‹ Histoire romaineChapitre 22 sur 107 · TITUS · texte numérisé non relu

TITUS

^ % touj(Airs c^mine son successeur et son collègue, implorant de lui, quelquefois avec larmes, une amitié mutuelle. Il ne fut pas moins géhéreuiL envers deux patriciens convaincus de conspiration; il leur représenta seulement Tinutilité ûv. leurs projets, « puisque le principat dépendait du destin. » Il dépôchft ses coureurs à la mère de Tun d'eux, pour calmer ses inquiétudes, invita les deux conjurés à sa table^ et les plaça de chaque côté de lui aux jeux publics. U ne voulut plus livrer personne au supplice, même justement. 11 renvoya Bérénice, se sépara de ses mimes, ses compagnons de débsLuche les plus chers, évitant de les revoir même sur . la scène, où il n'y en avait pas de plus agréables. U neconfia les affaires de l'État qu'à des hommes de mérite. Les délateurs, flagellés, bàtonnés, exposés à tous les regards dans l'amphithéâtre, furent ensuite vendus comme esclaves, ou déportés en des îles sauvages. Son administration intc^ro et magnifique, son extrême popularité, Font fait appeler lei délices du genre humain. Quelquefois il admettait le public avec lui dans ses thermes. Il avait pour maxime que a nul « ne devait sortir triste de l'audience du prince; » et un jour, se souvenant à souper qu'il n'avait eu aucune grâce à accorder, il dit : « Mes amis , j'ai perdu ma journée, n

Des calamités extraordinaires firent briller davantage une telle bienfaisance : un incendie de trois jours et trois nuits consuma de nouveau le Gapitole avec le Panthéon, lo théâtre de Pompée et la bibliothèque Palatine; survint une maladie pestilentielle comme on n'en avait jamais vu , et qui précéda la première éruption du Vésuve. Titus s'empressa de consoler par ses édits, et de secourir autant qu'il put ; mais la Gampanie subit des désastres irréparables ^

* Tac, Hist.y 1-3 ; Suët., Tit.jde i à 8, Domit,, a ; Dioo, 66 ; Martial , Tu amphitheaL, Epig.f 7, 4 '•

N(ee «epit artna noceittes Et deiator habet«|iMHl dabat «xsHittm.

Cette terre délicieuse, fréquemment ébranlée par les tremblements de terre, avait éprouvé en 63 des secousses plus violentes, qui se renouvelèrent alors durant plusieurs jours. Dans le calme d'une chaleur excessive, on entendait de toutes parts des mugissements sourds comme ceux d^une tempête. Tout-à-coup ( le 1*' novembre 79 ) éclata un épouvantable fracas au sommet du Vésuve , d'où s'élança aussitôt dans les cieux une masse énorme de pierres, pour retomber de tous côtés avec furie; ensuite un feu ardent avec une épaisse fumée, qui déroba le jour sous des nuages de cendres. L'air s'en imprégna jusqu'en Afrique , en Egypte et en Syrie. Autour de la montagne tonnante tout périt. Des populations entières restèrent étouffées dans la cendre amoncelée. Les deux villes les plus voisines, Herculanum et Pompeî, en furent rapidement couvertes et ensevelies. Pline-l' Ancien , qui avait achevé depuis deux ans et dédié son Histoire naturelle à Titus, se trouvait en ce moment à Misène, comme préfet de la flotte; sa studieuse curiosité l'emporta sur le péril , et il navigua vers Stabie, pour observer de plus près, sans savoir précisément d'où venait ce phénomène. Malgré les pierres et la cendre qui pleuvaient sur son navire, malgré la fuite des habitants plus menacés encore, il descendit à Stabie, et passa la nuit à considérer le Vésuve en feu sous les torrents de lave qui rompaient seuls l'obscurité profonde. Le terrain tremblait, la cendre et les pierres redoublaient ; il regagna le rivage et attendit encore. L'heure du jour vint , mais non pas le jour; le danger allait croissant. Averti enfin par une odeur de soufre, l'imprudent observateur voulut fuir entre deux serviteurs qui le soutenaient; il fut bientôt suffoqué. Son neveu, le jeune Pline,

Id,, to:

Quos decet esse hominum tali «nb principe moret% Qui jubet ingcaiuin militu cts« rciis!

TITLS. iCU

resté à Miscnc, fut lui-môme chassé tle la ville par les secousses souterraiaes, et la cendre se répandait aussi de ce côté avec une telle abondance , qu'il était contraint de la secouer et de Técarter autour de lui de temps en temps, pour n'en pas être accablé. Enfm le soleil reparut faible et pâle, et ne dissipa la terreur qu'en découvrant la désolation de la contrée. Pline retrouva le corps de son oncle au bout de trois jours *.

Au milieu de tant de maux , Titus n'avait garde de négliger les plaisirs publics; il acheva le Cohsée (80), particulièrement destiné aux chasses , et l'inaugura par des fêtes de cent jours. Car , puisqu'il existait toujours des Romains pour voir des jeux , il fallait des jeux. Qu'importait la ruine de la Gampanie, objet de pitié importune dont on se hâtait de détourner la pensée ? Cependant le prince lui-même devait attrister ces fêtes insensées l'année suivante; tout le peuple le vit à la fin des spectacles pleurer abondamment, sans que personne en pénétrât la cause. Il partit aussitôt pour Réate, encore plus affligé de quelques présages funestes; la fièvre le prit en route. Arrivé à la villa de son père, il se mit au bain ; le mal augmenta. Domitien fit retirer tout le monde, le laissa mourir seul , et courut à Rome saisir enfin la pourpre impériale. On rapporte que Titus, pendant ce dernier voyage en Sabine, écarta les rideaux de sa litière pour regarder le ciel, en se plaignant a de perdre la vie sans l'avoir mérité, et pour une seule faute, » qu'il ne dit pas. Ainsi , ses anciennes cruautés et ses souillures habituelles ne comptaient pour rien dans ses souvenirs de conscience, et les âges suivants l'ont un peu trop admiré sur parole. Sa réputation a peut-être beaucoup ga-

> Soét.yTiLj 8 ; DioD, 66 ; Plin. Jan., Epift.^ 6>ao, 17, et 3-5, pour les détails sur la vie studieuse de Pline-rAncien ; Tac, HisL^ i-3;Sénèq., QiuesU «a(.,6-i ; UdSiiàlt Epi^ ;^'^'fSi\iM Ital, 13, 52 ; Valer. flacc, 4-507.

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