‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 90 sur 102 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

l'iami AFmun au hou. — ÂùwaagnAXKm ditéuicie.

Trois préoccupations remplirent la Tîe du inremier empereur : consolider et cacher sonpooToir; reconstituer FadministratioD centrale et y rattacher plus fortemoit toutes les provinces dont la guerre civile avait rdàché les liens. Excepté la Sardaigne et F Afrique, qui n^eurentpas besotode sa présence , il parcourut toutes les possessions romaines. Les frontières du Nord n'étaient point eacore assurées; il se dirigea donc de nouveau vers la Gaule , pendant que ses lieutenants dégageaient ks communications des Alpes en subjuguant quelques peuplades , et réprimaient , sur toute la ligne du Danube , les incursions des Barbares. Les Sicambrcs , irrités peut-être par les cupides agressions de Lollius, avaient pendu chez eux quelques Romains, puis, passant le Rhin, ils ravageaient les terres gauloises, après avoir battu Lollius, qui perdit l'aigle delà cinquième li^ gion (10). Auguste arriva; moins jaloux de ccmquérir que de conserver, il ne refusa pas la paix , et les laissa retourner dans leur pays, en leur prenant des otages.

ÀUGU8TB. 399

La Gaule, la plus importante des dernières conquêtes, par position, son étendue et ses richesses, devait Toccuper bien plus utilement que les plus glorieuses expéditions. Il voulait la fixer sous la domination romaine par des détails d'ordre intérieur , et Tœuvre de César fut achevée. Une répartition plus égale des tributs lui servit à les augmenter , et à tirer de cette province autant que de TÉgyple * ; plusieurs villes fondées, plusieurs colonies militaires établies sur divers points, introduisirent dans la contrée les usages et les mœurs de Rome. Pour mieux effacer les idées nationales, une dépendance adroitement variée changea toutes les relations , et divisa tous les intérêts. A un petit nombre d^habitants choisis , le droit de cité; à certains peuples, les titres de frères ou d'alliés du peuple romain; à quelques uns, le maintien de leurs lois propres; à d'autres, le droit latin. Plusieurs villes devinrent capitales à la place des anciennes , et les vieux souvenirs devaient se perdre avec les anciens noms auxquels se substituaient ou se mêlaient ceux de Jules, de César et d'Auguste. Ainsi Biterrse s'appela Julia Biierra; Turo, Cœsarodunum ; Nemausus, AugustonematMus; Alba Helvorum, Alba Augwta, Au lieu de G^e^ govie, Augustonemetum devint le chef-lieu desArvemes; Bibracte fut Attgustodunum^ et reçut des écoles de lettres; Lugdunum surtout acquit une grande supériorité par la

I On a prétendu trourer an ménagement de César è Pëgard des Gaulois , dans le mot stipendium employé par Suétone, et qu'on a traduit par «o{<fe milflMif«, comme si César avait touIu déguiser le tribut sous un nom honorable. Ce n'est ni le sens naturel de Hipendium , ni Tidée de Suétone, Cés.^ a 5 1 « Quadringentîes in singulos aonoe stipendii nomine imposuit. » La Gaule contribua au même titre que tous les peuples vaincus; deux autres historiens mettent ceci tout-è^^ait hors de doute ; Vell., t>»6 : « Petae idem , quod totus terraruffl orbis, (gnm%nÊm conférant (Galli*) ttipenâium., . pêne idem, fiscta Egypto stiftendiaria , quantum pater ejus Gallia , in israrium reditua contulit. » Eutrop. : « Gallix autera tributi nomini annnm imperavit seslertiun qnadringenties. m

4Ô0 nsTOfu Romànv.

