on ajouta les injures : ils le traitaient ù" enfant, ils l'accusaient d'avoir fait tuer Hirtius et empoisonner les blessures de Pansa; ils ne dissimulaient plus leurs projets de vengeance. Octave se tint à l'écart, avec des soldats d'autant plus dévoués qu'ils avaient à se plaindre aussi. 11 ne s'opposa point à Yentidius; il enrôla ou laissa libres tous ses prisonniers; il demanda une des deux charges consulaires qui demeuraient vacantes, et sollicita même le vieil orateur d'appuyer et de partager sa demande, en protestant de ne garder que le titre et de lui laisser le gouvernement. Cette offre, loin de tenter Gicéron,

■ Cic, A BruUt lo, i6, 17, i8, iS,etpassim ; PluL^ Brut., 26, o& il cite le» lettres de Brutus à Qcëron.

* Cic, Lett.fam.f ii-ao, ai ; « Laudandnm adolescentem , omaDdum , lollendum. » l/t^uivoque latine ne pouvant se traduire, j'ai làchë d'en subwUucr une autre, rnyn encore App., t^'*» '» Vel|.,s-35; Suét.^Àng,^ la.

SOS nSTCHBS KOMADU,

comme le dit Plutarque, justifiait ses secrètes prévisions, mais rembarrassait en démentant les promesses qu^il a'vait laites pour Octave. U parait d^ailleurs qu'on parlait du consulat pour lui-même; du moins le bruit en vint jusqu'à Bnitus, « qui eût cru FËtat relevé, s'il eût vu cet heureux « jour. » Gicéron n'bésita pas à se prononcer en plein sénat contre la prétodtion d'Octave, contre les mauvais conseillers qui corrompaient ce jeune chef, « et il s'efforça de lui « 6ter cette p<Aisée par des avis continuels ^ »

• App^ ^9*9 'i I^ÙHi , 4641 , 4»; Plat., Cie., 60, 61 ; Siiéu, j4ug,, 11 ; Tac., ^«1»., â-i«; Cic., A BnU,^ 4* ^>^> ■*! ^^t 3.

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