‹ Histoire romaineChapitre 46 sur 107 · partie de son butin ; il rentrait ainsi dans Tallianfie ftH maine · texte numérisé non relu

partie de son butin ; il rentrait ainsi dans Tallianfie ftH maine

Antioche se relevait à peine de ses ruines par les çmt de Yalérien , qu'une autre attaque aussi imprévue mena» ça rOrient. Les Goths , fuyant devant Àurélien , s'étaient portés de la Thrace sur le Bosphore Gimmérien , 0i de là, par la navigation du Pont-Euxin, sur une autre finMH tière impériale, celle de Pityus, où ils furent arrêtés toat court par le lieutenant Successianus (^8). Mais cet habile commandant étant assez mal à point appelé à Antiocbe, ils poussèrent leurs courses jusqu'à Trébisonde; rAsie-lfir neure exposée ainsi à leurs pirateries nécessita une expé^ dition de l'empereur qui apprit en Gappadoce leur retraite, retourna aussitôt contre les Perses, et, après une eampa^ gne assez heureuse en Mésopotamie, se laissa attira dans une position désavantageuse : soit imprévoyance , soit ira^ bison de Macrien , il se vit bientôt forcé de se rendre à di»» crétion avec les restes d'une armée épuisée par la disette et les combats (260). Sapor usa superbement de la victoire; il menait partout son captif vêtu de pourpre et enchaîné ; il le faisait amener et coucher à terre sur le ventre , quand il voulait monter à cheval ou sur son char, et posait le pied sur un empereur romain comme sur un escabeau , disant avec un sourire, que «t c'était là triompher réellement, au « lieu de peindre des triomphes figurés, comme on foisait a à Rome. »

' Yalérien vécut quelques années dans ces outragée, et après sa mort, sa peau fut corroyée, teinte en roufe, et suspendue dans un temple , comme un trophée que les Perses montrèrent avec orgueil pendant plusieun^ siècles, Yai* nement le roi des Cadusiens, celui de l'Arménie, et un autre, nommé Belsolus , dont on ignore les États , tous alliés de Sapor, avaient écrit à ce prince pour l'engager à la modération, lui représentant la puissance et la vengeance ro»

LES TRBKTl TTIAHS. Si 9

inaine» s vainement les Baotriens, les IbAriens . les Albaniens, les Tauroscytbes, indignés, ofiMrent leurs secours aux généraux romains. Sapor s'opiniàtra dans ses insultée , il en jouit impunément ; il y eut une honte de plus inaprimée sur le nom romain à côté de celle de Grassus, et ni Tune ni Tautre ne fut jamais eflkcée ^

Getta catastrophe devint le signal d*une eflh)yable con** fusion. Une dynastie des Gordiens n'ayant pas eu le temps de s'établir, après la dynastie si courte des Sévères, et aucune illustration anci^ne n'apparaissant plus pour déler* miner \m choix , les usurpateurs avaient commencé, avec Philippe, à escalader à la file le poste impérial, chacun n'y montant que pour tomber à son tour. Maintenant e*était bien pis; Tempire, se voyant subitement sans maître, se trouble et s'ébranle dans toute son étendue ; les légions flottantes se soulèvent et se heurtent au hasard. La turbu^ lente milice se partage presque en même temps entre dix<r neuf .empereurs, ennemis les uns des autres autant que de Gallien '. Chaque province , chaque armée a le sien , qu'elle suit ou qu'elle pousse ; et tous seront submergés dans cette vaste et ftirieuse houle d'anarchie. Il n'y a plus de décision que le sort d'une bataille ou le caprice du soldat, qui soufifre encore moins la sévérité que la débauche de ses chefs. Les ennemis extérieurs, de l'Euphrate au Rhin , reviennent alors plus ardents, ravagent des provinces entières , et le désordre des éléments multiplie la désolation , comme pour justifier la prédiction d'un lecteur chrétien d'AMque, Ifarianus, qui, récemment condamné pour sa religion , les yeux déjà bandés sur les bords de la Pagyde, rour attendre le coup mortel, afiOrmait hautement que le

• Treb, Poil., Fakr,, âeih^i Oro*», ?^a»i A(j[aibiiif, 4i UctMitt, 0$ m$r^ pcrsecuLf 5; Eui^b., Fita ConsUintin,f ^-i i.

