TRAJAN
formidable: a Tu me demandes, écrit-il à un ami, si lu a dois plaider étant tribun. Avant tout, qu'est-ce que le « tribunal, selon toi? une vaine ombre, un nom sans « honneur, ou une autorité sacrosainte, qu'on ne puisse « convenablement, celui qui la porte pas plus que per- « sonne , rabaisser à Tordre commun ? Quand j'étais tri- « bun moi-même, peut-être je me trompais en pensant « être quelque chose ; mais , comme si j'étais quelque cho- « se , je me suis abstenu de plaider. J'estimais inconvenant a que celui-là devant qui tous devraient se lever et lui faire « place, se tint assis confondu avec, tous ; que celui-là qui «t pourrait ordonner à quiconque de se taire , reçût de la « clepsydre l'obligation du silence; enfin, que celui-là « qu'il ne serait pas permis d'interrompre, entendit des in- « Jures, au risque de paraître lâche s'il les souffrait, insoa lent s'il s'en vengeait. Par ces raisons , j'ai mieux aimé « me montrer tribun à tous, que pour quelques uns avo- « cat. Quant à toi, je le répète, tout dépend de ton opitt nion sur le tribunat, du rôle que tu veux prendre et qu'il a te faut accommoder en homme sage pour le soutenir. » La nullité de toute magistrature était tellement passée en conviction générale, que le même homme, consul, s'était recommandé publiquement de son « inaction dans le tribunat , de sa modestie dans la préture, » à la bienveillance du sénat*. Ainsi, quoique la vie semblât renaître, « quoique Nerva, au commencement du plus heureux sièa cle, eût uni deux choses autrefois inconciliables, le pou- «i voir et la liberté ; quoique Trajan accrût chaque jour la a facilité du commandement et la sécurité publique... ce- « pendant les esprits et les sentiments sont plus aisément tt opprimés que ranimés. Il s'étîiit glissé à la longue une « certaine douceur d'inertie même, et celte oisiveté, d'a-
• riin., Epist., 8-1 4, t'23,Pdnrg., î>5.