GORDIEN
cisque). Leur valeur donna seule du prix à cette victoire remportée sur une de leurs bandes d'aventuriers qui perdit mille guerriers*.
Les livres sibyllins consultés , toutes les précautions prises, suivant les indications qu'on y trouva touchant les rites religieux, on ouvrit le temple de Janus, ce qui se fit pour la dernière fois. L'empereur se dirigea (242) par la Thrace, d'où il chassa, chemin faisant, les Golhs et les Sarmates. Sapor, qui tenait déjà Antioche, reculant de bataille en bataille jusqu'à sa frontière, n'osant pas même laisser ses garnisons dans Carres et Nisibe, devait craindre , à son tour , pour Ctésiphon , quand Misythée mourut (243) empoisonné, comme on le soupçonna, par l'Arabe Philippe, qui tenait un des premiers rangs dans l'armée, et qui le remplaça dans la préfecture du prétoire. La campagne continua par de nouveaux succès sur le territoire des Perses; mais les vivres manquèrent, le mécontentement gagna ; on remarquait que l'empereur était bien jeune pour commander. Le vulgaire , aveugle et inconstant, s'en prit à Gordien, jusqu'alors si cher, et, sans considérer s'il n'y avait pas quelque trahison contre lui , si Tarmée n'avait pas été éloignée à dessein de ses approvisionnements par le nouveau préfet, on proclama ce perfide Arabe, qui fit tuer le jeune empereur (244). Les soldats reconnurent aussitôt leur faute , et témoignèrent leurs stériles regrets en élevant un tombeau & Gordien, près du camp même, à
I VopMcos, Aurelian.f 7 ; Tiltem., Falér,^ 3; Buclierius, Hisi. belg*, 6'i3, est Tauteur de Topiuion qui explique le nom de Franks par le sens de libres , et qui en fait une confédération ; selon M. Thierry, Lettres sur l'Histoire de France, frank signifie/er, intrépide; selon M. Moeller , Kanue/ d'histoire du moyen âge, i->3, ce nom viendrait de leur arme principale, comme celui d> g Saxons de sahs, ou sachs (glaive court), et celui des Langobards, de lang (longue) et barde (lance). Le costume et l'arme qui sont devenus particuliers aux Franks étaient, d'ailleurs, d'un usage ancien en Germanie ; Tac, Germ.t 17 et 6.
MO HISTOIMS ROHÀmE.
Zaita, att-ddà de ï'Aboras, sur les frontières de Perse, où l'on se trouvait encore, et ils y mirent cette épitapheen grec, en latin, en persan, en syriaque et en égyptien : « Au divin Gordien , vainqueur des Perses , vainqueur des « Goths, vainqueur des Sarmates, réparateur des disseo- « sions romaines, vainqueur des Germains, mais non « vainqueur des Philippes*.' » Ainsi un audacieux: parvenu, renouvelant l'exemple de Maximin, livrait plus malheureusement que jamais l'élection aux troupes.
Un siècle plus tard, on racontait communément que Philippe avait été chrétien ; que , de retour à Antioche après avoir fait la paix avec Sapor, il voulut participer avec Otacilia sa femme, aussi chrétienne, aux cérémonies sacrées de la Pàque , fête anniversaire de la résurrection du Sauveur; et qu'en se présentant tous deux la nuit qui précédait cette fête, à Téglise, où les âdèles se rassemldaient pour commencer les prises, ils forent arrêtés par le patriarche Babylas, qui les repoussa de la main, leur interdit l'entrée du saint lieu , à moins qu'ils ne se soumissent i la pénitence publique pour les crimes dont ils venaient de se rendre coupables. On ajoutait qu'ils consentirent aussitôt à faire l'eœomologèse ou confession de leurs fautes, qu'ils se rangèrent parmi les pénitents et ne furent admis qu'après cette satisfaction accomplie. On montrait même deux lettres du célèbre Origène, écrites à Philippe et à Otacilia, dans lesquelles il leur parlait avec la noble liberté du sacerdoce et de la doctrine catholique.
Il n'y a point de raison de rejeter cette tradition ; la seule circonstance douteuse serait la résignation des deux coupables à faire la confession de leurs crimes*. Du moins il
* Capitol., Gord., de 36 à S4 1 ^ur. Vict. ; Eutrope ; Amm. MarcçU., a3-4{ Zm., 1,3; Tillem., GonL, 5, 6.
• Eusèb., Hist, eeçL, 6-99, 34, 16, 41, 7.1c; GbryMiC., In gentiUs, et BêmL de S. Babyla; Vincent de Ldr., i-33;Hiëronyin., Fir, illustr.., 54;Oros«, 7»»«,
PHIUPPK. 311
n'est guère possible de penser qu'après une telle démarche, ils n'eussent pas eu le courage de professer hautement le christianisme, et d'abolir les édits de persécution toujours subsistants. Loin de là , Phihppe fit célébrer à Rome les jeux séculaires, pour l'an mille de la fondation de la ville, selon la supputation de Yarron. Ces jeux, qui furent les derniers, se préparaient depuis longtemps, et durèrent au moins trois jours (248). Mille couples de gladiateurs y combattirent; dans les chasses on vit trente -deux é\é^ phants, dix élans, dix tigres, soixante-dix lions, trente léopards , un hippopotame, un rhinocéros, vingt onagres, quarante chevaux sauvages, dix girafes, et une multitu^ de innombrable d'autres animaux plus vulgaires. On dit même que Philippe y assista, ce qui était absolument contraire aux préceptes du christianisme. Du reste, il lut &vorable aux chrétiens, et ses deux lois, l'une qui retranchait à la licence des poètes leurs exemptions de privilège , l'autre qui supprimait les lieux de débauche les plus infâmes, ce qu'Alexandre n'avait osé faire, révèlent des intentions sages*.