> Treb. Pollion en eooip|fl|reii|0, par unf bmrrc tfompamUoa ans (renie

520 RlSTOni ROMAINE.

Dieu des chrétiens allait venger le sang innocent par les calamités de la guerre, de la famine, de la peste et des ti'emblements de terre ^

Quand on n'eût pas connu déjà la mollesse du fils de Valérien , que pouvait-on espérer dans une pareille situation, d'un prince qui se réjouissait de la captivité de son père ? « Je savais, dit-il, parodiant le mot de Xénophon, « que mon père était mortel. » L^afiliction générale ne rengageait pas même à dissimuler ; il n'avait jamais rien tant désiré que de se voir délivré d'un censeur dont la gravité lui pesait. « Il triomphait du malheur paternel comme « d'une déception du bien. » Il était alors en Gaule, d'où le rappela soudainement une excursion d'Alamannes en Italie. Il ne les trouva plus en arrivant ; le sénat, devant un péril si prochain, avait promptement formé des gardes urbaines et du peuple une armée, que les Barbares n^os^nt pas attendre. Gallien s'effraya encore plus que les ennemis de ce courage inattendu : il interdit pour l'avenir toute fonction militaire aux sénateurs, et l'accès même des camps. Il eût bien voulu jouir à l'aise de sa liberté ; l'usurpation d'Ingenuus, proclamé en Moesie pour repousser les Sarmates, l'en empêcha ; il y courut. Un de ses généraux étant déjà vainqueur, il lui expédia Tordre suivant : a Ce « n'est pas assez d'avoir massacré des soldats que le sort «i de la guerre eût pu détruire, il faudrait tuer dans les « villes tous les hommes, même vieillards et entants, si a cela était possible. Il faut tuer du moins quiconque m'a « voulu du mal, quiconque a mal parlé de moi et de mon « fils. Ingenuus a été empereur; déchire, tue, taille en

tyrans d'Athènes, wee lesqneb iU n'ont pM un point de ressemblance. Il ne pent compléter ce nombre qu'en y comprenant les fils de quelques uns , h mère de Victorinus et Zënobie.

* Baronius, Ànn.f «60; Augustin, Sermon,, aSf.

LES TRENTE TTEÀNS. 321

« pièces ; tu comprends mes intentions ; prends cette colère « qui a écrit ceci de ma main *. »

De telles vengeances augmentaient la haine; le danger du dehors restait le même: une question de grammaire agitée sous la tente décida Télection de Regillianus par les légions vaincues. Quelques soldats soupant avec lui, un tribun demanda «d'où venait le nom de RegiUianttsf—Da mot «c règne, dit un autre. Alors le premier, qui avait été à Té- « cole, trouva, par les règles de la déclinaison, que Regil^ a lianus venait de rex, roi. — Sur quoi un soldat remar- « qua : il peut donc être roi ! Un second ajouta : il peut « donc nous régir ! Un troisième : c'est un dieu qui fa don* « né le nom de roi*. » Et le lendemain matin Regillianus, en sortant de sa tente, fut salué empereur. Il remporta beaucoup d'avantages sur les Sarmates; mais la terreur des cruautés de Gallien fut cause de la mort de ce malheureux rival y et peut-être aussi la trahison de quelque chef Toxolan ou germain, lequel, en échange de sa fille Pipara, que Gallien feignit de prendre pour épouse , reçut un établissement en Pannonie.

A peine le prince avait-il quitté la Gaule, que Taccord des légions et de la' province, cimenté du sang de son fils Saloninus, avait donné la pourpre à Posthumius, qui résista vaillamment aux Germains. L^Orient n'avait pas moins besoin de défenseur ; déjà Sapor ravageait la Gilicie, chevauchant sur des monceaux de cadavres, et menant devant lui des troupeaux de captifs affamés. Un respectueux message d'Odenath lui étant apporté , il le déchira avec colère, et menaça d'aller châtier cet Arabe insolent.

» Trcb. PoM., Gall.t ",17, i» 3, Trig, tyr.y 9 ; Zos., i; VopUc, Awrel.t 18. Oros., 702 ; Tillem., GalLy a.

* Treb. Poil., Trig, tyr., 10 : « Is qni aderat icWofficiu, coepiC quaai gram* maticaliter declinare et dicere, rex, régis, régi, regillianus; Treb. Poil. , S^r

Ion, y 3; /.o«., ij Tiilem., Vaiér.^ 4» «< "ote 6.

