III
426 msTOiRB ROMAnns.
« venable sa corruption effrénée : toutes les familles ser- « valent de jouet à ses horribles convoitises et à celles de « ses satellites , tous de cette horde de Barbares fugitifs qui « s^étaient donnés à Galerius. » Quand il avait appris la défaite de Maxence, sa secrète ligue découverte, le rang supérieur déféré à Constantin , il exhala ouvertement son chagrin et ses inimitiés en railleries et en injures contre les deux princes, évitant de rompre toutefois, jusqu^à ce qu'il se présentât une occasion favorable. Il crut la trouver dans la conférence de Milan et Véloignement de Licinius, dont il envahit aussitôt le territoire. Il n'en fut pas moins vaincu entre Adrianopolis et Héraclée, avec une armée double de celle de son rival. Poursuivi et forcé dans les défilés du Taunis, bloqué dans Tarse, sans espoir d'échapper, il se gorgea de vin et de viande, comme pour la dernière fois, avala du poison, ce qui lui causa d'extrêmes souffrances, et expira dans des gémissements de rage.
Dioclétien l'avait précédé presque aussi tristement. Toutes ces révolutions avaient troublé la retraite de Salone. A six ou sept milles de pette ville, dans un site agréable, sous un climat pur, en vue des fertiles rivages de TAdriatique, en face de l'Italie, il avait pris plaisir à élever un palais impérial, soit pour mieux attester sa gloire aux lieux qui avaient vu naître son père et peut-être lui-même esclaves, soit pour s'y préparer, dans un avenir lointain et fortuné , un magnifique repos. Ce séjour maintenant ne lui offrait plus, dans la pompeuse immensité de ses bâtiments et de ses ombrages, que le vide d'une puissance déchue. Il avait semblé néanmoins y recouvrer quelque énergie, et, plus maître de lui dans son délaissement que dans ses grandeurs, remplir sa solitude d'une dignité plus réelle. Mais trop près des événements , il n'y pouvait demeurer étranger. Les images de Maximien, presque partout unies aux siennes , étant détruites par l'ordre de Constantin , il
CONSTANTUf . — LICINIUS. 4S7
subit avec douleur cette communauté dWront. Il savait en même temps sa femme Prisca et sa fille Valeria, veuve de Galerius, indignement traitées par Maximin, qui voulait contraindre Yaleria de Tépouser, et qui dédaigna les supplications du vieux père , exilé de Tempire. Ce second outrage « blessait vivement sa tendresse ou du moins son « orgueil, d II succomba au cbagrin , ou s^empoisonna. Les deux malheureuses princesses lurent enveloppées dans ]es proscriptions de Licinius contre tous ceux qui pou* vaient prétendre quelque part à Théritage de Maximin , de Sévère et même de Galerius, son ancien ami. Après avoir échappé quinze mois à ses poursuites, on les découvrit à Thessalonique ; on leur trancha la tête, et on jeta leurs corps à la mer ^
Licinius avait ainsi acquis une part bien plusétaidue que celle de Constantin ; mais il le voyait bien plus affermi par Taffection des peuples. Il suscita en secret Tambition de Bassien, auquel Constantin avait marié une de ses sœurs dans Fintention de lui donner le titre de César et le gouvernement de ritalie. La trahison connue entraîna la mort du conspirateur et la guerre entre les deux empereurs. Licinius, vaincu à Cibales et à Mardie, paya sa défaite par la cession de sept provinces (344). Dans les deux années qui suivirent ce traité , Constantia et ensuite Fausta mirent toutes deux un fils au monde, et, pour resserrer Talliance rétablie , les deux collègues nommèrent Césars ces deux enfants avec Crispus (317). Licinius n'en était pas plus sincère : l'ancien compagnon de Galerius ne pouvait guère , au fond, s'accorder avec le fils de Constance. Ses passions païennes se sentaient offusquées par la supériorité, gênées par le gouvernement d'un collègue qui s'occupait du bien
* Eus., Hist, eccLf 9-7; Lact., De morte pers,, de 36 ^ 5i • Aur. Vict. ; Tillem., DiocL, ^l. Constant,, 33, 34, B5.
