III. iV
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comme d'un expédient excellent , de reprendre Targent où il s'en était allé. Les musiciens, les athlètes, furent obligés de rapporter les folles largesses de Néron ; on ne leur en devait laisser que le dixième , et la plupart avaient déjà presque tout dépensé , de sorte que la recherche s'étendit à tous ceux qui avaient acheté d'eux quelque chose. Cette exaction troubla et mécontenta toute la ville. Par une dernière imprudence, quatre tribuns des diverses cohortes furent cassés; mesure de défiance, moins propre à retenir les autres qu'à les irriter. Othon , encouragé par ses astrologues, jugea le moment favorable ; secondé par Tigellinus et tous ceux que la chute de Néron avait précipités, il n'eut pas de peine à gagner les troupes. Un Barbius et un Veturius, sous-officiers de la cohorte des spéculateurs, en entraînèrent d'autres. « Deux soldats entreprirent de trans- « férer l'empire, et ils le transférèrent. »
Pison n'était adopté que depuis quatre jours ; Galba offrant un sacrifice dans le temple d'Apollon, Tharuspice annonça, dans les entrailles de la victime, des signes de trahison prochaine. Othon , présent, est averti que son architecte l'attend; signal convenu. Othon se retire en donnant pour prétexte qu'il est en marché pour une vieille maison , et il se rend au milliaire d'or. Quelques soldats qui l'attendaient le saluent empereur, l'emportent au camp prétorien dans une litière, et, sans nulle opposition, il est proclamé par toutes les troupes. Galba, tout occupé de son sacrifice , apprit ce qui se passait par une foule en tumulte qui demandait à grands cris la mort d'Othon. Pendant qu'il délibère, on vient lui dire qu'Othon est tué, et l'empressement redouble auprès du vieux prince. Galba se met en litière, sort du palais, où il lui eût été plus facile de se défendre , et , pour l'attirer plus sûrement , un soldat lui montre une épée ensanglantée , avec laquelle il se vante d'avoir tué Olhon. Galba, plein de confiance, répond : « Qui
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« t*en a donné Tordre? » La foule s'écrie : « Il a bien fait ! «> A peine arrivé sur le Forum, il voit un corps de cavalerie; la trahison se découvre : il est certain que l'armée a reconnu Othon. Des cavaliers s'approchent et disent à Galba : «Retire-toi, homme privé. » Le porte -enseigne de sa cohorte de garde jette à terre Fimage du vieil empereur ; la foule est dispersée, la litière renversée , et Galba percé de coups près du lac Gurtius. Quand on présenta sa tête à Othon : « Mes amis , dit-il , vous n'avez rien fait tant que a vous ne m'apporterez pas celle de Pison. » Pison fut aussitôt massacré; on tua aussi Lacon, Iceluset Vinius, quoique celui-ci protestât qu'il était de la conspiration.
Les meurtriersdemandèrent aussi tôt leur salaire; beaucoup d'autres s'attribuaient une part du succès sans y avoir contribué ; il se trouva plus tard dans les archives cent vingt requêtes de récompense pour quelque notable service rendu en ce jour. Vitellius aussi rechercha et mit à mort les solliciteurs. Galba fut le dernier prince issu d'une ancienne famille ; quatre empereurs avant lui s'étaient attachés à exterminer les noms illustres*.
« Vous eussiez cru voir alors un autre sénat et un autre ce peuple; tous se précipitaient vers le camp, à qui arri- « veraient les premiers pour blâmer Galba, louer le choix a des soldats et baiser les mains d'Othon. » Le nouveau prince vint à travers les cadavres et le sang, recevoir des pères conscrits les honneurs impériaux; il s'efforçait de rassurer tout le monde et d'adoucir les troupes menaçantes. Il était bien loin, toutefois, de pouvoir rien ordonner ni empêcher : il ne sauva Celsus, consul désigné , et fidèle à Galba jusqu'au dernier moment, qu'en le faisant enchaîner, avec une feinte colère, comme pour le réserver à de
1 Tac, Hist,, t, de a4à 44; Plat., Galb,, 3, et de aS à la fin; Suët., Galb. , de i8 à 21 , VitclLy lo ; Dion, 64.
i^ HISTOIRE ROMAINE.
plus grands supplices. Les soldats étaient les maîtres, tout se fit à leur volonté ; les prétoriens se choisirent eux-mêmes leurs préfets, et nommèrent préfet de la ville Flavius Sabinus , parce que Néron lui avait déjà donné cette charge ; beaucoup considéraient en lui le frère de Vespasien. Il n'y eut qu'un acte de justice dans cette réaction séditieuse. Tous demandaient la mort de Tigellinus comme une dette publique, les uns , parce qu'il devait sa fortune à Néron , les autres, parce quïl Favait trahi. Tigellinus, surpris dans sa villa deSinuesse, sans moyen d'échapper, termina sa vie infâme au milieu de ses débauches accoutumées, en se coupant la gorge avec un rasoir ^
* Plut, Galb., 3i, Oihon, i ; Tac, ffûf., 1-45, 46, 47, 7s.