CHAPITRE XCVIII
ABDICATION DK DIOCLËTIENé — HUIT EMPEREURS.
Dioclétien s'applaudissait donc lui-môme de sa tétrarchie ; car il se croyait le véritable souverain de Tompire ; il considérait les Césars comme ses appariteurs, faits pour exQputer ses volontés , ni Fun ni Tautre ne sortant de leur département, et n'y restant que par son ordre. S'il avait associé Maximien à sa supériorité , il savait bien que son collègue ne la partageait pas réellement. On admirait la « concorde de ces quatre princes du monde , braves , haa biles, nobles, bienveillants, qui n'avaient qu'une même « pensée pour l'État, l'un ordonnant, et les autres em- « pressés d'obéir comme aux volontés d'un père *. »
Cette concorde dura treize ans; mais l'ascendant personnel du Jupiter impérial y fit beaucoup moins peut-être que l'incapacité de son Hercule , et surtout que la loyauté de Constance, bomme « digne de commander seul à la ter-
■ Julien, Orat.y i; Amm. Marcel!., 14-10; Vopisc, Cari'n., 18; Aurai.
Vict., 39.
CONSTANCE. — CHLOKE. 405
« re , )» et donl la grande réputation suffisait à tenir l'équilibre dans la tétrarchie. Jamais la Gaule ne fut si heureuse que sous son autorité. Ce prince, vraiment humain, vivait avec une telle simplicité, qu'il était obligé d'emprunter de Fargenterie quand il avait un repas à donner. Il aimait mieux laisser aux citoyens leur fortune que d'en remplir son fisc. Ce désintéressement l'avait fait surnommer le pauvre, admirable titre, qui flatte peu l'ambition des rois : cela parut négligence à Dioclétiafi , qui lui en envoya des reproches. Constance avertit les plus riches Gaulois qu'il avait besoin d'argent ; tous s'empressèrent de lui en porter : alors il montra son trésor abondamment fourni aux officiers de Dioclétien, en leur disant de raconter à leur maître ce qu'ils voyaient : « Il y a longtemps, ajouta-t-il, (c que je possède toutes ces richesses; mais je préfère les a laisser en dépôt entre les mains de mes sujets. » Après le départ des envoyés, tous ces dons volontaires furent rendus.
Malheureusement ce grand homme était déjà très-vieux et infirme; Dioclétien vieillissait aussi; Galerius commen~ çait à les moins craindre tous deux, et, depuis Thumiliation qu'il avait reçue à Antioche, et sa victoire sur Narsès, son orgueilleux dépit ne supportait plus le second rang. Quand il recevait une lettre avec la suscription accoutumée , il s'écriait d'un air furieux et d'une voix terrible : « Toujours César ! » Pour se mettre de pair avec Dioclétien en quelque manière , il prétendait qu'on le réputàt fils de Mars : il se rendait fâcheux aux deux Augustes K La timidité naturelle de Dioclétien ne lui avait point échappé; le majestueux empereur, arrivé à une fortune si haute, appréhendait de la perdre , et , se retranchant sous une ré-
• EutrM9-i4; Ubanius, OraL, 3 et la; Eus., Fita Const., 1-14. 18; Suidas, TT ; î^cl., Dewoifi^ persccnt.f 9;Tillcm., Conitantîn,'*,
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putation de prudence dans les soins du gouvernement général , il avait toujours évité les expéditions les plus périlleuses ; il les confiait à son Hercule et à ses Césars. Maintenant Tambition de Galerius Finquiétait , et lui qui avait interdit la magie , il cherchait sa destinée dans les entrailles des victimes. La présence de plusieurs chrétiens de sa suite troubla les sacrifices.