Mais il devait subir les conséquences de son usurpation. Des révoltes éclatèrent sur plusieurs points (249); la tyrannie de son frère en Syrie excita Jotapianus, de l'ancienne famille royale d'Émèse, et parent d'Alexandre, à prendre la pourpre. Palmyre suivit cet exemple, et effaça de ses monuments le nom de Philippe. Les légions de Mœsie et dePannonie firent empereur un centurion , et le tuèrent presque aussitôt. Le sénateur Decius, après délibérais i Huet, Origéniana, 1-3 ; Tillem., Phil^ a , et DOt«s i, 3. Eutèbe, Ruffin, saint Jérôme et saint Vincent de Lërins avaient vu les deux lettres d'Origène. > Capitol., Gord, , 33 ; Daronius, Ann.,, «49 , d'après le Code de Justinien, ■o*5«-3; Lampr., Alex.^ 34 « Heliog.^ 3a. On comprendra surtout l'utilitë de la ici sar les poètes par les sujeu auxquels Héliogabale les exerçait i Lampr.,
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Uon du sénat , sur les instances réitérées de Fempereor partit pour les ramener au devoir; elles le proclamèrent' dit-on, malgré lui. '
Philippe ignorait encore la défaite de Jotapianus quanl Il eut à se défendre contre ce rival plus voisin et plus redoutable. 11 perdit la bataille et la vie à Vérone, ce qui causa le meurtre de son fils enfant à Rome.
Decius donna aussi vainement à ses quatre fils les titra d Auguste et de César; il finit encore plus rapidement D troubla tout d'abord l'empire par la plus furieuse pereécotjon que les chrétiens» eussent encore soufièrte (2î>0)- en même temps une peste violente commença de sévir et ks tumultes de Pannonie affaiblissant cette frontière donnerait passage à l'invasion germaine. '
« La cité de Sirmium était depuis longtemps la vérita- « ble limite » et la porte de l'Italie; il y fallait une vigilance continuelle pour observer et contenir au-delà les Bm bares, qui s'y amassaient, prêts à fondre sur les richesses de la civilisation'. Le danger plus imminent avait motivé les préparatifs d'Alexandre et retenu ensuite sur celte frontière Maximin, dont les exploits refoulèrent momentanément les hordes du Nord. Après lui, leur premier mouvement les ramena. Depuis Caracalla, les Goths avaient acquis une grande domination jusque dans la Sarmatie; entraînant avec eux Hérules, Burgondes, Bastames Alains Ils venaient de franchir le Danube sous la conduite de leur roi Cniva, et commençaient une rude guerre Toute la tactique et la valeur romaines ne purent empêcha le ravage des provinces et la prise de Philippopolis dont cent mUle habitants furent massacrés. Decius y cou^t, et
■ Bullel, étaMissfmenl du christianisme, note 71.
• Ennod /.a«e, : „ Sirmcnsium civiia» olin, lime. Italiœ fui, . i„ .„, „ more. D,m.„. cxcubaban. ne coacervaU illinc fi„i,i„,ar«n, y.,U,c^ ZZ in romanum corpus corrucrcnt. » bcoimiii
DECILS. 515
fit espérer un moment que Tcmpire aurait un maître habile. Pendant qu'il repoussait heureusement les Barbares de tous côtés, il méditait de relever la censure, et écrivait au sénat pour lui en laisser la nomination. Il ne put néanmoins persuader Yalerianus, un de ses généraux, d'acœpter un tel honneur , et le temps lui manqua pour essayer même ce projet. Trop de confiance le perdit au milieu de ses succès guerriers. Après avoir fermé les passages aux Goths , il leur refusa la paix et la retraite : il voulait les exterminer; son armée fut taillée en pièces, et il périt enfoncé dans un marais avec trois de ses fils (251).
Sous Gallus, qui Pavait peut-être trahi pour lui succéder, qui acheta honteusement la paix pour aller vivre joyeusement à Rome, la persécution et la peste continuèrent , la guerre recommença. Il se débarrassa du fils de Decius, maintenu Auguste comme lui , mais il n'en garda pas mieux pour le sien sa frêle puissance. Emilianus protila d'un avantage remporté sur les Barbares pour se faire proclamer en Mœsie.
La concurrence se débattit encore en Italie ; avant que Yalerianus eût rassemblé contre lui les légions de la Gaule, Gallus et son fils, vaincus à Interamna, tombèrent sous les coups de leurs propres soldats (253) ; Emilianus eut le même sort à Spolète trois mois après, au moment de combattre Yalerianus, que les légions de Gaule avaient élu , dès qu'elles avaient su la mort de Gallus *.
' Ia lacanc qui interrompt l'Histoire auguste entre Conlien et VaUrieo , a ^é laborietuement conibl<^e par Tilleroont , à Taide de plusieurs auteurs anciens et modernes, particulièrement de Zosime, i , Joseph., Antiq. jud.^ 18-7, Jomand., De reb. Coth», de i3 à 19, Eutrope, Victor, Oros. , 7-30 » n , Lactance, De morte /yertecuf. , 4 * Aram. Harccll., 3 1-6, Euseb., Hist, eccl,, 7-1 , de la Chronique tt Alexandrie , des Fastes d'Onuplirius PaUTinius , et des ««miimafa de Biragne et Occon.
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