‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 92 sur 102 · II. ss · texte numérisé non relu

II. ss

4iA HISTOIRB ROVAINK.

quêtes el employer uniquement les troupes à la défense des frontières et à la tranquillité intérieure. Rome avait acquis assez de gloire et de sujets. Des guerres très-lointain» désormais exigeraient des troupes plus nombreuses, et , avec Taudace soldatesque, ranimeraient Fambition des capitaines. Aussi nulle expédition entreprise qui ne fût indispensable, et qu'Auguste ne s'efforçât de terminer par un traité. Il obligea plusieurs chefs barbares à jurer dans le temple de Mars Vengeur qu'ils resteraient fidèles à Falliance et aux conditions obtenues. Il essaya un nouveau genre de garantie, en exigeant de quelques autres des fenmies pour otages, leur laissant toutefois la faculté de les recouvrer quand ils voudraient. La plus grande rigueur qu'il exerça envers les révoltes les plus fréquentes et les plus perfides , ce fut de vendre les prisonniers et de les transplanter au loin , sans permettre de les racheter avant trente années. Suétone attribue à cette modération les ambassades et les alliances des Scythes et des Sarmates ' ; les nations , en effet , devaient voir avec respect cet empire si formidable, qui n'envahissait plus.

Avec cette vue pacifique, il ne convenait pas d'entretenir au dedans les habitudes belliqueuses. La loi Julia, sur les troubles publics, reçut une plus grande extension. Il ne fut plus p(M-mis à aucun citoyen, même en Italie, d'avoir chez soi, ni de porter nulle part d'autres armes que des armes de chasse, de voyage ou de navigation*. La même prudence avait amené la désuétude des triomphes , afin qu'im

» Sui'i., Àn{f,t »i ; Tac, //«n., i-3.

• DiyetLf 48-6, 1 ; Rotin, 807 ; PetiU poèmei latins, Gra(. Fal., 33; :

Tegsi imat fescia auras.

Sic famulis viiulina tuis, aut tergore fulvo Manlica , ciiria chiamys, canaque e mêle (jaleri t Iinu ToleCano pra>cin{;.int iiia ctiltro; Tcrribilcm iiiann vihrata Marîca dcxira l)t.'i soMiiiiin , i'( ctirva nimp.inl mou pervia falce.

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nom privé ne pût effacer le nom du prince, et que la gloire militaire devint un privilège impérial *.

C^est surtout au milieu du peuple de Rome qu'il est curieux de considérer Auguste. Indépendamment des distributions régulières , le blé était livré à très-bas prix dans les années difficiles , quelquefois gratuitement , et les billets d'argent étaient alors doublés. Les largesses {congiaria) arrivaient fréquemment selon l'occasion. Les sénateurs voyaient compléter leur fortune quand ils ne possédaient pas le cens assigné à leur rang; les citoyens recevaient par tête trente, quarante, cinquante, deux cents écus ; les petits enfants même n'étaient point oubliés, quoique ce ne fût guère l'usage qu'ils y prissent part avant onze ans. Cependant Auguste voulait qu'on reconnût en lui un prince plus utile que complaisant. Un jour que le peuple se plaignait de la disette du vin , il répondit « que son gendre Agrippa avait pourvu par ses aqueducs à ce que personne ne souffrit de la soif. » Une autre fois on réclamait une largesse : après avoir répondu qu'il tenait toujours sa parole , il ne se borna pas à refuser, il remontra dans un édit la bassesse et l'impudence de réclamer une chose non promise, cl protesta qu'il avait eu l'intention de donner , mais qu'il ne donnerait rien. Une année , la stérilité étant extrême et difficile à réparer, il fit sortir de la ville les marchands d'esclaves, les maîtres de gladiateurs et tous les étrangers, excepté les médecins et les professeurs. Lorsque l'abondance fut revenue, il avait résolu, selon son propre aveu, de supprimer pour toujours les distributions de blé, parce qu'on se fiait là-dessus pour négliger l'agriculture; mais il abandonna cette résolution , parce qu'il était trop certain que

* Tac, jigricola^ S9 : ■ Id sibi maxime formidolotum , privati homioM nomen supra principis attolli ; frustra studia fori et civilium artium decns in silentium acta , si militarem glorbm olius occuparet, et cœtera utcumque fjcilius dissimuiari , ducis 1>oni imperiit'yrîam virliitem esse. •

