‹ Histoire romaineChapitre 30 sur 107 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

ÀDRlBlf . •— GHÀlfGEmNT DANS LÀ CONSTITUTION IMPÉRULB.

Adrien Tint à temps au pouvoir; son caractère porté à la cruauté se contint par la douceur précédente qui atait rendu quelque force à Topinion publique ; et, jugeant Fétat des choses d'une vue plus étendue et plus sûre que Trajan, il raffermit Tempire ébranlé du mouvement de conquête, en se bornant à comprimer promptetnent l'agitation des Juifë, des Maures, des Sarmates et des Bretons, en abandonnant les récentes possessions qui dépassaient Tancienne limite de rsuphrate. Il laissa Cosroès reprendre ses États à Psamathosiris, les Arméniens choisir un roi| dans un voyage en Orient, il rendit même à Cosroès sa fille et son trône d'or, qui étaient restés au pouvoir de Trajati. 11 eut toujours les Parthes pour amis et tous les autres peuples de la frontière. A peine arrivé à Rome (118), il suivit ses troupes envoyées en Mœsie, et, loin de s'engager dans une guerre inutile, il accorda des subsides à plusieurs rois barbares: il se vantait d'avoir acquis par là plus que d'au-

très par leurs armes. Il eut môme la pensiîe de renoncer à la Dacie, mais il coupa seulement le pont du Danube.

Pendant ce voyage, une conspiration ayant été découverte contre lui , quatre consulaires furent mis à mort comme coupables , entre lesquels Gom. Palma. On murmura de voir périr ainsi des hommes qui avaient favorisé son élévation ou qui en savaient le secret. Il le sentit , se hâta de revenir (119), rejeta la faute sur Tatien, Tun de s( s anciens tuteurs^ Tuo de ses préfets prétoriens, et il jura de ne faire mourir aucun sénateur sans jugement du sénat. Personne ne crut ni le complot ni Texcuse , car s*il n'osii pas encore se débarrasser de Tatien , il l'obligea de quitter sa charge; dans la suite il lui 6ta son rang de sénateur et enfin la vie. Similis, Fautre préfet, qui n'avait accepté qu'à regret le commandement prétorien , se démit volontairement dès qu'il vit la disgrâce de son collègue : Adrien no dems^ndait pas mieux. Similis prolongea sa vie ainsi de sept années encore , et se fit lui-même cette épitaplie : « J'ai passé soixante-seize ans sur la terre, et j'en ai vécu sept *. »

On ne reconnaissait guère cet empereur, qui, rencontrant peu après son avènement un de ses plus grands enneqiis , lui avait dit : « Te voilà sauvé. » Vers la même époque, comme il n'avait p^s le loisir de recevoir les réclamations d'une femme : « Pourquoi es-tu empereur? » lui répliqua- 1- elle, et il l'avait écoutée patiemment. Il lâcha d'apaiser le mécontentement par une seconde largesse de bien^\enue, par des jeux de six jours, par diverses libéralités dont la plus magnifique fut une remise de tout ce qui était dû au fi^ dans Rome et l'Italie, et, pour les provinces , dei tous les impôts Qon acquittés depuis s^ize ans ; cela montait à des sommes immenses. Pour plus de sécu-

* £ulrop.iittr. Vicl.; Dion, 66, 69; Spoit., Jdr.» 6. 7, 9, |3) si, 17, i5.

^i HISTOIRfi ROHÀIKB.

rilé , il en fit brûler les registres et les obligations sur le Forum de Trajan : munificence réelle, jusqu'alors sans exemple , et qu'on célébra à Tenvi sur des inscriptions et des monnaies. Il répéta souvent « qu'il gérerait les affaires comme celles du peuple et non comme siennes. » H partit ensuite pour la Campanie (120) , et de là commença ses voyages, qui occupèrent presque tout son principat.