rr'-rîi'î-nce d**s g«''UTem-urb, par sa moonaie et s« antivs jrivil-^rrs. CH;«.i«:u./ raulcri*é •i»'S ilruidesfùt dt'jà ficHlafôLbli#* d»'pHt;s I;r^»;nrs r«--.r î'2s rivaîi:*-s^'^jerrièros, Aiijrus*? Thi Liirvsa \»is m»::.v- sui <is>râ \^±Ti la reii::lon galliqu^, ti j igi^ pruilt-nt d'iid >iKir la s«jiiibrt* iiifluence cks dâ-ux da \tH*.i , en k-s ass^jcianl «îacs un mt'me culte auxdît-iLx p\'C5 ri latins. Il aJrfS^ d»js vh-uî à Circius « Aïri-, le génie «la vent), mais il inlenlit à tLUlciîoytn romain les pratiq;»*^ élraiigères, et aux Gaulois les immolations humaines, réduisant ce rit cnit'l à de 1/^êres incisions. Deux aniK>t^ furent employées à ces réformes. On lui porta plainte bientôt contre un procurateur , Tafirancbi Licinius, qui , par une équiToque dérisoire, comptant décembre pour le dixième mois, prétendait exiger encore deux douzièmes de tribut pour compléter la recette annuelle. Mandé par Tempereur , il lui apporta une ricbe sonune : « V(Hlà, lui dit-il , ce que j'ai amassé pour toi et pour les Romains ; car il vaut mieux ne pas laisser aux Gaulois cet aident, qui les aiderait à se révolter. » L'empereur lui fit grâce *.

Les Rhétiens et les Vindeliciens s'étant mis à foire des brigandages en Italie et en Gaule, Tibère et Drusus allèrent punir et soumettre ces Barbares , puis les Pannoniens, qui suivaient leur exemple (15). En même temps , au bout de rOrient, les attaques desCimmériens exigeaient tm châtiment semblable. Agrippa, qui était en Syrie, envoya contre eux Polémon , petit roi d'une partie du Pont , et lui donna leur pays (14). Quoiqu'il n'eût pas écrit au sénat, un triomphe lui fut décerné, mais il continua de refuser , et , depuis ce temps , personne n'adressa plus de rapport officiel d'ex-

« Dion, 54, de 19 è 33; Suél.,^119., »i, »«, 4rî V«U.,»-49; Séoèq., Qmmt. nol., 5-17; Lucain, 3-4o3 ; Séocq., Letf., 99; Juv., 1-109, i4-3o5 ; Perte, »- % ; Éptgramme de Varron :

Mnrmorco IJrinitis liimiilo jaccf, et Ciïo parvo, lV>mp(*îiiK niiilo: rjiih piild r^e ileot?

AUGUSTE. 40i

pédîtîon , et n'oblint plus que les ornûments triomphaux. Agrrippa retrouva, Tannée suivante, Auguste à Rome, et à peine eut-il reçu un renouvellement de puissance tribunitienne, qu'il repartit pour la Pannonie , et déconcerta, par sa présence Inopinée, une tentative de révolte. Il mourut ail retour en Campanie, avant d'avoir revu son beau-père , qui perdait son capitaine, son conseiller le plus habile (12), ta Tcmpire sa plus ferme espérance.

Tibère lui succéda comme gendre d'Auguste, et fut obligé (le lui succéder aussi contre les rebelles Pannonicns; il los liattit à son tour et en vendit un grand nombre comme esclaves, n se vit décréter un triomphe , et cette fois ce fut Tompereur qui n'y consentit pas.

Drusus, par ses talents et son caractère, prenait bien plus ivollement la place d'Agrippa; et, pendant que son frère recommençait une campagne contre les Pannoniens , les Dalmates etlcsDaces, il faisait une guerre plus difficile. Los Germains menaçaient d'une invasion , et les Gaulois répugnaient à le seconder : il réunit les chefs gaulois près de Lugdunum, dans une fête en l'honneur d'Auguste, leur persuada d'élever en ce lieu même un temple et un autel à l'empereur ; soixante cités contribuèrent à l'exécution de cet édifice, qui s'acheva l'année suivante. Un concours et un prix d'éloquence y fut fondé, et Auguste devint comme le dieu fédératif de ces fériés gauloises. Drusus arrêta aussitôt un corps de Barbares qui passait le Rhin , pénétra chez eux par l'Ile des Bataves, ravagea le pays, et descendit le long du fleuve en soumettant à l'alliance les Frisons, sous la seule condition d'un tribut de cuirs à l'usage de l'armée. Ces pauvres gens durent entrer en grand étonnement quand ils eurent vu les immenses travaux par lesquels le général romain ouvrit une nouvelle route au Rhin vers le lac Flevum, et, le premier, lança les légions sur l'Océan du Nord. Une telle hardiesse, toutefois, faillit lui être fatale; le reflux n. 34'

40S HISTOai BOMA0I1.

inconnu laissant ses vaisseaux à sec sur le rivage des Caih ques où il aborda, Peut mis en grand péril sans le seooms de ses nouveaux alliés (H).