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rurr.l.iii^iQ la iviÂbiirtiit q'^^^ue jour pour la per«e «k pr::K-«. S^^lrmtrnu «i^^-iuS, il [»rit ses mesnnes ponrqoi^ ks eu I: i valeurs ne fusam: pas moins bîen traiiés que la pîèbf K

II montra (k la ftrrm^-té jusque dans les diTenissi^meE::^ publics, ks délices dtf Rome, tn pnjhîbaot les LOiiil«.â:sà mort dans TaWtie, en mc>d*^raiit le nombre des coaitiats de gkidiateurs et d'athlètes; les particuliers ne polirraient des^>niiais . sans permission du sénat, produire des gladiateurs en public plus de deux fois Tannée , ni au-deiâ de soij^ante coupK^. Les cberalios prenaient part quelquefois à ces assauts; des fils de sénateurs, des femmes nc^iks, s^babituaient à paraître sur la scène. Un sénatus-consuJte 8*y opposa. Les histrions n eurent pas toujours le droit de tout oser pour amuser bis spectateurs, et parfois ils étaient bannis. Mécène avait introduit à Rome le ^)ei:tacle des pantomimes, nouveau genre de représentations licencieuses, qui plaisaient autant à la nation qu*au ministre. Haïgré cette fiiveur générale, il arriva quelquefois à Auguste de punir œs acteurs insolents ; il fit battre de verges, dans sa propre maison, le pantomime Hylas, sur les plaintes du préteur. Mais cela même était une preuve de la puissance démocratique , car il avait cru nécessaire de déclarer les histrions exempts d'une pareille punition; nul magistrat n*avait le droit de sévir contre eux, et lui seul le pouvait, parce qu'on Tavait mis au-dessus des lois. U chassa aussi de l'Italie un autre pantomime, Pylade, pour avoir montré au doigt un spectateur qui sidlait ; mais il ne tarda pas à le rappeler, et le baladin lui dit hardiment : a César, il t'importe que le peuple s'occupe de nous*. »

Auguste le savait fort bien; il avait grand soin de pourvoir à cette distraction nécessaire des esprits, par une suc-

1 Sii^l., j4tig.^ 4'f 4'*

• Siic'r., /ftuj., \'t, \i ', Dion, S^a, 17 ; Tac, Ann,^ i-54, 77.

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cession et une variété de spectacles que les temps précédents n^avaient point égalées. Il donna vingt-quatre fois des jeux en son nom , et vingt-trois fois à la place de magis^ trats absents ou trop peu riches pour celte dépense. Il n'était pas rare qu'on eût des spectacles dans chaque quartier , sur plusieurs théâtres en môme temps, et par des histrions de toutes les langues ; les parcs servaient à ces réjouissances, comme le Forum , l'amphithéâtre et le cirque. Quelquefois on n'avait qu'une chasse et des athlètes au Champ de Mars, et l'on regardait assis sur des sièges de bois; ou bien une naumachie, dans un bassin creusé près du Tibre, ou des courses de char; souvent le jeu troyen de la jeune noblesse. Ce jeu cependant cessa à la fm, parce qu'un neveu d'Âsinius PoUion y eut la jambe cassée. Quand les spectacles étaient moins magnifiques, le prince y contentait la curiosité par l'apparition de quelque objet extraordinaire ou inconnu , comme un rhinocéros, qui fut montré dans les parcs, un tigre sur la scène, au Forum un serpent de cinquante coudées. Durant ces réjouissances, des gardes étaient distribués en divers postes pour préserver des voleurs la ville déserte.

S'il y avait convenance à ne pas laisser les grands devenir des baladins et des gladiateurs, il semblait toutefois qu'ils dussent contribuer en quelque chose à l'amusement du peuple, puisque la jeime noblesse exécutait fréquemment les chasses ^ L'empereur ne négligeait pas d'assister aux jeux, il y allait même malade; il y passait des heures, des journées entières, se gardant bien d'y faire rien autre chose, car on avait murmuré autrefois de voir le premier César y lire et y écrire des lettres et des mémoires. Lui , au contraire, il considérait a comme un acte national de se mêler aux plaisirs du vulgaire; » il proposait des prix con-

sidénblcs dans les jrax des autres, et s*occopftil sptâùh ment de tous ceux qui servaient aux fêtes puMIqoes. fi ■ dissimulait pas qu^il prenait goût à tous ces spectacles, sbtlout aux luttes des pugiles latins, qu^il avait coutume d*o^ poser aux grecs; il s'arrêtait même à regarder dans les rm ces oisife combattants (boxeurs) qui se gounnaient sm ail , à raventure , devant les passants *.

