‹ Histoire romaineChapitre 62 sur 107 · III · texte numérisé non relu

III

Z?fO HISTOIRE ROMAmB.

Ceci se passa à Nicomédie, comme ravènement de Dio cUHieD, sans participation du sénat. Cet oubli inouï des acclamations et des formalité^ de la curie fut le commencement d'une disgrâce d'autant plus sensible, qii^elle décou* Trait par un silencieux dédain toute la nullité des pères conscrits, et qu'elle frappait en même temps :t!S habitants de Rome et les prétoriens. Dioclétien délaissa entièrem^t la ville éternelle ; on ne sait même s'il y vint une seule fois avant la vingtième année de son règne : il préférait Nicomédie, qu'il agrandit et embellit de magnifiques constructions; il y revenait constamment dans l'intervalle de ses expéditions. Maximien, qui gouvernait l'Occident, presque toujours en Gaule ou en Italie, avait choisi aussi Milan, et en fit une pompeuse résidence. Il ne séjournait jamais longtemps à Rome, et, soit que les prétentions patriciennes ne pussent contenir leur mécontentement, soit que Dioclétien redoutât encore les restes de leur influence, Maxi* mien, plus hardi que lui, faisait périr, selon ses instructions secrètes, les plus riches sénateurs, l'un après Fautre, comme conspirateurs, au moyen de témoins subornés ^ Les prétoriens se ressentirent aussi des défiances du pouvoir; non-seulement les empereurs absents négligèrent le recrutement de leur camp et des cohortes urbaines, mais

* Aur. Vict., 39; Eutr., 9-i3| i4i Oros., 7-35 ; Lact., De morte persec,^ Sa, 7, 8; Tillem., Dioclét%\ M. Naudet, Des chanjfements opérés,Qlc,^ a-4i Attson . , De clara urhe :

Et Mediolani mira omnia; copia rerum iDDumerae cultsque domus; facanda virorum Ingénia et mores laeti; tum duplice muro Amplificata loci species; populique voluptas Circus; et inclusi moles coneata theairi Templa, palatinceque arces, opulensque tnoneta Et regîo herculei celebris sub honore lavacri . Gunctaque marmoreis omala peristyla signis ; Maeniaquu in valli formam circumdata labro, Omnia quae magnis operum veiut smiila formis Exceliuut ; ncc junctae premit vicinia Roms»

DIOCLÉTIEN. — MÀXiaiEN. 591

deux légions illyriennes, sous les titres de Javiens et d'Hercth liens, formaient habituellement Tescorte impériale, tandis que la garde intérieure du palais appartenait aux Écoles^* Maximien avait aussitôt marché contre un troisième Boulèvement des Bagaudes, qui s'étaient donné deux chefs, décorés de la pourpre, et qui, après leur défaite, se défendirent encore dans un poste , autrefois fortifié par César, près de Lutèce; leur vigoureuse résistance attacha leur nom à ce lieu , Castrum Bagaudarum (Saint-Maur des Fos* ses). Les chrétiens, malgré leur soumission, commençaient à in(]uiéter par leur nombre; la légion thébéenne, chrétienne tout entière, chefs et soldats, ayant refusé un serment idolâtrique , le féroce Maximien s'effraya , et les fit massacrer (2B6) avant même de commencer la guerre des colons, n eut ensuite à repousser diverses incursions des Barbares de Germanie; il en délivra la Gtaule. Il parait que Dioclétien, pendant ce temps, eut aussi des succès importants sur les Perses. Mamertin , dans son panégyrique , prononcé à Trêves en présence de Maximien, annonçait de plus une victoire infaillible sur le pirate de la Grande-Bretagne. De ce côté , l'événement fit mentir Tadulation. Ce pirate était le Ménapien Carausius, habile à la guerre maritime , et qui, chargé d'arrêter les pirateries des Franks, les laissait piller pour avoir sa part du butin. Bientôt , pour prévenir le châtiment qui le menaçait, il s'était déclaré empereur en Albion (287). Une nouvelle flotte rassemblée contre lui fut si rudement traitée par la sienne, que les deux princes, attribuant d'abord aux diflicultés de la mer ces échecs et le délai de la vengeance , se résignèrent à reconnaître le rebelle comme collègue, par la paix des trois Augustes C^Sd) , et Carausius resta maître de la Grande-Bretagne. La possession de Gessoriacum (Boulogne)

• Aur. Vici., 39; Lact.» Dr morte pers.j a6.