Loin d'être à charge aux villes , il les avait déjà délivrées de l'entretien des postes, qu'il mit aux frais du fisc. Il visita d'abord la Gaule, les deux Germanies et la Grande- Bretagne , allégeant partout les impôts extraordinaires , s'informant de tous les besoins , et contribuant à la réparation des murs et des édifices en diverses cités ; partout examinant sévèrement la conduite des procurateurs et des gouverneurs, qu'il faisait lui-même accuser et condamner à la peine capitale, quand il surprenait des injustices; partout fixant les limites des territoires par de fortes lignes de palissades profondément assises , quand il n'y avait point de rivières ou d'autres démarcations naturelles. Ainsi, dans la Grande-Bretagne , il sépara les Romains des Barbares au moyen d'une terrasse fortifiée de quatre-vingts milles (vingt-sept lieues); mais, toujours selon son système de sage défensive , il reporta cette frontière entre la Solway (Ituna) et la Tinn (Tinna)^ bien en deçà de la ligne d'Agricola, et laissa aux Maœtes leur indépendance reconquise.

De retour en Gaule , il éleva dans Nîmes un admirable monument à la mémoire de Plotine, qui venait de mourir. Peut-être faut-il entendre par là le célèbre amphithéâtre communément appelé les Arènes. En Espagne (122), où il passa l'hiver à Tarragone, il tint une assemblée générale des villes , pour y régler ses levées de milice.

Dans ce premier voyage , deux actions d'Adrien offrent toujours la même contradiction de caractère. Il disgracia

ÀBRIfiX. 205

le chef (le SCS secrétaires, Thistorien Suétone, et un préfet du prétoire , parce que leur familiarité envers Sabine, disait-il, blessait le respect dû à la maison antique. Mais lui-même traitait indignement Timpératrice; il s'en faisait haïr, et sans doute il voulait se justifier, quoique bien maladroitement , par un reproche qui retombait indirectement sur elle. Le même homme , avec bonté , donnait à soigner aux médecins un esclave qui avait tenté de le tuer, dans un accès de folie *.

Son plan étant de maintenir l'empire en paix , il exerça constamment le soldat comme si la guerre commençait. A Rome, il ne se distinguait point extérieurement des citoyens, il allait aux bains avec tout le monde ; plus simple encore aux armées qu'il inspectait exactement , les légions le voyaient au milieu d'elles, avec le costume le plus ordinaire, un baudrier sans or, des agrafes sans pierreries, une poignée d'ivoire seulement à son épée , prendre la nourriture du camp , le lard , le fromage , la piquette du manipulaire , faire sous les armes des marches de vingt milles à pied, tète nue, par le soleil ou la neige. Aussi ne souffrait-il pas la moindre infraction à la discipline , ni absence oiseuse, ni bagage de luxe, ni loges élégamment construites en portiques ou en grottes de verdure ; mais il visitait les malades , choisissait les meilleures stations , pourvoyait aux subsistances , distribuait les récompenses méritées, ne donnait le sarment qu'à des guerriers robustes et de bonne réputation, ne considérait que le mérite dans la nomination des tribuns. Il savait toujours précisément le nombre et la force des différents corps, et veillait à ce que personne ne fût enrôlé trop jeune ni retenu au-delà de son temps. Il fut toujours très-aimé des troupes, et ses rè-

* Dion , 69 ; Vict. , Epilome f Spart , Jdr, , 7 , 8, 10, 14 , la « 1 1 ; Tillcm., Adr.j€, 8, noies s, 3.

lu. 18

206 HISTOIRE EOMÀINE.

glements militaires, fort vantés par Végèce, avec ceux de Trajan , ont été imités ou plutôt reproduits plus tard par l'empereur Maurice.