Quoique la proscription des cultes étrangers désignât tacitement dans ses édits le christianisme, il n'avait iK)int eu jusque-là d'aversion pour la religion nouvelle; d'ailleurs, le nombre des chrétiens était immense, son palais même en était rempli , sa femme et sa fille avaient adopté leur croyance. Pour la première fois il s'irrita , disgracia quelques uns de ses officiers chrétiens, menaça de la flagellation quiconque ne participerait pas au culte national. U ne paraissait pas cependant vouloir aller plus loin , si Galerius ne s'en fût mêlé. Mais celui-ci , autant peut-être pour ébranler ce caractère qui faiblissait, que pour satisfaire sa haine païenne, inspirée par sa mère , fanatique paysanne , s'efforça d'augmenter les frayeurs de l'empereur, afin de ranimer sa colère. U fit mettre le feu deux fois en quinze jours au palais de Nicomédie , et il imputa cette tentative aux chrétiens; alors Dloclétien, entraîné, ordonna la persécution la plus violente, qui dura dix ans dans tout l'empire: partout les tortures reparurent, excepté en Gaule, où Constance publia les édits, sans souffrir qu'on les exécutât. Quant à Maximien et à Galerius, hommes atroces de débauche et de cruauté, ils en firent leur joie*.
Ce fut au milieu de ces horreurs (503) que Dioclétien, comme par un secret pressentiment que son rôle allait finir, voulut jouir de toute la splc^ndeur qu'il avait acquise à la puissance impériale, en célébrant à Rome les succès
» lact.j'De morte persfcut.^ de 8 i i5.
GÀLERItS. 407
et la vingtième année de son règne dans un triomphe, que ]e seul Maximien partagea en qualité d'Auguste. On porta devant lui les images des nations vaincues sous ses auspices par les exploits des Césars : il prit les titres de Persique, Àrménique, Sarmatique, Gothique, d'Invincible, de Seigneur, de Jupiter, de Dieu et d'Éternité. Cette ostentation intéressa peu les Romains, déshérités de la résidence souveraine; la parcimonie de ses jeux excita leurs railleries. Dans rimpatience chagrine que lui causait cette liberté populaire , il ne supporta pas le délai des treize derniers jours de -décembre, qui lui restaient à passer pour prendre possession de son neuvième consulat , et il s'en alla rinaugurer à Ravenne. Déjà , depuis Fincendie de son palais, il avait Fesprit frappé d'une profonde tristesse; le froid et les pluies de la saison lui causèrent une indisposition légère, mais continue; il tomba dans une langueur sombre et irascible. Il prit son chemin pendant Fêté , toujours en litière, le long du Danube, pour retourner à Nicomédie; son indisposition, qui s'aggravait toujours, ne l'empêcha pas de dédier son cirque : à la fin , le mal l'accabla au point qu'on prescrivit des offrandes publiques aux dieux pour lui. Dans la ville, on le crut mort un moment, et quand il put reparaître, il était à peine reconnaissable. Sa santé ne se rétablit que faiblement, et, depuis ce temps , sa raison s'égarait par intervalle *.
« Galerius survint de nouveau , résolu de lui arracher une abdication; il avait querellé déjà Maximien sur ce sujet, en lui faisant peur d'une guerre civile. Il était en effet redoutable; je ne sais quelle nation barbare, chassée par les Goths, s'était donnée à lui Fannée précédente, à Fépoque même du triomphe célébré à Rome. Entouré de ces sa-
* Lact., De morte perseait.f i3, 17, 18 ; £utr., 3-iG; Eus., Hiit.eccl., 8-i3, Otxit, Consl.f a 5 jTiliem., DiovL, 31.
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tcllites, il bravai! inainlonant FOrient. Il entreprit d^abord DiocléticD doucement et amicalement, lui représentant son âge et son affaiblissement, qui Tinvitaient au repos. Dioclélien objecta Thumiliation et l'indignité d'une vie commune et obscure après tant d'éclat et de grandeur, et le danger même des inimitiés qu'il avait encourues dans un si long règne. Il consentait , au reste , à ce qu'il y eût quatre Augustes, si ce titre plaisait à Galerius. Le César répliqua qu'il fallait maintenir le principe , posé par Dioclétien lui-môme, de deux chefs supérieurs qui gouverneraient souverainement, aidés par deux autres au second rang; la concorde , facile entre deux , étant impossible entre quatre princes égaux. En cas de refus, il prendrait, au reste, ses mesures pour ne plus être dépendant et le dernier. Il avait assez de vivre depuis treize ans relégué sur le Danube, toujours à combattre les Barbares, tandis que les autres commandaient délicieusement dans des provinces plus au large et plus paisibles *.
