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CHAPITRE LXXXVII

DERNIÈRES ANNÉES DE MÀRC-ÀURÈLE.*— AFFÀIBLI6SEMEM DE l'empire. — COMMODE.-— FIN DU FRINaPAT.

' Les attaques des Barbares laissèrent à Marc-Âurèle peu de repos le reste de sa vie. A peine avait-il fait Fapothéose deVerus, et remarié Lncille, malgré elle et malgré Faustine, au vieux Pompeianus, qu'une seconde guerre marcomanique Tassaillit. Le Paphlagonien avait promis la victoire si Ton jetait deux lions dans le Danube : on le fit et Ton fut battu, et ritalie fut ravagée encore jusqu'à Aquilée. Aux Marcomans s'étaient joints Sarmates, Vandales, Quades, Suèves, Hermundures, Basiarnes, Alains, et d'autres peuplades encore; l'invasion tenait toute la frontière, de la Pannonie à la Gaule.

La peste ne cessait pas , et le trésor était épuisé : Marc- Aurèle se vit contraint d'enrôler des esclaves, des gladiateurs , de prendre même à sa solde des corps de Barbares contre les Barbares, et, plutôt que de lever des impôts extraordinaires, il vendit sur le Forum de Trajan les meum. 20

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blés les plus précieux du palais, vases, pierreries, statues, vêlements. Cette vente dura deux mois, et les Romains, qui n'avaient point d'argent pour subvenir aux nécessites de l'État, en avaient pour acheter les objets de luxe, comme s'ils eussent voulu justifier les précédentes tyrannies et les conOscations. Les cérémonies religieuses furent scrupuleusement remplies : ce fut alors qu'il courut une épigramme où les bœufs blancs se plaignaient de leur sort; le peuple , privé de ses gladiateurs, se disait en plaisantant que le prince voulait occuper tout le monde à la philosophie; et, comme pour n'en pas avoir le démenti, les philosophes choisirent ce moment pour demander à Marc-Aurèle de leur exposer les opinions des sectes diverses et leurs différences, sur quoi il était véritablement très-instruit ; et le prince répondit à cet hommage flatteur. Il disserta trois jours durant sur ce sujet en leçons publiques.

Telles étaient les pensées du peuple, des grands , des savants et du prince , à la veille de la guerre la plus formidable. Rien ne promettait la victoire; Marc-Aurèle, à force de courage, de prudence et de temps (170-173) , repoussa bien l'ennemi hors de la frontière; mais la guerre ne finissait pas, et toute l'armée, à la fin, par une ruse des Barbares, se trouva cernée (174) , non loin des bords du Strigonius (Gran), sans autre attente que de mourir de chaleur et de soif. Tout-à-coup un orage extraordinaire éclata audessus des deux camps, qui ranima les Romains par une pluie abondante, et dispersa les Barbares sous les éclairs et les foudres. Ce prodige était dû , selon les païens, aux en-* chantements de Julien et d'Arnouphis, ou à la protection de Jupiter Pluvieux, ou au mérite même de Marc-Aurèle; les chrétiens disaient hautement que les prières de la légion mélitine ou fulminante, toute composée de chrétiens, avaient obtenu ce secours du Ciel. Marc-Aurèle n'osa nier du moins la vertu de l'intercession chrétienne, et renouvela

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le rescrit d\4ntonin, qui prescrivait de ne point accuser pour le fait de christianisme; mais, dominé par ses étroites préventions, il laissait toujours toute facilité aux dénonciations sous d'autres prétextes , et il se mit peu en peine de faire exécuter son rescrit K

Tiré si heureusement d'une perte certaine , il pressa assez vigoureusement les Barbares pour que plusieurs peuplades lui demandassent la paix. Quoiqu'il eût résolu de réduire en province le pays des Marcomans et des Sarmates , il consentit alors à leur fixer seulement une limite qu'ils ne franchiraient pas, à deux lieues en avant du Danube. Une autre précaution révèle encore mieux la faiblesse de la victoire. Il prit à sa solde plusieurs corps germains à titre d'auxiliaires, et il en établit une multitude sur les terres romaines, jusqu'en Italie, avec titre de citoyens (175). Mais l'admission des vaincus et la colonisation, qui avaient été autrefois l'accroissement de Rome, devaient contribuer maintenant à sa ruine. Un danger imprévu avait rendu le vainqueur si facile ; ce n'étaient pas quelques soulèvements tentés par les Maures en Espagne, ni par des bandes armées en Arménie , en Arabie et en Egypte , tout cela avait été comprimé sans peine ; c'était une révolte d'Avidius Cassius, de celui-là même qui contenait si fermement l'Orient.