Il alla bientôt en Orient (125), et revint par la Sicile, afm de contempler du sommet de TEtna le lever du soleil. Il continua par TAfrique (127) après avoir revu Rome, où il fit une seconde pause un peu plus longue avant de retourner encore en Orient; il n'y eut pas une province qu'il ne visitât. C'était comme un dessein formé ^n lui d'adoucir, d'effacer l'humiliation des provinces, de les relever à leurs propres yeux, de le§ égaler en quelque sorte à l'Italie, et de composer une même patrie, un véritable empire romain de tant de contrées diverses. Les plus grandes marques de distinction furent pour les nations les plus civilisées. Ainsi il se fit initier aux mystères d'Eleusis; il siégea aux jeux d'Athènes comme agonothète, il y accepta de plus la dignité d'archonte. De même il fut préteur en Étrurie , dictateur, édile et duumvir dans les villes latines, démarque à Naples, et magistrat quinquennal à Italica et Adria, car il rapportait à cette dernière colonie romaine l'origine de sa famille et de son nom. Et quand l'âge mit fin à ses courses, il reproduisit dans les embellissements de sa villa de Tibur une imitation des lieux et des provinces les plus célèbres : il appelait diverses parties le Lycée, l'Académie, le Prytanée» Canope, le Pœcile, Tempe ; il y avait fait aussi représenter les imaginations grecques des Champs- Elysées *.

Rome n'était pas négligée; il restaura les plus beaux édifices publics, sans y inscrire son nom comme Trajan; il y ajouta un mausolée, destiné à sa sépulture, au bas du Yatjcan, et un pont sur le Tibre pour joindre ce monument à

■ Dion, 60; Spart., i/(/r,, lo, ao , 17, ti, si ^ i8, 19, a6; Vq[|[ct.^ 1-8; Tillem., i^fllr., 16.

▲DRIBK. JM)7

la ville. On les appela longtemps le môle et le pont d*Adrien; ce môle colossal servit de citadelle dès le commencement du moyen âge : ce sont aujourd'hui le pont et lé château Saint-Ange *.

Dans toute la conduite d'Adrien à Rome paraît le môme esprit d'ordre et d'uniformité ; il ne se borna pas à mainlenir une justice et une police exactes, à mettre dans son conseil les juristes les plus distingués, sur la présenlatioli du sénat ; à partager l'administration de l'Italie entre quatre consulaires ; il régularisa en outre la procédure par l'institution d'un patron ou avocat du fisc^ adjoint à chaque procurateur, l'expédition des affaires par l'institution de quatre chancelleries ou bureaux (scrinia), et le cérémonial aulique par le classement subordonné d'un grand nombre d'officiers , trésoriers , préfet de la chambre , chambellans (cubilarii)^ introducteurs (admissionales), divisions de pages (pœdagogia ), etc. Il remplaça l'édit des préteurs urbains par l'édit perpétuel, que rédigea Salv. Julianus (151), et qui devait leur servir de règle ; les gouverneurs furent même astreints à s'y conformer dans tout ce qui leur était applicable. Il en résulta que les consultations des jUrisieâ {responsa, jus receptum) furent toutes également admiôes, c'est-à-dire sans décision. privilégiée d'aucunes, cohimé auparavant. D'ailleurs Adrien, à la sollicitation des parties intéressées, prononça souvent par écrit sur des procès privés. Cette confusion de l'autorité législative et judiciaire ne dut pas peu contribuer au despotisme impérial. Pai^ là aussi cessèrent l'influence et la considération des jurisconsultes; les deux principales sectes de jurisprudence disparurent pour faire place à une école publique de droit. Mais celte étude, dégagée de la contrainte des opinions adop-

' Dion, 69 f Spart., Adr., 19; Procop., Debcll. Goth., i-2a; Vasi, Itinerario di Roma,

iÛB HISTOIBS ROMAIKIS.

tées, tomba dans un autre inconvénient ; elle n'approfondit plus, elle compila. Une nouvelle et générale organisation de tous les emplois civils et militaires, de tous les offices du palais, réduits à une même forme, compléta plus ostensiblement le dessein secret d'Auguste , en délivrant le pouvoir des errements et des noms républicains.