I^artout se remarquent des attentions semblables d'cèsi-quieuse popularité. Consul, il allait presque toujooisà pif^ dans la ville ; quand il ne remplissait aucune cbargs, il allait en litière couverte pour n'être pas recoonu, et pour éfargner aux citoyens les déférences accoutumées. Les jours de fête , la foule était admise sans distincUoD aucune aux salutations; il recevait tout le monde avec afi&dttlit& Dans une de ces occasions, il vit un homme qui lui tendait une requête avec quelque timidité : « Approcbe, dit-fl « en riant : tu hésites comme si tu présœtais une petite « pièce de monnaie à un éléphant. » Moins confiant que César, il évitait néanmoins de paraître ombrageux, de punir trop rigoureusement une injure ou une menace proférée contre lui. Entre plusieurs griefs d'accusation. Ton reprochait en sa présence à un certain ^ianus , de Gordooe , d'avoir mal parlé de lui : « C'est ce qu'il faudrait prouva*, a dit vivement Auguste à l'accusateur : au reste, flianos « saura que j'ai une langue , et je parlerai sur son compte « à mon tour, d Et comme Tibère était fort irrité : « Pour^ 0 quoi ne soufTrirais-tu pas, ajouta-t-il, qu'on dise du mal « de moi ? C'est assez que personne ne puisse nous en faire. » S'il lui revenait quelque bon mot qui courût sur sa personne, il prenait le parti d'en rire. Il rendait lui-même la justice, souvent jusque dans la nuit. U s'en faisait im de-

I Suée. /4tig,t 43, 45; Tac, Ann,, i-54 : ■ Neqae ipte abhorrebat talibus •ludiis^ct ciViVc rebatur iniscm volupfatibua vulfû » 11^6.

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voir, dont une indisposition ne le dispensait pas. Alors il jugeait en litière , ou couché dans sa maison , toujours avec autanl de douceur que d'exactitude.

Cet esprit de bienveillance, il voulait le &ire entrer dans ]a législation , en instituant appel des procès de la ville au préteur urbain, et en ajoutant aux tablettes d'absolution et de condamnation une tioisième tablette d'acquittement pour ceux qui, dans une cause de faux testament, auraient été induits par fraude ou par erreur à signer. Toutes les 5ois qu'il venait aux comices d'élection, il présentait tiois candidats, sollicitait pour eux publiquement, et donnait son suffrage dans sa tribu , comme un simple citoyen. 11 ne recommanda jamais ses petits-fils sans ajouter cette restriction : « s'ils le méritent. » Avant que ces jeunes gens eussent pris la robe virile, il désapprouva qu'on se fût levé pour eux au théâtre, et qu'on les applaudit. Un jour, un mime s'étant écrié, selon son rôle : « 0 seigneur juste et bon ! rt tous les spectateurs battirent dts mains , en appliquant ce passage à Auguste présent ; mais Auguste réprima par son geste et son visage cette flatterie inconvenante, et publia ensuite un édit pour défendre qu'on lui donnât le nom de seigneur (dominus). Il ne souffrait pas que ses en- Êints se servissent de ce nom envers lui ni entre eux, même en badinant.

La vaste maison où il résidait sur le Palatin, il l'intitula maison publique dès qu'il fut grand-pontife, parce que, selon l'ancienne coutume, le grand-pontife ne devait habitei' que dans les bâtiments de l'État. Cette demeure s' appelant plus ordinairement , à cause de sa situation, palais (palatium)^ cette dénomination linit par désigner exclusivement l'habitation des empereurs, et, dans les temps modernes, rhabitation ofiicielle des rois. Mais les idées monarchiques qui s'y sont attachées depuis étaient bien étrangères aux Romains de cette époque. Déjà même dans le pa-

4â0 HISTOIRE ROMàIXE.

