GORDIEN
qu'une occasion pour se venger. Un jour que les jeux scéniques retenaient toute la multitude et la cour, ils se portèrent au palais où les deux empereurs étaient demeurés peu accompagnés, se jetèrent sur eux, et les traînèrent ensanglantés vers leur camp; comme la garde germaine accourait au secours , ils les tuèrent , et les laissèrent sur le cliemin. Ils avaient eu soin d'enlever le jeune Gordien, et le proclamèrent seul empereur, pour insulter au sénat et au peuple *. Néanmoins le jeune prince plaisait à la multitude, et la paix fut bientôt faite.
« Après cela, le peuple romain vaqua aux plaisirs et aux « délices pour se consoler des maux récents •. » Ce gracieux enfant rappelait Alexandre Sévère, mais sa mère n'avait point le mérite de Mamée. Les affranchis et les eunuques pillèrent de nouveau le trésor et les emplois ; cela dura trois ans. Heureusement Gordien, qui avait le goût des lettres et des arts, apprécia assez le savoir et l'éloquence deMisythée pour épouser sa fille ; il le fit en môme temps préfet du prétoire et de la ville. Ce furent dès lors un fils et un père ; de meilleurs conseils prévalurent, et tous les abus cessèrent.
« Les commandements militaires ne furent plus refusés « aux services, et donnés par le crédit des eunuques; les a sentences ne dépendirent plus de leur caprice, ni le trésor « ne se vida plus par ces indignes mains, ni les honnêtes « gens ne se virent plus écartés. Grâce aux dieux, conti- « nuait Misythée écrivant au jeune Auguste, l'État est ré- « formé par ta propre volonté. Je me réjouis d'être le beau- « père d'un prince qui s'informe de tout et veut tout con- « naître, qui a chassé tous ceux qui auparavant trafiquaient « de lui comme sur un marché. » Et Gordien lui répondait : <n Si les dieux n'eussent secouru l'empire romain,
* Capitol., Max, et Balb.y de il à i4« Gord., a3; Hérod., 8.
* Capitol, Gorx/., 9 3. *
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« nous serions encore vendus à Tenchère par des eunuques a achetés. Enfin, je le comprends, presque tout ce que j'ai « fait ne devait pas se iisiire... mais , grâce aux dieux, toi « qui ne vends pas, tu m'as appris ce que je ne pouvais sait voir, enfermé... et vendu par de faux conseillers... Malet heureux un empereur auprès duquel la vérité se tait ! qui, « ne pouvant sortir seul, est obligé de s'ea rapporter aux « autres, et de confirmer ce qu'ils affirment de concert ! > Comment un si heureux naturel qui se peint dans ce langage , n'eùt-il pas gagné les cœurs ! Ce jeune prince fut bientôt chéri de tous : le sénat et les soldats l'appelaient leur enfant, le peuple , ses délices. Il ne lui manquait qœ l'expérience, et celle de Misythée y suppléait.
Comme il n'y avait point de paix avec les Perses, il fallait se préparer à la guerre, et l'habile ministre y pourvut si bien, que toutes les villes frontières les plus considérables eurant en magasin de quoi nourrir l'armée pendant un an; les moindres, pendant soixante, quarante, trente ou quinze jours. La discipline était sévèrement maintenue. Saper (Schahpour), successeur de son père Ardshir, ayant repris les armes et envahi la Syrie, Tempereur et son beau-père ne tardèrent pas à partir de Rome ^ Une victoire fort vantée du tribun Âurelianus, près de Mayence, sur un nouveau peuple germain, fut comme un présage pour la campagne d'Orient. Ce nouveau peuple était les Franks, qui, dans les révolutions inconnues de la Germanie, ont vaincu et dominé les Bructères, les Cattes, les Chamaves et les Chérusques, avec lesquels on les a depuis quelquefois confondus; on les a aussi désignés par le nom des Sicambres, détruits sous Auguste , parce qu'ils en occupèrent l'ancien territoire vers le milieu du ni* siècle. Ils semblent avoir tiré leur nom de leur formidable hache (franke, fîramée, fran-
• Capitol., Gord., «S , «4« «S, ti ; Açatliia», 4; Tiilem., Gont,, S» 4.