« A ces mots, le débile vieillard, qui savait déjà, par une lettre de Maximien , ce que méditait Galerius , et combien il avait accru son armée, dit en pleurant : Faisons , s'il convient ainsi : il reste à délibérer entre nous tous sur le choix des Césars. — Galbrics. A quoi bon délibérer? Il faudra bien que les deux autres approuvent ce que nous aurons décidé. — Dioclétien. Sans doute; car il est nécessaire de nommer leurs fils. (Maximien avait un fils , Maxence, gendre de Galerius, homme d'un naturel mauvais et si arrogant , qu'il ne rendait jamais les honneurs de l'adoration, ni à son père, ni à son beau-père, et il était haï de tous deux pour cette raison. Constance avait aussi un fils , Constantin , né de sa première femme Hélène, vertueux jeune homme, très-digne d'un si haut rang, qui,
• Lacl., De mott' pc}.>cai[.,3S, i3.
GALERILS. 409
pour la noblesse de sa personne, ses talents militaires, ses mœurs irréprochables et son affabilité , était aimé des soldats et désiré de tous. Dioelétien Favait alors à sa cour, avec le grade de tribun du premier ordre.) —Celui-là, reprit le César, ne mérite rien. Si, dans une condition privée, il tient si peu de compte de moi , que ferait-il empereur? — DiocLËTiEN. Mais l'autre est aimable, et Ton pense que quand il régnera , il sera encore meilleur que son père. — Galerils. Il arrivera ainsi que je ne pourrais faire ce que je voudrais. Il vaut mieux nommer des hommes qui soient sous ma dépendance, qui me craignent, et ne fassent rien que par mes ordres. — Dioclétien. Qui donc choisirons-nous? — Galerius. Sévère. — Dioclétien. Quoi! ce danseur, ce buveur, cet ivrogne, qui fait de la nuit le jour et du jour la nuit! — Galerils. Il convient , parce qu'il a soin des soldats , et je Fai envoyé à Maximien pour en recevoir la pourpre. — Dioclétien. Soit î Quel autre nous donneras-tu? — Celui-ci , dit Galerius, en montrant un certain Daia, un demi-Barbare, qu'il faisait appeler depuis peu Maximin. — Dioclétien. Quel est-il, celui que tu me présentes? — Galerius. Il est mon parent. — DiocLËTiEN, gémissant. Tu ne me donnes pas là des hommes suffisants, à qui on puisse confier le gouvernement de FÉtat. — Galerius. Je les ai éprouvés. — Dioclétien, C'est à toi de voir, puisque tu vas prendre la direction de l'empire. Pour moi , j'ai veillé avec soin et pourvu au salut de FÉtat tant que j'ai tenu le pouvoir. S'il arrive quelque malheur, ce ne sera point ma faute* »
a Les choses ainsi réglées, on se prépare pour les calendes de mai. Toutes les espérances se portaient sur Constantin ; il n'y avait aucun doute. Les soldais présents, et ceux qu'on avait appelés par députations des légions , se
' Lact., De morte perietut ., i8.
