i HwrcHii iomaixs
pli se Taire. Tib^, effrayé, redcNibla ses supplicatioDs €t celles de sa mère, et peut-être n'eût-il pas obtenu son retour sans la chute de Lollius , qui ne s'attira pas seul, par ses rapines et ses intelligences avec les Parthes, le courroux du jeune prince. Caius devint plus &cile alors pour Texilé, car Auguste ne voulait point céder sans le oonsefitement de son petit-Gls.
Tibère revint donc «ifin ( 2 depuis Père vulgaire ), sept ans après son départ, mais sous la condition de ne se mêler aucunement des affaires publiques. Il cfmtinua de vivre à Rome, sans autorité et sans distinction; il résidait loin du palais, sur FEsquilin, dans les jardins de Mécène, n n'attendit pas longtemps la fin de sa disgrâce : au bout de quelques mois, Lucius, qui se rendait en Espagne pour y inspecter les troupes, tomba malade à Marseille et mou* rut inopinément à vingt-deux ans (2 depuis). Son frère aîné , pendant ce temps , s'était avancé sur les frontières de rOrient pour faire respecter les volontés de l'empereur, qui avait ordonné au Partbe de renoncer à toute prétention sur l'Arménie. Phraate, à l'approche du jeune prince, ne soutint pas l'orgueil de sa réponse, adressée sous le titre de roi des rois à l'empereur, qu'il appelait simplement César. Il eut une conférence avec Caius dans une tle de FEuphrate, en présence des deux armées, rangées en bataille sur les deux rives, et il al)andonna ses prétentions. Caius passa en Arménie , pour y faire reconnaître le traité et la suprématie de Rome. Comme il sommait la ville d'Ailaxate d'ouvrir ses portes , le gouverneur vint au-devant de lui, et, lui présentant un mémoire des trésors royaux, le frappa d'un glaive et s'enfuit. La ville fut prise, le traître se tua. Le jeune prince parut guérir de sa blessure ; mais, depuis ce temps, il ne Ht que languir, et Auguste, inquiet, le pressant de revenir, il mourut en Lycie (3 depuis).
L'historien Vclleius , qui servit alors comme tribun , et
qui vante la magnifique scène de TEuphrate, insinue que cette mort prématurée fut TetTet des vices où les courtisans jetèrent le jeune prince ; mais il donne trop peu de détails sur des circonstances qu'il savait si bien, et ses lâches fiatteries pour Tibère sufliraient pour ôter toute confiance à son récit. Le véridique Tacite soupçonne ici le crime d'une marâtre. Ces deux pertes, si tristes à Auguste, étaient trop avantageuses à Tibère pour que Livie et son fils, par toute leur conduite, ne fussent pas suspects de les avoir préparées. Le vieil empereur, si pénétrant, ne s'en douta pas; il adopta Tibère avec Agrippa Poslhumus, son dernier petitfils; puis il admit Tibère à la puissance tribunitienne pour dix ans (4 depuis), en l'obligeant d'adopter Germanicus, fils de Drusus *.
D'autres soucis succédèrent : on découvrit une conspiration de Cinna , plus dangereuse que toutes les précédentes, par le nombre et la condition des conspirateurs Auguste, résolu d'abord à se venger, éprouva pour la première fois une vive perplexité. Livie lui donna le conseil de pardonner, puisque la rigueur n'avait point détourné jusqu'alors de pareils dangers. Il le fit noblement, nomma à Cinna tous ses complices et tous les détails du complot, puis il lui demanda son amitié et lui accorda le consulat. Nul ne périt; Cinna lui devint dévoué. Ce ne fut pas cependant la dernière tentative : le môme dessein fut renouvelé, peu de temps après, par un homme qui était entré dans la famille impériale en épousant la seconde Julie , fille de Julie et d' Agrippa : c'était L. Paulus ; il conspirait avec Plautius Rufus. On n'en sait pas davantage , ni sur leur but , ni sur leur sort *. Peut-être avaient-ils choisi le
< Suée, Tih., de II à i6; Vell., a-5i ;Tac., jlnn,^ i-3, a, de i à 4; Flor., 4-1 a; Dion, 55-ir, la, i3; Sënèq., Consoi. à Jfarcto, i5.
