‹ Histoire romaineChapitre 34 sur 107 · COMMODE · texte numérisé non relu

COMMODE

amazone, cl de varier ainsi son costume et ses titres, car il s'appela aussi Amazonien. Pour rendre la ressemblance plus complète, on lui rassemblait des misérables, déguisés en géants et en dragons, qu'il assommait avec une massue ou qu'il perçait de ses flèches. Toutefois, l'escrime fut toujours son art de prédilection ; depuis son avènement il com* battit sept cent trente-cinq fois en public comme sécuteur^ vainquit ou tua mille rétiaires, exigeant le salaire de chaque victoire ; et l'acclamation six cent vingt fois répétée de fyremier des sécuteurs, le flatta plus que les surnoms de Germanique^ ûe Britannique , ée Pieux et ôî" Heureux, décernés par le sénat. Cette nouvelle supériorité impériale ajoutant même, selon sa pensée, un caractère particulier à sa divinité, mélangée de l'Hercule et de l'amazone, il fit de son propre nom la distinction suprême; il appela Rome Corn-modienne, les camps Commodiens^ la flotte d'approvisionnement Commodienne , le mois d'août Commode, son temps le siècle d'or Commodien, le sénat' Commodien, Commodien , le jour où tout cela fut réglé par un décret, et enfin le peuple mérita aussi d'être le peuple Commodien^ pour avoir applaudi ses exploits de gladiateur. Mais une fois, se croyant applaudi par dérision , il ordonna à la cohorte des marins , qui tendaient et repliaient les voiles sur l'amphithéâtre, de massacrer en masse si la dérision recommençait*.

Il devenait difiicile pourtant de ne pas rire, tant il mettait d'ardeur et d'importance à faire briller son adresse. Dion et plusieurs sénateurs, pour s'en empêcher, tenaient dans leur bouche des feuilles amères de laurier, car c'eût été un crime irrémissible, et sa passion montant de plus en plus, il ne permettait plus en quelque sorte au sénat de quitter l'amphithéâtre ou le cirque. Il ne discontinua pas

< DioD,73; Lainprid.,*Coinin.>. 8, i.j, i5.

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ses folies durant les quatorze derniers jours de dôcembrt (192) ; en dépit de toutes les remontrances essayées, il avait résolu d'inaugurer la nouvelle année de la même manière, et de paraître consul sur Tarène. Il n'en eut pas le plaisir. Il n'était aimé que de ses satellites; tout le reste le détestait, le peuple même, à cause de ses profusions personnelles, de ses caprices tyrannlques qui n'épargnaient plus personne, et de ses prétentions de propriété souveraine. Une conspiration se trama entre Marcia, une des femmes du prince, le préfet prétorien Lœtus, le chambellan Eclectus, et le préfet de la ville, Pertinax. Soit qu'ils aient voulu prévenir l'avilisseinent de la dignité consulaire , ou leur propre perte, et qu'un enfant eût surpris dans la chambre de Commode une liste de proscription où leurs noms étaient rangés, ils agirent sans délai, donnèrent du poison au prince , la nuit du 3M décembre, et comme reflfet en était trop lent, ils introduisirent un de ses athlèles gagés qui l'étrangla *.

Lœtus et Ecléctus conduisirent ensuite Pertinax aux prétoriens; on leur dit qu'un mal subit venait d'enlever Commode, on leur promit le donativum; quelques uns saluèrent Pertinax empereur; on assembla le sénat, qui éclata en malédictions contre Commode et voulut que son cadavre fût traîné dans le Tibre : mais les soldats auraient pu reconnaître qu'on les avait trompés; on l'ensevelit dans le monument d'Adrien*.

Il semble qu'on dût espérer, d'une suite d'empereurs comme Nerva, Trajan, Adrien, Antonin, Marc-Aurèie, que le gouvernement impérial se consolidât et ne fût plus tyrannique; et Commode, venant après eux, avait, comme tous les tyrans précédents , porté l'extravagance dans le

I Lamprid., Commode, 17; Dion, 7a ; Uérod., 1. * Lamprid., Commode, 17; Jul., Césars,

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