428 msTomE hosaixs.
général, qui montrait un grand zèle pour le christianisme, qui confiait Féducation de Grlspus au pieux Lactance , et dont toute la famille et la cour, à Timitation de sa vénérable mère Helena, s'honoraient de professer la foi de l'Église. Dominé par l'avarice et la débauche , il vexait ses sujets chaque jour davantage, et surtout les chrétiens, dont rinchnation naturelle pour celui qu'il regardait comme un rival, augmentait son aversion contre lui et contre eux. Les reproches de l'un, les perfidies de l'autre , finirent par rompre entre les deux empereurs les relations habituelles.
Peut-être, sans la nécessité de repousser les étemelles incursions des Barbares, Constantin eût-il dès lors déclaré la guerre à Licinius ; les Franks et les Alamannes menaçant de passer le Rhin , il leur envoya le jeune Crispus, prince de grande espérance, qui emporta deux victoires de ses premières armes (320); il dirigea lui-même une vigoureuse campagne contre les Sarmates (522); il eut ensuite à combattre les Goths, et à chasser ces ravageurs de la Messie et de la Thrace (523).
Cette dernière campagne se fit sur les frontières communes des deux empires. Licinius, au lieu de s'y joindre, s'en prit à Constantin, comme si c'eût été une offense de venir sur son territoire pour le défendre. On prépara des deux côtés les hostilités sur terre et sur mer, Licinius redemandant, par les victimes et les divinations, la victoire à ses anciens dieux sur le labarum, et Constantin, « comme un autre Moïse, » invoquant à l'écart le Dieu du ciel, dans un tabernacle dressé hors du camp. Ces deux armées se rencontrèrent près d'Adrianopolis, Constantin, à la tête d'une troupe d'élite , traversa un gué de l'Hèbre à quelque distance de son corps de bataille. Son attaque inopinée facilitant au sien le passage du fleuve, l'engagement devint général, et, malgré l'avantage du terrain et du nombre, Licinius, complètement défait, s'enfuit (325). C'était de la
même manière qu'Alexandre-le-Orand avait forcé le passage de FHydaspes , et Annibal celui du Rhône. Crispus, en même temps , par la tactique de Thémistocle à Salamine , détruisait la flotte ennemie , encombrée dans THellespont. Licinius , essayant à peine de résister dans Byzance , chercha un refuge plus sûr à Calcédoine, où il recomposa une armée des levées de l'Asie ; et , comme s'il eût été à jamais le maître de l'empire, il fit Auguste son favori Martinien. Il demanda cependant, et obtint un traité honorable encore , qu'il confirma par serment , et qu'il rompit sur l'avis de ses magiciens, dès qu'il se crut assez fort. Environ dix semaines après la bataille d'Adrianopolis , il osa livrer celle de Calcédoine : il la perdit. Conslantia sollicita pour lui un pardon qu'il vint recevoir aux pieds du vainqueur dans Nicomédie. Relégué à Thessalonique , il intrigua de nouveau, cherchant à soulever les Barbares : il fut condamné à mort au bout de quelques mois. Martinien, et tous ceux qui avaient conseillé la persécution et la guerre, avaient déjà subi leur châtiment *.
Au moment même où Constantin demeurait l'unique , maître de l'empire romain, un prince de Perse venait se I mettre sous sa protection, et lui porter la certitude que j rien ne menaçait de ce côté. Ce prince était Hormisdas, , petit-fils deNarsès. Le parti des grands et des mages, dont , il avait promis de rabaisser l'orgueil quand il serait Sur le I trône, l'en exclut, et l'emprisonna pour couronner son jeune frère Sapor II. Il avait enfin réussi à s'échapper, et l'hono- I rable asyle qu'il reçut de l'empereur devait consolider l'al- 1 liance des deux nations, s'il recouvrait ses droits. Un guer- , rier puissant et heureux eût. pu môme être tenté de saisir I cette occasion de reprendre l'offensive contre les Perses
» Eu»., nist. eccl.t IO-8, 9, Const^ 2-3 à 18 ; Pan. vet.; Socr., i-3, 4» So». »-7; Z08, a; Tillcin., Comt., 45. '
450 RISTOIM lOMAINB.
avec avantage. Constantin estima sans doute avec raison qu'il valait mieux réparer le mal des rivalités impériales en achevant Fœuvre de Dioclétien ^.