SM BisToniE no3iÀi.xB.

sur le continent , et Falliance des tribus franques , qnH avait attirées dans la Batavie, lui garantissaient le détroit, inaccessible à ses rivaux ^

La fortune de Tempire n'en fut point ébranlée ; les Barbares se mirent à se guerroyer entre eux au-delà du Rbin et du Danube ; Maximien en profita et transplanta en Gaule des bandes de Germains sur tous les points où il y avait des terres abandonnées. Cette population de vaincus, répartie en colonies agricoles, sous la dénomination générale de lète8(lœH, lœtiani), atténuait Finvasion pour le préscmt, et semblait , pour Favenir, y opposer de puissantes barrières •. A FOrient , on essaya de ressaisir FArménie , en y envoyant le jeune Tiridate, élevé sous la protection impériale, et qui avait â venger la mort de son père Cosroês, tombé sous les coups perfides de Sapor. Les Arméniâss, soumis depuis vingt-six ans à la superstitieuse tyrannie des mages , accoururent au-devant de leur prince. U se trouvait alors aux confins de cette contrée une horde de Scythes ou Tartares au service du roi perse, avec leur chef Mamgo. Ce guerrier, disgracié par Fempereur chinois You- Ti, avait demandé asyle à Sapor, et s'était vu relouer en Arménie, sur les menaces de son premier maître , que le fier Sapor n'osa braver. Mamgo mécont^t , quand Babram II le chargea de retenir les Arméniens sous le joug, se rangea, au contraire, du parti de Tiridate, qui sut s'attacher un allié si utile , et, avec son secours, reprit si heureusement ses États , qu'il osa même attaquer les Perses. La révolte d'Ormuz contre son frèreBahram favorisait une entreprise si hardie •.

> Paneg, vet; Mamert., i, de 4 à ti, a-5, 7; Eum., Pro restaur, sehol.j 4* * Pan» ve(.;Euin.; Procop.,Z>e belL Goth., i-i; Amm.MarceU., 33-4 ;m»^.

aussi la Notitia diynitatum^ etDubos, Hist, critique de la monar.^ranc.f i> 3 Moïse deCborène, Hist, d'Arménic,\lx» a ; De Guignes, Hist» des ir«i««;

Pan* vet., a-i6, 17, 18.

TÉTRARCIIIE. 5&5

^ Bientôt les chances varièrent. Les Barbares, cessant leurs querelles, se retournèrent contre l'empire; les hostilités recommencèrent sur le Danube ; Fusurpalion d'un Julianus , sépara l'Afrique, celle d'un Achillaeus l'Egypte, et les dis- , sensions des Sassanides ne devaient pas se prolonger ' longtemps. Dioclétien craignit que deux chefs ne pussent ' faire face à tous les dangers : il résolut de partager encore le commandement, afin de mieux soutenir entière une domination dont l'étendue maintenant surpassait la force. Il choisit d'abord l'Illyrien Flavius Constance Chlore, homme aussi distingué par ses grandes qualités que par sa naissance, car il était fils d'une nièce de Claude II ; ensuite Galerius Armentarius Maximianus, autrefois bouvier dans la nouvelle Dacie, sa patrie. Tous deux reçurent la pourpre en grand appareil, en présence des troupes réunies sur une éminence, à trois milles de Nicomédie. En même temps, ayant répudié leurs femmes , Galerius devint gendre de Dioclétien, et Constance épousa la belle-fille de Maximien Hercule (292). Ils eurent rang de Césars, subordonnés aux deux Augustes, avec les mêmes honneurs et la même autorité légale; ils devaient leur succéder en nommant d'autres Césars à leur tour. L'empire ne se divisait pas , mais le gouvernement.

