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CHAPITRE LXXXÎV

L'aPOPTION rétablis. — 'NCRYA, tràjan.

La famille Plavienne éteinte, à qui appartiendrait l'empire? Le sénat se hâta d'y pourvoir d'accord avec les conjurés, en proclamant Fun d'eux, le vieux Nervà, non sans crainte de la part des soldats. La promesse du donativum contint seule les prétoriens, et les légions du Danube allaient se soulever sans l'éloquence de Dion Chrysostôme, qui, dit-on, se trouva là fort à propos pour les haranguer, et qui revint ensuite à Rome jouir de son ouvrage.

Le choix, néanmoins, était assez médiocre : dans l'avilissement et le ravage de la noblesse, il n'y avait pas à s'offusquer que Nerva ne fût pas Romain, ni même Italien d'origine; en effet, quoique né en Ombrie, il descendait d'une famille crétoise. Mais après avoir loué son talent pour la poésie et son caractère paisible , on n'avait plus guère à dire ; beaucoup même soutenaient depuis longtemps qu'il avait été un des premiers corrupteurs de la

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Jeunesde de Doihitien. Son âge et sa faible santé ne paraissaient pas d'aiileuTS d'une grande ressource. Il est vrai qu'il fit cesser toutes les injustices et toutes les cruautés , qu'il délivra tous les accusés et les bannis, remit en vigueur les lois de Titus contre les délateurs , punit de mort les esclaves et les affranchis qui avaient dénoncé leurs maîtres; qu'il défendit à l'avenir toute imputation de lèsemajesté et de judaïsme ; enfin qu'il s'occupa de diminuer les impôts. On respirait, on recommençait à vivre en assurance; un citoyen d'Âtliènes, Atticus, ayant trouvé un trésor dans sa maison et écrit au prince pour savoir quel usage il en devait faire, reçut cette réponse : «t Faisen ce que tu voudras, d II insista, craignant les hommes du fisc : « Use et abuse , répliqua Nerva, car ce trésor est tt à toi. » On vit en charge des hommes de mérite : ce Virginius, qui avait refusé l'empire sous Néron, et qui fut le tuteur de Pline, devint consul, et Tacite après lui. Le frontispice de la demeure impériale recouvra son ancienne inscription d'Auguste : Palais public; et l'empereur s'adonnait constamment à juger les procès. Mais cette facilité devenait faiblesse et ne distinguait point les bons des méchants. Revenu de l'exil, le frère de Rusticus se trouva un jour à table avec le consulaire Veiento, chez l'empereur, qui avait même cet odieux délateur tout près de lui , et comme 00 parla de Gatul. Messallinus , cet autre délateur fameux: « Que ferait^il maintenant, s'il vivait encore? » demanda Nerva. L'exilé répondit : a II mangerait avec nous^ »

Un si faible prince n'imposa ni au peuple, qui exigea le retour des pantomimes chassés parDoraitien,ni aux prétoriens ^ qui vinrent le contraindre à leur livrer les meur-

'DioD, 67,68; Mart., £^i^.,8-7o, 9-27; Suét., Domit. y i ; PIiilo8t.,/^;io//., 7-3, Soph,f a7 ; Plin., Paneg., de 1 à 10, EpisUy 5-3 , 9-1 3, 4-» i , aa , a-i ; Tac, ntaAgric , 3.

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trj«rs de Domitien, pour les luer, et à justifier une telle audace devant le peuple comme un service rendu. Ce principat ne valut donc que pour avoir procuré celui deTrajan. Averti de sa débilité par cette insolence, il adopta et s'associa à titre de César et bientôt d'Auguste (97) , de préférence à tous ses parents, Trajan, commandant de la basse Germanie, où ce général se faisait redouter des Barbares, Il était comme lui d'origine étrangère, né à Italica, en Espagne. On apprit peu après à quelle main ferme passait le pouvoir , car les auteurs de la sédition récente , mandés auprès du nouveau prince , comme pour quelque service, furent dégradés, dispersés et mis à mort. Nerva s'y était pris à temps; il ne survécut que de trois mois à l'adoption*.