Tout lui avait succédé jusqu'alors, et jamais empereur n'avait mieux acquis Testime publique. Le reste de sa vie ne soutiendra pas constamment cette première gloire : de graves imprudences, et des reproches plus graves encore» viendront se mêler à une administpation plus ét^fidue que profonde, à des intentions plus sincères que solides. Il fit beaucoup pour le christianisme, ou plutôt pour Thumanité, qui avait tant besoin du christianisme. U réforma la législation civile avec le secours de la législation divine, el conclut Talliance de TÉtat avec TËglise*; il reconnut aux évoques l'arbitrage judiciaire que leur avaient attribué les fidèles depuis trois siècles ; il transporta au clergé catholique les privilèges dont avait joui de tout temps , chex toutes les nations, le sacerdoce païen ; il réprima sans violence les superstitions païennes, aussi contraires au bon sens qu'aux bonnes mœurs ; il fit respecter la doctrine et la discipline catholique, et adopta spécialement, c(Hnme observance légale, le repos du jour dominical'. Mais sa pre-
> Zos., » ; Agath., 4» Gntrop. ; Suidas, H.; Hllem., Cmst., Si.
* F<^.i tar une partie importante des rapports du pouvoir spirituel vree le pouvoir temporel, le livre tout récemment publié sous ce titre : Pouvoir «iW pape sur les souverains au moyen âge, ou Recherches historiques sur le droit public de cette époque, par un directeur du séminaire de Saint-Sulpîee. Cest le traité le plus complet et le plus exact sur une question dn plus haut intérêt.
3 11 n'est pas sans utilité de remarquer qu'à part toute idée religieuse, le repos du dimanche contribuait certainement au bien-être matériel du pett-> pie, et que le xyiTi* siècle, en poursuivant si résolument, comme une liberté nouvelle, l'abolition de cette observance légale, a grossièrement abusé la simplicité des pauvres mortels qui vivent du travail de leurs mains, et qui formeront toujours la classe la plus nombreuse de la société ; car le prix de la main-d'œuvre, se proportionnant toujours à la concurrence, baisse inévî^ tabieracnt en raison de la mulfiplicité Je» bras. Or, l'accroissement des jours
tnière fermeté contre Thérésie des donatistes ne se soutint pas contre les ariens. Après avoir laissé TÉglise proclamer librement son dogme dans le premier concile pleinier de Nioée (525), il céda aux séductions du pouvoir, aux flatte* ries d'une secte; il voulut contraindre FÉglise à recevoir ropinion individuelle d^Arius , et vexa les catholiques en £Biveur d'un parti ambitieux ^
Rien n'altérait encore sa réputation lorsqu'il revint à Rome^Fannée qui suivit le concile. Le peuple de Rome avait eu le loisir de se remettre des fureurs de Maxence , de s'ac*coutumer à sa délivrance, et d'oublier le bienfait. Après les premiers moments d'admiration pour les heureuses victoires du labarum, les esprits étaient retombés aussitôt de tout le poids d'une longue licence, dans la religion du cirque et du théâtre. D'ailleurs Constantin avait peu résidé à Rome, et ce grief particulier dut ajouter aux railleries dont cette race frivole salua la vingtième année de ce règne, injure que ne pouvaient guère compenser les vers acrostiches du poète Optatien. L'un des frères de l'empereur était d'avis de châtier cette insolence avec des soldats ; l'autre jugeait plus digne d'un grand prince de la mépriser : il préféra ce conseil (526).