Dioclétien, gardant toujours sa supériorité première sur tous, se chargea de l'Orient, au-delà du Bosphore, assigna la Thrace et l'IUyrie à Galerius, la Gaule, Albion, l'Espagne , la Mauritanie Tingitane à Constance, et Maximien réunit l'Afrique avec l'Italie. Chacun avait ainsi sa tâche et non ses limites , exerçant partout également des attributions communes , et les lois de chacun se publiant au nom des quatre dans tout l'empire : toutes les frontières se voyaient défendues à la fois. Cette innovation réussit : Galerius battit les Barbares du Danube , et la Pannonie sa garnit de colons par ses victoires ; Maxiraien battit les

394 HISTOI&B EOMAINE.

Maures soulevés, réduisit l'usurpateur d'Afrique à se toer, et revint sur le Rhin la quatrième année , au Btiomeil oè les incursions des Germains eussent peut-être retenu CoDSr tance, prêt à passer en Albion.

Cet habile capitaine , de son côté , n'avait ï)oint perde temps : arrivé en Gaule avant qu'on sût qu'il était empereur , il avait repris Gessoriacum au moyen d'une énorme digue construite devant le port , par laquelle la garnison deCarausius, privée de secours et de retraite, fut contrainte à se rendre ; après quoi un coup de mer rompit la

digue (292).

En attendant qu'on lui fît des vaisseaux, le César am aussi attaqué les Franks de la Batavie , qu'il vainquit ci distribua, sous la condition de lœtes, en plusieurs cantons de la Gaule (293). 11 s'appliquait dès lors à restaurer cette contrée, et déjà il commençait à relever de ses ruines Autun , saccagée par les Bagaudes ; il voulait non-seulement rétablir ses murs et ses édifices, maisTancienne splendeur de ses écoles. Quand son armement naval fut enfin achevé, Carausius ne vivait plus depuis trois ans. Allectus, assassin de l'usurpateur, continuait l'usurpation , mais il ne put empêcher la traversée des deux escadres parties de Gessoriacum et delà Seine, la première et la plus formidable, conduite par Constance, l'autre par son préfet prétorien, qui, à peine débarqué, rencontra reimemi, et en une seule bataille , où périt Allectus (296) , réunit la Grande- Bretagne à l'empire*.

La même année Dioclétien rentrait en Egypte après un siège de huit mois, que soutint Achillaeus dans Alexandrie, Le vainqueur irrité livra la ville au pillage, Tusurpateur au supplice , et tous ses partisans par milliers. On attribue la

• Lact., De morte persec», i8, 19, ao; Jul., MUopog,; Aurel. Vicl.;Eiitrop.; Paneg. vet., 5-2, 6-8,7-9.

TÉTRARCIIIE. 393

destruclion de Busiris et de Coptos au môme dessein do comprimer par la terreur la séditieuse inconstance des É^ptiens. Il y ajouta deux précautions , Fune de régler à deux millions de médimnes la distribution de blé aux Alexandrins , l'autre, d'ordonner une perquisition rigoureuse des écrits qui traitaient de l'art de faire de For et de Fargent * , « de « peur que ce secret merveilleux n'entretînt Faudace de la « nation en lui fournissant un moyen de révolte, » ou, plus vraisemblablement , pour retrancher, avec cette manie d'opérations occultes et de secrets magiques, Fopiniàtre espérance d'un changement politique. Les Égyptiens , depuis quelque temps , avaient pour appui de toutes leurs rébellions les Blemmyes, peuplade sauvage et difforme, qu'on représente comme une race de satyres * ; ils habitaient entre la mer Rouge et le Nil, à la hauteur de Méroë; ils troublaient d'ailleurs la province romaine de leurs incursions fréquentes. Une autre peuplade, les Nobates ou Nubiens , n'étaient guère moins incommodes dans leurs déserts de Libye , où ils infestaient les oasis. Dioctétien , loin de s'engager dans une guerre sans gloire , jugea plus utile de les opposer les uns aux autres, et il céda aux Nubiens , pour demeures, sept journées de territoire au-dessus de Syène et des Cataractes. Toutefois, ni ce traité , qui se renouvelait chaque année à Éléphantine , dans un temple commun , ni les subsides qui se payaient encore aux Nubiens et aux Blemmyes, du temps de Justinien, n'arrêtèrent leurs brigandages*.

Un ennemi plus dangereux , que Dioclétien avait provoqué, le rappelait en Syrie. Les troubles de Perse s'étaient

^ Chrxmic, fMschj Proc, Bist. arcan,^ a6; Joannes Antiochenus , In excerpt, ConOant, Phorphyr; Suidas, A.