lais se formait un assemblage régulier de gens ci dljalutudes, qui fut la première origine de la cour impêrrale; mais c'était un usage de plus d'un siècle dans la répubfeqne. C. Gracchus avait imaginé de distinguer en trois classes, par rang de mérite et d'amitié, ses plus zélés partisans. Le tribun Livius Drusus , puis tous les autres ricbes, en firent autant : on avait des registres d'amis et des nomenclateurs pour les enregistrer et les reconnaître. Nul personnage ne quittait plus la ville pour un gouvernement, un voyage ou une expédition, sans se faire honneur d'une nombreuse suite d'amis et de compagnons {comités), qui vivaient à ses frais et qui recevaient de lui des appointi^^ raenls. Agrippa et Mécène n'avaient pas autrement commencé leur fortune. Après eux, les compagnons les plus habiles ou les plus dévoués devinrent à leur tour les véritables conseillers du prince, et les principaux membres du consistoire; de là l'influence des affranchis, et ce titre de compagnon grandissant peu à peu , et s'érigeant à U fin en ofllce et en dignité. Du mot cornes, dans ce nouveau sens, s'est formé le mot comitiva, et, par traduction de ce nouveau sens, ceux de comte et de comté dans les langues modernes '. Personne alors n'eût songé à voir des courtisans et une suite royale dans les compagnons du prince. Auguste ne se fût pas exposé à un pareil soupçon. Il s'abstint toujours également des honneurs divins , quoiqu'il y eût moins d'inconvénient. 11 n'eut point de temple dans Rome. Toutes les statues d'or et d'argent qu'on lui avait élevées furent fondues par son ordre et changées en vases à l'honneur d'Apollon. Dans les provinces mêmes, quoique de tout temps

» Suét., /fug., 53, 5i, 33, 56, 7a, 94« 98, 5, Ces., 4«, 7Y*., 3o, 46, De illust. tframmat., 17 ; Dion, 55-13 ; Sénèq., De henef., 6-34, 33, De ciem.^ 1-49» l*ltnc, Panetj.y de 1 h 10; Casaubou ctSuumaise sur Spanien, Fief.4dticn, 18, Cl Saumaisc sur Trrb. PoUion, Ttmte tyrans , i3, dans Yllistmtx d'Auguste. Voy. aussi M. Naudei, i'« pailie, 5-i, 3» partie, 3-î.

AUGUSTE. tâl

on eût décerne des temples aux proconsuls , il n'en accepta jamais qu'en partage avec Rome, et où le nom de Rome ne fût inscrit avec le sien '.

Seulement, la môme flatterie qui avait donné au mois sextilis le nom d'Auguste , en tira une qualification pour les dieux lares , qu'on appela lares augustaux. Les inspecteurs de quartiers, à la faveur de leurs fonctions en même temps religieuses et municipales, partagèrent cette distinction : on les nommait d'ordinaire maîtres augustaux ou simplement augustaux. Les villes mimicipales imitèrent bientôt cet usage, qui s'étendit rapidement dans tout l'occident de Fempire, et qui finit par y établir une classe à part û^augustaux ou sévirs augustaux. Us avaient quelque ressemblance avec les chevaliers, et ne furent pas sans importance dans les cités. L'institution subsista , mais le culte indirect qui s'y attachait, s'oublia*.

Les nouvelles constructions et les embellissements de la ville ne se rapportaient pas moins aux desseins politiques d'Auguste , et contribuaient à sa popularité. Le temple de Jupiter Tonnant au Capitole , ceux de Mars Vengeur et de Quirinus, celui d'Apollon Palatin, où devait délibérer le sénat sur les questions de guerre et de triomphe , le Portique palatin , garni d'une bibliothèque grecque et latine , assez vaste pour y assembler quelquefois les pères conscrits, et y recenser les décuries des juges ; la basilique et le portique de Caius et de Lucius , les portiques d'Octavie et de Livie , le théâtre de Marcellus, le mausolée qu'Auguste se destinait à lui-môme dans le Champ de Mars , un troisième

» Sa^., Aug., 5» ; Tac., jinn., i-io, ne dit pai le coalraire : « Nihil deorum Iionoribue relklam , quum se templis et effigie numinum , per flammes et «cerdolee coU vellet. n Outre que ce sont ici les discours des âétncteun d'Auguste, ce reproche indique plulèt fartage des honneurs diTU» quun culte particulier.

• H. Egger, Exawun des examens, etc.

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