‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 91 sur 102 · POLITIQUE D AUGUSTE · texte numérisé non relu

POLITIQUE D AUGUSTE

Auguste ne se démentit pas un moment; cette double et secrète nécessité d'usurpation et de dépendance, qu'il était également dangereux d'outrer et de découvrir, il sut la saisir si adroitement, et entremêler tellement rune à Fautre, que sa conduite fit loi et position en même temps pour ses successeui^. À ne regarder que certains actes de vigueur, il semblerait le maître; en d'autres circonstances on le voit contraint. Gomme rien ne subsiste tranquille et stable sans autorité, il usait de la sienne au besoin; son ascendant personnel, fortifié des nouvelles prérogatives, dominait les résistances, et continuellement aussi il redemandait une confirmation légale. Depuis Tan 27, où il avait échangé le triumvii-at contre des pouvoirs plus réguliers, il renouvela encore cinq fois ces pouvoirs, d'abord do cinq en cinq ans, puis de dix en dix ans, et lorsque, après lui, cette formalité cessa, les empereurs en perpétuèrent du moins la mémoire par des fôles célébrées tous

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les dix ans {decennalia) , ce qui continuait au temps de Dion Cassius. Plus d'une fois môme encore il feignit de vouloir abdiquer, et il affecta jusqu'au dernier moment d'en conserver l'intention. Dans une de ses lettres au sénat ( au plus tôt 2 avant ), il parlait encore d'une espérance de repos, qui ne serait pas sans dignité : « Il serait plus glorieux, « ajoutait-il, d'exécuter que de promettre; néanmoins, le « désir que j'ai de voir arriver cet heureux temps fait que, « le voyant différer, je trouve du moins de la douceur à « en parler *. »

Auguste eut soin aussi d'observer l'opinion et les goûts populaires; il se gardait bien de les choquer, sachant quels avantages il pouvait et quels il ne pouvait pas prendre, agissant toujours avec précaution autant qu'avec fermeté. Voilà pourquoi, ne voulant point établir une loi d'élection impériale, il n'osa jamais proposer une loi d'hérédité ni de succession ; voilà pourquoi, disposant de tous les revenus de l'empire, il n'imposa point de contributions directes, et pourquoi enfin il entreprit si faiblement la réforme des mœurs, quoiqu'il en connût certainement l'utilité.

Les sénateurs et les grands étaient les plus faciles à mener; avec eux l'empereur était vraiment le maître, et, depuis longtemps, tout ambitieux avait trouvé dans le sénat une souplesse commode. Auguste voulait s'en servir comme d'un grand conseil, dépositaire et interprète du droit public, donner par les délibérations de ce corps une forme de loi aux volontés impériales, et l'interposer à propos entre le prince et la nation dans des circonstances importantes. Il l'avait ménagé môme en l'épurant, et depuis, en le réglant comme il voulut, il s'étudiait à le remettre en honneur. Le sénat traitant des affaires de l'État, le prince

> Dion, 53-1 6, 55-6, aS ; S«5n2rq., tk brev. vitœ, 5 ; Suét., ^ug,, i8.

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évitait ainsi la responsabilité de la décision. Les séances se

passaient avec une sorte de liberté; on avait à donner on avis plutôt qu'un cons«îlement. Auguste y souffrait k contradiction; une fois, comme il quittait de colère une discussion animée, quelques uns lui dirent qu'il fallait bien laisser parler les sénateurs sur la chose publique- Des libelles môme circulèrent contre lui dans la curie, sans qu'il prit la peine d'y répondre ni d'en chercher les auteurs. Afin d'accoutumer de bonne heure aux affaires les fils des sénateurs, il leur accorda de revêtir le laticlave en même temps que la toge virile, et de venir aux séances. Ceux qui commençaient leur carrière militaire recevaient le commandement d'une légion ou d'une aile de cavalerie ; souvent même, afin qu'aucun d'eux n'ignorât le service, il mit à chaque aile deux laticlaves K Les pères conscrits n'avaient pas moins à se louer de ses manières ; ils n'étaient astreints à se lever ni quand il entrait ni quand il sortait ; il saluait en passant chacun par son nom. H entretint des relations d'amitié avec im grand nombre d'aitre eux ; il les visitait au jour de leur naissance, et ne c^sa cet usage que dans un âge avancé, lorsqu'un jour il eut été froissé par la foule dans une réjouissance de fiançailles •.

La discipline militaire fut remise en vigueur; les généraux n'eurent plus le droit d'emmener avec eux leurs fkmillcs, ni de revenir les voir, sinon pendant les quartiers d'hiver : mais l'exemple de l'empereur ne contribua pas à. maintenir ce règlement, qui ne fut pas longtemps observé. Une distribution exacte des châtiments et des récompenses ramena légionnaires et centurions au devoir. I^s couronnes , comme le prix le plus honorable, se donnèrent

' Dion, 53-10 ; Suét.,Aug.t IS, 54, 55, 78. • Siu^l., ylutj., 53.

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plus rarement; on méritait plus facilement des colliers d'argent et d'or. On vit quelques légions licenciées pour leurs insolentes exigences. Auguste, après la guerre civile, soit dans ses harangues, soit dans ses édits, n'appela plus Icîs soldats autrement que soldats, et non compagnons alarmes comme auparavant ; il ne permit pas à ses beaux-fils ni à ses petits-fils d'être plus familiers que lui. D'ailleurs, il avait épuré l'armée par les nombreux congés qui suivirent sa victoire ; il ne se servit plus ensuite des affranchis que dans les cohortes nocturnes , et n'admit que des Romains dans les légions, ce qui était facile, les recensements qu'il ordonna lui-même n'ayant pas constaté moins de quatre millions de citoyens. Le recrutement s'exécutait avec sévérité : un chevalier ayant coupé les pouces à ses deux fils pour les exempter de la milice, il le fit vendre lui et son bien ; et, comme les publicains voulaient l'acheter pour lui rendre la liberté, il l'adjugea à l'un de ses affranchis, avec ordre de le reléguer aux travaux des champs. Quand il détermina l'époque et la somme de retitiite, ce fut pour empêcher que la misère ne portât les soldats congédiés à désirer les changements politiques *.

Un homme qui , sans être guerrier , s'était élevé au rang suprême par le moyen des soldats , comprenait mieux que tout autre le danger d'un tel appui. Ses réformes militaires, comme toute son administration, avaient évidemment pour but de rendre l'armée- plus nationale en lui ôtant son excessive prépondérance, et d'en séparer peu à peu les intérêts de l'empereur; c'était la sûreté de l'empereur luimême et de Fempire. Il fallait pour cela renoncer aux con-

I Suët., Aug,, 34,95, 49, Tib., 8 ; Veget., i-i 3 ; Aul. Gell., 10-8 ; Val. Max., 9>7 ; Frontin, 4-1 ; Juste-Lipse, !•€. Foyex anMÎ le Mfonument rCAncyre , 2* /rut/ment; Uor., Sat,^ »-7, t. 91 :

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