Ulpius Trajanus (98) accomplit toutes les promesses qu'avait données le court passage de Nerva. U ne vint en Italie qu'après avoir affermi les frontières du Rbin et du Danube et la discipline de l'armée. L'oisiveté, l'insolence, le dédain d'obéir, avaient disparu devant un général élevé dans les camps , qui non-seulement imposait par la majesté de sa taille et de sa vaillante autorité, mais qui pai^ tageait la nourriture et les fatigues militaires, et qui connaissait tous les vieux soldats par leurs noms et leurs services. U entra dans Rome à pied (99) , ainsi que son épouse Plotine ; il donnait le salut et le baiser à tous ceux qui se présentaient respectueusement pour le féliciter ; dans la suite il fut toujours le même, affable avec tout le monde, et, quelques uns estimant qu'il se familiarisait trop : « Je a veux être envers tous, répondit-il , comme j'aurais voulu « qu*un empereur fût envers moi, si je fusse demeuré « bomme privé. » Plotine, en montant les marches du palais, se retourna vers la foule et dit tout haut : « J'entre

* Dion, 68 ; Aur. Vict.

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« ici telle que j*en veux sortir. » Elle tint parole. On n'avait ])as besoin que Trajan fit afficher les comptes comparés des dépenses de son voyage et d'un voyage de Domitien, on n'ignorait pas avec quel ordre et quel ménagement il avait traversé les provinces; mais cet édit servirait de modèle et de règle publique aux princes suivants. La joie et TalTection étaient générales, et le sénat pensa comme tous les citoyens en lui décernant , par-<lessus tous les titres impériaux , le surnom nouveau d'Optimm (Irès-bon) , éloge qui parut toujours plus mérité'.

Il n'est pas possible de rendre plus cx)mplète justice à Trajan que d'emprunter le témoignage de son panégyriste; et, malgré l'ennui naturel d'une louange officielle pour tout autre que l'auteur et le béros, un empereur loué en face avec quelque sincérité était chose si nouvelle, qu'on ne dut pas écouter sans intérêt Pline, consul (100) , naguère ea danger de périr pour son courage sous un tyran , maintenant remerciant pour soi et pour la patrie un prince bienveillant et habile. Mais on conçoit que des amis seuls aient eu la patience de l'entendre ensuite trois jours durant réciter ce discours recomposé, étendu à loisir; car au fond leur approbation indique moins quelque bon goût de littérature, qu'un oubli déjà presque total des anciennes idées romaines*.

On estimera donc Trajan d'avoir compris que son trésor ne devait point se remplir par les accusations de majesté , « ce crime unique de tous ceux qui n'en avaient pas; que « les impôts , exigés par les besoins de l'État pour l'utilité « commune, sont trop souvent le détrimeut des particu* « liers ; que le fisc dans un gouvernement , selon sa propre

* Dion, 68 ; Vict., EpUome; Plin., Taneg.^ de i à 9o ; Tiilem., Trajan, 1,3, 3, 7, 8, et note 6.

» Plin., Epist, 3-18, i3, 7-a7.

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« comiMiraison , est comme la rate dans te corps Mumain^ « laquelle ne s'auf^ente que par le dessèchement de tous « les membres; » qu'au prince appartient de donner le bon exemple , et a que le vulgaire , ordinairement , prend de « lui sa règle de mœurs; que les études ont besoin d'être « encouragées par la considération accordée à ceux qui « enseignent; » que la justice et la propriété veulent être libres , les fonctions publiqties et les bonnes institutions maintenues et respectées ; « qu'un prince enfin n'est pas « au-dessus des lois, mais que les lois sont au-dessus du « prince. » Et tous ces préceptes plus ou moins méconnus du pouvoir, Trajan les mit en action. Il ôta la terreur des Jugements de majesté , en continuant à déporter les délateurs; il retrancha les extensions injustes apportées successivement à la taxe du vingtième des héritages. Les procu* rateurs furent désignés par le sort ; il fut permis de les récuser pour leur préférer les juges ordinaires, « et le fisc, « dont la cause n'est jamais mauvaise que sous un bon * prince^ la perdit souvent.» Chacun put, en sécurité, choisir ses héritiei's ; plus de legs forcé pour l'empereur. « Quels honneurs, quelles déférences pour les maîtres du « savoir, pour les hommes de talents en tous genres, et « pour les philosophes! » On commença à voir alors les rhéteurs et les gens de lettres prendre rang au sédat et parvenir de la plus basse fortune aux pi*emières dignités. Le peuple, par persuasion, laissa éloigner de nouveau les pantomimes et leur art corrupteur.

La munificence du prince éclata bien plus dignement dans les largesses (congiaria), dont les absents les plus l'ioignés, ni les enfonts au-dessous de onze ans ^ ne fUrent point exceptés. Cinq mille enfants de Rome, et peut-être davantage, reçurent ensuite annuellement leur nourriture aux frais de FÉtat, et ce bienfait s'étendit même aux villes d'Italie pour encourager les pères de famille pauvres. L'a-

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