Des transitions d'un siècle avaient amené ce changement ; on le voyait sans le remarquer , et , par une dernière illusion, rarmée ne venant qu'en troisième dans ce plan, les ofliciere du prince en second, les magistratures se trouvaient au premier rang et mettaient en montre la partie civile du gouvernement, ce qui manquait précisément le plus dans la réalité du système. Aussi, quoique nulle affaire importante ne se traitât sans délibération du sénat, Tempercur n'ayant pas moins sa suprématie avouée, les préfets du prétoire, tout limités qu'ils étaient par cette organisation, conservèrent avec la juridiction civile toute la puissance d'un premier ministère, et le conseil ou consistoire, préparant les édits impériaux {edicta, rescripta, mandata), acquit définitivement une autorité législative, qui prévalut dans la suite sur le sénat, et commença la désuétude des sénatusconsultes en matière politique. Cela était inévitable, malgré les intentions d'Adrien, qui chercha toujours, comme Auguste, à rehausser la dignité sénatoriale autant qu'à s'attacher le peuple. Il tenait à ce que les sénateurs ne parussent qu'en toge ; extrêmement sévère envers ses officiers , 11 nfe voulait pas môme que ses affranchis fussent connus ; il eût puni rigoureusement celui qui se serait vanté de quelque crédit, et un jour, apercevant un de ses esclaves qui se promenait entre deux sénateurs, il lui envoya donner un soufflet.

Sa popularité était ferme et raisonnée. Ayant reconnu aux bains un vétéran qui se frottait contre les marbres, parce qu'il n'avait personne pour kii rontlro co service, il

lui donna un esclave et de Fargent. Beaucoup d'autres ensuite tâchant à Fenvi d'attirer sa générosité de la même sorte, il les fit venir devant lui et leur dit de se frotter les uns les autres. S'il s'acquittait amplement des fêtes et des libéralités nécessaires, il s'occupait de la condition des dernières classes pour leur utilité et celle de l'État ; il encourageait les artisans, les marchands, et rétablit des corporations d'arts et de métiers. Il n'oublia pas les esclaves, dont Fégoïsme païen s'était mis jusque-là peu en peine. Il adoucit sensiblement leur sort en les rendant justiciables des seuls tribunaux, et ôtant aux maîtres le droit de les faire mourir; il abolit les ouvroirs {ergastula), prisons particulières où les riches enlevaient, retenaient en servitude, à leur protit, des personnes libres , et cachaient sous la même condition les miliciens réfractaires*.

Il semblerait que les chrétiens eux-mêmes ne furent point exceptés de ces intentions d'équité. Après que l'évêque d'Athènes, Quadratus, et le philosophe converti , Aristide, lui eurent présenté (125) les premières apologies du christianisme, il suspendit la persécution , renouvelée par Trajan. Mais ses rescrits à Minutius Fundanus, proconsul d'Asie, et à plusieurs autres gouverneurs, et sa lettre écrite d'Alexandrie à Servianus, expliquent autrement sa modération. Les chrétiens étaient trèsrnombreux dans les villes, et la forte constitution de leur hiérarchie se manifestait déjà par Fautorité et la grande influence de leurs évêques et de leurs patriarches ; lui qui voulait consolider Fempire et son système administratif par la tranquillité intérieure, il craignait « que les troubles ne s'élevassent par les accusations <^ calomnieuses (portées contre les chrétiens). » Il voulait ,

» Dion, 69; Spart., v^Hr., i8, ia, ao, ai, 17, 18 ; Âur. Vict.; Sénhq^ypassim; Suët., Ferp.^ 14 } Firmic, 8-14; M. Naudet, Des changements opérés^ etc., »'• part., chap. vu, 3-4, 5-a, et notes 43-5o ; Schœll,/lt7f. rom,, pér. 5.

ni. i8'

inconséquence, a qu'on les poursuivit régulièrement dea vant la justice, s'ils avaient fait quelque chose contre les « lois, qu'on le prouvât et qu'ils fussent punis selon leur a faute, mais non condamnés sur des imputations vagues « et des clameurs tumultueuses. » Rien ne confirme le dessein que lui attribue Lampride , d'avoir voulu élever un temple au Christ , le faire recevoir parmi les dieux de l'empire, et lui réserver des édifices qui demeurèrent vides dans toutes les villes. Le nom à'Adrianées, qui désigna ces édifices dans la suite, s'accorde mieux avec ce que dit Spartien, qu'Adrien les dédia à sa propre divinité. Il ne garda pas même longtemps cette impartialité de prudence, et luimême bientôt, en Egypte (132), condamna un grand nombre de chrétiens au supplice*.