* Dion, 55, de i4 à sa ; Sénèq., De etem,, 1-9, 10; Corneille a trouvé dans Sénèque la fameuse scène de la réconciliation ; Siiét., Jug.^ 19, 64» Ctaud-, a6; M. E(jger, Examen des exfttnrns.
454 nsToni lOMAim.
mnownt oè la ncmrelk" ahspnop de Tîbpfp eût laissé le pno- Toir plus belle à saisir après la mort if Aagusle.
La eonqnéte romaine arait enfin rencootré des limites qiril lui serait d«'-sormais difficile de franchir, et déjà il ici fallait ae défendre à rinlérieiir. Les Isaures recommoH çaifiit leors brigandages : on les rainqait ; mais, pendant rexpédition de Gains en Arménie, les Germains avakiH é^lement tiré les l<'-gions d*an repos de douze ans. Deox campagnes, qui parurent comprimer cette guerre, ne firent que ranimer et semblèrent donner le signal aux Gétuks, qui attaquèrent de leur côté les provinces d^ Afrique. Ces Barbares du Midi iSk furent pas repoussés sans peine, et Tiliêre fut obligé d'aller au secours de la frontière du Nord. Il parcourut tout le pays ennemi jusqu'à FElbe (4-5), sans être tenté d'imiter L. Domitius, qui, après la mort de Drusus , avait traversé ce fleuve et pénétré en Germanie plus loin qu'aucun général romain. Auguste n'approuvait pas cette audace imprudente, surtout quand on avait un ennemi certain et moins éloigné à redouter *.
Les exploits de Drusus au-delà du Rhin avaient causé rémigration des Marcomans; leur roi Maroboduus, craignant de se commettre trop tôt avec les armes romaines, s'était dirigé sur le pays occupé par les tribus boîennes ( la Bolième); il s'en empara, y établit sa nation. En s'éloignant ainsi du voisin«age de Tempire du côté de la Gaule, il s'en rapprochait bien davantage du côté de Tltalie , les confins de ses États n'étant guère à plus de deux cents milles des Alpes. Mais, à Fabri derrière les vastes profondeurs de la forêt Hercynienne, il voyait encore devant lui la Pannonie et le Noricum, qu'il soulèverait aisément contre Rome.
• Dion, 5S-t8;Velle{ut» a^a, 53; T«c. , Ann.,^^lSné^^ Tik., i6;le r^ic Tagnc et einphaci«|ue de Velleim est reboiaBi d'ofatcarilé M <l« flatterie.
AUGUSTE. 4o5
Il avait consolidé à loisir sa puissance , par une armte nombreuse dressée à la discipline romaine. Il agissait ainsi, non pour déclarer la guerre, mais pour ôter, pai* une défensive formidable, Tenvie de Tattaquer. Les ambassadeurs qu'il envoyait aux Césars mêlaient adroitement le ton de la prière et de Tégalité; toutefois, il donnait asyle à tous ceux qui se séparaient des intérêts de Rome, et il dissimulait mal son inimitié secrète.
Tibère avait résolu de ne pas le laisser plus longtemps en repos, et d'envahir à la fois ses Étals par plusieurs côtés. Une armée devait marcher du Rhin sur la Bohême, à iravers le pays des Cattcs, en ouvrant un chemin par la forêt Hercynienne , et lui-môme devait partir de TlUyrie ; ses quartiers d'hiver, disposés le long du Danube, n'étaient qu'à cinq journées du territoire des Marcomans. Mais Maroboduus, plus habile que lui, l'en empêcha bien : les Dalmates, fatigués des levées d'argent et d'auxiliaires, prirent les armes avec les Pannoniens. L'explosion fut effroyable : ils massacrèrent tous les Romains qui vivaient dans le pays (6) , et aussitôt se portèrent , en ravageant , les uns sur la Macédoine , les autres sur Salone et Apollonie. Le vieil empereur s'effraya, il ordonna des levées; il ne cacha pas au sénat « qu'en dix jours, si l'on ne prenait les ce mesures nécessaires, l'ennemi pouvait se présenter aux « portes de la ville. » Ce fut alors qu'il fonda un ti'ésor militaire, qu'il demanda le vingtième des héritages, et que, pour encourager les soldats, il augmenta la paie.
