‹ Histoire romaineChapitre 29 sur 107 · MI · texte numérisé non relu

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a bord odieuse, avait fini par devenir agréable*. » Les traditions nationales et les primitives Institutions étaient déjà presque entièrement etfacées. Les Romains ne pouvaient plus se passer de maître. Jules César avait voulu trop tôt le paraître, Auguste Tévita soigneusement; après eux des monstres et des insensés y habituèrent les mœurs et les oreilles, et Ton s'estimait heureux maintenant de donner ce titre à Trajan.

Encore un démenti du héros au panégyriste; la passion des conquêtes est une marque certaine de l'esprit de domination, et Trajan, malgré les louanges les plus pacifiques, ne prononçait pas de serment plus fréquent que ceux-ci : « Aussi bien que je veux voir la Dacie réduite en « province ; aussi bien que je veux mettre sous des ponts « le Danube et FEuphrate. i» 11 ne lui sufQsait pas du petit contentement d'attacher son nom à tous les édifices, comme pour en paraître le fondateur, ce qui le fit surnommer la pariétaire^ ; il voulut se Signaler par des exploits, et il ne tarda pas à remplir ses serments, en marchant contre lesDaces (101). Dercebal n'obtint la paix qu'après l'entrée du vainqueur dans la capitale de la Dacie , et le retour de ses députés rapportant la ratification du se nat. De cette victoire, joie nouvelle pour les sénateurs , qui recouvraient leur antique importance aux yeux des nations; surnom de Dacicus pour trajan; spectacle d'un triomphe pour les citadins, et honneur inespéré pour les philosophes; car Dion Chrysostôme parut sur le char de victoire (102) derrière le triomphateur, qui se retournait de temps en temps , et s'entretenait familièrement avec lui.

Pendant cette pompe triomphale, t)ercebal préparait sa

* Tac, nta Agric,^ 3.

• Ammien Marcellin, ^\~S, 27-3.

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vengeance et recommençait la guerre, qui, cette fois (104), fut difficile. L'empereur alors bâtit un pont sur le Danube , comme il l'avait dit, afin d'assurer ses communications. Cette construction, dirigée par ApoUodore de Damas, sur vingt-une arches, dans une étendue de quatre mille sept cent soixanteKiix pieds, ajoutait à la grandeur de l'expédition. Une armée imposante passa en Dacie , et Dercebal , hors d'état de résister, chassé de son palais, n'eut plus qu'à se tuer pour échapper à la captivité (105). La Dacie fut province romaine; Trajanopolis, Plotinopolis, Marcianopolis, Adrianopolis, beaucoup d'autres colonies ou d'autres noms romains qui rappelèrent dans cette contrée , dans la Mœsie ou la Thrace, ceux de l'empereur, de sa femme , de sa sœur et du jeune Adrien , attestèrent d'âge en âge ce glorieux succès. Rome , avec un second triomphe, eut des fêtes de cent vingt-trois jours*.

L'année suivante, Trajan partit pour l'Orient; il avait à reprendre l'Arménie , où le Parthe Cosroès avait établi roi son frère, et â punir l'alliance secrète de leur père Pacorus avec Dercebal. Toute résistance fut brisée; l'usurpateur de FArménie , malgré ses supplications, fut mis à mort, et, pour trancher toute difficulté à l'avenir, Trajan fit de l'Arménie une province. Par suite de cette conquête , les petits monarques d'Ibérie, de Colchide, du Bosphore, devinrent plus soumis qu'auparavant, et les Albaniens reçurent Un roi du choix de l'empereur (406-107). Pendant ce temps, Corn. Palma, lieutenant impérial, plantait enfin les aigles romaines en Arabie. Trajan attaqua bientôt le Parthe, prit toute la Mésopotamie, jeta un pont sur le Tigre, dicta vraisemblablement la paix à Cosroès, et revint à Rome (112) avec le surnom de Parthicus *.

* Dion, 6S ; PI in., 8-4 ; Philostr., Sapk.^ 7 ; Procop., Des édifices de Justinien, 4'^; Eutrope.