Déjà, au temps de la guerre parthique, on avait lieu de suspecter ce farouche guerrier, qui se comparait à Gati-

• Capitol., MarC'Atir.y «o, 17, ai, 22, a6, a4, 27 ; Vulcat., Fie éCAviditis , 3 ; Dion, 71 ; Ealrop., 8; Lucien, Pseiu/om. ; Marc-Aur., Mém., i-i4i Amm. Marcel., 25-6 :

Themistius, 1 5 ;Glaudien, Sixième consulat ^Hon,ty. 33g; Suidas, A., loi/ ; Euftèb., Hist. eccles.f 5-5; Oros., 7-1 5; TertuU., Àpolog , 5, A Scapiil,,^ ; Greg. Nyss., Orat., 2, De quadrag. martyr. ; Herman Witslus, ^g/ptiaca, cum diatriha de Icgionrfulmin. /Tillcm., Marc-Aur,, i5, 16.

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lina, et n'appelait Marc-Aurèle que le dmertateur ou la vieille philosophante ; Verus en avertit son collègue , qui lui répondit ; a^Une telle inquiétude ne convient pas à la Cl dignité impériale. Si Tempire lui est réservé par le des- « tin, nous ne pourrions lui ôter la vie, quand nous en * aurions la volonté. Tu sais le mot de ton bisaïeul : Per- .« sonne ne tue son successeur ; sMl en doit être autrement, « Cassius tombera de lui-même, sans cruauté de notre ^ part, dans un piège fatal; outre que nous ne pouvons « mettre en jugement celui que personne ne se présente <t pour accuser, et qui est aimé des soldats, comme tu « le dis. D'ailleurs, telle est la nature des causes de ma- « jesté , qu'on y paraît opprimé même quand on est con- « vaincu. Tu sais qu'Adrien trouvait malheureuse la conte dition des empereurs, qu'on ne veut pas croire menacés « tant qu'ils ne sont pas tués. J'ai mieux aimé le citer pour « exemple que Domitien , qui passe pour avoir dit ce « mot le premier. Lis sages paroles même des tyrans

« n'ont pas autant d'autorité qu'elles devraient avoir

« Quant à mes enfants que tu veux préserver par cette « mort, qu'ils périssent, si Avidius mérite de leur être « préféré, et si sa vie est plus utile à l'État que celle des « enfants de Marc-Aurèle. )>

Ainsi , se renfermant dans son fatalisme stoïque et si peu paternel, il avait laissé Avidius préparer à loisir une usurpation non moins à craindre pour l'empire que pour l'empereur. On ne sait si l'impératrice , voyant la santé de son mari s'affaiblir, son fils aîné bien jeune, Pompeianus, le mari de sa fille, déjà vieux, n'a pas excité secrètement l'usurpateur en lui promettant de l'épouser.

Avidius Cassius prit donc la pourpre à Antiocbe, en annonçant la mort de Marc-Aurèle, qu'il mit au rang des dieux pour plus de vraisemblance. Rome se troubla, craignant de voir arriver l'usurpateur en l'absence du véritable

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prince. Celui-ci cacha quelque temps cette nouvelle à son armée , et une fois la paix conclue avec les Barbares , il déclara tranquillement ce qui se passait en Orient, fit partir Pertinax, et, avant de le suivre, alla rassurer Tltalie de sa présence. Il n'y fit que passer, sans entrer dans Rome, et emmena avec lui Faustine , Commode et ses autres enfants. Il apprit en route qu'Albinus, gouverneur de Bithynie, ayant le premier arrêté la défection des années, Avidius venait d'être vaincu et tué. Il traita généreusement toute la famille de son ennemi, qu'il eût désiré épargner lui-même. Il avait déjà l)rûlé en Illyrie un paquet de lettres qui lui avaient été apportées par le messager d' Avidius; et que l'usurpateur adressait à divers partisans. Peu de complices furent punis, et uniquement par la décision du sénat *. Ici l'indulgence était noble sans doute, mais, dans le