Tibère commença les hostilités sans grand succès; malgré les secours du Thrace Rhymétalcès , l'armée romaine faillit être entièrement défaite (7). Les nouvelles levées arrivèrent sous la conduite de Germanicus , et Auguste se rendit à Ariminum pour veiller de plus près sur cette guerre. Le jeune fils de Drusus se montra digne de son père par sa valeur; quand les emiemis ne purent tenir la campagne,
ilie HlSTOnUB EOMAIXE.
ils se défendirent dans les villes , où leur résistance œ fat pas moins redoutable (8). Les Pannoniens une fois soanm, les Dalmates furent aussi forcés de subir le joug (9j. Balûo, roi des Dalmates, s'étant rendu par capitulation, Tibère Ici demanda pourquoi on s*était révolté? « C'est votre iauie, répondit le vaincu; vous envoyez pour garder vostroiïpeaux y non des bergers ni des cbiens , mais des loups *. » Cinq jours après cette guerre terminée, arriva de la Germanie la funesle nouvelle de Varus tué , de trois ié^cm massacrées , avec autant d*ailes de cavalerie et six cohortes. Les mêmes causes qui avaient soulevé la Pamionie et la Dalmatie attiraient encore ce désastre. Quintil. Varus, mis à la tête de cette armée , était un bomme de plaisir; auparavant gouverneur de Syrie, « il était entré pauvit « dans cette riche province, d'où il sortit riche et la laissa « pauvre. » Il s'imagina que les Germains , « ces sauvages ft à voix et à face humaine, » qui n'avaient pu être domptés par les armes , se laisseraient gouverner aussi facilement que les Syriens par les légalités romaines , et , s'étaot établi au milieu d'eux, il passait la saison des marches militaires à faire des règlements sur son tribunal et à prononcer des sentences comme chez un peuple paisible. Les rusés Barbares virent son imprudence, et augmenterait sa sécurité par une suite simulée de procès et de querelks qu'ils venaient soumettre à sa décision. L'indolent Varus avait fini par se regarder comme un préteur urbain, rendant la justice sur le Forum. Arminius (Herman) , fils de Ségimcr, prince de cette nation, ne perdit pas une occasion si favorable : ses services dans les armées impériales lui avaient obtenu le droit de cité et le rang de chevalier. Aussi pénétrant et actif que brave, il eut bientôt formé sou
t Vell., 1-53,54,55, 56, 59; Dion, 55, de sa à 34, 56, de ta à 17 j SuéL, Tib*f t6, ao ; Ovid., 7>ol., ^'i,D€ponU, 3*4, a-it *•
AlGtSTE. 4o7
plan cl préparé rcxéculion. Varus fut en vain averli du complot par Ségeste , un des plus distingués d'entre les Crermains; il pensait avoir assez mérité l'affection générale d'un peuple qu'il civilisait. Malheureusement il s'y prenait comme un Romain, à contre-sens, traitant ses prétendus siyets comme des esclaves à façonner, et se payant largement de ses soins.