Tel fut Adrien, un homme contradictoire, plein d'habileté et de petitesses, aussi facilement enjoué que sévère, variable en toutes choses excepté dans son intérêt , qu'il consulta uniquement, et dans son horrible débauche , qui fit un dieu de son Antinous, mort en Egypte, le plus cher de ses infâmes favoris (131). Par-dessus tout, curieux et dominant, du même fond d'ambition et de défiance qu'il se modérait , il sévissait aussi jusqu'à la cruauté. Sa passion de connaître et de primer était universelle. Il prétendait n'avoir point d'égal en éloquence , en philosophie , en poésie, en peinture, en architecture, dans la géométrie et la science magique, non plus qu'à chanter, à toucher la lyre, à manier l'escrime. Il employait ses voyages à visiter tout ce qu'il savait de célèbre sur la terre, autant qu'à surveiller l'administration.

Quoiqu'il ne laissât professer aucun maitre inhabile,

> Buteb., Hist* ecct.^ 4-3, 9, i3 ; Justin., Prem, apolog,f HMron., CmâAlàg. ft Spist, , 84, j4d Magnuin; Hist. aug.^ Vopiscus, In Satumino^ SjLamprid., Mex.f 4a ; Spart., Adr., i3 ; Ba8na|>e, Hist. des Juifs^ a<3, d'après la chronique des Samaritains,

quMl comblât d'honneurs el de richesses, qu'il eût en grande familiarité auprès de lui grammairiens, poètes tragiques el comiques, rhéteurs, orateurs, musiciens , peintres, géomètres, astrologues, philosophes surtout, et particulièrement Favorinus, Épictète, Arrien, il les critiquait et les raillait tous, leur proposant sans cesse des questions, luttant d'épigrammes avec Florus, et de composition avec tous*. En même temps, comptant plus sur soi que sur tout autre pour son propre éloge, il écrivait l'histoire de sa vie, et en publiait les différentes parties sous les noms de ses affranchis, car les livres de Phlégon passaient pour être d'Adrien. Ce prince littérateur affectait de préférer la vieille latinité, Caton à Cicéron , EnniUs à Virgile; Homère et Platon lui plaisaient médiocrement. Comme il reprenait un jour Favorinus sur l'impropriété d'un mot, et que plusieurs reprochaient à celui-ci de lui donner raison : « Vous « n'êtes pas de bon conseil, mes amis, répondit Favori- « nus, de ne pas vouloir que je croie plus instruit que moi « un homme qui a trente légions. » Il en prit mal au fameux Apollodore de n'avoir pas cette docilité. Il avalit dit autrefois à Adrien, qui se mêlait de donner son avis siir uti plan présenté à Trajan : « Va peindre tes citrouilles. » Adrien lui en garda rancune , et , pour se venger , en lui prouvant qu'on pouvait s'y entendre aussi bien que lui ,

I spart., Àdr,y 16, noua a conserve une de ces ^pigrammet de Florus el U réponse d'Adrien :

Kgo noio Cxsnr esse, Je ne yenx point étrtf Gësar,

Arabulare per Britannos, Courir les plNÏoes britanniques,

Scythicas pati pruinas. Endurer les frimas scytiiiques.

Ego noIo Florus esse, Je lie veut point être Florus,

Ambulare per tabernas. Courir sans cesse les tavernes,

Latiiare per popinas. Et, dans ces fumeuses cavernes,

Chilicss pati rotundos. Endurer les cousins Teatnis.

2i2 HISTOIRE ROMàIKE.

il lui envoya le plan d'un nouveau temple élevé à la forlune de Rome. Apollodore répondit avec la même rudesse « que l'édifice était trop bas pour sa situation, la statue a de Rome et celle de Vénus trop hautes , et que les deux « déesses ne pourraient sortir ni se lever, s'il leur plaia sait. » L'architecte railleur fut banni (450), et bientôt mis à mort sous le premier prétexte.