* Pompon. Mêla, i-4 ■ ■ Vix homines magisque «emiferi: iEgipancs , et Blemmyes et satyri. »

5 Proc, Dt bell* Persic, i-ig.

396 HISTOIRE AOMAIME.

terminés par Favènement deNarsès; TArménie reconquise, et Tiridate expulsé , ne suffisaient pas au ressentiment du Sassanide, et Galerius était déjà, en Mésopotamie, obligé de défendre de nouveau les limites romaines. Malgré Tactivité de Dioclétien , qui revint à Antioche diriger les préparatifs et les opérations de la campagne , le César , après deux batailles incertaines , en perdit une troisième dans les fatales plaines de Carres ; et quand il se présenta fugitif à la cour d' Antioche, Dioclétien, le recevant en souverain irrité , le laissa suivre son char à pied Tespace d'un mille. Cependant il consentit à lui donner une nouvelle armée pour réparer sa honte, et le dépit animant la valeur, Galerius retourna aussitôt par l'Arménie, surprit de nuit le camp desPerses, et en fit un grand carnage. Narsès blessé, fuyant à son tour, sans avoir pu préserver de la captivité ses femmes, ses sœurs et ses enfants , demanda la paix. Dioclétien vint la dicter à Nisibe (297) , et au lieu d'entreprendre, comme le voulait Galerius > la conquête si difficile de la Perse, il exigea la cession définitive de la Mésopotamie et de cinq provinces transtigritanes , c'est-à-dire à l'orient du Tigre , lesquelles tenaient autrefois à l'Arménie , et devaient, par le traité, lui servir de boulevart, ainsi qu'à la limite romaine, contre les Perses. De plus, Tiridate recouvrait son royaume, augmenté de l'Atropatène, et les rois d'Ibérie seraient désormais nommés par les empereurs ; importante suprématie , qui, annexant à l'empire les défilés du Caucase , fermait ainsi le passage aux invasions des Sarmates. Cette paix dura quarante ans. L'invasion germaine s'arrêtait aussi , depuis que soixante mille Alamannes, qui venaient de surprendre le vaillant Constance devant la cité des Lingones , y avaient été taillés en pièces. La sécurité renaissait en Occident comme en Orient K

• Amm. Marcell., a3-4, 14-10, aS-io ; Eutr., 6-9, 9-24, i5; Aur. Vicl.j

TÉTRARCHIS. 597

L'empire avait maintenu , étendu môme son territoire , et sa puissance militaire se montrait encore imposante , mais au lieu qu'autrefois la présence de ses aigles sur une frontière portait toujours une menace de servitude aux nations prochaines, maintenant il avait assez de se défendre, et n'attendait de ses victoires qu'une capitulation. Dioclétien avait peut-être sagement écarté l'avis de Galerius , qui voulait poursuivre la défaite des Perses et les réduire en province : il jugea plus à propos d'établir entre l'Egypte et la Perse, et le long de TEuphrate, une ligne de c^mps et de forteresses, qu'il appuya de villes solidement réparées ou rebâties; il en fit autant le long du Rhin et du Danube, forma de nouveaux arsenaux , et repeupla les campagnes dévastées en Thrace et en Pannonie , comme en Gaule, avec des Barbares changés en laboureurs ^ '

Il examinait avec la même précaution la situation intérieure, attentif à ramener l'administration et la législation dans son système de souveraineté. Les préfets du prétoire avaient beaucoup perdu, comme on l'a déjà remarqué , et chaque empereur ayant le sien désormais , le partage de cette charge en diminuait d'autant l'influence. Néanmoins , il restait encore de quoi tenter l'ambition dans l'autorité militaire exercée sur une seule armée. Dioclétien, pour affaiblir de plus en plus le danger, érigea en office le magistère de la milice, titre en usage depuis quelque temps, qui comportait un commandement en chef, au-dessus des ducs, préposés aux limites et aux provinces frontières ; il en fixa les attributions, auparavant variables et temporai-

Lact., De morte persec.g; Oros., 7-a5; Petr. Pairie, Excerpta de légat, i Tac. , Jnn.j 6-33 : « Iberi, locorum poternes, Caspia via Sarmatam in Armeniosrapliin cffundunt; • Paneg, ve«.; M. Naudet, Des changements apérés,

elc, a» part.