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njouissaient , ne pensant qu'à lui. On les réunit sur la même éminence où Galerius avait revêtu la pourpre. Le vieil empereur, les larmes aux yeux, annonce qu'il est infirme, qu'il a besoin de repos, qu'il remet l'empire à des mains plus vigoureuses, et qu'il a subrogé d'autres Césars. On attendait ardemment leurs noms, quand tout-àcoup il déclare Sévère et Maximin Césars. Tous restent stupéfaits autour du tribunal; Constantin se trouvait là, placé en avant : on doute si le nom de Constantin n'a pas été changé, lorsque Galerius , étendant la main en arrière, tire vers lui Daia, fait reculer Constantin et présente le nouvel élu. L'étonnement redouble : Quel est-il? d'où vient-il? Nul pourtant n'ose réclamer , dans le trouble que cause cette nouveauté si étrange. Dioclétien se dépouille de sa pourpre et l'en revêt. Ensuite on descend ; l'empereur vétéran est mis en voiture et conduit hors de la ville (305) ; on l'envoie dans sa patrie, à Salone. Daia, récemment enlevé à ses troupeaux et à ses bois , pour devenir aussitôt soldat, protecteur, bientôt tribun, et le lendemain César , reçut l'Orient à fouler, à écraser : « un bouvier passait au gouvernement de l'État et de l'armée^. » Le même
' ÎMCt,, De morte persecut,^ i8, i9;Batr., 9-16, et Aur. Vict., Sg, diaenl Tabdication de Dioclélien volontaire. Un historien du xviif* siècle , sur leur assertion, veut que cet empereur ait eu la gloire de donner le premier un te! exemple au monde. Selon lai , Lactance, auteur contemporain , qui enseignait la rhétorique à Nicomédie,et qui a dû voir la cérémonie de l'abdication, « peut quelquefois servir d'autorité pour les fiaits publics , quoique très-rarement pour les faits particuliers. » Pourquoi 7 On n'a pas jugé à propos de nous en instruire , et il paraît difficile d'en donner une raison. Est-ce un panégyrique, prononcé quand Maximien eut repris la pourpre, Pan. vet., 6-9, qui persuadera que ce vieil ambitieux l'avait quittée volontairement, de compagnie avec Dioclétien, « en cédant, quoique avec répugnance, à l'ascendant « d'un collègue plus sage? » El si Maximien abdiqua malgré lui, la même cause n'a-t-elle pas contraint Dioclétien? M. Naudet, 2-1 3, remarque que Lactance a expliqué la véritable cause de ce grand événement ; seulement il trouve son tableau chargé, et il ne cousent pas que Dioclétien ait pleuré
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jour Maxîmien abdiquait à Milan , et proclamait Sévère ; après quoi il se retira dans un délicieux séjour de Lucanie. Sévère hérita de son département , et quoique dépendant en apparence de Constance , qui remplaçait de droit Dioclétien comme premier Auguste , il ne suivait que les in«structions et les intérêts de celui auquel il devait son élévation. Galerius s'étant réservé F Asie-Mineure, ajoutée à son ancien département, gouvernait encore par les deux Césars tout rOrient , Fltalie et FAfrique; il se croyait déjà maitre de l'univers. « Il méprisait la douceur et la faible santé de Constance, comptait sur sa mort prochaine, décidé, s'il tardait, à-lui ôter l'empire, ayant les forces de trois contre un; il eût ensuite nommé Auguste son ancien ami Licinius. Alors il traiterait le monde à sa fantaisie; après vingt ans de règne, il ferait César son fils , encore enfant, et abdiquerait à son tour, passant une vieillesse tranquille, sous l'invincible rempart de quatre princes créés par lui. Il commença par attaquer de fait les libertés romaines; pour ies moindres causes , décurions et nobles subissaient la torture ; s'il y avait condamnation, des croix étaient dressées, les matrones jetées dans les maisons de captivité et d'infamie. Fautil rapporter ses divertissements et ses délices? Il avait fait, pendant tout son règne, un choix des ours les plus féroces et les plus forts ; il leur donnait des noms. Quand il voulait s'amuser pendant son souper, il en demandait quelqu'un , lui livrait des malheureux à dévorer , et il riait plein de joie. Avec lui point de peines légères; on n'obtenait que par grâce, pour d'anciens services, d'avoir la tête tranchée. Le feu était le supplice ordinaire de quiconque ne tenait aucune dignité. Quant aux chrétiens, il ordon-
« comme un vieillard imbécille. » Il n'y a pourtant rien de plus Traisemblable, et tout rintérêt que peut inspirer le mérite, fort douteux, de ce prince, n'affaiblit en aucune façon le icmoi{jnagc positif d'uu contemporain , au moins au^isi digne t\c foi que tout autre.