Les amis d'Adrien eux-mêmes n'étaient pas plus en sûreté; attendu que sa science divinatoire, en lui donnant la confiance d'écrire d'avance tout ce qui lui arriverait, ne l'instruisait pas assez des sentiments d'autrui, son ombrageuse curiosité employait les frumentaires à pénétrer les secrets des familles jusque dans les correspondances, et il écoutait facilement tous les moindres rapports. Par cet espionnage, ceux qu'il avait le plus estimés et mis en dignités, lui devinrent un objet d'ombrage et de haine. Plusieurs, après Tatien, furent contraints de mourir pour cette raison ; sa cruauté naturelle , retenue par la crainte d'être tué comme Domitien, l'emporta enfin, quand le soulèvement des Bretons et des Juifs , quand le déclin de son âge et de sa santé , eurent altéré sa pacification générale et la jouissance de sa domination*.

Le sang romain coula dans la Grande-Bretagne, qui semblait si soumise , et dans les contrées de l'Orient oti les Juifs se sentirent le plus en force (155). Ce fut le dernier effort des Juifs, mais une véritable guerre nationale entreprise et soutenue avec la même fureur que sous Vespasien. Impatients de leur humiliation et de l'attente désormais incertaine d'un libérateur, ils ne purent consentir à voir établir par Adrien , à la place de Jérusalem , la ville d'^lia Capitolina, avec une colonie de Gentils et un temple à Jupiter. La mort du dernier prince hérodien avait, depuis

« Dion, 69; Spart., Âdr., i5, i4, i3, ii, 17, 16, el Fie d'jSL rems, 3, 4,

trente-cinq ans , aboli la vaine ombre de royauté , même étrangère, qui survivait encore en Judée ; dans leur ardeur désespérée , que partageaient leur rabbin Akiba et les autres principaux docteurs , ils prirent pour roi un brigand , Barcozeb {fils du mensonge)^ qui se nomma Barcocab (fils de rétoile), comme sMl était Tétoile de Jacob; la flamme qu'il vomissait d'une étoupe cachée dans sa bouche , fut le plus brillant signe de sa mission. Ils massacrèrent les nouveau-venus et se cantonnèrent à iElia et dans toute la Judée. Les armées envoyées contre eux n'osèrent risquer une bataille et les exterminèrent plus sûrement en détail. La rébellion ne se termina que par la ruine de cinquante forteresses, de neuf cent quatre-vingt-cinq bourgades : cinq cent quatre-vingt mille Juifs y périrent par le fer, beaucoup plus par le feu , la famine, les maladies, et Ton en vendit une multitude innombrable de tout sexe et de tout âge , au même prix que les chevaux , dans le marché de Gaza (137) et dans celui de Térébinthe , lieu célèbre de la vallée de Mambré , où Abraham avait posé ses tentes. Une autre M\m s'éleva près des secondes ruines de Jérusalem ; l'approche en fut interdite à toute la race juive, excepté un seul jour de l'année; le nom même de Jérusalem fut oublié des païens pendant deux siècles. Et, quoique les Juifs n'eussent pas épargné les.chrétiens dans cette guerre , l'empereur enveloppa le christianisme dans ses insultes de victoire ; il plaça un pourceau de marbre sur la porte de la ville qui regardait Bethléem , fit de la grotte de Bethléem un temple d'Adonis, dressa une statue de Vénus sur le Calvaire et de Jupiter sur le saint-sépulcre*.

Adrien jouit peu de ce terrible succès ; une langueur fa-

* Dion, 68, 69; Spart., Jdr.^ x4 ; Oros., 7-13 ; Sulp. Sev., a ; Euseb., ffist, eccl., 4-3, 6, 8-3; Hieron., In Soph,^ 3 , In Dan., 9, In Zachar.f 8, Bpist,^ • 3, lai); Paulin-, Kpist.^ 11 ; Tillcm., Adr.^ révolte des Juifs ,de 1 h 7,

244 HISTOniB EOMÀINl.

laie commençait à le miner secrètement et tourmentait son ame de la nécessité de désigner un successeur. Il voulut se venger de la vieillesse comme des révoltes , par des supplices. Après avoir songé à son beau-frère Servianus, puis à Fuscus, petit-fils de Servianus, pour les associer à la dignité impériale, il les prit en aversion pour cela même, et ainsi de tous ceux sur lesquels se porta d'abord son choix.

