‹ Histoire romaineChapitre 15 sur 107 · III · texte numérisé non relu

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Iâ2 HISTOIRE ROMAINE.

]a vieillesse de leur maître du peu de temps qu'ils avaient à s'enrichir, Lacon, Icelus et Vinius, qu'on appelait ses trois pédagogues, mettaient tout en vente, et se gorgeaient à la hâte de sa brève fortune. Pendant ce principat de sept mois , Icelus exerça plus de rapines que tous les ministres de Néron. Sa maison seule eût suffi à payer le donativum promis par Nymphidius (sept mille cinq cents drachmes à chaque prétorien , et mille deux cent cinquante à chaque légionnaire). Yinius était pire encore par la licence des mœurs et la cupidité ^

Galba, cependant, avait quelques intentions louables; les réformes qu'il entreprit partaient d'un sentiment de bien public. A son entrée dans Rome, les marins, se pressant tumultueusement sur son passage , lui avaient demandé la confirmation de leur légion avec des enseignes et un lieu de garnison : l'empereur les renvoyant à un autre jour , ils tirèrent leurs épées; la cavalerie qui l'escortait tomba sur eux, en massacra un grand nombre; le reste demanda grâce et n'en fut pas moins décimé. La cohorte de Germains, conservée exactement par les princes pour sa fidélité , fut dissoute et congédiée sans récompense. Il ne ratifia et n'acquitta pas l'excessif donativum promis en son nom ; informé ensuite des plaintes de la soldatesque , il dit « qu'il choisissait ses soldats et ne les achetait pas. i» Il envoya au supplice les ministres des folies de Néron; les citoyens battaient des mains, disant que c'était là une procession agréable aux dieux , que les dieux et les hommes demandaient encore Tigellinus. Là s'arrêta cette justice, qui avait déjà le tort d'une rigueur intempestive ou arbitraire. Vainement réclamait-on sans cesse, au cirque et au théâtre, la punition de Tigellinus. Cet honnête personnage avait ache-

« Tac, Hist., 1-4. 5, 6, 7, i3, 48 , 37 j Plut., Galb-t de 8 à 17 ; Suét., Galb,^ 14 i DioD^ 64*

GÀLEti ISS

té la protection de Vinius : il parut un édit qui portait que Tigellinus, consumé de phthisie, n'avait pas longtemps à vivre , et qui priait les Romains de ne pas aigrir le prince ni le pousser à la tyrannie. Cette affiche causa un très-!* grand mécontentement, et le jour même , comme pour Ihu^ ver Findignation publique , Tigellinus donna un splendide festin à Yinius , et à sa fille de riches présents ^

Tant de faiblesse pour des favoris, avec une telle roideur d'autorité personnelle , devait nécessairement irriter. Tous ceux qui avaient approuvé la mort de Néron et Féléva-* tion de Galba, les sénateurs, les riches, les cUents et les affranchis des proscrits , la classe moyenne, qui tenait aux grandes maisons, attendaient mieux , surtout d'un pnnce élu. A quoi servait son désintéressement , qui ne réfrénait pas une avidité subalterne ? Quant à la populace et à la soldatesque , accoutumées aux profusions et aux jeux , un empereur a économe de son bien, avare du bien public, n leur convenait moins que tout autre. £n considérant plus au fond sa conduite , il y aurait eu de quoi s'indigner bien plus justement , car la vie privée du vieux Galba ne s'accordait pas de tout point avec sa sévérité administrative. Claude même eût paru moins méprisable. Les mœurs publiques ne s'offensaient pas d'une infamie trop commune; peu importait que le crédit des trois ministres en fût le prix. Mais précisément parce que la mollesse était générale , l'acerbe rigueur du prince était imprudente , et même , sans les abus qu'elle tolérait, on l'eût trouvée intolérable. Déjà avant son arrivée, on rapportait de lui, avec moquerie, quelques traits vrais ou fiaux de parcimonie : il avait gémi, disaiton, d'une table somptueusement servie; pour récompenser un intendant de son zèle et de son exactitude, il lui avait

* Tac, fftVt., 1*5, 6, ao, 37;Plnt., Galb,, t%, 19, ao, 21 ; Snét,, Galb,, 13 , i5f 16.