Sous prétexte d'assurer le pays contre les incursions, Ségimer et Arminius lui persuadèrent de disperser ses troupes en plusieurs cantonnements éloignés, puis, tout-à-coup, on apprend une révolte qui vient d'éclater à une grande distance ; en effet , il y avait même plus de danger qu'on ne disait, et l'on extermina tous ces détachements séparés. Varus rassemble toutes les troupes qui lui restaient pour aller apaiser le soulèvement signalé; Arminius lui trace sa route par la forêt Teutberg (Teutoburgiensis saltus), et doit le rejoindre bientôt avec des renforts de Germains. Il ne tarda pas, et une multitude en armes parut avec lui, mais pour enfermer les Romains engagés dans les bois et les marais. La résistance était impossible ; ceux qui la tentèrent ne réussirent pas tous à périr les armes à la main ; plusieurs subirent une mort cruelle pour s'être défendus. Varus, désespéré , se perça de son épée; on déchira son corps; tout fut tué. On en voulait surtout aux avocats, aux légistes, qu'on avait vus plaider les causes devant Varus ; on tombait sur eux avec fureur, on leur coupait les mains, on leur arrachait les yeux ; un Germain , tenant la langue arrachée de l'un d'eux, disait : « Cesse de siffler, vipère *. » Dans ce désastre, comme dans celui de Crassus, le dommage égalait la honte. Auguste déchira ses vêtements, et voua les grands jeux à Jupiter, « si la république reprenait « une situation plus heureuse, » comme on avait fait pen*
■ VelK, a-S; ; DioD, 56, de i8 à ai ; Flor., 4->3» T^c., /4nn.^ i-55.
>r3i aiLi . -k t ^-j^iiâ»' , « Vins .
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^>^ jn x^ f»ilàr.4^ tt o:4i£:^iïY leas béeos; pots, d
gnu'^1 uxixZKf: et Ga.iv.4S tt •!«; GrfGkkios, éàMm la cramlf <k: q-^-. t^ u>»trCM.zJL^ il â*s:nljtta «Uik ks iks orax ^ u g^ri> ; ks acUes , qui o'êuiesi pn'iat suiUU, ciTor»- di: ^jeXiT tk b v^*^. TiLêre cooduisit kes troupes Tdir;s co Germaoîe, passa le Ehin raaoée suivante avec G^^nnaTiiciis, et parDMirut k pays sans s'éloî^ner beau* cr^p, pour faire montre seulemeot des fonaes romaines et diminuer la axiftance des Tainqueors , s'appliquant spécialement à mainimir une discipline sérère et à Ifloir la fronU«;re en état de défense *. (Tétait asseï : Forgueil da nr>m romain cooimmçait à fléchir. D laissa bieotAt k comnianikment à Germanicus, et regagna Rome, où k rappelai^;nt TapprélMfnsion (Fun nouveau mouvement des peuples du Danuhc et raffaiblissenieDt de la santé d*Auguste.
U' fanl<;au de vfnait chaque jour pi us pesant pour le vieil empiTifUT. Aux chagrins des malheurs publics ne cessaient de s^ajouUT les peines domestiques. Il avait eu à prononcer encon; (UiU x exils contre k dernier de ses petits-fils, Agrippa,
' Dioa, 5*fà} f SuC'l.f Jug., aa, a3. Tilt., 17} VeU.| a-iS -, T«c., Jnm., t-3.
âtGtsn. 459
d^ane arrogance et d*une grossièreté Intolérables (7 depuis), et bientôt après contre sa petite^fille Julie, pour les mêmes dérèglements qui lui avaient fait punir la mère (9). II était inconsolable, il regrettait souvent d'être père; il n'appelait Agrippa et les deux Julies autrement que les ^ois vomiqueê, les trois cancers, et , pour acbever de troubler ses derniers jours , il ne tarda pas à découvrir que deux hommes obscurs , un faussaire et un affranchi , Audasius et Epicadus ^ complotaient de Tassassiner, d'enlever Agrippa et Julie, et de les conduire au milieu des armées. Un certain Telephus en voulut aussi à sa vie , par un fimatique espoir de lui succédera Enfin, d'autres ennuis intérieurs, dont Ovide connut malheureusement le secret , qui le fit exile# ( 9 depuis) sur les bords du Pont-Euxin, sans qu'il ait jamais osé le révéler dans ses pusillanimes lamentations, tourmentèrent et hâtèrent peut-être la fin d'Auguste.
