III
3«Mi HISTOIRE ROMAINE.
répandit qu'il avait été frappé de la foudre *. Ainsi le rapporte une lettre officielle du poète Galphumius , un des secrétaires d'État, « quoiqu'il soit certain, ajoute-t-il, autant f que nous pouvons le savoir , qu'il soit mort de maladie. »
Galphumius n'osait dire la vérité ; le préfet Aper , beaupère du jeune César Numerianus , n'avait entraîné Tempereur si loin que pour se défaire plus aisément des deux princes; et une ancienne prédiction, qui défendait au chef de Rome de passer le Tigre , servit à prévenir toute défiance sur cette fin funeste *.
Cependant tout l'empire reconnaissait les deux Césars sans hésitation, et si Carinus se rendait odieux en Italie, Numerianus, déjà célèbre par ses talents oratoires et poétiques, intéressait encore par sa douceur. L'armée victo* rieuse , abandonnant des conquêtes malheureuses , avait repris le chemin de Rome ^. Quand on arriva , au bout de huit mois, vers le Bosphore , le jeune prince qui , dans son aflliction , perdait les yeux à force de larmes , ne sortait plus de sa litière depuis quelques jours; Aper donnait les
* Vop.jProt., a4, Car., de 5 à 9} Âgath., 4; Sidoo. ApoUin, Carm., aî- 93 ; Nemesian., Cyneget.^y. 69 :
Nec tamen taceam quae semper bella sub arcto Feliei, Canne, manu confeceris ipse.
Pêne prior genilori Deo ; atque in lima frater Persidos et veleris Babylonos cœperit arces, Ultus Romulei violata cacuOiiHa regni; loibellemque fugam referam, clausasque pharetras Parthorum, laxosque arcus et spicula nulla.
* Vop., Car.y 8, 9, Num., de 1 1 à i5.
* Remeft., Cyneg.^ ▼. 80 :
, . Videorque mihi jam cemere fratram
Au^sto» habitua, Romam, clarumque sënatum
Et^<io5 ad bella duces, et milite niulto
Agmina, quels fortes animât devotio mentes.
Aurea purpureo longe radiantia vélo
Signa micant, «inuatque truces levis aura ifrac(m««i
NUMÉRIBN. — CARm. 585
ordres. Une odeur de putréfaction se répandant autour de cette litière inspira du soupçon; Ton n'y trouva plus, en effet, que le cadavre de Numerianus. On saisit aussitôt Aper, on le traîne aux pieds des enseignes en présence de toutes les légions ; les chefs assemblés font dresser un tri^ bunal ; on délibère quel sera le vengeur du prince, et, d'un avis unanime, Dioclétien, comte des domestiques on gardes intérieurs du palais, est déclaré Auguste (284). Il monte sur le tribunal, tire son épée, se ftiit amener Aper : « Voilà, a dit-il, le meurtrier de Numerianus, » et déjà il le perçait de sa propre main, pour accomplir ce que lui avait prédit une druidesse dans une hôtellerie de la Gaule , qu'il serait empereur quand il aurait tué un aper (un sanglier). 11 ajouta : « J'ai tué le sanglier fatal; » car depuis cette prédiction, ayant tué plusieurs fois des sangliers dans les chasses , et voyant arriver à l'empire Aurélien , Tacite , Probus et Carus , il avait dit souvent : « Je tue toujours les « sanghers, un autre s'en régale. » Il prit possession des ornements impériaux à Nicomédie '.
Carinus était peu disposé à partager avec lui ; il n'eût pas eu trop pour soi de toutes les richesses de l'empire. Corrupteur effronté de la jeunesse, plein de toute l'antique débauche , il souillait de nouveau le pouvoir. Il avilit les premières dignités de l'État en les donnant à d'infâmes mignons ; il prit et répudia indignement jusqu'à neuf femmes ; il traitait le sénat avec mépris , promettait à la populace les biens des sénateurs, ne s'entourait que de mimes, de courtisanes, de bouffons, de chanteurs. Ennuyé du travail, il faisait signer pour lui un de ses débauchés; il se pavanait de perles et de pierreries, mangeant et buvant couché sur des roses. Son père , en apprenant toutes ces choses, s'écriait : a II n'est pas mon fils. » Il avait même, dit-
» Vop., Numer.f de 1 1 à 1 5 .
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on , résolu de le dégrader et de lui substituer miyrien Constantius, alors président de la Dalmatie, un des officiers les plus estimés. Lorsque Carinus sut la mort de son père et de son frère, ce fut bien pis encore. Néanmoins il ne manquait pas de résolution : il marcha contre son rival, et, après plusieurs combats indécis, il le vainquit à Margus en Mcesie. Mais ses propres offîciers détestaient sa tyrannie : un tribun qu'il avait outragé le tua (285), et transmit ainsi Tempire à Dioclétien vaincu K
» Vop., Car., i6, 17, 18, Carin.ty; Aur.Vict.