322 msTOiRB ROHAnn.

qui s'oflfrait comme allié , lorsqu'il se vit contraint de battre en retraite devant le préfet Balista, et bientôt de repasser précipitamment TEuphrate sous les attaques du Palmyrénien. Odenath, fier de sa victoire, prit le diadème et partagea la royauté de Palmyre avec son fils Ouorodès et sa seconde femme Zénobie.

Macrien , à son exemple, sur l'avis de Balista, se fit proclamer avec ses deux fils, comme ses divinations le lui prédisaient (261). Mais pendant qu'Odenatb, rattaché à la cause romaine, voulait délivrer Valérien , et poursuivait Sapor jusqu'à Ctésiphon, Macrien , ne songeant qu'à soi , fit marcher Pison contre Valens, proconsul d'Acbaïe, un ennemi personnel, qu'il fallait renverser pour arriver jusqu'à Gallien. Valens n'eut d'autre moyen de s'assurer ses troupes que de se parer du titre impérial; Pison en Thessalie en fit autant. Ils n'en durèrent pas plus longtemps ni l'un ni l'autre: Pison fut assassiné par les émissaires de Valens, et Valens par ses soldats. Cette double chute eût laissé le passage plus libre à Macrien vers Gallien , si Aureolus n'eût mis une autre usurpation entre deux, en Ulyrie, et si les Goths n'eussent poussé à la traverse une double incursion sur la Thrace, la Grèce et l'Asie-Mineure. Il écarta les Barbares par une bataille (262) ; mais il rencontra aussitôt Aureolus, que Gallien avait reconnu, pour le lui opposer et se tourner contre Poslhumius. Macrien, tué avec son fils aîné, augmenta de trente mille hommes l'armée de son rival ; le fils qui lui survivait à Emèse fut sacrifié par Balista à Odenath, revenu vainqueur des Perses; après quoi Balista, se défiant du Pahnyrénien, se fit lui- 'même Auguste *.

Les Égyptiens étaient trop r^oiuants pour ne pas pren*

* Treb. Poil., GaU.^ 4, s, 6, S, Salon., 9, Trig, l^r., a, la, l5, 16, it, aa,

II; Zos. ,1.

LES TRSNTE TYRANS. 5â5

dre parti daas ces divisions; ils avaient vraisemblablement embrassé celui de Macrien, leur compatriote, «c le chef des magiciens d'Egypte. )> Bientôt ils eurent des empereurs à eux. « Il leur était &milier de se soulever de fum reur pour les causes les plus légères , jusqu'à mettre FÉ- « tat en péril. Un salutation non rendue, une place non « cédée aux bains, des légumes disputés, suffisaient pour « amener une sédition. L'esclave du curateur d'Alexandrie « ayant dit que les souliers d'un soldat ne valaient pas les « siens, ce soldat le tua, et tout le peuple, s'amassant aus- « sitôt, courut avec des pierres et des armes à la maison « du gouverneur Gestius Emilianus, qui ne put éviter la « mort qu'en se déclarant empereur ; ce qui lui rallia les « troupes ^ »

Par les ordres de Gallien, une armée se dirigea contre lui, dont une partie se détacha pour aller renverser dans le Pont un Satuminus, que ses soldats avaient revêtu malgré lui de la pourpre, et qu'ils ne tardèrent pas à tuer à cause de sa ferme discipline. La guerre fut rude à Alexandrie; Emilianus, malgré son infériorité, tint longtemps dans le quartier du Bruchium, grâce à l'opiniâtreté des Alexandrins. Selon le récit du vénérable Denys, qui était alors patriarche des chrétiens de cette ville, « il était plus « facile d'aller d'Orient en Occident , que d'Alexandrie dans « Alexandrie, de traverser les mers et les déserts, que la « rue qui séparait les deux quartiers. On ne communiquait « plus que par messages , et même très-diffîcilement ; le « port et le Nil se couvraient de sang et de cadavres. » Enfin Emilianus tomba entre les mains des assiégeants ; il fut conduit à Rome et étranglé '.

Gallien, pendant ce temps-là (265), chargeant Aureolus

» Etuèb., Bist. êccL, 7-10; Treb. Poil., THgin. tyr., aa.