11 eut le loisir de porter en personne cette nouvelle à Rome. Au printemps, seconde campagne; il avait à venger la mort de vingt centurions, pris et brûlés vifs par les Bar- Imrcs. Un pont jeté sur la Lippe le porta chez les Sicambies et les Chérusques jusqu'au Weser; mais lliîver Femp<>cha d'aller loin au-delà; son armée eut beaucoup h souffrir dans sa retraite par le froid et les embuscades oôntituelles; il bâtit néanmoins deux forteresses (10). Ces exploits lui valurent les ornements du triomphe , le drt»t d'entrer à cbeval dans Rome , et la promesse du pouvoir proconsulaire à la fm de la guerre; mais le titre iVimperator^ que lui avaient donné ses soldats, lui fut rt^fusé far Auguste.

Drusus poussa jusqu'à l'Elbe une troisième expédition: c'était avoir assez fait; on ne pouvait, sans témérité, s'engager plus avant à travers la sauvage àpreté de la contrée et des habitants. 11 éleva un trophée sur le bord du fleuve et revint sur ses pas ; une maladie mortelle arrêta tout-àcoup tant de gloire (9). On croyait que si un jour il arrivait au pouvoir, il rétablirait la république dans son ancien état, d'où quelques uns ont dit qu'il avait été empoisonné; ce soupçon n'a point de vraisemblance contre Auguste, mais bien contre Tibère. On chérissait encore Dnisiis comme un digne époux d'Antonia : la chasteté de leur mutuelle tendresse, en faisant honte à la corruption générale, enlevait l'admiration. Leurs enfants, Germanicus, Livilla, Claudiiis, étaient, pour celte raison, l'objet de l'affection publique, et l'alné la justifia en Imitant son père. Antonia, par un exemple non moins rare , continua d'habiter avec Ka belle- mère Livie, consumant sa jeunesse et sa beauté dans les regrets d'un fidèle veuvage.

AUOUSTB. 405

n y avait à craindre que la mort du Jeuriô héros ne rendit Taudace aux Barbares; Tibère continua donc la guerre avec assez de vigueur pour les contraindre à demander grâce ; il transporta quarante mille Ubiens et Sicambres en Gaule (8) , et les établit comme un poste d'auxiliaires sur la rive gauche du Rhin. La valeur de Drusus avait assuré à Rome la possession de tout le pays situé entre ce fleuve et les peuples belges ; on en lit deux provinces : la première et la seconde Germanie ^

Auguste fit alors une autre perte qui lui fut peu sensible , mais que plus tard il apprit à regretter; ce fut la mort de Mécène, le confident de tous ses secrets, le second ministre de sa grandeur. Déjà il lui avait trouvé un successeur dans Crisp. Sallustius , épicurien aussi et homme d'État , sans autre ambition que celle du luxe et des plaisirs, mais plus souple sans doute dans une foveur moins acquise. On voit toujours, au moment de ces grandes crises qui changent la situation des peuples, surgir de ces capacités secondaires, que le cours ordinaire des choses n*eût pas soulevées de la médiocrité , mais qu'une merveilleuse facilité à servir d'instrument associe à l'oeuvre de la puissance nouvelle. De tels hommes , soit qu'ils s'attachent à Tiisurpation ou au droit, préparent si sîdroitement le succès, qu'ils en deviennent inséparables. Une sorte de nécessite les soutient jusqu'à la fin, et, quand ils ont même cessé d'être utiles , quand la reconnaissance s'est lassée, ils conr servent encore tout l'éclat de leur influence première. C'est une bienséance que le pouvoir se mi^nage à soi-même , et comme un démenti des services secrets, plus encore qu'une l'écompense des services avoués. Leur disgrâce semblerait

* DÎOD, 54, deaa à 36, et 55-i, a, 6; Ptor., 4-1 > • Strab., 4-3 ; Suét., Aug., ai, Ti^., 9, 5o, Catfg.f 20, Claud.t t, a; Tac, Ann., 4'*7^> *~3^« German,, 34 ; Vell., a-49i Hor, Od., 4-14; Val. H;tx., 4-3s Orid., Consol. à Uuie.