» Jean Malala,C/iron. Antioch., la; Pan, vet., 3-i8, 4-» , »8, si ; Amm. Marcell., a 3-4 ; Zos., aj M. Naudet, Des changimenls o/«frp5, etc., 2-8.

ni. 34

598 HISTOIRE lOMACfE.

l'es ^ 11 restreignit également les préfets de trois manières dans Tordre civil : l°en autorisant appel de leur juridiction au conseil impérial, jusque dans un délai de deux ans, même pour les causes du gouvernement, ^ car Tintérôt de TÉtat a ne voulait pas qu'on ôtât aux particulier^ le secours des «t lois; yt ^ ea créant des viceUres, ou vice-préfets ^ entre eux et les gouverneurs , institution qui remontait au commencement de son règne , et en multipliant les provinces, ce qui multipliait les gouverneurs, et toutes ces fonctions interposées et subdivisées rendaient une usurpation moins facile. Ce fut alors, vraisemblablement, que la Gaule forma quatorze gouvernements : cette mesure ne portait pas moins coup indirectement au sénat, qui perdait ses provinces par le fait, sans abolition expresse ; 3° il supprima les frumentaires, qui dépendaient immédiatement des préfets *.

Pour être juste envers Dioclétien , ces réformes avaient pour but Futilité de ses sujets autant que la sûreté des princes. Les gouverneurs, moins affairés, reçurent Tinjonction de connaître eux-mêmes les procès, et de ne plus s'en décharger sur des délégués {judicespedanei). Des receveurs ou comptables (rationales) remplacèrent partout les procurateurs, sans avoir, conune ceux-ci, autorité judiciaire et administrative, et ne furent plus que de simples officiers de finances. La capitation , abolie pour le peuple des villes, restant sur les colons avec le tribut en vivres, un édit, do moins, les délivra des super-indictions et de toute contribution extraordinaire. Si, d'après la volonté impériale, une répartition mieux proportionnée des taxes les faisait peser principalement sur les principaux propriétaires des

> Vop., ^ur., II, l^r Prob., ii; Lact., De morte pers»j 7; M. Naad«t,X)te changements opérés, etc., a-io, note 3 ; Tillem., Constantin^ 83.

> Cod» Justinian,, y^i-i, 67-1; Lact.,JDe morte persecut., 7; Aur. Vicc, 39; Tillemont, Diocl., a4t

TtTRÀRCHIB. 399

villes, le maintien exact des immunités curiales devait leur offrir un dédommagement, et ce n'étaient pas de médiocres avantages pour les décurions , que de n'avoir point à craindre, en causes criminelles, ni la torture, ni la condamnation aux mines, à la bastonnade, au supplice de la croix, de Famphithéàtre ou du feu. A chacun ses obligations et ses droits , point de privilèges pour personne : telle était la constante maxime de Dioclétien. Il soumit les soldats à la loi commune; un sénateur ne pouvait distraire de son juge naturel une femme réclamée comme esclave : « Quand même vous offririez qu'on interrogeât vos esclaves « contre vous, disait-il, je ne le permettrais pas. »

U tendait sans cesse à faire prévaloir la loi également contre les violences des grands et contre les ruses des faibles. Le Code Justinien seul contient plus de six cents édits du premier souverain impérial , qui sont demeurés dans le droit civil de l'empire, pour protéger l'homme libre, adoucir la condition du serf, garantir la propriété , les transactions de tout genre, arrêter les désordres des mœurs, encourager les études et les arts ; et , ce qu'on n'avait pas encore vu dans un empereur, il sembla comprendre les dangers de la superstition , interdit la magie , les divinations , porta peine de mort et confiscation contre la secte des manichéens , née chez les Perses , ennemis de Rome K Mais quelque habileté et quelques sages intentions qu'on suppose aux législateurs , la difiiculté est moins de rédiger des lois et d'en prescrire l'observation , que de l'obtenir. D'ailleurs, on ne saurait trop le redire, surtout à une épo^ que qui marche sous le préjugé, qu'avec des lois on peut tout , et que la civilisation repose sur les lois : leur multiplicité sera toujours l'indice d'une- plus grande corruption ,

* M. Nandet, Des changements opérés^ etc., i-io, et note 8 , pleine de dëtailg importants; Cod. Gregnr.y 19-4» 1^9' mo^aïc. , i5-3.

et les mœurs feront toujours plus que les lois, qui ne font rien sans les mœurs. Ces deux mots de Tacite sont ce qu'il a dit de plus vrai et de plus profond *.