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offert un plat de légumes ; une autrefois, à un vieux musi-cîen qui lui avait fait grand plaisir, il avait donné cinq deniers pris de sa main dans sa propre bourse. Aussi , quand on le vit agir, on ne l'épargna pas. Les spectateurs relevaient tout haut et tous ensemble , à plusieurs reprises, les allusions sur lui , sur ses rides et son visage camard ; ou si des vœux étaient énoncés pour sa prospérité , on s'écriait qu'il n'en méritait pas ^

La nécessité de ménager les troupes et le peuple même, pour arriver à les maîtriser, était plus que jamais évidente maintenant ; Galba eut le tort de ne pas reconnaître ce premier secret de l'empire. Sa propre élévation et la chute de Néron découvraient encore un autre secret qu'il ne fallait pas négliger : « C'est qu'on pouvait faire un empereur « ailleurs qu'à Rome; » que les provinces, les Gaules surtout, commençaient à s'ébranler et à prétendre quelque influence sur les destinées de l'empire. On sut bientôt (69) que les légions de la haute Germanie, rompant la subordination militaire, demandaient un autre empereur, et en remettaient le choix au sénat et au peuple. Et, ce qui n'était pas encore bien connu, le camp de la basse Germanie, auquel il avait envoyé comme lieutenant impérial Vitellius, fils du flatteur de Messaline, couvait les mêmes dispositions. En même temps, deux partis divisaient les Gaulois : ceux qui avaient soutenu Vindex avaient reçu de Galba le droit de cité , avec la promesse d'une diminution de tribut ; les légionnaires détestaient ces galbiens , et ne respiraient contre eux que vengeance et pillage. Au contraire, les Tréviriens, les Lingones, Lyon et toutes les villes les plus voisines des deux camps, payaient leur îittachcment pour Virginius ou Néron par une perte de territoire, et faisaient cause commune avec les légionnaires.

» Suél., Galb.t la, i3, 14, aa ; Plut., Galb.f 22 ; Tac, Uist., 1-49.

GàLBÀ. i^

Toutes ces circonstances hâtèrent le dessein que formait depuis quelque temps Galba, d'adopler un successeur. Vinius parlait pour Othon, qui s'était déclaré pour Galba le premier, qui devait épouser la fille de Vinius , et qui laisserait, selon toute apparence, à son beau-père le soin du gouvernement.

Othon comptait sur Tadoption par tous ces motifs ; il plaisait à Tancienne cour, qui retrouvait en lui le luxe de Néron, aux soldats , qu'il appelait camarades, qu'il s'attachait par son argent , son crédit et ses mots équivoques sur le vieil empereur. Mais celui-ci ne voulait pas de ce jeune débauché, endetté déjà de cinq millions de drachmes; Icelus et Lacon n'en voulaient pas non plus, par opposition à Yinius. Pison Licinianus fut choisi , homme de la plus noble origine , de mœurs antiques et d'un esprit sévère- L'adoption eut lieu dans le camp prétorien, malgré un violent orage , présage funeste qui eût autrefois suspendu les comices où cette adoption eût été portée. Galba parla de la sédition des légions comme d'un léger trouble. Du reste, pas un mot de prévenance , pas de gratification. Les tribuns, les centurions et les plus proches soldats, témoignèrent quelque satisfaction , les autres gardaient un morne silence de ce qu'on leur ôtait après une guerre le donativum^ qui était devenu d'obligation même pendant la paix. Il est certain que la moindre libéralité du parcimonieux vieillard lui eût concihé les esprits *.

Les félicitations du sénat étaient un faible contre-poids aux nouvelles toujours plus fâcheuses qui arrivaient coup sur coup des deux camps de Germanie. Une députation décrétée, quels députés choisir? A cet embarras s'ajoutait la pénurie du trésor ; et les conseillers du prince s'avisèrent,

• Tac, Hist,, I-/|, 9, I J, 8, 5f ,s3, i8 ; Plut., GaW.y âe aa à 27; Su^f., Calb., 16,17.

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