40 i BiSTOlAB lOMAlXE.

moins une ingratitude qu'une indiscrétion. Telle fut U position de Mécène. Les petites conjectures des histaneiis n'expliquent pas le refroidissement d'Auguste pour loi: il r-st plus vraisemblable que le vieux ministre imponisa Fempereur, dès que Tempereur crut n'avoir plus besoin àà ministre. Une affection réelle ne pouvait exister entre tes doux hommes, l'un qui sacrifia tout à son élévation. Fautif qui ne connaissait rien de plus précieux que sa propi? vie. Mécène , en effet , a exprimé ce sentiment épicurien dans une épigramme fort censurée par Sénèque , qui noas Fa transmise *.

Pendant que les légions étaient occupées au loin à reR^ 1er les Barbares hors des frontières, Fempeivur, revenu à Rome (43), reprenant la suite de ses réformes, s'enhardit à régler enfin le service militaire; il en fixa la durée et la récompense de retraite : douze ans pour les prétoriens, WMze pour les légionnaires; une somme au lieu des tem« qu'ils demandaient toujours. Dix-neuf ans plus tard , ks campagnes devenant plus rudes, plus continues, et les soldats refusant de porter les armes au-delà du terme fxé, il fut décidé qu'après seize ans de service, les prétoriens recevraient cinq mille deniers, et les autres trois mille après vingt ans ; en conséquence une caisse militaire fut établie sous la surveillance de deux anciens préteurs, qui exerceraient pendant trois années. Les dons des rois et des

* DioD, 5S-7 ; SoéL, Ju^; 66; Tac, j4nn., 3-3o; llacrob.> a-4 > ^^■'^•i ^ jnvvieLf l, Lett,^ loi :

Debilem lacifo manu ,

DtibUem pede , coxâ ; Tuber asirue gibberum ,

Lttbricos quafe denlec , Vita dumsuperest, beneest;

Hanc mihi , vel acatft Si ledeam cruce , «uatiDe.

Foyet La Fontaine , Fables, i-i 5.

AUGUSTE. <iO£(

peuples fournirent les premiers fonds ; puis les revenus des provinces impériales y entrèrent , et toutes les nouvelles taxes. Cette caisse ( œrarium militare ) linit dans la suite par se confondre avec le fisc {fiscus)^ trésor particulier de l'empereur *.

Auguste s'était bien gardé d'ôter à Lepidus la charge de grand-ponlife, la seule grande charge viagère; il en eût affaibli Tautorité. Lepidus étant mort enfin (15), il saisit celle impoitante attribution, pour réserver désormais aux empereure toute l'influence de la religion. Il en usa aussitôt en faisant rechercher de tous côtés les prédictions grecques et latines qui circulaient dans le vulgaire; il en brûla plus (le deux mille volumes. Il ne garda qu'un choix des livres sibyllins, qui fut soigneusement déposé dans le temple d'Apollon Palatin. Il ramena Tannée au calcul du calendrier de César , dont on s'était écarté , et le nom d'Auguste fut donné au mois sextilis. Il'accrut le nombre, la dignité et les privilèges des divers ministres sacrés, surtout des vestales, et remit en usage quelques antiques cérémonies, comme les jeux séculaires et les jeux compitalitiens, en réformant plusieurs abus*.

Rien ne lui échappait : partout même vigilance à redresser les moindres détails, à les diriger vers un ordre général. Les décrets étant négligemment abandonnés par les tribuns et les édiles à la garde de leurs subalternes , le soin en fut désormais confié aux questeurs. Déjà un corps do six cenls esclaves publics avait été mis au service des édiles curules (22), pour éteindre les incendies; mais ces accidents se multipliant , l'empereur en prit occasion d'établir plusieurs mesures de sûreté et de police intérieure.

* Dion, 54-i5, 55-s3, aS; Su^t., ^m^.j 49.

* nion, 54-37; Sut^t., ,'lutj.^ 3i ; llor., EporL, 14; Si5nc(|., De clem , i-io ; !d:irrut» , i-ia,

406 msTom ROKànn.