Que produisirent, en effet, ces dispositions les plus louables? Les nombreux édits de Dloclétien attestent, sans doute , le but qu'il se proposait : un témoin oculaire nous apprend ce qui en est résulté. Quatre princes, quatre cours et quatre armées quadruplèrent tous les emplois, du plus haut rang jusqu'au plus bas. « Les provinces , coupées en mor- « ceaux, multiplièrent en même temps, avec les gouver- « neurs, les officiers civils et militaires, les employés sub- « alternes, posés sur chaque canton et presque sur cha- « que ville. Ce n'étaient que receveurs, vicaires, commana dants ; fort peu d'actes réguliers, mais condamnations , « proscriptions, vexations innombrables de tout genre, « non pas fréquentes, mais perpétuelles , et dans les exacte tions, des outrages intolérables : il en était de même m pour l'entretien des troupes*. » Il ne fut plus possible de conserver à l'Itahe ses anciens privilèges : on la soumit désormais aux mômes tributs que les provinces; et « ceux « qui recevaient commençaient à dépasser tellement en « nombre ceux qui donnaient , que, par Fénormité des in- « dictions, les colons épuisés abandonnaient leurs champs, c< et les cultures se changeaient en forêts. » Au lieu des frumentaires, il y ^ut des agents d'atfaires {agentes in rébus) , agents de police comme auparavant, et le fléau des citoyens. « Dioclétien amassant toujours par des voies extraordia naires, pour ne point diminuer son trésor, se^ iniquités tt causèrent une extrême cherté; il entreprit de taxer les

*< Tac, ^nn., 3-17, Gemtaniaf 19.

■ Lacr. , De morte persecut.y 7 : «Provinciae io frusta concis». n M. Naudet, en blâm:int avec Lactance la tétrarchie, suspecte sa véliémence oratoire, jMaîs que prouvent les lois de Dioclélieu cl Ses intentions contre leurs résultats, <|iie Luctance produit dans des faits aussi peu contestables les uns cjue les autres T

TÉTBARCHIS. 401

« denrées : de là des querelles et beaucoup de sang répan- « du. La crainte empêchant de rien exposer en vente, la « cherté empira horriblement , d'où il fallut bien retirer la « taxe, après beaucoup de malheurs et de meurtres. Ajou- « tez à cela la passion des bâtiments; » car s'il blâmait les dépenses inutiles, et rejetait la réclamation d'une cité contre un gouverneur qui avait appliqué à la réparation des murs l'argent destiné aux spectacles, il n'épargnait rien pour ses propres constructions : « nouvelle exaction a pour les provinces, obligées de fournir des ouvriers, des « architectes, des charrois et des matériaux. Ici despa- « lais , là un cirque , là une monnaie , là un arsenal, là une « habitation pour l'impératrice, et une autre pour sa fille. a Une grande partie de Nicomédie dut tout-à-coup être c( abattue. Les habitants émigrèrent avec femmes et ente fants, comme dans une prise d'assaut. Et quand toutes (1 ces constructions étaient achevées par la ruine des proie vinces : Cela n'est pas bien, disait-il, faisons d'une au- « tre manière. On démolissait de nouveau et l'on changeait a pour démolir encore. Sa folie était de vouloir égaler Ni- « comédie à Rome. » Et il ne se borna pas à ce lieu , il voulut aussi laisser des monuments de sa magnificence à Antioche, Edesse , Carthage et en plusieurs autres villes; Rome eut des thermes de Dioclétien sur le Quirinal.

L'envie de posséder suivait celle de construire. « Com- < bien de gens périrent à cause de leurs richesses et de « leurs domaines ! Il avait pour habitude , dès qu'il voyait « une terre bien cultivée ou une maison élégante, de se « débarrasser du propriétaire par une fausse accusation et « une condamnation capitale ; comme s'il n'eût pu ravir « le bien d'autrui sans ôter la vie * ! »

Tel était ce prince, qui ne désirait rien tant, disait-il ,

' Aur. Vice, 39; Lact., i}e morte perscatt*, 7; Notit. dignit.; Cod, Just, 1 1-

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