naît de les torturer , puis de les brûler lentement. Plus d'éloquence, plus de lois; tous les jurisconsultes étaient déportés ou mis à mort. Il regardait les lettres comme un art coupable, et les bommes instruits comme ses ennemis, qu'il détestait et détruisait. Des juges grossiers jugeaient militairement, sans assesseurs, et avaient toute licence dans toutes les provinces ^ »
« Le cens qu'il imposa fut la calamité générale: les exacteurs se répandant de toutes parts , comme en pays conquis , on ne voyait que pillage et captivité. On mesurait les terres, on comptait les pieds de vigne, lesarbres, lesbestiaui; on inscrivait tous les babitants; les places publiques étaient remplies defamillescomme de troupeaux, chacun ayantàdéclarer le nombre de ses enfants et de ses esclaves. Les coups et les fouets retentissaient. On torturait lesfils, les serviteurs, les épouses , pour les forcer de déposer contre la déclaration de leure pères, deleurs maîtres , de leurs maris, et ceux-ci, pour les forcer de déclarer plus qu'ils ne possédaient. On apportait les malades et les infirmes ; on fixait Tàge de tous : on élevait celui des enfants, on diminuait celui des vieillards. De plus, on prenait une taxe par tête, et on vendait le droit de respirer. Cependant on ne s'en rapportait pas aux mêmes censiteurs; d'autres survenaient, comme pour trouver davantage; ne trouvant rien , et ne voulant point paraître n'avoir rien fait, ils doublaient et augmentaient la taxe à leur gré. Il mourait cependant des animaux et des bommes ; on n'en payait pas moins pour tout ce qui était mort, en sorte qu'on ne pouvait plus ni vivre ni au moins mourir gratuitement. Cela s'établit tellement , qu'après lui une loi fut nécessaire pour délivrer les villes de cette oppression , et rendre aux citoyens leurs droits. Les mendiants seuls restaient libres à Fabri de leur misère ; la pitié du ty-
» L:icl., De morte persecut, ao, îi, «a.
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ran sut pourvoir à ce qu'ils ne manquassent de rien : il les fit embarquer et jeter à la mer, de peur que, par une pauvreté simulée , quelqu'un n'échappât au cens. Il ne cachait pas qu'il voulait soumettre les Romains à la même servitude que les Perses subissaient de leurs rois. Il avait même le dessein de venger la Dacie , son pays, de la conquête de Trajan , et de changer le nom de Y empire romain en celui d'empire dacique *. »
Toutes ses sinistres espérances furent terriblement déconcertées. Son unique crainte venait de Constantin, et , à l'exemple de Dioclétien , il le retenait auprès de lui , sous prétexte d'affection , mais réellement par défiance de son mérite , et aussi comme otage contre Constance. Il résistait sans cesse aux instances du vieil Auguste, qui redemandait son fils ; il ne redoutait rien tant que ce départ, et, n'osant faire périr ouvertement Constantin, trop aimé des troupes, il exposait son courage à de perfides exploits , tantôt contre un lion furieux , tantôt contre les Sarmates : le jeune héros en sortait toujours vainqueur. Enfin, n'ayant aucun moyen de refuser plus longtemps , sans une rupture périlleuse, Galerius signa un soir le diplôme de voyage , en lui prescrivant de venir prendre ses instructions le lendemain matin , soit qu'il songeât à quelque nouveau délai , ou à prévenir Sévère de l'arrêter en Italie. Constantin s'en défia; après le souper, pendant que l'empereur dormait, il se hâta de partir , et , dans tous les relais , jusqu'à une assez longue distance, il fit couper les jarrets à tous les chevaux. Galerius, à son tardif réveil , apprend avec fureur ce départ, ordonne qu'on coure après lui, et quand on lui dit que les postes n'avaient plus de chevaux, il eut peine à retenir ses larmes. Constantin rejoignit heureusement son
' Lact., De morta persecut.t a3, 37; Cod, Theod.^ i3-io-a ; Tillcm., Constantin, 8.