Il ne sut pas garder cette modération dans l'intérieur de son palais. Les fêtes publiques finissaient à peine, que, sur les accusations de Fausta, digne fille de Maximien, il ordonna la mort de son propre fils Crispus , comme conspirateur et suborneur, et, Ton ne sait pour quel motif, celle
ûè travail équivaut ëvidemment k raccFoissement des travailleurs. Autrefois» rouvrier k la journée ou à la pièce trouvait dans le salaire de six jours le septième payé ; il avait donc un jour entier sur sept pour reprendre haleine, essuyer ses sueurs et jouir d'un délassement nécessaire. Maintenant il lui est très-dtfficile, généralement , de se reposer, s*il veut s'assurer chaque jour son pain. Il est libre de travailler le dimanche, malfs^il n'est pas libre de se reposer. C'est véritablement une liberté toute nouvelle. * Tillem., Const.f de 4> * 60.
(lu jeune Licinius, un enfant de douze ans, le fils àe sa sœur. Ses remords, et la vive douleur de la vénérable Helena réclairant sur sa faute, il découvrit les calomnies et les dérèglements de Fausta : alors, par un emportement contraire, il la punit non moins cruellement , en la faisant étouffer dans un bain chaud. On dit même que beaucoup de personnages de la cour furent impliqués dans celte vindicte impitoyable. L'ancienne tyrannie semblait reparaîfre, contre l'attente générale ; un murmure de terreur se répandit, et le préfet du prétoire, Ablavius, osa faire afficher aux portes du palais cette épigramme sévère :
Saturne est loio de nous; qae regrettrait-oo ? Voici des ûècles d'or, mais dignes de Néron ■ .
Ces funestes événements, en attachant désormais au séjour de Rome des souvenirs pénibles pour Constantin, durent hàler Texécution d'un projet qu'il avait probablement conçu depuis quelque temps , celui d'établir une nouvelle capitale en Orient. On ne sait d'où lui en vint la première idée : si des motifs politiques s'y sont joints , comme on n'en peut guère douter, peut-être ne les a-t-il bien vus que dans l'entreprise commencée, et n'a-t-il suivi son goùl particulier que par un sentiment vague d'utilité présente : l'incertitude de son plan permet de le penser. Il est certain que les tentatives continuelles des Barbares sur les frontières ne pouvaient plus être facilement surveillées de Rome. Même dans le système de la tétrarchie, aucun des empereurs n'avait jugé convenable de s'y fixer. Milan,
» Zos., a; Liban., Orat.,iS, i4;Eutr. ; Aur. Vict. ; Oros., 708; Phisost., 2-4; Hiéron., C/inon. ; Codinus, Origin, ConstantinopoUtanœ iTilïem., Coiut-i 6a ; Sidon. Apollin., Epist.f 5-8 :
Satumi aurea sœcla quis requirat?
Sunt kaec gemmea, sed Neroniana.
Ailes, Trêves, Sirmium, Antioche, Nicomédie, préférées depuis quarante ans, prévenaient bien mieux l'invasion et Tusurpation. Les attaques desGoths et des Perses, Fimporlance momentanée de Palmyre , avaient assez montré les dangers de rOrient. D'ailleurs, depuis les Gaulois, Pyrrhus, Annibal et les Cimbres, on savait toutes les entrées de TItalie ; Rome alors avait autant de soldats que de citoyens pour se défendre ; maintenant elle excitait plus d'envie que d'effroi, et les remparts d'Aurélien lui assuraient une faible ressource , quand elle n'avait plus personne à enrôler sur son Champ de Mars ; Rome, enfin, n'était plus le point d'appui nécessaire du gouvernement , qui se transportait partout avec la personne du prince. La magnificence de cette ville et ses traditions nationales avaient seules retenu jusqu'alors la résidence impériale dans ce centre vide et sans action, où le peu qui restait des institutions anciennes n'avait plus d'autre effet que de gêner ou de chagriner des volontés despotiques. Les prétentions du sénat et du peuple, enracinées là, venaient toujours s'attacher obstinément au pouvoir , comme un vieux lierre étreint , en rampant , le superbe tronc qui le soutient. Dioclétien du moins, par son éloignement, avait signalé cet ennui et le moyen de s'en délivrer. Ajoutons un secret instinct qui avertissait Constantin que l'Église catholique , ayant posé son siège à Rome malgré tous les efforts de l'empire, n'y laissait plus de place à la majesté impériale.