Sans rien soupçonner de Livie ni de Tibère , il parait que ce prince commençait à se repentir de sa rigueur envers Agrippa, car on reprochait bien & ce jeune homme de graves défauts , mais on ne l'avait convaincu d'aucune action coupable ; Auguste même , quelques mois avant de mourir, l'aUa voir à Planasie, accompagné seulement de Fabius Maximus; un petit nombre de personnes étaient dans la confidence. U y eut beaucoup de larmes et de tendresses des deux côtés dans cette entrevue , et le petit-fils avait l'espoir d'être rappelé aux pénates de son aïeul. Fabius en parla à sa femme Marcia, celle^^i à Livie; le prince le sut. Peu de temps après Fabius mourut , et, pendant ses funérailles, on entendit Marcia s'accuser, au milieu de ses gémissements , d'avoir causé la perte de son mari K
> Soél., Jug,, 65, 66 ; Vcll., ^-SS; Tac., Ann., 1-3, 6. * Tac, Ann., 1-5 ; OvhIc t'accuse aussi de la mort de Fibius, De pont., 4"^, Trist , s, Ad Ang.t v. loli :
Cependant le Tîeîl empereor ooRserraît mie ble fimneté. L^esprit natîoiial s'affaiblissait teDenieDt, que, malgré tant de sériaix intérêts an dedans el aadelMKS,te5 candidatures dégi'-néniieDt en ^lôlitions, et peol-étre Taitente certaine d'an changement non ék^gné ranîmaît-eile les ambitieux, et les excitait à prendre rang pour des diances possibles. Auguste y mit ordre en désignant lû-aiâiiie (10 depuis; tous les magistrats , et, les années soivantes, il rec(Mnmanda ses candidats par écrit à la multitude. D consentit une fois (11 depuis) à laisser élire seize préteors, pour ne point contrarier quelques prétentions; mais cela ne fit pas loi pour Favenir. Ses dernières ordonnances ne montrent pas moins de vigueur : fime rendait pins sévère la peine de Fexil , où la plupart des condamnés bravaioit leur sentence en ne se fixant point au lieu prescrit , ou en y vivant dans les délices; il fut donc interdit à tout exilé de demeiffer sur le continent, ni dans une lie qui n'en fitt pas distante de quatre cents stades (vingt lieues) , excepté Ces, Lesbos, Rhodes et la Sardaigne; défense, en outre, d'en sortir jamais, d^avoir plus d'un navire de charge, ni plus de deux navires à voiles et à rames , ni plus de vingt esclaves ou affranchis , ni plus de c^t vingt-cinq mille drachmes de revenu. Une autre mesure eut pour Tavoiir des conséquences qu'il ne prévit pas. Des libelles diffamatoires étant répandus contre diverses personnes , il fit rechercher ces libelles ; tout ce qu'on trouva fut brûlé dans Rome par les édiles, hors de Rome par les magistrats provinciaux; les auteurs subirent un châtiment (11). Ce délit pouvant s'attaquer au chef suprême revêtu de l'inviolabilité personnelle par la puissance tribunitienne , ces poursuites et
Cur aliquid yidi^ Cur noxia lumina feci? Cur imprudonci cogita culpa mihi est ?
ces jugements {cognitiones eœtraordinariœ) devaient s'exercer en vertu de la loi de majesté, puisque l'empereur représentait l'État , et ouvrir la porte aux délations , ce qui fournit aux mauvais princes un moyen toujours présent de proscriptions légales >.
Auguste , fidèle à son plan de conduite , quoiqu'il ne par rût plus en public et laissât le sénat traiter sans lui les affaires habituelles, ne négligea pas le renouvellement décennal de ses pouvoirs (13); après avoir admis Tibère comme coUègue, par consentement du sénat et du peuple « au partage de son autorité sur Tarmée et sur les provinces, il lui donna encore la puissance tribunitienne (15 depuis) , et, sa vieillesse ne lui permettant plus d'aller au sénat, il demanda une députation annuelle de vingt sénateurs, au lieu de quinze , qui , auparavant , changeaient tous les six mois; un sénatus-consulte, dressé en conséquence, attribua force de loi à toutes les décisions que prendrait l'empereur avec ce conseil, dont feraient partie ses enfants adoptifs et tous ceux qu'il y voudrait appeler , outre Tibère , les deux consuls et les conseillers déjà reconnus. Ainsi le conseil d'État fut définitivement constitué •,
L'année suivante , Tibère , ayant achevé en son nom et celui d'Auguste le dénombrement des citoyens, devait partir pour rniyrie , où sa présence semblait nécessaire à con solider la pacification du pays. Le vieux prince voulut l'accompagner jusqu'à Beneventum; une indisposition grave l'ayant pris en route , il ût un circuit le long des rivages de la Gampanie , et passa plusieurs jours à parcourir Capréeetles lies voisines en divers délassements, excitant toute sa suite à la galté par ses saillies. Bientôt il tourna vers Naples et y assista , quoique toujours souffrant , au
• DioD, 55-34* 56-i5, «7; Tac^i^n»., 1-73.