« Capitol., MarC'Aurèle, a4, 27, as, ai, a5 ; Vulc, Vie éCAvidixa, a, 3, 6, 7, 8, 9; DîoD, 71; Spart., Albin. , 10. Tillemont, Marc-Aurèle, aa, et note 19, ne regarde pas comme probable le pasfta{j;e de Tempereurparriialie; les fragments de la correspondance de Marc-Âurèle et de Faustine , en Italie même, lui paraissent trop contradictoires entre eux et avec le récit des historiens pour n'être pas faux. Il fait observer que la lettre de Faustine parie d'Avidius comme s'il était vivant, tandis que la réponse le supposerait mort; que l'empereur était occupé contre les Barbares du Danube quand il connut la révolte, qu'il dut partir promptement et ne pas se détourner par l'Italie. Mais ce chemin était le plus sûr et non le plus lon£[ en traversant la mer. Ni Capitolin, Marc-Aur., a5,ni Lampride, Commod.t a, ni Ammien,ai-i5 , ni Dion, ne disent qu'il soit parti directement de Tlllyrie pour l'Orient, et, puisqu'il amena Faustine et ses enfants, il faut bien qu'il soit allé les prendre en Italie. On conçoit d'ailleurs qu'il dut se hâter, et qu'il put très-bien séjourner en passant dans la villa d'Albe, sans entrer à Rome, pour se diriger par Capoue vers Brundusium et s'y embarquer. Cestce qu'indique la correspondance, et il n'y a point contradiction entre la lettre de Faustine et la réponse de Marc- Aurcle, qui ne parle point d'Avidius , ce qui ne veut pas dire que la mort du rebelle fût connue, mais que, résolu, au contraire, de l'épargner, il feignit, par son silence, de passer condamnation sur lui, en n'excusant que sa famille, pour éviter des instances auxquelles il était plus difficile de résister.

ni. 20*

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cours ordinaire des affaires , elle ne distinguait pas assez les services et les fautes. C'était précisément de quoi Avidius s'irritait le plus, comme on le voit dans une lettre à son gendre : « Malheureuse république, qui subit la pro- « spérité et la cupidité de tant de. gens! Marc-Aurèle est a sans doute un excellent homme, qui, pour être appelé « clément , tolère des désordres qu'il n'approuve pas. Où « est-il ce Gassius dont je porte inutilement le nom ? Où est n le censeur Caton? Où sont toutes ces moeurs antiques « dont on ne s'inquiète plus? Marc philosophise, disserte « sur la clémence, sur les âmes, sur l'honnête et le juste , « et ne pense pas à la république, n faudrait du glaive, des « sentences, pour rendre au gouvernement son ancienne « situation... Ces proconsuls croient-ils que les provinces « leur sont données pour feire débauche et pour s'enrim chir? Voici un préfet du prétoire de notre philosophe, « qui, pauvre et mendiant trois jours auparavant, est de- « venu riche tout d'un coup. P'où se tire une telle opua lence, sinon des entrailles de la république et de la subit stance des provinces? £h bien! qu'ils s'enrichissent, ils « rempliront le trésor de l'État. Que les dieux soutiennent « seulement la bonne cause! que les Cassius rendent le « principat à la république ! »

Quoique cette censure d'un ennemi sente plus l'envie et la proscription qu'un zèle sincère du bien , il est certain d'ailleurs que Marc-Aurèle poussait l'indulgence à l'excès, pour ne pas paraître tyran. D'abord il laissait faire le mal , de peur qu'en le punissant on ne lui imputât la dureté hautaine de Verus ; quand la mort de ce collègue lui eut ôté cette excuse, il ne montra guère plus de résolution. Comme il exigeait un jour d'un candidat décrié qu'il se justifiât , celui-ci lui répondit : « J'en vois bien d'autres qui ont com- « battu avec moi dans l'arène et qui sont préteurs. » On convient encore que, sous le manteau de la philosophie, il