Quoi qu'il en soit, Constantin, résolu de bâtir une nouvelle capitale, chercha d'abord la faveur d'une opinion romaine, en choisissant l'emplacement qu'avait ocxîupé l'ancienne Ilion : les Romains avaient toujours désiré de relever cette illustre cité, la patrie des auteurs de leur race, s'ils n'eussent craint que César, issu d'Iule, n'y fondât plus à l'aise sa domination personnelle au détriment de Rome. Ce dessein , dont le seul soupçon avait causé une assez vive
434 UISTOIRE ROMAINE.
alarme à cetle époque, et peut-être sous Auguste» puisque Horace composa une ode pour l'en détourner, n'avait plus rien qui inquiétât les Romains du iy*^ siècle, médiocrement jaloux d'un nom devenu général, et plus onéreux qu'bonorable.
Pendant que la pieuse Helena employait ses derniers jours en Palestine à reconnaître les lieux consacrés par les traces du Christ, et à les purifier des souillures idolàtriques pour y construire des temples chrétiens , l'empereur, par un soin plus terrestre, creusait les fondations de sa ville future. Les travaux en étaient déjà fort avancés entre les promontoires de Sigée et deRhœtée, lorsque tout-à-coup il y renonça, et se décida pour Byzance, situation la plus heureuse, en effet, pour la défense, l'agrément, la subsistance et le commerce, climat riant, terrain fertile, gardé par les vagues du Bosphore, qui, l'entourant presque entièrement, en faisaient le boulevart de l'Europe, et fournissaient à son port une pèche abondante. Il transporta là son plan, il y ^ferma cinq des sept collines voisines de Byzance, et fit commencer, en même temps que les murs, palais, égUses, thermes, aqueducs, fontaines, un forum ou augustéon, avec un milliaire, et une plus grande place, de forme ovale, entourée de portiques, ouverte par deux arcs-de-triomphe. On peut juger de la dépense par les soixante millions que coûtèrent seuls les murs, les aqueducs et les portiques ; tout cela construit néanmoins avec tant de hâte et d'inhabileté, que, sous le règne suivant, on eut beaucoup de peine à empêcher l'écroulement des édifices. Aussi Constantin ordonna-t-il aux gouverneurs des provinces de fonder des écoles d'architecture, et il accorda de grands encouragements à cette étude.
Les antres arts n'avaient pas moins dépéri ; et, pour orner la nouvelle ville, il fallut dépouiller la Grèce et F Asie de leurs plus précieux monuments de sculpture. 0 en^ooùta
FONDATION DE CONSTANTINOPLB. 435
encore pour y rassembler une population suffisante. Les invitations du prince aux nobles de l'Italie et des provinces furent accompagnées de diverses faveurs : aux uns des palais, aux autres, des pensions et des terres. Les domaines impériaux du Pont et de la Cappadoce offrirent des propriétés héréditaires à ceux qui auraient une maison et qui résideraient dans la capitale vacante ; tous ceux qui s'en feraient citoyens y jouiraient de tous les privilèges italiques: il y eut bientôt afiRuence. Le peuple, divisé comme à Rome, en quatorze quartiers, par tribus et par curies, y reçut les mômes distributions régulières de blé et d'huile, les mômes largesses extraordinaires d'argent, de vin et de denrées ; ce peuple put s'estimer aussi romain que celui du Tibre , lorsqu'il vit arriver la flotte d'Alexandrie, qui ne devait plus porter à Rome les moissons de l'Egypte , et qui fournit une frumentation journalière de quatre-vingt mille boisseaux. Un corps de lecticaires ( copiâtes ou fossoyeurs) assura la sépulture gratuite des pauvres *.