• TwI». PoH., GmtLf 4, 9, Ttig. tyr., a3, aaj Eusèb., Hist, eed.y 7-ai, 3a.

5ii HISTOIRE ROMAINE.

de ressaisir la Gaule , se vengeait de Byzance , qui avait reçu Macrien. Ne pouvant y entrer de force, il y entra par capitulation , et y massacra tout. Puis il retourna en Gaule où les deux adversaires se ménageaient; une blessure arrêta tout d'un coup son ardeur. Il revint à Rome donner le titre d'Auguste à Odenath, d'où celui-€i, ne voulant plus souffrir de concurrent, fit assassiner Balista (2&4). Déjà, depuis la défaite de Macrien, l'empereur avait commencé ses plaisirs, donnant des jeux divers et appelant le peuple aux réjouissances comme dans des jours de victoire. Sa paix avec Aureolus et les succès d'Odenath le rassurant tout-à-fait, il ne songeait plus qu'à ses badinages, ses délices et ses gourmandises, gouvernant l'État a comme les enfants jouent au pouvoir, r» Cependant l'empire avait à soufEHr tous les maux à la fois : des secousses souterraines entr'ouvraient fréquemment le sol ; la mer , sortant de ses rivages, inondait les villes couvertes de ténèbres extraordinaires ; on entendait mugir le tonnerre sans orage; la disette survint, et la peste, achevant la désolation, enlevait à Rome cinq mille personnes en un jour , malgré les purifications prescrites par les livres sibyllins.

L'indolent Gallien plaisantait et s'amusait de ces calamités. Quand on lui annonça le soulèvement d'Alexandrie: « Quoi ! dit-il , ne pouvons-nous vivre sans le lin d'Egypte? » Si on lui représentait l'Asie dévastée: « Eh bien ! ne peut- « on se passer de fleur de nitre? » La Gaule était perdue , car Posthumius, à la fin , pressé par Aureolus, se donna pour collègue Victorinus; à cette nouvelle , Gallien se mit à rire en répondant : « L'État ne peut-il être en sûreté sans « les saies des Atrébates? » et ainsi de toutes les provinces qu'il laissait perdre. Il célébra un triomphe pour les défaites des Perses et la ruine de Byzance , avec une bizarre recherche de splendeur. Les sénateurs, en toge, les clieva-

GàLLISN. 5^8

liers , les soldats, vêtus de blanc , tout le peuple , presque tous les esclaves et les femmes précédaient sa marche vers le Capitole , portant des lampes et des flambeaux de cire. D'autre part, défilaient cent bœufs blancs, couverts de soie, dorés aux cornes, deux cents brebis blanches , dix éléphants, douze cents gladiateurs, en magnifiques robes de matrones à étoffes d'or ,deux cents bêtes apprivoisées , de différentes espèces ; des chars venaient ensuite, remplis de mimes, d'histrions, de pugiles, de bouffons, qui représentaient des cy 'dopées (scènes de cyclopes). Gallien, en tunique brodée de palmes , avec une toge de diverses couleurs , monta au Capitole au milieu de cette cohue , entre les sénateurs et les pontifes tous en grand costume. Un troisième cortège se composait de cinq cents lances dorées, de cent bannières des corporations, des dragons et des autres enseignes de tous les temples et de toutes les légions.

En outre , de faux prisonniers , par groupes de deux cents, représentaient des Goths , des Franks, des Sarmates et des Perses. « Cet homme inepte croyait tromper ainsi « le peuple romain. » Mais , selon les facéties d'usage , les uns vantaient Posthumius, les autres Aureolus , Emilianus, Satuminus; on déplorait surtout l'infortune de Valérien. Son fils entendait tout cela sans s'émouvoir, demandant seulement à ceux de sa suite : «c Qu'aurons-nous à dîner? « quels divertissements aurons-nous? que jouera-t-on de- « main? que nous donnera le cirque? m

Il se trouvait pourtant parmi ces captifs déguisés quelques véritables satrapes envoyés par Odenath , et comme Gallien avait eu la sottise d'en habiller un en roi de Perse, des bouffons, se mêlant aux groupes , et feignant de regarder attentivement les uns et les autres au visage , on leur demanda ce qu'ils cherchaient, ils répondirent : n Le père du prince. » La plaisanterie, cette fois, ne plut pas à Gal- III. 28