• Dion, 55-34, 56-3,8 ; Vell., 3-58; Suét., Tib.f 31 ; Tbc, Jnu, , 1 -S.
402 BisTOaii MCMiAiinL
romhat gymniqiie, institué, chaque cîiMioièflie nnafe, co son honneur; puis, arrîTé à Bénérent , iJ se sépara deîlhi*re. Mais, au retour , les progrès de son mal rarrfiiant à Nnle, Tibère fut promptenient rappelé par ses ordres ou par ceux de Livie. Malgré le motif ofiidel de Fadc^on de libère, foite « pour le bien de la république , » malgré qne^ ques passages affectueui des lettres d'Auguste à son beau- Dis, fe dernier mot qui courut du prince moribond ton» chant son successeur, n'est pas moins vraisemblable : c Malheureux le peuple romain , qui va se trouver sous de « si lentes mâchoires! » Plusieurs ont dit qu'il coimaissait bien ce naturel farouche , qu'il avait plus d'une fois prouvé son aversion en interrompant tout-à-coup, à la présence de Tibère, un entretien confiant et enjoué, et qu'il n'avait cédé, en l'adoptant , qu'aux importunités de livie ou à la pensée de se fiiire regretter davantage par la comparaison. On rapporte que le dernier jour il s'informait de temps en temps s'il ne s'élevait pas quelque tumulte au dehors à son sujet, et qu'ayant demandé un miroir, il fit rajuster ses cheveux et sa figure défaillante; il ne donna qu'un signe d'aliénation, lorsqu'il fie plaignit, avec un air effrayé, d'è^ tre emporté par quarante hommes. Enfin, il dit en grec à ses amis : t ITai-je pas bien rempli le rôle de la vie? » Et il ajouta la conclusion d'usage : « Si vous êtes ccmtents, « applaudissez le jeu et battez des mains avec joie. » En« suite , il les renvoya tous ; peu après il embrassa Livie avec ces mots: « Souviens-toi de notre union, et conserve-toi;» et il expira doucement , comme il Pavait totjgours souhaité (14) : « Il rendait au ciel son ame céleste, » dit Velldus. Presque tous avaient été dupes de lui; il ne lut dupe que de Livie. Cette femme ne jouissait pas seulement d'une grande influence dans l'intérieur du palais, mais d'une sorte d'autorité publique. La multitude se plaignant un jour qu'un danseur refUsàt de paraître sur la scène pour la
somme fixée, le tumulte ne cessa que quand le st^Tiat, assemblé tout exprès, eut obtenu de Livie la permission d'accorder la somme demandée par le baladin. On ne sait si Tibère avait trouvé Auguste vivant encore ; car Livie avait environné la maison et les avenues d'une garde impénétrable : d'heureuses espérances étaient portées par intervalles au public , jusqu'à ce que , toutes les mesures étant prises , le bruit se répandit en même temps qu'Augusle était mort et Tibère chef de FÉtat. Ce qu'on ignorait encore, c'est que le malheureux Agrippa venait de périr assassiné. €e meurtre confirma les nouveaux soupçons dont la faible santé d'Auguste et ses soixante-seize ans n'avaient pas préservé Livie *.