Le préfet prétorien d*Orient eut naturellement son poste et sa juridiction dans la seconde capitale, et l'ancien évoque de Byzance , affranchi de la supériorité métropolitaine d'Héraclée, devint lui -môme métropolitain. Le corps des décurions , honorés d'abord du titre de clari , ne tarda pas à se changer en un véritable sénat de pères conscrits tXa^ rissimes; moins de trente ans après, sous le règne suivant,
» Thëmist., Or.j 3, i4; Sojt., a-3, 7-9; Socr., a-i3; Phisost., 2-9; Cod. TheotLy 13-4-1, i4-i3, i5-i , Cod. Just., Novel.^ 43, Sg; Tillem., Conjf., 67; Clandien, De Mlo Gild^n.t v. 58 :
Frugiferas certare rates, lateque videbam Punica Niliacis concurrere carbasa velis, Cum subito par Borna mihi divisaque sumpsit iEquales aurora togas ; iEgyptia rura lu partcm cessere novam ; spes unicanobis Restabat Lib>x
436 HISTOlKS ROMÀINB.
ses deux chefs ou duumvirs, qui eKcrçaient avec le titre de proconsuls, firent place à un préfet de la ville, et la ressemblance avec Rome fut complète. Il rfy manqua pas même un Gapilole ; seulement il s'agissait de savoir ce qu'on en ferait. Constantin y réunit des savants ou professeurs œcuméniques, composant, sous la présidence d'un grand-maître, une école ou académie octogone, espèce d'Université, qui s'appliqua principalement à conserver la correction de la langue. Enfin, le jour où devait être dédiée la nouvelle cité (530) , un édit, gravé sur une colonne de marbre, la qualifia de seconde Rome, fille aînée et chérie de l'ancienne. Toutefois , le nom de Constantinopolis ( ville de Constantin ) parut aussi sur des médailles : ce nom, plus flatteur pour le prince , et plus naturel , devait prévaloir ; petite satisfaction humaine qu'on ne remarquerait pas sans quelques circonstances qui s'accordent encore moins avec la pensée d'une capitale chrétienne.
Qu'après avoir ôté partout les idoles byzantines , et donné leurs temples au culte chrétien, il ait garni les places et les monuments de statues païennes les plus renommées , on le conçoit ; ces dieux vaincus servaient comme de trophées à la croix , qui s'élevait triomphante sur le grand Forum , et qui brillait en pierreries au plafond du palais impérial : mais on peut s'étonner que sur le même Forum, en face de la croix et d'une image du bon pcisteur, le plus bel objet d'art , la colonne de porphyre prise à Rome, portât à une hauteur de cent vingt pieds une statue d'Apollon, sculptée, dit-on, par Phidias, laquelle figurait Constantin. Un contraste plus éti^ange se rencontre même entre les cérémonies de la fondation et celles de la dédicace. Lorsque l'empereur dirigeait à pied , une lance à la main, au milieu d'un magnifique cortège, le sillon d'enceinte , on raconte que les personnes de sa suite , voyant conibieii il lo prolongeait, lui demandèrent jusqu'où il vou-
FONDATION DE CONSTÀ?iTINOPLE. ^7
lait aller: «Tirai, répondit- il, jusqu'à ce que celui qui « marche devant moi s'arrête. » Et si Ton rejette ce récit de Philostorge , écrivain suspect , une loi môme de Constantin nous apprend qu'il a fondé Constantinople sur l'ordre de Dieu (jubente Deo). Comment donc alors en célébra-t-il la dédicace avec les jeux païens du cirque? Et pourquoi , surtout , celte procession où les officiers et les gardes du palais, en grand appareil, portant des cierges, suivaient, à travere ce cirque, sa statue posée sur un char, et qui le représentait tenant à sa main droite une petite image de la fortune de la ville ^? Cette solennité annuelle se renouvela longtemps sous ses successeurs.
* Notitia dignit,; Socr., 1-16; Soz., 9-3; Philost., a-9; Cod, Theod., l3>5- 7 ; Chron, Alexandr, ; Tillem., ConstanU^ 64> 65, 67.
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