‹ Histoire romaineChapitre 18 sur 107 · III · texte numérisé non relu

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de son père , et Vespasien, âgé de soixante ans , commen-* çait à être fort tenté de la pourpre. Son devin Séleucus et la résolution deMucien le décidèrent, dans le temps mèma où Vitellius marchait de Bédriac sur Rome. Le préfet d'Egypte, Alexandre, entrait si ardemment dans le projet , qu'il proclama le premier Yespasien dans Alexandrie.

Quelques jours après, les légions de Judée en firent au* tant de leur propre mouvement. Dans Antioche , capitale de Syrie, comme les deux chefs délibéraient encore sur le moment, le lieu et la manière d'agir, Yespasien sortant par hasard du conseil , quelques soldats le saluent empereur; les autres accourent, accumulant à grands cris les noms de César et d'Auguste, et tous les titres du principat. Alors Mucien entre au théâtre , parle en grec à la foule qui s'y rassemblait d'ordinaire pour les affaires publiques; il leur dit que Tintention certaine de Vitellius était de faire passer les légions de Germanie en Syrie, et celles de Syrie en Germanie. Rien ne produisit plus d'effet sur la province et sur l'armée, unies par une longue familiarité. Tous les princes alliés, parmi lesquels la reine Bérénice, offrirent leur concours ; tout l'Orient fut unanime. On convint que Titus continuerait le siège de Jérusalem , que Yespasien se rendrait en Egypte, et que Mucien attaquerait Yitellius ^

La rapidité du succès surpassa leurs espérances : pendant que Mucien faisait activement ses préparatifs aux dépens de sa fortune, qu'il comptait bien réparer ensuite aux dépens de l'État, un tribun légionnaire, Primus Antonius, à la première nouvelle de la proclamation , entraîna en Italie les légions othoniennes dePannonie, de Mœsie, d'IUyrie et de Dalmatie, et des lettres répandues en Gaule, en Espagne, et jusqu'en Grande-Bretagne, sollicitèrent les divers corps

1 Tac, Hist.j a^ de I à 7, et de 74 à 84 ; Suët. , Fespasien 1 5, 6, 7 ; Dion ^ 65; Joseph., De belt. Jud.f 4-33, 36.

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à se soulever. Vitellius s'efforça en vain de cacher le péril, prenant nonchalamment ses mesures, aussi lâchement secondées. Il envoya d*abord Cecina, mécontent de la supériorité hautaine de Valens, et qui s'entendit avec un autre mécontent, Bassus, préfet de la flotte, toute dévouée à Othon. Antonius n'eut qu'à paraître pour vaincre, et enlever Crémone, que la vengeance et l'avidité des vainqueurs mit à feu et à sang, pour avoir favorisé Vitellius contre Othon. La ville fut entièrement détruite. Les habitants devenus un butin inutile que toute l'Italie dédaignait d'acheter, les soldats commençaient à les tuer pour s'en débarrasser, si les parents et les alliés de ces malheureux n'eussent payé secrètement leur rançon. La ville se rétablit bientôt sous la protection de Vespasien *.

Valens, qui anivait, connaissant ce désordre et ces trahisons, abandonna des soldats sans honneur et se rendit par mer en Gaule, où il espérait davantage; il n'y trouva que des ennemis et le nom de Vespasien reconnu : il fut pris et mis à mort. Antonius avança donc sans obstacle ; à Narnie, la dernière armée vitellienne se rangea sous ses étendards.

Lestupide Vitellius n'apprenait de tous côtés que défections, sans sortir de ses ignobles plaisirs que pour ftiire tuer ces funestes messagers qui troublaient son repos. Comptant sur Valens, il demeurait étendu sous les ombrages d'Aricie sans songer à rien , comme ces vils aninjaux qui gisent engourdis sur leur pâture. Quand il connut la défaite de Crémone, il revint à Rome se venger de Cecina , en le déclarant destitué du dernier jour de ses fonctions consulaires. On vint dénoncer alors Blesus comme donnant un festin de réjouissance; Vitellius le mande et

■ Tac, HisL, a-85, 86, de 96 à loi, 3, de 1 à 34 ; Suét., FitelLf i5 ; Dion, tS ; Joceph., D* btU» Jud,^ 4-4* •

l'oblige à prendre du poison devant lui, disant « qu'il voulait repaître ses yeux de la mort de son ennemi. »

Il avait fait enchaîner aussi Sabinus, frère de Vespasien; mais bientôt la défection de son armée ne lui laissant plus d'autre ressource, il négocia avec lui son abdication; puis il se présenta en deuil sur le Forum, et remit à l'un des nouveaux consuls le poignard impérial. En ce moment commencèrent les scènes les plus étranges du délire et de l'inconstance démocratiques. Les grands et la milice urbaine remplissaient la maison de Sabinus, qui se disposait à donner ses ordres pour maintenir la tranquillité. La populace se récrie contre l'abdication ; les cohortes germaines et tous les vitelliens en tumulte ramènent leur empereur au palais , attaquent Sabinus , retranché à la hâte dans le Gapitole. Le Gapitole forcé, ils y mettent le feu, Sabinus est massacré ; Domitien , second fils de Vespasien , réussit seul à s'échapper sous un déguisement.

Antonius , qui perdait le temps à célébrer les Saturnales à Ocriculum, arrivé trop tard pour prévenir ces désordres, en tira vengeance. Uhe bataille sanglante s'engagea dans le Champ de Mars ; les vitelliens vaincus se rallièrent et se défendirent encore dans la ville. La populace, regardant comme à un spectacle donné pour son plaisir, soutenait de ses acclamations tantôt les uns , tantôt les autres ; elle demandait, à chaque avantage remporté, quels que fussent les vaincus , qu'on les arrachât des maisons et des boutiques pour les égorger, et se jetait sur le butin pendant que le soldat était occupé au carnage. Antonius enfin l'emporta. Vilellius , pendant le pillage du palais , découvert dans la loge du portier, fut conduit ignominieusement à travers la ville, les mains liées derrière le dos, l'épée sous la gorge, pour l'obliger à montrer son visage, aux cris d'incendiaire et de glouton; on le tua aux gémonies. Cette populace , qui avait cause sa mort on voulant le dé-

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fendre , insulta son cadavre. Mais pendant que Domitien , en qualité de César , prenait possession du palais y le carnage continuait ; les vainqueurs tuaient dans les rues, dans les temples et dans les maisons, peuple et prétoriens, et tous les riches dénoncés pour vitelliens. (Tétait la récompense de la victoire, et nul ne songeait à Tempècher ^

> Tac., Hist.f 3, de 35 à la fin, 4-i ; SuéC, ritr//./i4, i5, i6, 17, iS; Dion, 65 ; Joseph., De belL Jud,^ 4-49.

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