Bientôt il les accusa de conspirer, et fit périr, sous ce prétexte, beaucoup de gens ouvertement ou par embûches; et en effet bien des ambitions s'agitaient sourdement. Sabine mourut, non sans soupçon de poison , malgré son apothéose. Il semblait prendre à tâche de ne laisser personne qui pût disposer de l'empire après lui. Cependant son mal augmentait; il fallait se décider : il choisit, contre l'avis de tous et par une sorte de dérision, un homme d'une santé faible, qui n'avait d'autre mérite que d'avoir inventé un nouveau genre de pâté, et une nouvelle façon de lit plus vaste, fermé d*une fine gaze, dans lequel, inondé de parfums de Perse, il reposait ses voluptueuses jouissances entre un monceau de feuilles de roses et un tissu de lis qui les recouvrait. Cette adoption (136) n'était qu'un marché d'infamie : Adrien comptait bien survivre à ce successeur désigné; il en avait fait lui-môme l'horoscope et dirait : « Nous nous sommes appuyés sur un mur fragin le, nous avons perdu trois millions de sesterces donnés « pour cela au peuple et aux soldats. » En effet, le nouveau César, Commodus Verus, fut emporté par une maladie (138).

Adrien, toujours plus affaibli d'esprit et de corps, sentit qu'il avait besoin d'un véritable héritier qui protégeât ses derniers moments contre le mépris et la haine des grands ; il se fixa donc à Tit. Antoninus, en lui faisant adopter L. Verus, fils du premier, et un autre Verus. Cette triple trans-

ADIII£N. 215

mission du pouvoir blessa plusieurs espérances ambitieuses et l'importance politique que le sénat croyait avoir reprise. Adrien, irrité, prononça encore des disgrâces et des condamnations. Ses inquiétudes et son dépit aigrissant ses souffrances, il prit à dégoût cette vie qu'il ne pouvait plus retenir; il voulut y mettre fin, on Ten empêcha ; il supplia en vain ses esclaves de le tuer. Réduit à pleurer ses maux irrémédiables, il acheva sa vie dans une sombre et irascible tristesse. Revenu de Tibur à Rome, il s'en alla enfin à Baiae , d'où il obligea son beau-frère Servianus et le préfet destitué de Rome , Catilius Severus , de mourir avant lui , pour être sûr au moins que ni l'un ni l'autre ne posséderait l'empire, et, près d'expirer lui-même, par un dernier trait de caractère, il exhala, dans quelques vers d'une tranquillité affectée, l'incertitude désespérante de sa philosophie :

Petite ame si sdmillante, Du corps compagne complaisante , Où vas-tu, dans quels tristes lieux , Toute pâle , nue et tremblante?

Pour toi, plus de propos joyeux !

Ses cendres furent apportées dans son mausolée. Ses actes échappèrent aux ressentiments du sénat, qui avait résolu de les casser; Antonin, dont l'adoption par là eût été nulle , pria , pleura , et fit reparaître un grand nombre de condamnés qu'il avait sauvés secrètement, contre les ordres de l'empereur; on n'était pas sans crainte d'ailleurs de la part des soldats. Il n'eut donc point le chagrin de se voir enlever l'empire, et il se hâta d'en consacrer la possession en donnant le ciel et un temple sur la terre à son prédécesseur*.

• Dion, 69; Aur. Vict.; Spart., Adr., a3 , 24, Vie étJEl Fer. y de 3 à 7, Àdr.y a( :

fis UiTOIKK mOMAlKI.

Animala Ts^a , blandulai,

Qux ocac ab:bis in loca , l*ïlliaaU , riciiU , nodala?

Page 1