III
40t HISTOIM KOMAUnt.
que de ressembler à Marc-Aurèle. Certes, il ne pouvait avoir fort à cœur le bonheur de ses sujets, et il le comprenait peu, ce superbe parvenu, qui croyait se rendre plus respectable en se rendant inaccessible , et sa grandeur plus imposante en s'enveloppant de luxe; qui ne se montrait plus qu'avec le diadème et la pourpre, étincelante d'or et de pierreries. Ce ne fut pas assez : il introduisit dans son palais tout le cérémonial et le faste de TOrient ; il ne permit plus qu'on se présentât devant lui sans le prostemcment aux pieds de la majesté impériale, intronisant ainsi le pouvoir romain dans une apothéose vivante : aussi les panégyristes eurent grand soin de prendre au si^rieux les surnoms de Jovius et d^Herculius. Mamerlin , le premier , attesta la filiation céleste des deux Augustes , c .mme on avait fait jadis celle de Romulus et d'Octave. « Comme « tout était plein de Jupiter , ainsi les terres et les mère « étaient remplies de la divinité des deux empereurs. » Après la nomination des Césars, Eumène, à son tour, félicita la divinité commune des quatre princes sur cet « heu- « reux nombre, qui plaît partout et soutient toutes choses, « comme on le voit dans les quatre éléments , les quatre « saisons, les quatre parties du globe, les quatre parties « du ciel, les quatre chevaux du soleil, et dans l'adjonction « de Vesper et de Lucifer aux deux grands astres » du soleil et de la lune , qui ont même le dessous dans leur comparaison avec les deux Augustes.
Il ne faut pas croire que ce fût pure flatterie , mais bien langage oflSciel. L'orateur public m adorait les expéditions « des quatre princes, w comme on adorait leurs sacrés visages. Tout ce qui se rapportait à eux devenait sacré comme leur personne; leur fisc s'appelait désormms les
4i-i; J^an Mal., C/iron.; M. Naudet, Des changements opérés^ etc., a, noie 8, art. 4i et 3« part.,ch. 7, noie 90; Vasi, Itinerario di Borna,
TfiTRÀRCHIS. 403
sacrées largesses, comme le lieu de leur sommeil la chambre sacrée *. Cette communauté de dignité amena enfin un nouveau signe de révérence assez bizarre : aucun d'eux n'agissant et n'ordonnant qu'au nom de tous, les demandes, les discours qu'on leur adressait, et toutes les relations publiques et privées avec chacun d'eux , durent se conformer naturellement à cette règle d'unité. On parlait à un seul comme représentant les trois autres ; et même, en distinguant ses actions personnelles, on observait exactement la solidarité d'honneur par une louange indivise. L'adulation s'empara avec zèle de cette précaution politique, et s'habitua bientôt à revêtir chaque prince individuellement de cette importance collective. La grammaire fut forcée de dire vous à un seul, et comme les inférieurs cherchent toujours à se rehausser par l'imitation des grandeurs, cette absurdité devint une formule générale de distinction et de bienséance , qui a passé du latin dans les langues modernes •.
I Capitol., Marc. Jur., 19 ; Eas., Ckron. ; Théoph., Chronog. ; Âur. Yict.; 3g; Eutr. , 9-16; Mamert. , Premier pahég.f i, 4* ^i 7i Genethl,^ i3, 14 « la ) Eum., Paneg, Constantiij 4« Constantin.^ 8 ; Notit. dignit*
* Cette restriction du tutoyement produisit un mélange assez ridicule de l'ancienne et de la nouvelle forme grammaticale. Gapitoiin s'exprime ainsi» Marc. Aur. y 19 : « Ut vobis rp«i, sacratissime imperator Uiocletiane, et sem* per visum estj qui eam inter numina vestra non ut casteros Tenenunini, ac wepe dicitis vo$ vita et clementia ialis esse cupere. »