3^ HISTO(IX lOMAUfB.

lien ; car il fit brûler vifs les bouffons , ce que le peuple ni les soldats ne lui pardonnèrent pas S

Cet homme ne savait se tirer de sa mollesse que par des accès de colère, et alors il s'emportait aux dernières cruau-r tés; autrement, quand rien ne blessait sa tranquillité ou scm autorité , il était naturellem^t doux. Un veneur, dans une chasse, ayant manqué dix fois le taureau, il ordonna de couronner ce maladroit, et fit dire par le crieur aux speo^ tateurs qui murmuraient, «que ce n'était pas chose aisée « de manquer tant de fois son coup, i» Un autre jour , un marchand ayant vendu des pierres fausses à l'impératrice, il exposa le faussaire dans l'amphithéâtre, et de la loge des animaux sortit un chapon , le crieur disant : « Le trom- «c peur est puni par la tromperie, i» Ce qui est plus remarquable , il arrêta la persécution commencée par son père, quoiqu'il aimât fort les philosophes ; car di l'on en croit Porphyre , il avait une grande affection pour le célèbre Plotin , et U lui eOt donné un canton de la Gampanie pour y bâtir une ville et y mettre â exécution , avec ses néoplatoniciens, la république de Platon, sans l'opposition de quelques ministres , qui fit tomber cette curieuse fantaisie. Il avait en telle estime les Grecs et leur savoir , que non content de porter le titre d'archonte d'Athènes , il voulait en être citoyen et membre de l'Aréopage. C'était , du reste, avec la versification , pour laquelle il avait une él%ante facilité , sa préoccupation la plus sérieuse ; il voulait, avant tout, s'amuser et jouir de la vie.

Tout entier â ses sens , il passait les jours et les nuits dans le vin et les voluptés. Il mettait toute son industrie à disposer , au printemps , des lits de roses, des châteaux de fruits, à conserver des raisins trois ans , â recueillir des melons en hiver , des figues et tout autre fruit hors de leur

> Treb. PoU., Gai/., 4, lo, la, S, \ 6, 8, 9, u, 16, 17, Trig, l/r., a, 18, iS.

saison. H tie 8e servait que de coupes d'or , dédaignant cel^ les de verre, « comme trop communes; » il changeait de vin à chaque coup. Il prenait sept hains par jour en été, trois en hiver ; il se parait comme une femme *.

On pouvait bouleverser le monde autour de lui ; pourvu qu'on ne touch&t point à l'Italie, il n'y prenait pas garde. Presque sous ses yeux la Sicile était en proie aux esclaves révoltés; F Afrique fit un empereur à son tour, un vieux tribun retiré à la campagne , et qui n'en avait nulle envie : il laissa une femme renverser par sa fermeté le pauvre usurpateur; il n'eut pas honte que GaUiena, sa parente, défendît mieux que lui les droits de sa famille. Les Giliciens et les Isaures, à qui la mer et leurs montagnes rappelaient toujours leur ancien métier, s'enhardirent en même temps âr recouvrer l'indépendance , et , sous le nom ù'archipirate, ils choisirent pour chef un des leurs , TrebeUianus , qui s'intitula lui-môme empereur. Un général romain , parti d'Egypte, en eut promptement raison ; mais TrebeUianus tué, les Isaures n'en restèrent pas moins difficiles à soumettre, Tavantage de la tactique étemt peu de chose dans leurs âpres et insidieuses retraites.

Un plus grand dommage pour l'empire M la perte de la Daeie, la conquête de Trajan, définitivement occupée par les Goths (965). Une bande de Franks rompit aussi, en dépit de Posthumius, la frontière de Germanie, et, se lançant au gré de leur aventureuse audace , ils traversèrent la Gaule en pillant, parcoururent de même l'Espagne pendant douze ans , pour passer de là en Mauritanie, où l'on ne sait ce qu'ils devinrent *. Soit mécontentement , soit légèreté, on 86 lassa de Posthumius; un Lœhanus eut à peine le temps

* Treb. Poil., Go//., la, a, ii, i6, 17; Porphyr. , Tito Plot.; Emeh.f Bist. ecc/., 7-1 3; Ballet, Établissement du christianisme , 78, 74*

• Treb. Polit ^^9» fy^*t 39*>6« GalL, i4; Amm. Marcell., i4-S) 7» 19-13 ; Aur. Vict.; Gros., 7-32, 4»; Naiar., Paneg,^ 7.