Un règlement défendit à Favenir dYlever les maisons à plas do soixante-dix pieds; la ville, divisée en qualone régions , eut , au lieu de ses anciens viocures , quatorze administrateurs (curatores)^ assistés d'un égal nombre de commissaires {denunciatores). Ces régions furent subdivisées a deux cent soixante-cinq quartiers (rirt ou compila lon'iim), dont chacun était sous la surveillance journalière de quatre inspecteurs {mngistri vici, vicomagistri) ^ pris panni les affranchis , avec quatre serviteurs (mmhtri) , esclaves , sous leure ordres. Il y eut encore des inspecteurs du Tibre, pour parer aux débordements fréquents. D'autres magistrats, anciens préteurs, reçurent la fonction de distribuer le blé; cette distribution se réduisit à deux cent mille rations : et , assez longtemps après (7 depuis l'ère vulgaire), la même attention de prévoyance imagina de créer sept cohortes de vigiles ou gardes nocturnes , composées d'affnmchis, et commandées par un chevalier. Cette milice permanente comprimerait tous les troubles que la disette ou d'autres causes pouvaient exciter.

C'est aussi vers ce temps que, pour connaître plus promptement ce qui se passait dans les provinces, l'idée vint à Auguste de disposer sur les grandes routes, à de courtes distances, des courriers {veredarii)^ qui se transmettaient les dépêches de proche en proche, imitation perfectionnée des anciens astandes de Cyrus et des hémérodromes grecs. Il ne tarda pas même d'y substituer des %'oiturcs et des relais; par cette invention plus commode, les messagers apportaient directement les lettres , pouvaient au besoin dire quelque chose de plus, et fournir des détails utiles. Alors ces messagers ftirent pris exclusivement dans la cohorte ùe&spéculcUeurs, qui faisaient partie de la garde lit» Fempereur*.

* Diou, 54>ia| t;, 25-8, lo, ifi; Siiét., Ang.^ s5,a9, )o, 37, 49i Gataob., »k»

ÀIGLSTE. 407

On cuuimencu à conuaitrc maintenant Tœuvro et la pensée d'Auguste. Armée, gouvernement, législation, religion, tout venait peu à peu se réunir dans sa main. En attirant à lui les pouvoirs divers ou même incompatibles de toutes les magistratures, il couvrait de la juridiction civile son usurpation militaire ^ Cette seconde usurpation n'était point difficile ; car précisément parce que les armes ne devaient point paraître dans la cité, que la toge et répée ne se portaient point ensemble, à la toge seule appartenait répée, d'après le principe républicain, et les magistrats seuls pouvaient être légalement des généraux. Aussi avait-il commencé par la propréture et le consulat pour devenir triumvir et empereur. Puis, tous les droits de la toge étant successivement transportés àl'épée, la république se trouva en quelque sorte personnifiée en lui , tandis que le cortège de toutes les anciennes fonctions , présentant à Tentour l'image de l'ancienne constitution , contentait les yciix et empêchait de remarquer la métamorphose. « D'ailleurs, de tous ceux qui vivaient alors, combien en restait-il qui eussent vu réellement la république' î » Nul doute que ce changement ne tendit dès lors à

Caliy., 44 ; Juv., 3-178 ; Tac, ffisf., 1-73 ; Sénëq.» Cons. à Ilelv., 9; S<$n^. le Rli<^t., Controv., 9-a ; Plin. N., 3-59 ! Juste Ltpse, De mayn. nom., 3-4 i Roftio, 7-3a, 35.

* Tac.f./nit., i-a : « Poslquam Bruro et Cassio cae.<iis, niilla jam piiblica arma ; Pompcius apud Siciliam oppreuus, cxMiloqiic Lepido, interfccio Antonio, ne Julinnis quidem partibus nisi Cae«ar diix reliquus ; posito triumviri nominCf coosiilcm se ferens, et ad tuendain plcbcm tribuniiio jure conteutiim i tibi militumdonis, popiiluin annonà, cunclos dulcediue otii pellcxil, iiiMiri'ere paiilalim, muiiia scnatus, Dia(;istraluiim , lc(;uin in se irahere, niillo adversnnie; quum ferocnsimi per acics aut proscripiione cecidissent , rœtcrî nobilhim, qiianto qiiis servitio prompiior, opibuset bonoribus cxtollerentur , ac novis ex rebu» aiicii , luta et prxsL'iitia quam vctûra et periculosa uiallent. » j^hh,, 3-56, 4*33, Ih'st., i-i.