» Tillem., Tro/., 19 et ao; Dioiî, 68; Fronton, Princtp. hist. f Arrien ,

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Tout allait bien jusque-là; si le prince cherchait un peu trop sa propre gloire et ne ménageait pas assez le sang des soMats, du moins Thonneur relevé de Tempire ne permet-, tait pas à Tindolence romaine de se plaindre; mais la passion de conquérir emporta de nouveau le guerrier en Orient; le Parthe , chassé de Séleucie et de Ctésiphon, livra par sa fuite le passage jusqu'aux Indes (115), oùTrajan pénétra pour égaler Alexandre, comme il s'en vanta ; et il énuméra dans une lettre au sénat tant de villes prises, qu'il était impossible d'en retenir les noms. Il voulut aussi visiter l'o- C('*an Indien par le golfe Persique , non sans quelque péril. L'Arabie se soumit et vit poser une douane romaine à Leucé, sous la garde d'un centurion. L'Assyrie et la Mésopotamie étaient devenues provinces, et un canal commencé à Naîirroalca devait détourner et rejeter l'Euphrate dans le Tigre, comme pour enlever cette antique limite de la puissance romaine (416). Ces fastueux et rapides progrès n'avaient rien de solide; les révoltes de tant de peuples, vaincus en courant, rappelèrent en arrière le conquérant déjà trop vieux pour tant de fatigues. Les Juifs surtout s'efforçaient de s'aff*ranchir ; les Parlhes taillèrent en pièces une armée commandée par un lieutenant impérial. On fut obligé de reprendre Nisibe; on ne put forcer une autre ville , Atra , près du Tigre. En vain Trajan crut-il affermir sa conquête en plaçant lui-même à Ctésiphon un nouveau roi des Parthes, Psamathosiris ; ses forces étaient épuisées, il laissa son armée sous Adrien, eu Syrie , et vint mourir à Sélinonte, depuis Trajanopolis (117). Ses cendres seules eurent les honneurs du triomphe qui l'attendait; on les déposa sous sa colonne, dans l'intérieur de la ville, où nul n'avait encore étéenseveU*.

PeripU Font. Rien de moins connu que ces expéditions, fort lieureusenK'nl. • Dion, G«; Ammien, a4-a ; Front., Princip.hist,; Arricn, Peripl., Erythr* mari*; Kuti(>|)C{ Aur. Vict.; Tilk'tn., Trajun^ aa, a3.

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On ne sait si Trajan avait décidé quelque chose touchant la succession impériale : un jour il demandait à ses amis de lui nommer dix hommes capables de gouverner, et luimême indiqua le dixième, Neratius Priscus, jurisconsulte célèbre , auquel il dit : « Je te recommande les provinces, « s'il m'arrivait malheur. » Beaucoup ont prétendu qu'à rexemple d'Alexandre, il n'avait voulu choisir personne, mais laisser le choix au sénat en lui envoyant seulement plusieurs noms entre lesquels on prendrait le meilleur. D'autres ont raconté que Plotine avait substitué quelqu'un à la place de l'empereur mort, pour déclarer qu'il adoptait iEUus Adrianus. Il est certain qu'Adrien fut longtemps sans crédit, malgré son instruction et ses talents mililaires, qui furent en évidence durant les guerres des Daces et des Parthes; qu'il n'épousa Sabine, la nièce de Trajan, que par la protection de Plotine, et qu'il eut encore recours à des moyens moins honorables. L'armée l'ayant salué empereur à Antioche, les sénateurs durent s'estimer heureux de recevoir de lui une notification où il s'excusait, par l'empressement des soldats, de n'avoir point attendu la décision du sénat. Jamais prince n'eût paru moins romain , si l'origine eût encore compté pour quelque chose; il s'était tellement adonné à la langue et à la littérature gi'ecques, que plusieurs l'appelaient tout jeune Grécule , et que plus tard , devenu questeur, on rit de sa prononciation incorrecte, quand il débita dans le sénat un discours de Trajan. Alors il étudia la langue latine , et y fut bientôt habile ^

* Hist. aug,; Spart., Adr,^ de i à 6.

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