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était trop facile de gagner la confiance du prince , et que les philosophes tyrannisaient TÉtat et les citoyens : on ajoute quMl corrigea cet abus. La réforme est douteuse , car, après la chute de son rival, il s'arrêta dans Srayme à écouter un discours du sophiste Aristide , qui eut soin de demander que ses disciples fussent présents, pour applaudir leur maître. Il renouvela enfin partout en Orient le bizarre spectacle qu'il avait donné à Rome, du chef de Tempire faisant des leçons publiques de métaphysique et de morale , comme s'il eût voulu venger la philosophie des insultes d'Avidius , et comme si tout était sauvé avec elle. Il redoubla de prévenances pour les sophistes , et quand il revint par Athènes, où il se fit initier aux mystères de Gérés, « afin de prouver qu'il était innocent de la mort de « son rival , » il institua des professeurs de toutes sectes avec émolument de dix mille drachmes *.

Ce voyage n'eût été qu'un délassement pour Marc-Aurèle, sans les séditions incessantes des Juifs, qui le fatiguèrent au point qu'il s'écriait douloureusement : « 0 Marcomans, « ô Quades, ô Sarmates, enfin j'en ai trouvé de plus tur- « bulents que vous ! p

L'impératrice mourut subitement au retour dans TAsie- Mineure ; il s'affligea solennellement et la consacra déesse. Cependant la seconde Faustine ne valait pas mieux que sa mère; il ne l'ignorait pas , et semblait l'encourager par sa patience. De mordantes allusions leur en avaient fait honte à tous deux en plein théâtre ; ses amis indignés lui avaient depuis longtemps conseillé au moins de la répudier , s'il ne voulait la mettre à mort; il leur avait répondu : « Il a faudrait donc aussi rendre la dot, c'est-à-dire l'em- « pire * ; » curieuse délicatesse de conscience pour regarder

* Capitol., Marc-Aur., a4« 27, aa, ai, la, a3, a6; Dion, 71 ; Vulcat.» FU

d'Jin'dms^B, I, a, 3, 14 ; Pliilostr., Soph.^ 35. » Âinin., aa-3 ; Capitol., Murc-JurC'lfj 19.

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en silence un déshonneur effronté, et le déifier ensuite encore plus déraisonnablement qu'il n'avait fait Verus. Peutêtre croyait-il ces apothéoses indispensables à la majesté impériale ; car on remarque qu'il confirma la fierté aulique, et que nul plus que lui n'avait tenu son monde à distance. Fabia , sœur de Verus , eût fort désiré prendre la place vacante dMmpératrice : il craignit de donner une marâtre à SCS enfants. Cette raison est d'un bon père ; mais avant celle-là il y en avait une suffisante qui pouvait le dispenser de toute autre considération : c'était la conduite impudente de Fabia. Il aima mieux introduire dans le palais, sans titre et sans dignité , la fille du procurateur de Faustine ; le philosophe avait alors cinquante-sept ans. Julien n'a pu s'empêcher de reprocher à son héros cette molle indulgence pour Verus et pour Faustine , et une faiblesse plus inexcusable encore pour un fils indigne. Commode ne montrait de penchant que pour les voluptés et la cruauté. Il n'avait pas plus de douze ans quand il ordonna de jeter son baigneur dans la fournaise, pour ne lui avoir pas préparé un bain assez chaud , et son gouverneur ne sauva le malheureux serviteur qu'en jetant dans le feu, à sa place, une peau de mouton dont l'odeur fit croire au jeune César que la peine avait été subie.

Marc-Aurèle ne mit pas moins son fils parmi les sacerdotes, le montra sur son char de triomphe au retour de Syrie (176), l'associa au pouvoir tribunitien et impérial , et, après avoir essayé d'écarter de lui les maîtres corrupteurs qu'il lui avait laissés jusqu'à quinze ans, il ne tint pas au chagrin de Commode, les rappela et ferma les yeux sur les débauches qui ne cessèrent de souiller le palais , sans môme Tempêcher de descendre trois cent soixantecinq fois dans l'arène comme gladiateur. Il ne se souvint plus qu'il préforait à sa famille l'intérêt de l'État, et sacrifia sans TL'tour Tempire à ce fils monstrueux.