Le corps fut porté par des décurions des municipes et des colonies , depuis Noie jusqu'à Bovillse , où les chevaliers vinrent le prendre pour le déposer à Rome dans le vestibule du palais. Le sénat alla au-devant, les uns disant qu'il fallait introduire ces précieux restes par la porte triomphale, précédés de la statue de la Victoire, au milieu des chants funèbres ; les autres, qu'on devait appeler au-guste le mois de septembre, plutôt que le sextilis, et consigner dans les fastes, sous le titre de siècle auguste, tout le temps qui s'était écoulé depuis sa naissance jusqu'à Sii mort. On se borna cependant à deux éloges funèbres prononcés par Tibère et par son fils, le second Drusus. Les (épaules des sénateurs firent leur oflice à leur tour jusqu'au Champ de Mars , sous le poids honorable d'un lit d'or et d'ivoire, où reposait ce qui restait du maître du monde, pendant que les magistrats désignés étaient chargés de son image en cire, triomphalement vêtue, et des images de ses
* DioD, 56-«9y 3«, 3i, 47 ; Suël. , ^#119., 4e 97 II 101 , 7Y6., 11, *% ; Vell., >*59;Tae., /fnn.f i-5, 6. Auguste mourul le 19 aof^t; i! afaic soixiUile-feiie un moini un tnoitet cinqjourt.
4G4 msTonB eomaink.
ancêtres et de tous les plus illustres Romains : seukaal on n*y voyait point ceUe de César , parce que César etak inscrit au rang des héros. Pendant la cérrânoDie du bâcher, on fit partir un aigle du milieu des flammes, etii ancien préteur, Numerius Atticus, jura qu'il avait tq raae d'Auguste monter au ciel. Deux cent cinc|uanle mille diad^ mes payèrent une si importante découverte.
Octave jouit donc à son tour de Tapothéose qu'il aniî fondée d'avance pour tous les empereurs dans celle de G^sar; ce fut un droit impérial. « Ce faiseur de poapées, s'è- « crie Silène dans le dialogue de Julien , nous a envoie c une recrue de dieux formés au tour , et d'une grande « vertu : César a été son coup d'essai. » U fut donc Tésok qa'oa bâtirait un sanctuaire au défunt empereur, que h maison de Noie, où il était mort , deviendrait un teniple, que jamais ses images ne paraîtraient à des funéraiUes, qu'on célébrerait le jour de sa naissance par les ménoa jeux que la fête de Mars. Un peu plus tard, on étaUit un sacerdoce augustal et des fôtes augustales. En attoadant , ks chevaliers en tunique, sans ceinture et pieds nus, recoeiïlirent les cendres de la divinité nouvelle et les plaoèrest dans le mausolée bâti par Auguste lui-même mire le Tibic et la voie Flam'inienne, au milieu de promenades et d'ûOH brages qui étaient aussi son ouvrage.
Son testament rappelait encore tristement le vide des Êimille, en nommant pour premiers héritiers Tibère et Utvie, pour seconds, Drusus, Germanicus et ses en&nts. H adoptait même Livie, qui devait prendre, ainsi que Tibère, le nom d'Auguste. Un legs destinait près de huit miUioifê de sesterces au peuple, un autre, mille écus par tête aax soldats prétoriens, cinq cents à ceux des cohortes urbaines, trois cents â chaque légionnaire. Cette somme était en réserve depuis longtemps. Avec ce testament, il laissait trois mémoires : le premier réglait ses funérailles, le second
AUGUSTE. iG5
' donnait Thistoire de sa vie , qui fut gravée sur des tables d^airain devant son mausolée et dans les principales villes; - le troisième, bien plus important , contenait la récapitulation (breviarium) des forces et des revenus de Tempire , combien de soldats partout sous les enseignes, combien d^ argent dans le trésor et dans le fisc, combien restait des contributions indirectes. U n'est parvenu jusqu'à nous de ces curieux documents que des fragments du second mémoire : c'est l'inscription ou le monument d'Ancyre ^
■Dion, 56, de3i à 47; Suét., Jug.^ loi, los^Tif^., s3;Tac., Jnn,, i-8; Sënèq., Consol, à Marcia j i5. Foyet l'inscription d'Ancyre dans Suëlone, édition de Gnetios. Voyez pour l'apothéose Casaub. sur Suét., /ti/. Cis,^ 88 ; Maoilius :
Jam focit ipse deos , mitUtqne ad sidéra nnmen Hajns , et Augusio crescit sub principe coelum.