* Tac., .4Hn,y 3-6o : « Sed Tiberius, TÏm prineipatHs sibi firmans imaginein antiquilalis scnatus pnebebat. . . » i3-28 : « Maiiebat uiliiloiniuus qundam

408 HISTOIRE ROMIIKE.

la mon«archic; comme Rome se faisait le centre dis nations, Tempcreur se faisait le centre de Rome et de rÉUt; cependant TÉtat ce n'était pas encore lui. Peu de ternis après la naissance de Tibère , Livie ayant consulté Favenir , le devin lui répondit que cet enfant « régnerait sans insigne royal*; » or, qu'esl-ce que régner sans être reconnn roi? La monarchie n'était possible que dans un lointain tout -à-fait inconnu, oCi Ton n'arriverait que par un laborieux épuisement de la démocratie. Pour le présent et même pour trois siècles, le nouveau pouvoir ne sera qu im commandement, qui emprunte son action comme son nom {imperium , empire) de la force militaire ; commandemait absolu, puissance tyrannique et également précaire, à laquelle tout sera permis, tant que celui qui en est muni ne déplaira pas à la populace ni à la soldatesque. Encore Auguste appréliendait-il que l'attention ne s'arrêtât sur œ seul litre effectif ^'empereur , et son plus grand trait d'habileté , peut-être, fut d'y joindre un autre titre, sans conséquence, purement honorifique, qui servît à designer sa personne dans le détail et le langage ordinaire de la vie, sans ostentation et sans ombrage. Nommé prince du sénat, il retint de préférence cette qualification; habituellement on l'appelait le prince, et son autorité le prin-cipat *.

imago rcipublicie. » i-3 : « Eodem maçisiratunni TOcabuU. Juuiores pose Ac* liacam victoriam,etiain sencs plerique inter bella civilia nati ; quotusqanque reiiquus, qui rempublicam vidisaet? »

* Surft., Tih., 14.

* VelL, a>40 ; Tac, Ann., t-i : « Lepidi atquc Antonii arma in Augnstoiri oesa^re, qui cuncta discordiis civîlibus feiaa , nomiue priHci/yû, aub imperium accepit. » 1-9 : «. , . Mon aliud diKordanti» pairie rcmcdium fuisse , quam u( ab uno re^^eretur. Non regno lamen , neque dictalura, sed priuciyis iiomine constitulam rempublicam. w> Bisl., 1-S4 • " Hune auapicato a itarenie et condilorc urbis noMrcc înscitulum , et a i^gilrtts usque ad priKrf/M'f coniinuiun cl ImmorUlem. » Uor., Or/., i-a : « Uic amas dici |xttcr atque

Les indignations de Tacite contre la tyrannie des Césars et contre la servilité des Romains, ont lait illusion ; avant un de ses modernes traducteurs \ nul ne s'était douté de la véritable situation des choses, que la suite des faits néanmoins démontre assez clairement, et dans le récit, dans les remarques de Tacite plus que partout ailleurs. Comment une aristocratie abattue par sa mollesse et son ambition, eùt-elle conservé quelque dignité? Quant à la multitude , dès qu'elle est à elle-même , elle adore ou elle tue, insolente et servile tout ensemble; il n'y a plus rien pour elle de légitime ni de honteux. Longtemps les empereurs virent des adulateurs à leurs pieds dans Rome, sans y voir des sujets.

priHce/»i...»De là l«sens nouveau de principalis et celui de prinvipattu^ que ue rend point notre mot principaulén Suét., Tih.^ 65 : « Vis tiindem et a>tu magis qiiam principali auctorilate subvertit. » Tac, Ilist,^ 3-81 : « Tantum •imul peditum equitumque et vmulaDtiuui in ter se rcçum paratus, specicin fortune principalis effcccrant. • Ib., 1-43 : • Et fortunum principattu ioerii luxu. . . praesumebatB Id,, Agricola , 4^ : • Crcbriiu quam ex more principatus per nuntÎM vîsentis. » Voyez encore Suétone, Florus, Pline, passim, et mon ch. lxxiii. U échappe rarement à Tacite de te servir de regunm et de rrgins , comme synonymes de principattu et de principalis ; encore est-ce dans un sens général de pouvoir. Consultez, pour le plan de l'histoire de l'empire , mon précis de l'histoire des empereurs.

* Voye% le discmin préliminaire de la traduction de Tacite , par Dureau de la Malle.

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