‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 95 sur 102 · II · texte numérisé non relu

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Mais nul espoir d'un meilleur avenir ; le droit de la gueme dévouait perpétuellement le monde conquis à la subsêtance et aux plaisirs des Romains. Tout ce que produisaient la terre et le travail leur appartenait; c'était pour eux que semaient et recueillaient les contrées les plus fertilœ. L'Afrique les nourrissait de ses blés huit mois de Tannée ; les quatre autres mois étaient à la charge de TÉgypte, qui envoya, durant le principat d'Auguste, vingt millions de boisseaux *. 11 (allait aussi des provisions pour les armées, et une grande exactitude à transporter ces provisions chaque année dans les stations militaires. Auguste n'abandonna plus ces soins importants aux gouverneurs ni aux anciens frumentaires (frumentarii), comme on appelait communément les décimateurs et tous les publicains subalternes employés à la levée et au transport des blés. Il en chargea d'abord vraisemblablement les spéculateurs , qui avaient Tadministration des postes. Alors, les occupations se divisèrent ; les uns , qui pourvoyaient spécialement aux relais et aux chaiTois , retinrent le nom de curiosi; les autns restèrent pour les messages et les missions secrètes. Les plus distingués , qu'on appela plus tard opincUores, intendants des vivres, étaient attachés aux diverses légi(»is; ils allaient chercher les blés dans les provinces, d'où ils tes conduisaient dans les magasins et de là aux camps. Aux trois divisions précédentes on réunit , plutôt qu'on n'en détacha , une quatrième, celle des gardes stationnaires, qui secondaient activement le service , en veillant à la sûreld intérieure. On les avait distribués partout, comme en Italie, sous le commandement (ïiréwarques (chefs de paix)«qui résidaient dans tous les lieux de relais. Ces quatre corps formaient une même milice, tous compris sous la dénomina* tion générale de frumentaires. Mais les nouveaux frurnen-

» Juslu Lipsc, De magn. law., a-3, lo, d'aprè* Publ. Victor el Jodcpbc.

AUGUSTE. 'iST)

laîres devinrent îe fléau de l'empire, et , vers la fin , on les appela, avec plus de raison, agents d'affaires (agentes in rebtis) ; on peut les regarder, dès Forigine, comme de véritables agents de police. Les stationnaires , en effet, ne protégaient pas seulement les convois militaires, ils avertissaient les gouverneurs des moindres indices de trouble, et ils servaient au recouvrement par contrainte des im- X>ôls. Les curiosi , toujours en mouvement , continuaient leur ancien métier, dénonçaient les débiteurs du fisc, et adressaient au prince des rapports sur Fétat de leur province, sur Tesprit des habitants, la conduite des magistrats* Les apinatores, dans leurs longs voyages, avaient bien plus encore à observer et à rapporter : ils cherchaient les coupables, les accusés, les suspects; ils portaient les ordres secrets du prince, eux-mêmes prêts à tuer, selon sa défiance, son avarice ou sa haine. Les spéculateurs avaient déjà rhabitude de ces exécutions arbitraires *; ils finirent par faire office de bourreaux *.

Ainsi roppression des provinces était toujours la même : le soulagement présent dépendait du caractère d'un homme ; le poignard, signe du pouvoir militaire, entre les mains du prince , demeurait suspendu et menaçait toujours s'il ne frappait pas encore. Le « prince romain, maître du genre liumain», » n'avait pas le droit de délivrer du joug les vaincus, quand il en aurait eu la pensée. Il pouvait tout contre eux, presque rien pour eux. A Rome môme , il pou-

> Dans l'Evangile seloa saint Marc, 6-37 , c'est un tpëculatenr qui est en- ▼oy^ par Hërode pour décapiter saint Jean-Baptiste.

■ yoyet Casaubon et Sanmaise sur Spartien , Fie ^jidrien, 1 1 ; M. Nandet, Des changements opérés, 1'* partie, 3-5 ; Dion, 5a, de a à 4o*

' Tac, Hist., 3-68 , il s'agit de Vitellius : « Romanum principem , et generis bumani paulo ante dominam , relicla fortune suae sede per populum , per nrbem exire de imperio. . . simul. . » adsistenti consuli exsolutum a latercpii^tonetit, velutjus necis vîisque civium , rcddebat. » Foyez aussi Scn. De clement.f i»! 1,

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vait mettre à mort des citoyens, auparavant justiciables des seuls comices; il ne devait compte à personne de ses I actes : mais il avait une double obligation à remplir, coi^ seulement les soldats à payer, la plèbe à nourrir, mais encore les largesses à faire chaque cinquième ou au moins chaque dixième année d'exercice , et des fêtes à dooner, sans préjudice des largesses et des jeux ordinaires des consuls et des préteurs. Son autorité et sa vie étaient à ce prix : fortune, honneur des grands et de l'État, lois, gouvernement, élections, on lui abandonnait tout s'il voulait : on ne lui demandait pour cela que « du pain et des spectacles. V Mais il fallait du pain et des spectacles , et, jusqu'aux derniers jours de l'empire, après que le pouvoir aura repris le diadème, ce sera encore la servitude du diadème *.

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