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n en porta bientôt la peine : une troisième ligue des Marcomans nécessitant une nouvelle expédition, il y emmena Commode, qui ne changea point de mœurs, ne donna aucun signe d'habileté ni de valeur. La guerre fut aussi rude que la première fois (178-180) : il Mait une conquête du pays et le changement en provinces pour la terminer et préserver l'avenir de nouveaux dangers. Il en avait pris la résolution et l'eût peut-être accomplie, si la mort ne l'eût arrêté au moment décisif; les Barbares étaient presque subjugués quand il succomba aux fatigues et peutrôtre au chagrin.

Dès le commencement de sa maladie , il fit venir Commode et lui recommanda d'achever cette guerre importante. Commode répondit : a Vivant on peut encore quelle que chose , mort on ne peut plus rien. » Il désirait , en efifet, fuir le plus promptement possible la contagion qui désolait la contrée et le camp. Le malheureux père le pria d'attendre du moins quelques jours ; alors, ne se dissimulant plus ce que serait son successeur, et pénétré de désespoir, il se hâta de mourir en refusant toute nourriture. Le sixième jour , il dit à ses amis : « Pourquoi me pleurez- « vous? Ne pensez-vous pas à vous préserver de la con- « tagion? » Ils lui demandèrent à qui il recommandait son fils : « A vous, s'il en est digne, et aux dieux immortels; » et comme ils se reliraient en gémissant : « Si vous me <t quittez, je vous dis adieu, je m'en vais avant vous. » Le lendemain il vit encore son fils seul , le renvoya aussitôt pour ne pas lui communiquer son mal , ensuite il se couvrit la tête comme pour dormir, et il expira.

Dion assure que les médecins avancèrent sa mort par le poison, pour faire plaisir à Commode; que le moribond s'en aperçut et n'en témoigna rien , sinon que le tribun venant lui demander le mot d'ordre , il lui dit : a Va au « soleil levant, moi je me couche. » Il n'est pas besoin de

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dire que MaFc-Aurèle fut dieu ; le sénat et le peuple réunis décrétèrent ensemble Tapothéose , ce qui n'avait encore eu lieu pour aucun ; on considéra comme sacrilège quiconque, possédant ou pouvant posséder une maison, n'y plaçait pas rimage de Marc-Aurèle ; on voyait encore ses statues parmi celles des dieux pénates dans beaucoup d'habitations, au temps de Dioclétien ^

Jamais « histrion, gladiateur, homme pétri de crimes et «( d'infamies, » n'égala le ûls deMarc-Àurèle; en Commode semblèrent revivre Néron, Caligula et Domitien*. Il se pressa d'acheter la paix des Barbares pour ramener à Rome la débauche en triomphe sur le char de victoire. Il se plongea publiquement dans les plus monstrueuses souillures, en dévorant les forces de Fempire par la profusion et la cruauté. On le détesta ; l'aînée de ses quatre sœurs , Lucille, presque aussi vicieuse que lui, forma une conspiration ; le jeune Pompeianus attendit Commode dans un passage obscur de l'amphithéâtre, et quand il pouvait le frapper, il s'arrêta pour lui dire : « Voilà le poignard que le « sénat t'envoie , » et il éclata en menaces qui donnèrent aux gardes le temps de prévenir le coup. Pompeianus fut mis à mort , ensuite Lucille et tout ce qui fut convaincu ou soupçonné de complicité. Depuis ce temps , Commode ne sortit plus sans précaution et ne laissa plus approcher personne qui n'eût été fouillé par le préfet du prétoire, Perennis. La cupidité, la haine, la défiance, le caprice de l'empereur et de ses ministres, s'attaquèrent sans relâche à la fortune , à l'honneur, à la vie de tous.

Empereur et ministres vendirent à l'envi emplois, gouvernements , sentences et exécutions. On n'était pas plus

> Capitol., Fer,y lo^ Marc-Jur,, 29, 19, 17, 18, a8 ; Lampride, Commod., I, 2, 12; Aur. Vict.; Julien, Césars; Dioo, 71.

* Capitol., Marc-Anr. , 19, 28 ; pour le principal de Commode, voy*. Dion, 7» ; Hdrodien, i, et Lampride, Fie de Comm. dans YHist, auguste»

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