528 HISTOIRB ROXÀIinE.

après lui de joaer le rôle d'empereur à Mayence ; Lolljanus , nouveau rival, le précipita du premier choc , vainquit ensuite Posthumius et sépara de Yictorinus une partie de la Gaule, qu'il lui restitua bientôt, étant tué par ses soldats pour sa sévérité (267) . .

Victorinus s'attira ensuite le même sort par son insolente dissolution. Alors sa mère Victoria fit proclamer un jeune fils de Yictorinus qui fut tué de même, et après lui un des généraux de l'armée , Marins , autrefois armurier, dont la force semblait surpasser celle de Maximin : de l'index il renvoyait en arrière nn char en mouvement ; les hommes les plus forts se sentaient moulus sous ses doigts comme sous des barres de fer. Homme de la multitude, élu par la multitude, son arrogance choqua davantage ; il se plaisait à rappeler son premier métier, comme pour rehausser son mérite de tout l'intervalle qu'il avait franchi. Le troisième jour de son empire, un soldat, son ancien ouvrier, qu'il traitait avec mépris, le perça de son épée, en lui disant : « Elle est de ta façon. »

Le sénateur Tetricus, gouverneur de la Gaule, parent de Victoria , obtint la pourpre à son tour par les conseils et l'influence de cette femme singuUère que les soldats nommaient la mère des camps, et dont les Tréviriens conservèrent longtemps la monnaie frappée à son efiQgie. Cette élection eut un destin plus durable ; mais Victoria jouit peu de son ouvrage ; on ne sait si la défiance de son protégé oti une maladie fatale termina sa vie *.

En Orient, même fluctuation : usurpations, guerres et catastrophes aussi rapides; ravages plus désastreux encore des Barbares. Odenath seul soutenait avec gloire son titre impérial ; résolu de venger Valérien, il ne laissait pas res-

» Treb. Poli. , Trig, tyr. , 3, 5, 6, 7, 8, «4, a5, 3ij Beauvais, Hist. des empereurs par les médailles.

ZÉNOBIB. 5^

pirer le roi des Perses , et , dans une troisième campagne (266), il assiégeait encore Ctésiphon contre toutes les forces du royaume , lorsqu'un troisième armement maritime des Goths le força de lâcher prise pour secourir TAsie-Mineure. Il les en chassa, et, pour prix de tant de hauts faits, à son retour il tomba, dans un festin à Émèse , avec son fils Ouorodès , sous le poignard d'un autre Odenath , son neveu , et de son cousin Meonius (267). Celui-ci ayant osé revêtir la pourpre , les soldats indignés massacrèrent les meurtriers à l'instigation de Zénobie.

La reine de Palmyre n'était peut-être pas innocente du meurtre de son époux; elle haïssait le lâche Ouorodès, fils d'une première femme ; elle avait elle-même un fils, Athénodore-Ouaballath , d'un premier mariage, et elle l'associa aux deux princes qu'elle avait eus d'Odenath. Elle gouverna en leur nom. Zénobie , qui rapportait son origine jusqu'à Cléopâtre, à Didon et à Sémiramis, était fille d'Amrou, fils de Dharb, fils d'Hassan, roi arabe de la.Mésopotamie Méridionale, c'est-à-dire qu'elle sortait de cette race nomade. Cette étrangère effaça à côté d'Odenath, et après lui, l'empereur romain et tous les prétendants à l'empire; elle avait partagé tous les exploits de son mari , et , pendant cinq ans qu'elle régna seule , elle fit véritablement de Palmyre la palme * du désert (Thadmor), la capitale de l'Orient, le centre des arts. Son caractère et même sa personne avaient quelque chose de viril sans rien perdre de la beauté de son sexe; ses dents blanches et rangées comme des perles, et la vivacité qui respirait dans ses yeux noirs, donnaient à son visage un charme extraordinaire. Elle vivait en reine, avec la pompe orientale , prenant ses repas à la manière des empereurs. Quand elle devait passer ses troupes en revue, elle mettait par:dessus sa robe le manteau de pourpre,

* Livres des Rois^ 3-9^ Paralipom,^ 2-8; Joiefih,, ^ntiq, jtid.f 8-a.

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